coeur-espritStabilisée du dedans, tu t’efforces de maintenir ce souffle neuf à l’abri de la contamination par l’extérieur, l’actu, les contacts, les projets et tu vois comme c’est difficile. 

Mais ce ne l’est que quand on oppose les deux mondes comme un intérieur et un dehors qui doivent rester imperméables l’un à l’autre.

Et certes les monastères, occidentaux ou orientaux, sont le lieu et le rythme inventés tout exprès pour se cueillir au plus près, dans un isolement apparent grâce auquel se concentrer, être vigilant au pas, au souffle, à l’assise, à soi, mais aussi au couteau, à la serpillière, à la carotte, aux arbres, aux autres : communauté avec les autres et le reste dont on s’avise qu’ils ne sont pas autres ni un reste. 

Autrement dit, nul repli, mais de l’espace d’accueil. 

Et c’est cela qui n’est pas aisé à transférer dans l’agitation du quotidien. 

Mais c’est cela qui est appris, dont les linéaments sont donnés : conserver comme un bien précieux ce blanc, cette paix pour qu’ils agissent aussi ailleurs que dans les enceintes où on a pu les (re)trouver. 

Et avec eux, la compassion pour les errants hors d’eux-mêmes, le tact pour ne pas intervenir à contretemps, ne pas les abominer et excommunier. 

Dur. A moins qu’il ne s’agisse que  de souplesse. Car c’est si simple, et pour tout dire, si enfantin de classer le monde et les choses en deux catégories : le « miam miam » et le « caca boudin », le ya bon et le rien à fiche. 

Juste une façon encore de projeter et protéger l’égo qui n’existe que par préférences.  

Et surtout chez ceux que leur tempérament porte à l’absolutisme de l’adhésion ou du rejet, du tout ou rien. 

Ça s’appelle aussi l’apprentissage de la patience (rien à voir bien sûr avec la tolérance de n’importe quoi, mais tout avec l’attente des conditions favorables, des maturations possibles). 

Au fond, ne plus tout le temps en faire une affaire personnelle,  ne plus « se mettre au milieu »  (comme dit Sensei). 

Le recentrement est un décentrement, pas un retranchement. 

Sous l’individu avec ses caractéristiques psychologico-génétiques, il y a la personne et, sous et par celle-ci, l’accès à l’impersonnel d’où regarder l’individu et ses réactions, et les autres comme soi-même : avec un brin d’humour. 

C’est pour ça que les maîtres rigolent, de toutes les blagues que les autres se font sans s’en apercevoir. Autant ne pas trop s’en faire à soi ni s’en conter.

Affectueusement, 

Papa