« Connaître

les montagnes, 

ce n’est pas savoir 

au sujet des montagnes, 

mais vivre et mourir 

avec elles… »

Maître Dôgen

Lotus-vignetteNotre savoir, nos connaissances amènent d’autres possibles. Quand je dis : « je sais », je ferme le sujet. C’est rigide. C’est la non-possibilité de voir, manipuler, toucher d’autres choses, à savoir l’ouverture, la découverte, la souplesse, la flexibilité, l’eau courante.On se sent parfois agressé dans ce changement. Il y a illusion du besoin de sécurité (je sais où je mets les pieds). 

En vérité, nous ne savons jamais où nous mettons le pied, cela peut être un abîme…La stabilité ne peut se trouver que dans le mouvement. Même la terre tourne, sur elle-même, et dans l’univers.Le mouvement est la vie. Donc, il n’y a qu’une seule solution qui est d’être Un :  à l’intérieur de ce Un, il y a soi (intérieur et extérieur) et l’environnement.

Etre dans cet instant, dans ce que nous sommes en train de faire, et alors les bols ne sont plus un objet extérieur qui nous embarrassent. L’outil de jardin devient le lien entre soi et la plante, la terre, etc. On est relié parce que disponible, ouvert.  

Nous pouvons à chaque instant basculer du « je sais » à « oui, je suis prêt à apprendre, rencontrer ; j’accepte de me mettre dans des situations dont je ne sais rien, qui sont l’inconnu total ». Et d’autres fois, juste le silence, rester et contempler. 

Parfois, on ne voit même pas qu’on a refusé, qu’on a fui. Il y a quelque chose d’important à aller vers, accompagner, aller ensemble –  ensemble avec sa peur, sa colère, sa résistance. Cela aide à lâcher. 

Dans la vie, il va toujours falloir laisser se rencontrer intérieur (soi) et extérieur (environnement) qui vont se rejoindre. Comment ? Comme l’eau et le lait ou bien  comme l’eau et l’huile ? Tout est déjà à l’intérieur de nous. Quand la réponse que nous donnons dans notre vie est non, c’est difficile. Nous sommes comme des icebergs et nous avons à devenir de l’eau. Aussi, dans notre tradition du Zen, pour étudier, escalader la montagne  (être un avec), nous mettons notre vie spirituelle dans notre corps, nous sommes ouverts aux gestes, au faire. 

Bol2mainsGassho est très important. Il y a unité. Réunir. Relier et redonner. Nous marchons le Chemin, c’est le corps. Nous refaisons des gestes encore et encore. Par exemple se laver les dents, oui mais comment ? Dans la présence ou dans l’automatisme ? En général l’esprit entraîne le corps alors que pour nous, dans notre pratique, c’est le corps qui entraîne le cœur. 

Tous ces gestes, épurés, vont amener plus de silence, d’espace, d’harmonie à l’intérieur de soi et à travers les situations vécues dans notre environnement.  

Chaque jour nous étudions, zazen, cérémonie, bols, vaisselle, zazen… ce sont toujours les mêmes gestes et pourtant jamais les mêmes gestes.  Chaque instant, geste, acte est unique, il n’y a jamais deux fois le même instant. Nous le vivons rarement pleinement. Nous voudrions vivre au ciel, sur un petit nuage, sans être encombré de rien, et pourtant, nous sommes des êtres de la forme ! 

Nous étudions cette forme pour aller au-delà de cette forme. Comme dans l’escalade, faire un avec la paroi, les muscles font écho aux aspérités de la paroi, les doigts dans les plus petits creux, et on ne peut pas « rêvasser », on doit être un avec la montagne. On doit s’y abandonner totalement, s’ouvrir totalement. Beaucoup de souplesse en étant très attentif à la fois. Totalement présent. Alors, on passe du monde fini au monde infini. Continuer la recherche, escalader sans fin les montagnes. On veut tout maîtriser, contrôler, dehors, dedans, avec la tête. Mais pour s’ouvrir à l’infini (escalader les montagnes), il va falloir s’abandonner, accepter, dire oui. C’est ce que l’on peut appeler la grâce.

Notes d’enseignement, Joshin Sensei