Enku-bouddha3 On dit de Bodhidharma le moine indien qui aurait apporté le Zen en Chine qu’il a passé neuf ans devant un mur dans une grotte au temple  de Shaolin en Chine. 

Si l’histoire est vraie, le Zen qu’il a fait connaître est un zen de l’assise du mur.

J’ai appris à méditer un été alors  que je construisais un studio pour des amis habitant en Californie près de Big Sur. Cette construction a duré plusieurs semaines et l’une de mes hôtes, qui pratiquait le bouddhisme, m’a encouragé à venir m’asseoir avec elle au dojo de Carmel. 

« Si tu viens le premier mardi du mois, Catherine t’expliquera comment t’asseoir ». J’y allai donc, et la nonne Zen Catherine Thanas m’a appris à m’asseoir dans la bonne position, que faire de mes yeux et de mes mains, et des pensées qui arrivent. J’ai demandé : « Qu’est-ce que je suis supposé apprendre en faisant face à un mur comme celui-ci » ? Elle m’a répondu : « L’assise va  vous l’apprendre ». Puis les autres participants sont arrivés, et j’ai été laissé à mes propres moyens pour répondre à la question. C.Thanas avait raison. Cette toute première soirée d’assise a dû m’apprendre que m’asseoir comme cela était bon pour moi. 

Après être resté assis avec mal aux jambes devant ce mur pendant 45 mn, je me suis en quelque sorte senti obligé de continuer. Je me suis assis le matin suivant, avant d’aller travailler, et puis encore le soir, et chaque matin et chaque soir. Je n’ai jamais arrêté. Il m’a semblé dès le début que c’était ma propre place dans le monde qui devenait plus claire et plus vaste rien que par cette simple pratique de m’asseoir en face d’un mur.

Après des semaines d’assise avec le Dojo de Carmel, j’ai fini le travail et je suis rentré à la maison. Les cinq années suivantes, je me suis assis tout seul, sans autre enseignant que l’assise elle-même  et sans autre compagnie que celle du mur en pin de la chambre à coucher à 30 cm du bout de mon nez. Finalement, le mur a fourni tout l’enseignement dont j’avais besoin, et l’ancien exemple de Bodhidharma a prouvé être suffisant. Qu’est-ce qu’il y a donc dans un mur qui pénètre ainsi la conscience de la personne qui s’assoit avec lui ? 

D’une part, vous ne pouvez rien faire d’un mur qu’un mur. Il est obstiné-ment résistant à toute imagination. Mon mur n’a jamais essayé d’être autre chose qu’un mur. Il n’a pas essayé d’être un plancher, ou un plafond, ni le coucher de soleil dont les couleurs l’illuminaient les soirs d’été.                                             Il était parfaitement satisfait d’être ce qu’il était. J’ai trouvé que c’était difficile à égaler pour moi, qui veux souvent être autre que je ne suis.

J’ai vu combien il remplissait sa fonction naturellement. J’ai vu comment il rencontrait l’horizontalité du plancher et du plafond avec une exactitude verticale. Et cette partie du mur à laquelle je faisais face continuellement rencontrait les deux autres parties du mur à un angle de parfaitement 90°. Avec le temps, j’ai eu l’impression que le mur n’était pas tant un mur parce qu’il portait le plafond de la chambre : sa « muritude » avait à voir avec autre chose que sa fonction. Ce n’était pas un mur par rapport à quelque chose d’autre, c’était un mur en/et par lui-même. 

Pendant les heures, les jours et les années d’intimité avec ce mur en pin de chambre à coucher, moi aussi,  je suis devenu graduellement juste ce que je suis, quelques soient les circonstances extérieures, avec seulement le mur pour témoin.

Lin Jensen,  Bodhidharma Summer 2013.

Traduction : Joshin Sensei