Menzan Zuiho

Menzan Zuiho (面山瑞方, 1683-1769)- ( le ZUI 瑞 de Zuigakuin) –
Il écrivait en 1768 :
« Dans cette période corrompue… Les moines convoitent les riches greniers de riz et de millet, qui dévorent les richesses de la nation ; ils ne font que chercher des ruses pour vivre à l’aise avec des serviteurs qui les transportent en litière, et porter des robes de brocart dorées. Regardez-les bien, et  vous verrez que de telles personnes ne suivent pas les préceptes, ne pratiquent pas la méditation, ne cultivent pas la sagesse.
Au lieu de cela, ils passent les jours d’été à jouer aux échecs, et raccourcissent les nuits d’hiver en dégustant trop de vin.
Si on en trouve huit ou neuf sur dix comme cela, comment peuvent-ils se dire disciples du Bouddha  » ?
L’auteur de sa biographie,  D. Riggs,  écrit : « Le déclin du bouddhisme et du Zen commença vers le 15 ème siècle et se poursuivait en 1600, quand commence l’ère Tokugawa.
Moine dans la montagne
Clergé ignorant ou corrompu, pratique ayant perdu son sens.  En 1455 Ikkyu disait – peut être avec une certaine exagération… : « Que ce soit un homme, un chien, un pet, ou une merde, il (le moine) est prêt à les cajoler, à leur vendre les koans, et appeler cela transmission ».
Vers 1600, Daigu Sōchiku se plaignait : « Depuis deux cents ans, le Zen de notre pays a divorcé du véritable Dharma, si bien qu’il ne reste plus aucun enseignant qui ait l’oeil clair (du Dharma) … » .
Ce furent deux grands réformateurs, Hakuin pour l’Ecole Rinzaï, et  Menzan Zuiho pour le Soto qui redonnèrent leur dynamisme au Zen.
(…) Le Shobogenzo de Maître Dogen était considéré comme un « trésor secret », on n’en écrivit aucun commentaire pendant près de 4 siècles. Des parties du texte étaient transmises d’enseignant à disciple pour marquer la transmission, mais ce qui importait était de posséder le texte, pas de le comprendre.
Les écrits de Maître Dogen ne reprirent leur place centrale dans l’école Soto que lorsque se fit jour le mouvement « fukko », « revenir à l’ancien » au cours de l’ère Tokugawa. Grâce à Menzan Zuiho, et à la diffusion de l’imprimé, le Soto Zen reprit les enseignements du Shobogenzo.
Menzan remit aussi en usage le « sodo », la salle de méditation où les moines dorment et mangent.  Il redonna son importance à la cérémonie de prise de refuge, et aux préceptes. (…)
Nous pensons souvent que le Zen, ou le bouddhisme, sont statiques, non sujets aux changements, pourtant en considérant l’ère Tokugawa, nous voyons que chute, ré-invention, renouveau se produisent à toutes les époques. Cela nous aide à nous souvenir que nous ne voyons le passé  qu’à travers les yeux du présent.        
Le passé est toujours passé. Maintenant est «juste cela ».
Riggs D. Extrait de : The Life of Menzan Zuihō Founder of Dōgen Zen, Japan Review.
On peut trouver l’article entier en anglais :
https://terebess.hu/zen/mesterek/menzan.pdfhttps://terebess.hu/zen/mesterek/menzan.pdf
Menzan Zuiho a beaucoup écrit, vous pouvez trouver la liste sur : https://en.wikipedia.org/wiki/Menzan_Zuiho
  • Un de ses livres a été publié   en anglais, Letting Go, the Life of Zen Master Tozui (*)
  • (*) Vous pouvez le trouver  :
https://terebess.hu/zen/mesterek/HaskelTosui.pdf

 

 Le jardinier méditant

Kannon dans jardin
Un ami qui travaille dans une ferme bio a ramené deux plateaux de semis de laitue. Les semis n’étaient pas seulement prêts à être plantés, ils étaient prêts à être mangés. Cela rend le jardinage facile : planter les laitues et commencer à les récolter immédiatement.
Nous pourrions vouloir faire la même chose avec notre pratique spirituelle, désireuses de la planter dans nos vies déjà trop occupées afin que nous puissions récolter les fruits de la pratique tout de suite. 
« Je devrais vraiment faire du yoga tous les jours », pensons-nous. Ou nous pouvons nous dire : «Je pourrais m’asseoir tous les matins et tous les soirs pendant vingt minutes ».
Quand nous essayons de planter une pratique spirituelle, nous devons d’abord nettoyer un espace pour semer les graines de conscience. Prendre soin d’un jardin bourgeonnant de toutes les choses que nous voulons faire amène la précipitation. Nos vies peuvent ressembler plus à un ruissellement bruyant qu’à une mare d’eau tranquille. Nous pouvons essayer de maintenir un trop grand jardin d’activités ou nous pouvons nous en tenir seulement à ce à quoi nos coeurs peuvent s’ouvrir.
De nos jours, nous avons un vaste choix de réduction du stress : méditation, yoga, tai chi, qi gong. Ou, si nous cherchons à cultiver les endorphines, nous pouvons faire du jogging ou du Pilates, ou commencer à fréquenter un club de fitness. Nous pensons : « Si j’ajoute juste quelque chose, je pourrai réduire mon stress ». 
Mettons en question cette attitude. Faire de la gymnastique ou méditer avec un oeil sur l’horloge va à l’encontre de l’intention de réduire le stress dans nos vies.
Plantes potagerRéduire le stress, comme réduire le poids, signifie soustraire quelque chose.  Dans notre jardin, la première chose que nous soustrayons est la mauvaise herbe. 
Dans notre vie quotidienne, nous pourrions considérer, par exemple, de combien de nouvelles nous avons vraiment besoin. 
Je suis allée faire une retraite d’un week-end avec un groupe de femmes au Weston Priory dans le Vermont, où les moines bénédictins ont une ferme, des jardins et un verger. 
Ils vivent une vie engagée dédiée à  la justice et à la non-violence dans le monde, pourtant ils nous ont dit que leur seule source de nouvelles était le Sunday New York Times (journal publié une fois par semaine). 
Leur exemple m’a inspiré à nettoyer mes propres nouvelles, en les limitant à une fois par jour.
Dans notre jardin, il est difficile parfois d’identifier quelle plante est une mauvaise herbe et quelle est celle   qui pourrait fleurir. 
Au printemps, on ne peut parfois pas distinguer entre un aster et un oeillet. Comment discriminons-nous entre les activités de mauvaises herbes dans nos vies et celles qui sont bénéfiques, comme la méditation, qui vont adoucir notre esprit ? 
Essayons d’éliminer le courrier indésirable, les catalogues et les listes d’emails non essentiels. Notons une ou deux choses que nous pourrions envisager de supprimer pendant une semaine. La télé ? des films ? du shopping ? Les personnes qui ont décidé de supprimer volontairement l’utilisation de leurs cartes de crédit ont découvert qu’elles ont cessé de fréquenter les magasins. Elles se sont contentées de ce qu’elles avaient à la maison. Et elles se sentaient plus calmes.
Garder un espace pour la méditation nécessite une détermination. 
Des activités voisines tenteront d’empiéter sur l’espace dégagé. Dans la terminologie du jardinage, ces plantes sont appelées invasives. Pensez à la prêle, si vous lui donnez un pouce de terrain, elle va prendre le contrôle du jardin. Des informations apparemment urgentes tenteront d’éliminer nos relations importantes, y compris notre relation avec notre pratique de la méditation. 
Envisageons de diviser par deux le temps consacré aux réseaux sociaux. J’ai mis une  «cloche de conscience» à sonner sur mon ordinateur une heure avant le coucher pour me rappeler de l’éteindre et de m’asseoir pendant vingt minutes avant de m’endormir.
Allée jardinPlantons les graines de la conscience en se concentrant sur le souffle, les sons ou les sensations. 
Nettoyons un espace dans notre maison tout comme notre horaire. Installons un endroit avec un coussin ou une chaise, peut-être avec une étagère à proximité comme un autel. Ensuite, engageons-nous à nous asseoir, à intervalles réguliers dans ce lieu. 
Réglons une minuterie pour, disons, vingt minutes. Si on n’a pas de pratique établie, je recommande de commencer la méditation en adoucissant le cœur. 
D’abord, visualiser un lieu d’eau calme. Ce sentiment peut durer seulement une seconde. En prendre note. Ensuite, exprimer sa gratitude pour les bénédictions de la vie, même les choses communes que l’on prend pour acquises. 
Troisièmement, pratiquer la bonté envers soi-même. Cet « attendrissement » du cœur c’est comme préparer le sol dans notre jardin, nous retournons le sol et y ajoutons un compost de soins. Ensuite, nous plantons les graines de conscience en nous concentrant sur le souffle, les sons ou les sensations. 
Une fois que le minuteur s’est éteint, essayons de nous asseoir près d’une fenêtre avec une belle vue, ou peut-être sur une terrasse. Avec une tasse de thé à la main, revenons à un aspect d’une lecture récente sur le Dharma. Ou flânons dans un jardin.
Nous savons à quoi ressemblent nos plantes d’intérieur si nous oublions de les arroser pendant un certain temps. La même chose se passe avec notre pratique de la méditation si nous la négligeons pendant quelques semaines, voire pendant quelques jours. Nous arrosons notre pratique en nous asseyant quotidiennement. Nous soutenons notre pratique en participant chaque semaine à un groupe. Nous fertilisons notre pratique en lisant des livres sur le Dharma ou en écoutant des exposés sur le Dharma.
Parfois, nous amenons notre pratique dans un centre de retraite, où elle peut fleurir ou porter des fruits, comme une plante le fera dans une serre. 
Lors de la retraite, nous avons juste les bonnes conditions : un horaire, des repas nutritifs préparés pour nous, et seulement les choses nécessaires qui tiennent dans une valise. Incroyable combien nous avons besoin de peu pour vivre confortablement pendant une semaine ou deux. 
Simplifier notre vie nous donne  de l’espace pour respirer. L’un des avantages de la retraite est que quelqu’un d’autre nous dit ce qu’il faut éliminer de notre routine quotidienne : pas de lecture, pas d’écriture, pas de téléphone portable, pas d’ordinateur. 
Pas étonnant que la vie soit plus calme !
Le printemps ou l’automne de nos vies peut nous amener à planter une pratique de méditation.
Un adage de jardinage sur les vivaces dit : « La première année, elles dorment. La deuxième année, elles s’enracinent. La troisième année, elles s’épanouissent. » Cela signifie que lorsque vous transplantez des vivaces dans votre jardin, elles sont juste là la première année. Mais  sous terre, elles développent un   système racinaire qui les soutiendra longtemps. 
Notre pratique de la méditation nécessite cette patience.topotushka
 Tout d’abord, nous nous asseyons simplement sur le coussin et développons l’habitude de s’asseoir.       
Au cours de la deuxième année, les plantes vivaces commencent à paraître plus robustes : elles fleurissent et commencent à se développer. 
La troisième année, elles sont pleinement établies dans leur nouvel emplacement et se développent.  Certaines plantes vivaces sont encore plus lentes, comme mon hortensia qui a pris cinq ans pour faire trois fleurs. Ensuite, il a développé trois pieds l’année suivante. Maintenant,   il couvre la moitié du côté de ma maison, et un oiseau y niche chaque printemps. Notre pratique de la méditation a besoin de temps pour fleurir et porter les fruits d’une vie spirituelle.
La saison des plantations prendra fin. Le printemps ou l’automne de nos vies peut être propice à la plantation d’une pratique de la méditation, tandis que l’été de nos vies peut être totalement réservé au travail, à la famille et au remboursement des crédits. 
Dans l’hiver de nos vies, lorsque nous serons sur notre lit de mort, les éléments de la terre, de l’eau, de la chaleur et de l’air risquent d’être  déséquilibrés et peut-être très inconfortables. 
C’est alors que l’attention que nous avons nourrie, la sagesse que nous avons tirée de notre pratique, nous soutiendra, juste quand nous en aurons le plus besoin.
Cheryl Wilfong est l’auteure de The Meditative Gardener, elle enseigne la méditation au Vermont Insight Meditation Center.

Nonnes et héritières du Dharma 

26606AC4-FC18-4AB8-84BF-1A9420C1F3AFMyotei (17ème siècle)
Nonne, elle étudia à Enkakuji et utilisa parfois sa nudité comme koan d’apprentissage ! 
Elle fut remarquée pour avoir passé les koans les plus difficiles, appelés les Quatre Katsu de Rinzaï. (*)
Teijitsu  (18ème siècle)
Elle fut l’Abbesse de Hakuju-an, temple de nonnes près de Eiheiji, où les femmes n’étaient plus autorisées. Elle fut probablement la disciple de Menzan Zuiho un grand réformateur du Soto zen. (On connaît ensuite de moins en moins de noms de nonnes).
C’était une époque où les limites et interdictions touchant les femmes, que ce soit dans la vie politique ou monastique, se renforcèrent. Les nonnes avaient de moins en moins d’indépendance. 
(*) Depuis 1334, seules les nonnes qui avaient vu « leur véritable nature » étaient autorisées à passer les portes du temple de Engakuji ; elles devaient pour cela répondre à 5 questions, et la 5ème était : « Quelle est la porte par laquelle les Bouddhas sont entrés dans le monde  » ?

 

 Compassion sans romantisme

Kannon petiteDans l’iconographie bouddhiste, la compassion prend la forme du/de la bodhisattva Kwan Yin (Kanzeon/Avalokiteshvara) dont on dit qu’elle se manifeste partout où les êtres ont besoin d’aide.
Faire naître en nous cette compassion est non seulement bénéfique aux autres, mais aussi à nous-mêmes. 
En plaçant les autres avant nous, nous assouplissons les liens de fixation sur nous-mêmes, et ainsi, nous nous rapprochons de notre libération.
La compassion n’est étrangère à aucun de nous : nous savons ce que cela fait d’être profondément touché par la douleur et la souffrance d’autrui. 
Tous, nous recevons notre propre part de chagrin et de difficultés au cours de cette vie. Nos corps vieillissent, notre santé devient précaire, nos esprits peuvent être en proie à la confusion et à l’obsession, nos cœurs sont brisés. 
Nous voyons beaucoup de personnes contraintes de supporter l’insupportable – la famine, la tragédie, des épreuves dont nous n’avons pas idée. Ceux que nous aimons connaissent la maladie, la douleur et les peines de cœur, et nous aspirons à les soulager de leur fardeau.
L’histoire humaine est une histoire d’amour, de rédemption, de gentillesse et de générosité. 
Mais c’est aussi une histoire de violence, de divisions, de négligence et de cruauté. Confrontés à toutes ces choses, nous pouvons nous attendrir, tendre la main et faire tout ce que nous pouvons pour atténuer la souffrance. Ou nous pouvons choisir de vivre dans la peur et le déni, de faire tout ce que nous pouvons pour empêcher que notre cœur soit touché, craignant de nous noyer dans cet océan de chagrin.
Il nous faut sans cesse apprendre l’une des principales leçons de l’existence : fuir la souffrance – endurcir son cœur, se détourner de  la douleur – c’est renoncer à la vie   et vivre dans la peur.                            
Golden bouddhaAussi difficile qu’il soit d’ouvrir nos cœurs à la souffrance, c’est pourtant le chemin le plus direct vers la transformation et la libération. 
Pour découvrir en nous un cœur éveillé, il est capital de ne pas idéaliser ou mythifier la compassion. 
Notre compassion naît simplement de notre volonté de rencontrer la douleur plutôt que de la fuir.
La compassion et la sagesse sont au cœur de la Voie du Bouddha.       
Les récits anciens du bouddhisme nous parlent de jeunes hommes et femmes qui se posent exactement les mêmes questions que nous aujourd’hui : comment réagir à la souffrance inhérente à la vie même ? 
Comment mettre au jour un cœur véritablement libéré de la peur, de la colère et de l’aliénation ? Existe-t-il une façon de découvrir une sagesse et une compassion qui puissent faire une réelle différence dans ce monde en proie à la confusion et à la destruction ?
Nous pouvons être tentés de voir la compassion comme un sentiment, une réponse émotionnelle que nous connaissons occasionnellement lorsque nous sommes touchés par la rencontre avec une douleur aiguë. Dans ces instants d’ouverture,       
nos défenses s’effritent ; intuitivement, nous ressentons une immédiateté dans la réponse et nous entrapercevons la puissance de la non-séparation.    
C’est ce qu’exprimait le grand sage tibétain Milarépa lorsqu’il disait : 
 « De même que je tends instinctive-ment la main vers ma jambe blessée pour la soigner, je tends la main pour soulager la souffrance d’autrui comme s’il s’agissait de mon propre corps ».
Trop souvent, ces moments de profonde compassion s’évanouis-sent, et nous nous retrouvons à nouveau occupés à nous protéger,   à nous défendre et à prendre nos distances avec la douleur. Pourtant, ces expériences fugaces nous encouragent à nous demander si cette compassion pourrait être  plus qu’un sentiment qui nous prend par surprise, de manière totalement fortuite.
Peu importe les efforts que nous y mettions, nous ne pouvons pas faire en sorte de ressentir de la compas-sion. Mais nous pouvons tourner nos cœurs vers elle. Dans l’un des récits du bouddhisme ancien, l’ascète Sumedha réfléchit au vaste voyage intérieur nécessaire pour découvrir la sagesse et la compassion inébranlables. Il décrit la compassion comme une tapisserie tissée de nombreux fils : la générosité, la vertu, le renoncement, la sagesse, l’énergie, la patience, la sincérité, la détermination, l’amour bienveillant et l’équanimité. 
Lorsque nous incarnons tout cela dans nos vies, nous développons le type de compassion qui a le pouvoir de guérir la souffrance.
Il y a quelques années, un moine  âgé est arrivé en Inde après s’être enfui de la prison où il était détenu  au Tibet. Lors d’une entrevue avec le Dalai Lama, il lui a raconté ses années d’emprisonnement, les épreuves et les coups, la faim et la solitude, la torture.
À un moment, le Dalai Lama lui a demandé : « Y a-t-il eu un moment où vous avez senti que votre vie était réellement en danger ? »
Et le vieux moine de répondre :   « En vérité, la seule fois où je me suis senti en danger, c’est quand j’ai cru pouvoir perdre ma compassion pour mes geôliers ».
Les histoires comme celles-là nous laissent souvent sceptiques et perplexes. Nous pouvons être tentés d’idéaliser tant ceux qui font preuve de cette compassion que la qualité de la compassion elle-même. 
Nous imaginons ces personnes comme des saints, doués de pouvoirs qui nous sont inaccessibles. Pourtant, les histoires de grande souffrance sont souvent les histoires de personnes ordinaires qui se sont découverts une grandeur d’âme. 
Pour découvrir en nous un cœur éveillé, il est capital de ne pas idéaliser ou mythifier la compassion. Notre compassion naît simplement de notre volonté de rencontrer la douleur plutôt que de la fuir. 
Encre Mc Cabe
Il se peut que nous ne nous trouvions jamais dans une situation de péril telle que nos vies soient menacées ; pourtant, l’angoisse et la douleur sont des aspects indéniables de nos vies. Aucun de nous ne peut ériger autour de son cœur des remparts invulnéra-bles au point de ne pas être ébranlés par la vie.
Face au chagrin que nous rencontrons au cours de cette vie, nous avons le choix : nos cœurs peuvent se fermer,  nos esprits se recroqueviller, nos corps se contracter et nous  pouvons faire l’expérience d’un cœur  vivant dans un état de refus  ou nous pouvons plonger au plus profond de nous-mêmes, pour développer le courage, l’équilibre,  la patience et la sagesse qui nous permettront de nous soucier d’autrui.                                               
                                                                                                                                        
Si nous le faisons, nous découvrons que la compassion n’est pas un état. C’est une façon d’entrer en contact avec ce monde fragile et imprévisi-ble. Son champ d’action ne se limite pas au monde de ceux que vous aimez et dont vous vous souciez, mais il s’étend aussi au monde de ceux qui nous menacent, nous dérangent et nous font du mal.
C’est le monde des êtres innombrables que nous ne rencontrerons jamais et qui endurent une vie insupportable. Le voyage ultime d’un être humain consiste à découvrir tout ce que nos cœurs peuvent accueillir. Nos capacités à causer de la souffrance et à soulager la souffrance coexistent en nous. Si nous choisissons de développer notre capacité à guérir, ce qui constitue le défi de toute vie humaine, nous découvrirons que nos cœurs peuvent accueillir énormément de choses, et que nous pouvons apprendre à combler, plutôt qu’à creuser, les schismes qui nous séparent les uns des autres.
Le Soutra du Lotus, l’un des textes les plus prégnants de la tradition bouddhiste, a été composé au premier siècle, dans le nord de l’Inde, probablement dans l’actuel Afghanistan. Ce soutra célèbre le cœur libéré qui s’exprime dans une compassion puissante et sans limite, s’insinuant dans tous les recoins de l’univers pour soulager la souffrance partout où elle la rencontre.
Lorsque le Soutra du Lotus a été traduit en chinois, Kwan Yin, « celle qui entend les cris du monde », a émergé comme une incarnation de la compassion qui, depuis, occupe une place centrale dans les enseignements et la pratique bouddhistes. Au fil des siècles, Kwan Yin a été dépeinte sous diverses formes. Tantôt comme une présence féminine, visage serein, bras tendus,
yeux ouverts.
Tantôt tenant une branche de saule, symbole de sa résilience – puisqu’il ploie sans rompre face à la plus virulente des tempêtes.
Tantôt elle possède mille bras, avec un œil ouvert au centre de la paume de chaque main, illustrant qu’elle est constamment à l’écoute de la souffrance et qu’elle y répond universellement. Tantôt elle prend la forme d’une guerrière dotée d’une multitude d’armes, incarnant la pugnacité de la compassion, farouchement déterminée à éradiquer les causes de la souffrance.
Protectrice et gardienne, elle participe de plain-pied à la vie.
C.Feldman, https://www.lionsroar.com/she-who-hears-the-cries-of-the-world/
(suite en juin).  Traduction : Françoise

Encre : Daishin McCabe

Kannon-jardin
Illustrations : no-dig-vegetableden flowersbycharlotte-topotushka- ; https://terebess.hu/zen/mesterek/HaskelTosui.pdf
http://urlz.fr/6WGN ;  Photo de Une : Sukhotaï Thaïlande, Anne

Daishin n°238 – Avril 2018

kannonअवलोकितेश्वर Avalokiteshvara
Kannon de son nom japonais

Un numéro sous le signe de Kannon, avec le Patriarche Keizan Jokin qui la vénéra tout au long de sa vie, lui qui fit tant pour les nonnes de l’Ecole Soto.
Avec Kannon, parce qu’elle protège les enfants, et nous aidera à trouver comment leur transmettre nos valeurs ;
parce qu’il y a des représentations d’elle classiques et belles, et d’autres modernes et amusantes, et que toutes nous inspirent.

avalokiteshvara

Jôshin Sensei sera à :

– Paris : samedi  14 Avril.
Infos :  http://www.larbredeleveil.org/lademeure/spip.php?breve24

Réouverture de La Demeure sans Limites le 30 mars
www.larbredeleveil.org

-Vend. 30 mars au lundi 2 avril
« Hanna Matsuri, la fête des fleurs et de la naissance du bébé Bouddha»

Uposatha :
lundi 16 : pleine lune,
lundi 30 : nouvelle lune.
Asseyons-nous ensemble : https://framadate.org/l8c5YbBCthhR8Dgj

Sommaire

Nonnes et héritières du Dharma Keizan Jokin (suite).

Enseigner les valeurs du  Bouddhisme aux enfants Mary Talbot

En vrac

अवलोकितेश्वर Illustrations :
– Première et dernière page :  Kannon  :  « Musée d’Arts Asiatiques de Mariemont, Belgique ».

– Kumen Kannon :  http://www.onmarkproductions.com/html/kannon.shtml#9-headed

– Tomi Um site :  https://lc.cx/AXh6

– Bouddha avec les enfants  :  http://www.mercurytreasures.com/brass-happybuddha-6inch.html

– Kannon Riki :  https://fineartamerica.com/profiles/daishin-mccabe.html?tab=artworkgalleries&artworkgalleryid=765521

En mai : la compassion, le don, et puis parce que c’est le printemps, le moment de réfléchir sur « Jardin et méditation », des extraits traduits de « The Meditative Gardener ».

अवलोकितेश्वर  « Ce repas que je viens de manger, a-t-il mené à ma propre affliction, à l’affliction d’autres êtres, ou aux deux ?
A-t-il été une action malhabile du corps, ayant des conséquences douloureuses, des résultats douloureux ? »
Extrait du Soutra à Rahula in Le Végétarisme, une vue bouddhiste
Editions Almora.
Un question que vous pouvez vous poser de temps en temps, après le repas…

Nonnes et héritières du Dharma Keizan Jokin (suite)

अवलोकितेश्वर Ce mois-ci, cette liste des femmes, nonnes, et héritières du Dharma au Japon nous amène auprès de Keizan Jokin( 1268-1325)  et de tout ce qu’il fit pour les nonnes, sous l’influence de sa mère.
« Je suis né dans une propriété qui dépend du temple de Kannon, à Tane, dans le département d’Echizen. Tous les évènements religieux qui ont marqué le cours de ma vie, je les dois aux prières de ma mère envers Kannon ».
( Sa mère avait rêvé de Kannon, et l’avait priée pendant toute sa grossesse ).

keizan jokin

http://global.sotozen-net.or.jp/fre/what/Buddha_founders/keizan_zenji.html

Et en manga édité par la Soto Shu :
https://global.sotozen-net.or.jp/eng/library/comics/en_US/keizan/

http://www.buddhaline.net/Les-femmes-dans-l-histoire-du-zen

Egi (13ème siècle)
Elle a d’abord été ordonnée comme nonne dans l’Ecole Daruma, puis elle devint une disciple de Maître Dôgen à Eiheiji. Elle passa plus de 20 ans près de lui, et le soigna sur son lit de mort. Elle aida ensuite Koun Ejo lors de la transition de chef de temple de Eiheiji,  et elle a aussi sans doute participé à l’écriture du Shobogenzo Zuimonki.

Joa (fin 13ème siècle)
Nonne et disciple de Kangan Giin (1217-1300), lui même disciple de Koun Ejo. Giin eut de nombreuses disciples femmes, et il établit un lignage Soto important dans le Kyushu(sud Japon). La pratique principale de Joa fut la vénération et la copie du Soutra du Lotus.

Senshin (fin 13ème siècle)
Elle fut aussi disciple de Kangan Giin, sa pratique était la vénération des reliques .

Mugai Nyodai (1223-1298)
Elle est considérée comme l’une des femmes les plus importantes de l’Ecole Rinzaï ; elle hérita du Dharma de Mugaku Sogen, le fondateur de Engakuji. Après avoir reçu la transmission, elle fonda le temple de Keiaiji, le premier
Kumen Kannon « Sodo » (*) de nonnes au Japon. Elle est aussi connue sous le nom de Chiyono, et l’histoire de son illumination est bien connue :  elle portait un seau plein d’eau quand le fonds céda, et à ce moment elle fut éveillée.(**)

Ekan Daishi
Elle était la mère  de Keizan. Elle fut nonne et Abbesse de Joju-ji au moment des funérailles de Gikai en 1309 ; c’est d’elle que Keizan tint sa dévotion religieuse. Elle portait une grande dévotion à Kannon ( le/la bodhisattva Avalokiteshvara) et aida à la faire reconnaître par l’Ecole Soto. Keizan faisait l’éloge de son enseignement infatigable aux autres nonnes. Pour honorer sa mémoire, il fit le vœu d’aider toutes les femmes, partout.

kannon2Myoshi-ni,
Elle est la nièce d’Ekan, fut nommée Abbesse du  premier monastère de femmes de l’école Soto, Hoo-ji, qui avait été construit par Keizan en l’honneur de sa mère. Le 23 mai 1325, pour honorer sa mémoire, Keizan fit vœu d’aider les femmes dans les trois mondes et dans les dix directions.
Une trentaine de nonnes suivirent son enseignement ; l’introduction des nonnes dans la pratique soto, telle qu’elle fut établie par Dôgen et Keizan à travers l’influence de leurs mères, continua sous la période Muromachi, grâce à leurs successeurs.

En’i
Elle offrit à Keizan un grand terrain pour construire Eikoji. Il ordonna qu’en son honneur des cérémonies soient faites chaque année, même après leur mort.

Shido (début 14ème siècle)
Elle fut une nonne Rainzaï ordonnée, ayant reçu la transmission ; en 1285, elle fonda le couvent de Tokeiji à Kamakura, qui fut un refuge pour les femmes battues ou abandonnées par leur mari. On utilise beaucoup ses dialogues dans les enseignements du Rinzaï.

Shozen (début 14ème siècle)
Disciple de Keizan et mère de Sonin, elle resta femme à la maison, avec beaucoup d’argent et un pouvoir considérable. Elle aussi donna du terrain pour le temple et fut, pour cela, honorée par Keizan chaque année.

Mokufu Sonin (14ème siècle)
Disciple de Keizan, et fille de Shozen, elle fut ordonnée en 1319.
Elle et son mari Myojo, ordonné quelques années plus tard, donnèrent beaucoup de terrain à Keizan Jôkin et cela lui permit de fonder Yokoji. Ils allèrent jusqu’à abattre leur maison de famille pour lui laisser la place.
Elle reçut la transmission du Dharma en 1323, et fut la première abbesse de Entsu’in, un couvent important. Keizan l’appelait la réincarnation de sa grand-mère, et dit qu’elle et lui étaient inséparables.

Kinto Ekyu
Disciple de Keizan, elle reçut la transmission à l’intérieur de l’Ecole Soto.

Myosho Enkan (début 14ème siècle)
Cousine de Keizan, abbesse de Entsu’in après Sonin, puis de Ho’oji, couvent fondé par Ekan .

Soitsu (milieu 14ème siècle)
Héritière du Dharma de Gasan Joseki (1275-1365), lui-même important disciple de Keizan, elle eut plusieurs héritières du Dharma.

Shotaku
Elle est la 3ème enseignante de Tokeiji.
Lors d’une tentative de viol, elle repoussa ses agresseurs par ses pouvoirs psychiques.

kannon3Eshun (vers 1364-?)
Soeur du célèbre enseignant de l’Ecole Soto, Ryoan Emyo (1337-1411), qui fut abbé de Sojiji et d’autres temples.
Son frère lui refusa l’ordination
parce qu‘elle était très belle, et qu’il craignait qu’elle ne soit une tentation pour les moines. Alors elle se rasa la tête et se marqua au visage avec un fer brûlant. Une fois ordonnée, elle battit tous les moines au cours des débats du Dharma.
Lorsqu’elle se sentit proche de la mort, elle organisa ses propres funérailles en allumant un grand feu et en s’asseyant bien droite au milieu.  Lorsque, affolé, son frère arriva et s’exclama devant la brûlure du feu, elle répondit:  « Pour la personne qui vit dans la Voie, chaud et froid sont inconnus ».
Il y a un mémorial qui lui est dédié à Odawara, au Temple de Saokiji, où de nombreuses personnes  vont faire des offrandes .

Soshin, Onaa Tsubone (1588-1675)
Née dans une grande famille de samouraïs, elle se maria à 15 ans et eut trois fils avant de divorcer et de résider dans un sous-temple fondé par son père à Myoshinji, un complexe de temples Rinzaï à Kyoto.

Elle se remaria quelques années plus tard,  puis elle reçut une position importante dans le palais du Shogun Tokugawa à Edo (Tokyo).

Elle enseigna la Voie du Zen aux femmes de  la Cour, soutint également les érudits confucéens, et finit par avoir une influence certaine au niveau du gouvernement. Elle étudia avec le célèbre Maître Rinzaï, Takuan Soho (1573-1645),      à qui elle permit de rencontrer le Shogun, et selon certaines sources, elle hérita de son Dharma.

Ordonnée nonne en 1660, le Shogun Tokugawa Iemitsu la nomma Abbesse du nouveau temple Rinzaï de Saishoji à Edo, même si son mari était encore vivant.
Elle eut beaucoup de disciples et laissa plusieurs écrits importants.

Bunchi Jo (1619-1697)
Princesse impériale qui devint Abbesse dans l‘Ecole du Zen, à une époque de grands bouleversements politiques. On se souvient d’elle pour sa peinture et sa poésie.

Ryonen Gensho (1646-1711) (***)
Laissant derrière elle son mari et  ses enfants, elle entra au monastère de Hokyo-ji à 26 ans ; là, l’ordination lui fut refusée pour   les mêmes raisons que Eshun : trop belle, distrayant les moines.
Elle aussi se marqua le visage au fer, et fut alors ordonnée par Haku-o qui certifia son Eveil. Elle devint abbesse de Renjo’in, et fut aussi une poète célèbre.

zenwomenSatsu

Disciple brillante et excentrique de Hakuin entre16 et 23 ans.  A 15 ans, son père lui ayant demandé de lire un livre de soutras de Kannon afin qu’elle attire par ses prières un mari, elle s’était assise dessus, et avait répliqué : «  Si comme le dit le moine de Shoinji, tout a la Nature-de-Bouddha, quelle différence entre mon derrière et le livre de soutras ? ».
Hakuin trouva sa réponse intéressante et l’accepta comme disciple.
Bien que leurs rapports aient été tumultueux, elle reçut de lui  -tout en restant laïque- la transmission du Dharma. On dit qu’elle le poussait sans cesse aux « Combats du  Dharma », puis quittait brusquement la pièce dès qu’il commençait à lui donner des explications.
En fin de compte, il lui conseilla de se marier et de mettre la pratique du zen dans sa vie quotidienne.              Ce qu’elle fit : elle eut des enfants,  et des petits-enfants.
A la mort d’une de ses petites-filles, un voisin la vit pleurer bruyamment. Pensant  qu’une personne vraiment éveillée ne pouvait pas éprouver ce genre d’émotions, il lui demanda :
«  N’avez-vous pas reçu un certificat attestant de votre Eveil de Hakuin lui-même ?  Alors pourquoi vous comportez-vous ainsi ?
– Imbécile, lui répondit-elle, mes larmes sont un mémorial plus précieux que les chants lugubres de cent moines. Ces larmes  commémorent chaque enfant qui est mort. Elles montrent exactement ce que je ressens à cet instant. »

Extrait de : Zen Women : Beyond Tea Ladies, Iron Maidens, and Macho Masters. Grace Schireson

ohashiOhashi (vers 1700)

Encore adolescente, elle devint  prostituée pour aider sa famille, lorsque son père fut démis de son poste de samouraÏ.
Alors qu’elle était désespérée par la vie qu’elle menait, elle rencontra Hakuin qui lui conseilla de « réfléchir à qui fait ce travail », et de chercher comment la pratique était possible dans toutes les situations.
Elle s’éveilla après s’être évanouie de peur quand la foudre tomba pas loin d’elle, et Hakuin certifia son Eveil.
Quelques années plus tard, alors qu’elle était toujours courtisane, elle se maria, puis plus tard encore, avec l’accord de son mari, elle devint nonne.

(*) Sodo :
http://global.sotozen-net.or.jp/fre/practice/zazen/manners/index.html

(**) Poème de Chiyono :
« J’avais essayé de réparer le vieux seau
mais la tresse de bambou était  fragile et près de se rompre,
en sorte que le fond du seau tomba.
Il n’y eut plus d’eau dans le seau
ni de lune dans l’eau ! »
http://eveilphilosophie.canalblog.com/archives/2017/09/05/35648044.html

(***)  Ryonen Gensho
« Lorsque j’étais jeune, je servis Yoshino-kimi, la petite-fille de Tōfukumon’in, dans le temple impérial de Hōkyō-ji.

Elle est morte récemment et bien que je sache que c’est une loi de la nature, l’impermanence de ce monde me toucha profondément, et je suis devenue nonne : coupant mes cheveux, teignant mes robes en noir, je  partis en pèlerinage pour Edo.

Là je rencontrai le moine Haku-ō de l’Ecole Obaku Zen. Je lui parlai de ma profonde dévotion au Bouddha depuis mon enfance, mais il me répondit que bien qu’il puisse voir que mes intentions étaient sincères, je ne pouvais pas échapper à mon apparence féminine. Alors je chauffai un fer et le tint contre mon visage , puis j’écrivis au fil de mon pinceau :

calligraphie
Calligraphie de ce poème par elle-même.

Autrefois pour m’amuser à la Cour, je brûlais de l’encens d’orchidée,
Maintenant pour entrer dans la vie du Zen, je brûle mon propre visage.
 
Ainsi passent naturellement les quatre saisons
Mais je ne sais qui je suis au milieu de ce flot. 

https://terebess.hu/zen/mesterek/RyonenGenso.html

Traduction : Jôshin Sensei

अवलोकितेश्वर Enseigner les valeurs du Bouddhisme aux enfants

Sur les milliers d’enseignements du Bouddha, rares sont ceux – trois ou quatre, tout au plus – qui concernent les enfants.

dessin-enfantDifficile de s’imaginer pourquoi, vu le nombre et la grande diversité des soutras. Est-ce parce que suivre sa voie requiert maturité de l’esprit et de l’engagement ?

Parce que dans l’Inde d’il y a 2600 ans, l’instruction des enfants étaient l’apanage de la famille – et que, partant, si les membres de la famille suivaient le Bouddha, les enfants étaient supposés absorber naturellement les enseignements et la culture du Dharma, eux aussi ?
Ou peut-être – et c’est mon hypothèse personnelle – parce que le principal enseignement du Bouddha adressé à un enfant synthétisait si parfaitement le Dharma qu’il n’y avait pas grand-chose d’autre à dire ?
Peut-être faisait-il ce que font les meilleurs pédagogues : ramener un ensemble complexe de concepts à sa substance la plus profonde, et la plus pressante, et l’illustrer de manière telle que l’enfant puisse la mettre en lien avec sa propre vie.
L’enfant en question était Rahula, le propre fils du Bouddha.
Le Bouddha est connu, chez les pratiquants occidentaux, pour avoir abandonné sa famille le jour-même de la naissance de son unique enfant.
Quel genre de père ferait une chose pareille ? (Nous en connaissons tous l’un ou l’autre.) Mais dans le cas du Bouddha, ce renoncement – à la paternité et aux fastes du palais – était le reflet d’une profonde conviction, celle qu’il était possible de trouver un bonheur durable et inconditionnel.

En quittant sa famille, les chaînes  qui pesaient sur sa vie émotionnelle et spirituelle, il a, au final, pu lui donner la possibilité de connaître le bonheur inextinguible qu’il avait lui-même trouvé.

À l’âge de sept ans, Rahula devint le disciple de son père et commença sa formation de moine.
Dans un discours devenu célèbre sous le nom de « Sutra de Rahula » (Majjhima Nikaya 61), le Bouddha sème chez son jeune garçon les graines de certains de ses principaux enseignements.
Il commence en soulignant l’importance de dire la vérité – sous-entendant que si Rahula entend trouver la vérité, il lui faudra d’abord lui-même la dire.
Il l’invite ensuite à utiliser ses actions comme un miroir.
Avant de faire quoi que ce soit, dit-il à Rahula, demande-toi :
« Ce que je m’apprête à faire est-il adroit ou non ?
Cela fera-t-il du bien ou du mal ? »
Si cela te semble susceptible de faire du mal, abstiens-toi. Si cela te semble ok, essaie. Cela étant, pendant que tu agis, pose-toi à nouveau les mêmes questions. S’il apparaît que ton action est néfaste, arrête. Dans le cas contraire, continue.
Enfin, quand tu as terminé, repose-toi une nouvelle fois les mêmes questions – Cela a-t-il engendré du bien-être ou fait du mal ?
Si tu vois que cette action qui, au premier regard, te semblait bonne s’est finalement révélée néfaste, parles-en avec une autre personne engagée sur la Voie et prends la résolution de ne plus commettre cette erreur.
Mais si, comme le dit Bouddha, « en réfléchissant à une action commise à travers ton corps, ta parole ou ton esprit, tu sais qu’elle n’a pas conduit à l’affliction… Que c’était une action juste, aux conséquences plaisantes, aux résultats plaisants, alors tu devrais t’en sentir mentalement revigoré et joyeux, et développer nuit et jour les qualités mentales justes ».

Le Bouddha enseigne à son fils l’importance d’apprendre de ses erreurs, d’assumer les responsabilités de ses actes et de cultiver la compassion.
Mais, de manière tout aussi cruciale, il lui enseigne la place de l’intention dans nos actions et le fonctionnement de la causalité – le fait que les actions ont des résultats immédiats et à long terme.
Il lui enseigne aussi la base des Quatre Nobles Vérités, la notion selon laquelle la souffrance est causée par les actions passées et présentes, et si nous sommes vigilants, nous pouvons découvrir comment agir de manière de plus en plus juste, jusqu’à atteindre une totale liberté.

Le Bouddha avait un avantage pour enseigner aux enfants : il vivait dans un monde où la pratique et l’enseignement spirituels faisaient partie de la vie quotidienne.

enfantcalligraphie
Ceux d’entre nous qui ont la charge d’enseigner ou d’élever des enfants, et qui veulent le faire en leur inculquant des valeurs bouddhistes, doivent mettre en place quelque chose qui n’existe pas – une structure, un support pour enseigner le Dharma aux enfants et aux adolescents.
Nous ne partons pas de zéro – le Sutra de Rahula et de nombreux autres enseignements sont un excellent point de départ, et notre propre expérience, de même que notre conviction, comptent beaucoup – mais nous avons encore du pain sur la planche.
Des histoires et des activités intéressantes peuvent aider les enfants à voir la pertinence des enseignements tandis que les adultes, amis et mem-bres de la sangha, peuvent partager leur expérience, leurs connaissances et leurs compétences dans l’enseignement de la méditation et aider les enfants à cheminer sur la Voie.

En tant que bouddhistes, nous faisons œuvre de pionniers, en nous efforçant de construire une culture religieuse et éthique pour nous-mêmes et pour nos enfants dans un monde matérialiste qui n’a que faire de cette vision.
Mais la beauté qu’il y a à enseigner le Dharma aux enfants, c’est que cela nous force à être des pionniers habiles. D’une certaine façon, c’est comme si intégrer les enfants (et autres réalités de la vie humaine) dans notre pratique bouddhiste était la dernière frontière pour la plupart des centres de pratique, calqués sur un modèle de retraite devenu rare, inspiré par les monastères (ce qui, entre parenthèses, est une activité spécialisée dans les pays bouddhistes aussi).
Il n’est pas ici question de faire appel à une baby-sitter pendant que nous méditons, même si organiser une garde d’enfants efficace et abordable – et je ne parle même pas d’enseigner le Dharma aux enfants – est une tâche colossale, qui prend beaucoup de temps.
Le fait d’être présents quand nous pratiquons, va peut-être exposer nos enfants à ce que nous faisons, mais cela risque de ne pas les intéresser outre mesure.
Faire entrer le bouddhisme dans la vie de nos enfants nécessite que nous revoyons notre approche de la parentalité, ou que nous devenions des bénévoles à temps plein, examinant toute une palette d’outils didactiques, mettant en place des programmes, confectionnant des drapeaux de prières et des lanternes en papier pour Vesak avec des enfants de huit ans, enseignant la méditation dans les écoles.
Cela peut se révéler incroyablement frustrant.
Quand Willa, ma fille, avait huit ans, nous sommes allés rendre visite à un ami dans un monastère.
Après coup, elle m’a dit :
« Pourquoi est-ce que je voudrais être bouddhiste ? C’est moche et c’est ennuyeux. »

Comprenez : il n’y a rien à y faire pour les enfants, rien de duveteux ni de rose, et je suis bien obligée de rejeter cette chose qui compte tant pour toi.
Un an plus tard, pourtant, elle a commencé à amorcer avec moi toute une série de conversations sur le lien entre karma et chance.
Son verdict : on peut croire aux deux.
« Tu crées ton propre karma, et tu crées ta propre chance, donc la chance doit faire partie de ton karma ».
J’ai aussi l’immense chance de travailler dans une école qui propose un programme de méditation pour les enfants, de sorte qu’elle reçoit toute une formation à ce sujet sans que celle-ci vienne de ses parents, et qu’elle peut tester la valeur des enseignements entendus par elle-même.
Ce qu’il y a de formidable dans ce projet, c’est que nous réalimentons le feu de camp des pionniers et, dans le même temps, nous sommes à l’écoute de nos enfants.
Nous leur donnons un exemple de générosité, nous soulignons l’importance de s’atteler à une tâche, comme le fait d’être attentif ou de s’asseoir en méditation, jusqu’à ce que nous soyons à même de bien la faire – parce que c’est alors que cette activité est la plus agréable et la plus significative, et qu’elle porte ses fruits.
bouddharieurCe faisant, nous renforçons aussi notre propre pratique, mais l’essentiel, c’est que nous transmettons quelque chose de vraiment précieux à nos enfants.

Dans le Sutra de Rahula, le Bouddha enjoint son fils à cultiver des amitiés avec des adultes sages, qui pourront l’aider à faire le bon choix – des personnes en qui il peut avoir confiance et à qui il peut se confier. Si nous pouvons nous positionner de manière à être ces amis pour des enfants – les nôtres ou ceux d’autres personnes – nous leur rendons un fier service.
Mel Levine, neurodéveloppementaliste et pédiatre américain qui a écrit de nombreux ouvrages sur le développement de l’enfant, estime que nous vivons, pour la première fois de l’histoire, dans une ère où les enfants se tournent davantage vers leurs pairs et vers les médias pour y trouver leurs modèles.
Si nous ne voulons pas qu’Hannah Montana et Iron Man soient les seuls modèles de nos enfants, il va nous falloir gagner et conserver leur respect.

D’après Mary Talbot, «Teaching Your Children Buddhist Values », Tricycle, automne 2008.
Traduction : Françoise.

En vrac

अवलोकितेश्वर Horizon
fleurs

De chez toi tu as atteint
l’Horizon ici.
 D’ici vers un autre
d’ici tu vas.

D’ici au prochain
du prochain au prochain
d’horizon en horizon
chaque pas est un horizon.

Compte tes pas
et souviens-toi de leur nombre.
Ramasse les cailloux blancs
et les drôles de feuilles.
Souviens-toi des tournants
et des falaises autour de toi
car tu peux avoir besoin
de revenir chez toi.

Tenzin Tsundue
https://www.tenzintsundue.com/poems/horizon/

अवलोकितेश्वर Rouleaux peints
Dans un style classique, et très abouti :
https://fineartamerica.com/profiles/daishin-mccabe.html?tab=artworkgalleries&artworkgalleryid=765521

kannonrikiDaishin San a été longtemps le disciple de Daïen Ni Osho aux Etats Unis.

Elle dit  à son propos : «  Quand  Daishin  était avec moi au Mt. Equity Zendo, je lui ai demandé de faire trois calligraphies chaque jour. Et aujourd’hui, il peut faire de superbes calligraphies, ou des peintures de bodhisattvas, de Kannon-Riki fleurs, de personnes, etc. Il est un amateur, mais son coeur est pur et aimant, alors je vous conseille d’ aller les regarder.»