Nous avons tous été choqués et horrifiés lorsque les premières images de ce qu’on peut appeler le génocide des Rohingas sont arrivées, et que nous avons appris qu’il se faisait au nom du bouddhisme.

Nous nous sommes interrogés, nous avons été interrogés, et nous n’avions pas de réponse. 

Comment peut-on tuer au nom de paroles telles que « Car la haine ne peut jamais être vaincue par la haine, seulement par l’amour… » 

A chercher dans les textes, nous savions bien qu’on ne peut y trouver le moindre mot justifiant une tuerie, ni même l’idée de l’« autre », car où s’accrocherait-elle dans un univers dont le mot-clé est « interdépendance »… ? 

Alors j’ai cherché, j’ai lu, j’ai essayé, non pas de comprendre les actes inacceptables, mais de comprendre comment une telle idée avait pu se former.

Et il faut remonter au passé, là sont les racines du présent : 

Au 19ème siècle la Birmanie devient une colonie britannique, annexée à l’Inde. Le mouvement nationaliste birman va lutter en s’appuyant sur le modèle fasciste et guerrier du Japon du début du 20ème siècle. Ce parti va construire une pensée nationaliste (et xénophobe, ce qui va souvent ensemble) pour rassembler tous les birmans contre l’occupation anglaise.

 L’armée pour la libération de la Birmanie, formée en grande partie dans le Japon militariste des années 1930, s’allie à ce pays contre les Anglais pendant la 2ème guerre mondiale. En 1948, la Birmanie redevient indépendante, mais ce sont des années de guerre civile entre partis, et l’armée, renversant le gouvernement élu, prend le pouvoir en 1962 (*)

Répression, rebellions, emprisonnements, travail forcé, arrestations de moines et de journalistes, déclin de l’économie… jusqu’en 2012 où débute une fragile démocratie.                                      Mais la situation des minorités, Rohingas, Karens, Kachins, Môns, Shan ne s’améliore pas. La structure nationaliste mise en place au 20ème siècle pour lutter contre la colonisation est toujours présente, elle sert de point de rassemblement à tous les gouvernements pour « souder » les Birmans autour de lui. 

On en arrive à un faux syllogisme effarant : Tous les birmans sont bouddhistes, tous ceux qui ne sont pas bouddhistes ne sont pas birmans.

Bien sûr ça nous rappelle d’autres choses, d’autres pays, hélas… Erdogan en Turquie, le Parti Nationaliste Hindou en Inde, et d’autres pays encore, plus près de nous… Comment contrer cela ? 

056_Chen_Shao_Kuan,_Fearless_Avalokitesvara_(34343249074) copie  Avalokiteshvara de la Non-Peur

Tout ce que nous (bouddhistes non-birmans, pire occidentaux, anciens colonisateurs) pourrons écrire n’aura pas de prise sur ce « raisonnement » puisque ce n’est pas de « bouddhisme » qu’on parle là, mais de nationalisme.

Nationalisme religieux, qui assimile une identité religieuse à un pays, une terre. 

Nous ne voyons que trop le nationalisme se répandre dans tous les pays, y compris en Europe, c’est la base de tous les rejets : « Ceux qui n’ont pas la peau de telle couleur… un nom qui sonne comme nous… ».

Voici ce que l’on peut entendre ou lire dans les journaux : « Ces musulmans Rohingas traversent subrepticement la frontière, leur nombre augmente, ils diluent la population bouddhiste et forment l’avant-garde d’une croisade pour tourner le Myanmar (la Birmanie) en un pays musulman ( … )  Si la culture bouddhiste disparaît, alors Rangoon (la capitale) deviendra comme la Mecque… ».  

Et cela nous rappelle tout de suite d’autres discours, ici même…

Birmanie : alors que faire ?                 

Oui il y a quelque chose à faire, même si encore une fois le bouddhisme n’est là que comme référent identitaire et pas du tout comme religion, paroles du Bouddha, Enseignements.   

Il n’empêche. Le nom du Bouddha est prononcé, nous sommes concernés. Il n’empêche : nous sommes concernés face à tous les crimes, meurtres, violences, où que cela se passe, en quelque nom que ce soit. 

Pour en savoir plus :  

https://www.lionsroar.com/what-does-buddhism-have-to-do-with-the-ethnic-cleansing-in-myanmar/

Et pour aider : 

https://www.amnesty.fr/conflits-armes-et-populations/petitions/au-myanmar-les-rohingyas-y-sont-cibles-en-raison-de

En anglais, très complet :  

https://www.partners.ngo/take-action/rohingya-refugee-crisis

Bien sûr, il s’agit de donner, mais aussi de signer une pétition, en clair de bouger, et de dire que nous ne resterons pas sans rien faire devant cette misère, parce que comme l’a écrit Shantideva :

« Tant que demeurera l’espace, tant que demeureront les êtres sensibles

puissè-je moi aussi demeurer pour soulager les malheurs du monde..  ».       

Joshin Sensei

(*) https://www.ritimo.org/Chronologie-et-histoire-recente-de-la-Birmanie