vignette251Cultiver la volonté d’être pleinement à l’écoute de la souffrance partout où nous la rencontrons constitue un premier pas sur le chemin de la compassion.

Notre capacité à écouter suit cette volonté de près. Nous pouvons consentir des efforts héroïques pour nous protéger de la souffrance qui nous entoure ou qui vit en nous, mais, en vérité, une vie basée sur l’évitement et sur la défense ne peut qu’être marquée par l’anxiété et par une séparation douloureuse.

La compassion véritable ne naît pas à distance de la souffrance, mais dans ses affres. Nous n’avons pas toujours de solution à la souffrance. Nous ne pouvons pas toujours atténuer la douleur. Toutefois, nous pouvons trouver la volonté de rester à son contact et d’être profondément à l’écoute.
La compassion n’exige pas toujours des actes héroïques ou de grandes paroles. Ce dont on a le plus besoin au plus profond de la détresse, c’est de la présence courageuse d’une personne qui puisse être totalement réceptive.

imagesNous pouvons avoir l’impression qu’être conscients du chagrin, lui ouvrir notre cœur, nous fera souffrir davantage. Il est vrai qu’avec cette prise de conscience vient une sensibilité plus aiguë à nos mondes intérieur et extérieur. La conscience ouvre nos cœurs et nos esprits à un monde de douleur et de détresse qui ne faisait que nous effleurer, comme un galet qui ricoche sur l’eau. Mais elle nous enseigne aussi à lire entre les lignes et à voir derrière les apparences.  Nous commençons à percevoir   chez l’autre la solitude, le besoin et la peur, jusque-là invisibles.
Derrière les paroles de colère, les reproches et l’agitation, nous entendons la fragilité du cœur d’autrui.
Notre conscience s’approfondit parce que nous entendons plus nettement les cris du monde. Chacun de ces cris porte en lui un appel à entendre.
Dans leur quête d’une compassion idéalisée, nombreux sont ceux qui  se négligent. La compassion « écoute les cris du monde », et nous faisons partie intégrante de ce monde.
Le chemin de la compassion ne nous demande pas de nous sacrifier sur l’autel d’un état de perfection idéalisé.
Un parcours de guérison ne fait aucune distinction : dans le chagrin de nos frustrations, de nos déceptions, de nos peurs et de notre amertume, nous prenons des leçons de patience, d’acceptation, de générosité et, au final, de compassion.
La conscience naît de l’intimité.  Nous ne pouvons craindre et haïr que ce que nous ne comprenons pas et percevons de loin. Nous ne pouvons trouver la compassion et la liberté que dans l’intimité. Nous pouvons avoir peur d’être intimes avec la douleur, parce que nous craignons d’être impuissants ; nous craignons de ne pas posséder l’équilibre intérieur nécessaire pour embrasser la souffrance sans être submergés. Pourtant, à chaque fois que nous trouvons la volonté de rencontrer la souffrance, nous découvrons que nous ne sommes pas impuissants.
brahmaviharaLa conscience nous sauve de cette impuissance, nous enseignant comment nous rendre utile par notre gentillesse, notre patience, notre résilience et notre courage.  La conscience est le précurseur de la compréhension, et la compréhension est la condition première pour mettre un terme à la souffrance.
Shantideva, un maître profondément pétri de compassion qui enseignait dans l’Inde du huitième siècle, disait : « Quoi que vous fassiez, soyez conscient de l’état de votre esprit. Faites le bien ; c’est la voie de la compassion ».

À quoi ressembleraient nos vies si nous appliquions cet engagement dans chacune de nos rencontres ? Que se passerait-il si nous nous interrogions sur notre engagement quand nous rencontrons un sans-abri dans la rue, un enfant en larmes, une personne avec laquelle nous avons des difficultés depuis longtemps ou quelqu’un qui nous déçoit ?
Nous ne pouvons pas toujours changer le cœur et la vie d’autrui, mais nous pouvons toujours prendre soin de l’état de notre propre esprit. Pouvons-nous lâcher nos résistances, nos jugements, nos peurs ?
Pouvons-nous écouter de tout notre cœur pour comprendre le monde d’une autre personne ?
Pouvons-nous trouver le courage de rester présents lorsque vous avons envie de fuir ?
Pouvons-nous également trouver la compassion nécessaire pour nous pardonner d’avoir envie de couper la connexion ?
La compassion est un voyage. Chaque moment où nous la cultivons, est un moment de profonde sagesse.
La compassion n’est pas une baguette magique qui peut instantanément faire disparaître toute souffrance. Le chemin de la compassion est altruiste, mais pas idéaliste.
Emprunter ce chemin ne signifie pas, au prix de sa vie, trouver une solution à toutes les difficultés de ce monde ou porter immédiatement secours à tous les êtres.

two-hands-2Nous sommes invités à explorer comment nous pouvons transformer nos cœurs et nos esprits à cet instant.
Pouvons-nous comprendre la transparence de la division et de la séparation ?
Pouvons-nous libérer nos cœurs de la malveillance, de la peur et de la cruauté ?
Pouvons-nous trouver la détermination, la patience, la générosité et l’engagement à ne plus abandonner quiconque, ou quoi que ce soit, en ce monde ?
Pouvons-nous apprendre à écouter vraiment et à découvrir le cœur qui tremble face à la souffrance ?
La voie de la compassion se cultive un pas et un moment à la fois.
Chacun de ces pas érode la montagne de chagrin de ce monde.

Christina Feldman  https://www.lionsroar.com/she-who-hears-the-cries-of-the-world/
Christina Feldman est l’auteure de « Compassion : Listening to the Cries of the World ».
Traduction : Françoise