अवलोकितेश्वर Ce mois-ci, cette liste des femmes, nonnes, et héritières du Dharma au Japon nous amène auprès de Keizan Jokin( 1268-1325)  et de tout ce qu’il fit pour les nonnes, sous l’influence de sa mère.
« Je suis né dans une propriété qui dépend du temple de Kannon, à Tane, dans le département d’Echizen. Tous les évènements religieux qui ont marqué le cours de ma vie, je les dois aux prières de ma mère envers Kannon ».
( Sa mère avait rêvé de Kannon, et l’avait priée pendant toute sa grossesse ).

keizan jokin

http://global.sotozen-net.or.jp/fre/what/Buddha_founders/keizan_zenji.html

Et en manga édité par la Soto Shu :
https://global.sotozen-net.or.jp/eng/library/comics/en_US/keizan/

http://www.buddhaline.net/Les-femmes-dans-l-histoire-du-zen

Egi (13ème siècle)
Elle a d’abord été ordonnée comme nonne dans l’Ecole Daruma, puis elle devint une disciple de Maître Dôgen à Eiheiji. Elle passa plus de 20 ans près de lui, et le soigna sur son lit de mort. Elle aida ensuite Koun Ejo lors de la transition de chef de temple de Eiheiji,  et elle a aussi sans doute participé à l’écriture du Shobogenzo Zuimonki.

Joa (fin 13ème siècle)
Nonne et disciple de Kangan Giin (1217-1300), lui même disciple de Koun Ejo. Giin eut de nombreuses disciples femmes, et il établit un lignage Soto important dans le Kyushu(sud Japon). La pratique principale de Joa fut la vénération et la copie du Soutra du Lotus.

Senshin (fin 13ème siècle)
Elle fut aussi disciple de Kangan Giin, sa pratique était la vénération des reliques .

Mugai Nyodai (1223-1298)
Elle est considérée comme l’une des femmes les plus importantes de l’Ecole Rinzaï ; elle hérita du Dharma de Mugaku Sogen, le fondateur de Engakuji. Après avoir reçu la transmission, elle fonda le temple de Keiaiji, le premier
Kumen Kannon « Sodo » (*) de nonnes au Japon. Elle est aussi connue sous le nom de Chiyono, et l’histoire de son illumination est bien connue :  elle portait un seau plein d’eau quand le fonds céda, et à ce moment elle fut éveillée.(**)

Ekan Daishi
Elle était la mère  de Keizan. Elle fut nonne et Abbesse de Joju-ji au moment des funérailles de Gikai en 1309 ; c’est d’elle que Keizan tint sa dévotion religieuse. Elle portait une grande dévotion à Kannon ( le/la bodhisattva Avalokiteshvara) et aida à la faire reconnaître par l’Ecole Soto. Keizan faisait l’éloge de son enseignement infatigable aux autres nonnes. Pour honorer sa mémoire, il fit le vœu d’aider toutes les femmes, partout.

kannon2Myoshi-ni,
Elle est la nièce d’Ekan, fut nommée Abbesse du  premier monastère de femmes de l’école Soto, Hoo-ji, qui avait été construit par Keizan en l’honneur de sa mère. Le 23 mai 1325, pour honorer sa mémoire, Keizan fit vœu d’aider les femmes dans les trois mondes et dans les dix directions.
Une trentaine de nonnes suivirent son enseignement ; l’introduction des nonnes dans la pratique soto, telle qu’elle fut établie par Dôgen et Keizan à travers l’influence de leurs mères, continua sous la période Muromachi, grâce à leurs successeurs.

En’i
Elle offrit à Keizan un grand terrain pour construire Eikoji. Il ordonna qu’en son honneur des cérémonies soient faites chaque année, même après leur mort.

Shido (début 14ème siècle)
Elle fut une nonne Rainzaï ordonnée, ayant reçu la transmission ; en 1285, elle fonda le couvent de Tokeiji à Kamakura, qui fut un refuge pour les femmes battues ou abandonnées par leur mari. On utilise beaucoup ses dialogues dans les enseignements du Rinzaï.

Shozen (début 14ème siècle)
Disciple de Keizan et mère de Sonin, elle resta femme à la maison, avec beaucoup d’argent et un pouvoir considérable. Elle aussi donna du terrain pour le temple et fut, pour cela, honorée par Keizan chaque année.

Mokufu Sonin (14ème siècle)
Disciple de Keizan, et fille de Shozen, elle fut ordonnée en 1319.
Elle et son mari Myojo, ordonné quelques années plus tard, donnèrent beaucoup de terrain à Keizan Jôkin et cela lui permit de fonder Yokoji. Ils allèrent jusqu’à abattre leur maison de famille pour lui laisser la place.
Elle reçut la transmission du Dharma en 1323, et fut la première abbesse de Entsu’in, un couvent important. Keizan l’appelait la réincarnation de sa grand-mère, et dit qu’elle et lui étaient inséparables.

Kinto Ekyu
Disciple de Keizan, elle reçut la transmission à l’intérieur de l’Ecole Soto.

Myosho Enkan (début 14ème siècle)
Cousine de Keizan, abbesse de Entsu’in après Sonin, puis de Ho’oji, couvent fondé par Ekan .

Soitsu (milieu 14ème siècle)
Héritière du Dharma de Gasan Joseki (1275-1365), lui-même important disciple de Keizan, elle eut plusieurs héritières du Dharma.

Shotaku
Elle est la 3ème enseignante de Tokeiji.
Lors d’une tentative de viol, elle repoussa ses agresseurs par ses pouvoirs psychiques.

kannon3Eshun (vers 1364-?)
Soeur du célèbre enseignant de l’Ecole Soto, Ryoan Emyo (1337-1411), qui fut abbé de Sojiji et d’autres temples.
Son frère lui refusa l’ordination
parce qu‘elle était très belle, et qu’il craignait qu’elle ne soit une tentation pour les moines. Alors elle se rasa la tête et se marqua au visage avec un fer brûlant. Une fois ordonnée, elle battit tous les moines au cours des débats du Dharma.
Lorsqu’elle se sentit proche de la mort, elle organisa ses propres funérailles en allumant un grand feu et en s’asseyant bien droite au milieu.  Lorsque, affolé, son frère arriva et s’exclama devant la brûlure du feu, elle répondit:  « Pour la personne qui vit dans la Voie, chaud et froid sont inconnus ».
Il y a un mémorial qui lui est dédié à Odawara, au Temple de Saokiji, où de nombreuses personnes  vont faire des offrandes .

Soshin, Onaa Tsubone (1588-1675)
Née dans une grande famille de samouraïs, elle se maria à 15 ans et eut trois fils avant de divorcer et de résider dans un sous-temple fondé par son père à Myoshinji, un complexe de temples Rinzaï à Kyoto.

Elle se remaria quelques années plus tard,  puis elle reçut une position importante dans le palais du Shogun Tokugawa à Edo (Tokyo).

Elle enseigna la Voie du Zen aux femmes de  la Cour, soutint également les érudits confucéens, et finit par avoir une influence certaine au niveau du gouvernement. Elle étudia avec le célèbre Maître Rinzaï, Takuan Soho (1573-1645),      à qui elle permit de rencontrer le Shogun, et selon certaines sources, elle hérita de son Dharma.

Ordonnée nonne en 1660, le Shogun Tokugawa Iemitsu la nomma Abbesse du nouveau temple Rinzaï de Saishoji à Edo, même si son mari était encore vivant.
Elle eut beaucoup de disciples et laissa plusieurs écrits importants.

Bunchi Jo (1619-1697)
Princesse impériale qui devint Abbesse dans l‘Ecole du Zen, à une époque de grands bouleversements politiques. On se souvient d’elle pour sa peinture et sa poésie.

Ryonen Gensho (1646-1711) (***)
Laissant derrière elle son mari et  ses enfants, elle entra au monastère de Hokyo-ji à 26 ans ; là, l’ordination lui fut refusée pour   les mêmes raisons que Eshun : trop belle, distrayant les moines.
Elle aussi se marqua le visage au fer, et fut alors ordonnée par Haku-o qui certifia son Eveil. Elle devint abbesse de Renjo’in, et fut aussi une poète célèbre.

zenwomenSatsu

Disciple brillante et excentrique de Hakuin entre16 et 23 ans.  A 15 ans, son père lui ayant demandé de lire un livre de soutras de Kannon afin qu’elle attire par ses prières un mari, elle s’était assise dessus, et avait répliqué : «  Si comme le dit le moine de Shoinji, tout a la Nature-de-Bouddha, quelle différence entre mon derrière et le livre de soutras ? ».
Hakuin trouva sa réponse intéressante et l’accepta comme disciple.
Bien que leurs rapports aient été tumultueux, elle reçut de lui  -tout en restant laïque- la transmission du Dharma. On dit qu’elle le poussait sans cesse aux « Combats du  Dharma », puis quittait brusquement la pièce dès qu’il commençait à lui donner des explications.
En fin de compte, il lui conseilla de se marier et de mettre la pratique du zen dans sa vie quotidienne.              Ce qu’elle fit : elle eut des enfants,  et des petits-enfants.
A la mort d’une de ses petites-filles, un voisin la vit pleurer bruyamment. Pensant  qu’une personne vraiment éveillée ne pouvait pas éprouver ce genre d’émotions, il lui demanda :
«  N’avez-vous pas reçu un certificat attestant de votre Eveil de Hakuin lui-même ?  Alors pourquoi vous comportez-vous ainsi ?
– Imbécile, lui répondit-elle, mes larmes sont un mémorial plus précieux que les chants lugubres de cent moines. Ces larmes  commémorent chaque enfant qui est mort. Elles montrent exactement ce que je ressens à cet instant. »

Extrait de : Zen Women : Beyond Tea Ladies, Iron Maidens, and Macho Masters. Grace Schireson

ohashiOhashi (vers 1700)

Encore adolescente, elle devint  prostituée pour aider sa famille, lorsque son père fut démis de son poste de samouraÏ.
Alors qu’elle était désespérée par la vie qu’elle menait, elle rencontra Hakuin qui lui conseilla de « réfléchir à qui fait ce travail », et de chercher comment la pratique était possible dans toutes les situations.
Elle s’éveilla après s’être évanouie de peur quand la foudre tomba pas loin d’elle, et Hakuin certifia son Eveil.
Quelques années plus tard, alors qu’elle était toujours courtisane, elle se maria, puis plus tard encore, avec l’accord de son mari, elle devint nonne.

(*) Sodo :
http://global.sotozen-net.or.jp/fre/practice/zazen/manners/index.html

(**) Poème de Chiyono :
« J’avais essayé de réparer le vieux seau
mais la tresse de bambou était  fragile et près de se rompre,
en sorte que le fond du seau tomba.
Il n’y eut plus d’eau dans le seau
ni de lune dans l’eau ! »
http://eveilphilosophie.canalblog.com/archives/2017/09/05/35648044.html

(***)  Ryonen Gensho
« Lorsque j’étais jeune, je servis Yoshino-kimi, la petite-fille de Tōfukumon’in, dans le temple impérial de Hōkyō-ji.

Elle est morte récemment et bien que je sache que c’est une loi de la nature, l’impermanence de ce monde me toucha profondément, et je suis devenue nonne : coupant mes cheveux, teignant mes robes en noir, je  partis en pèlerinage pour Edo.

Là je rencontrai le moine Haku-ō de l’Ecole Obaku Zen. Je lui parlai de ma profonde dévotion au Bouddha depuis mon enfance, mais il me répondit que bien qu’il puisse voir que mes intentions étaient sincères, je ne pouvais pas échapper à mon apparence féminine. Alors je chauffai un fer et le tint contre mon visage , puis j’écrivis au fil de mon pinceau :

calligraphie
Calligraphie de ce poème par elle-même.

Autrefois pour m’amuser à la Cour, je brûlais de l’encens d’orchidée,
Maintenant pour entrer dans la vie du Zen, je brûle mon propre visage.
 
Ainsi passent naturellement les quatre saisons
Mais je ne sais qui je suis au milieu de ce flot. 

https://terebess.hu/zen/mesterek/RyonenGenso.html

Traduction : Jôshin Sensei