P1010514 - copie 2La nature fondamentale du bouddhisme est basée sur l’être humain, sur ce qu’est l’être humain.
Le Bouddha découvrit qu’il y avait un malaise fondamental que tous les êtres humains partageaient l’insatisfaction.    Tout le monde est insatisfait, personne ne sait se contenter de ce qu’il a, et c’est cette insatisfaction qui nous pousse à faire tout ce que nous faisons ;  nous agissons dans l’espoir d’obtenir toujours plus de satisfaction.    Il arrive que l’insatisfaction atteigne le degré d’une véritable souffrance ; d’autres fois, il ne s’agit que d’une légère irritation mais, dans tous les cas, elle est présente.
Voilà ce que le Bouddha considéra comme le problème fondamental commun à toute l’humanité.   Chacun essaie de surmonter ce malaise, tout le temps, d’une manière ou d’une autre, bouddhiste ou pas. C’est notre problème.
Le Bouddha analysa cette question et vit qu’à l’origine de notre malaise il y avait le désir :  l’envie d’avoir ou d’être toujours plus.  Parallèlement au désir, il y a l’esprit qui s’évade constamment à la recherche de nouveaux objets de désir jusqu’à ce que le désir apparaisse. L’esprit veut obtenir ceci, s’emparer de cela, essayant ainsi de satisfaire son insatisfaction.
Le problème est que, quand il essaie de s’emparer de quelque chose avec cette avidité, il crée un état d’attachement vis-à-vis de l’objet recherché.
Quand il obtient des choses qu’il aime, il en veut toujours plus et s’y attache ; et quand il rencontre des choses qu’il n’aime pas, il essaie de s’en débarrasser et s’attache aussi au rejet de ces choses.
Quand nous sommes victimes de tous ces attachements, notre vie suit des rails posés dans le passé.

Autrement dit, nous avons eu l’occasion de créer des attachements, positifs ou négatifs, vis-à-vis de toutes sortes de choses, et ces attachements refont constamment surface ; ils prennent le contrôle de notre vie et nous mènent toujours dans la même direction.
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La gamme des désirs

Le désir est si inhérent à la condition humaine que la vie sans désir est presque inconcevable.
Toute personne souhaitant vivre avec sagesse doit d’explorer profondément la nature de ses désirs.
Il y a un certain nombre de mythes qui circulent parmi les bouddhistes. Par exemple on croit que le désir est mauvais, et qu’une personne spirituellement avancée n’a pas de désirs.
Un autre mythe serait que le Bouddha a enseigné que le désir est la cause de la souffrance et que donc tout désir, même le « désir » de pratiquer pour s’éveiller, est un problème.
Mais une vie sans désir n’est pas nécessairement une bonne chose : un des symptômes de dépression est de n’avoir aucun désir.

Donc le Bouddha n’a pas enseigné que le désir est la cause de la souffrance : il a au contraire encouragé ses disciples à avoir un ardent désir pour la libération.
Pour mieux comprendre le « désir » il faut faire la différence entre désir sain (healthy) , et désir malsain (unhealthy c’est-à-dire amenant à   la maladie, physique ou psychique).
Le désir malsain, celui qui rend « malade », sape notre bonne santé psychologique produisant ce que, pour faire court, le bouddhisme appelle « souffrance ».  Le désir sain (celui qui protège notre « bonne santé fondamentale ») peut contribuer à notre bien-être, à notre bonheur, et à la paix  de l’esprit.Bouddha-autel9 copie
Si nous plaçons sain/malsain sur  un curseur, à un bout nous avons les motivations qui conduisent aux choses les plus horribles que l’être humain peut faire. Et à l’autre, le désir va exprimer quelques-uns     des aspects les plus beaux et les nobles de l’esprit humain.
Une façon de distinguer les deux bouts de ce spectre est de faire la différence entre soif (désir insatiable, état de besoin, envie irrésistible) et aspiration (but, élevé souhait).
Quand le Bouddha indiqua la cause de la souffrance, il utilisa le mot « tanha », soif. Cela représente le désir compulsif, celui qui nous entraîne, et auquel il est difficile de mettre fin.
Ce type de « désir » s’accompagne le plus souvent d’un attachement intense, de tension, de corps ou esprit contracté, de stress.
(Image de la personne attachée à l’alcool, où chaque verre va amener le suivant ; c’est une des images les plus excessives, mais nous avons tous l’expérience de ce moment où nous nous disons « je ne devrais pas… » , où nous savons que nous devrions nous dire « assez » mais où nous continuons.
C’est pourquoi, dans le bouddhisme, l’attention, sati, est indispensable, pour ne pas nous engager dans un chemin dont nous ne saurons pas ressortir.
C’est vrai pour de petites choses pas très importantes, et pour d’autres qui peuvent être sources de souffrance pour soi ou pour les autres.

Mais c’est le mécanisme que le Bouddha nous demande de regarder.
C’est de ce mécanisme que parle Milarepa *. Ce désir insatiable, ces addictions ont détruit la vie de nombreuses personnes ; quand cette soif nous domine, il est courant de faire des choix regrettables.

Notre liberté, c’est-à-dire notre libre arbitre, notre capacité à faire des choix sages, est compromise.  Cette soif est lourde pour le corps par les tensions et le stress qu’elle fait apparaître.  Et elle pèse plus lourd encore dans nos esprits : vouloir sans cesse épuise l’esprit.
Lorsque cette soif n’est pas satisfaite, elle tourne souvent en frustration et en colère .
(Voilà un mécanisme très courant et facile à voir :  depuis l’enfant qui hurle parce qu’on lui refuse quelque chose jusqu’à nous… qui ne hurlons peut être pas mais qui savons bien exprimer notre colère et notre ressentiment envers la situation, et surtout la personne qui nous empêche d’avoir ce qui nous semble absolument néces-saire (désirable), que ce soit le nouveau portable, ou toute chose matérielle, petite ou grande, ou un refus d’aller où nous voulons aller, refus de nous aimer, etc.
Et bien sûr envers toute personne recevant/prenant ce que nous considérons comme nous revenant à nous, etc.
Petites ou grandes choses encore une fois, cela importe peu. Petits désagréments quotidiens ou grandes pertes et injustices…  même mécanisme.
Une des découvertes les plus étonnantes de la méditation en pleine conscience est de s’apercevoir à quel point notre esprit est sous l’emprise de cette soif. Cette soif est la raison de cette course incessante de l’esprit en tous sens…     https://www.insightmeditationcenter.org/books-articles/articles/the-spectrum-of-desire/

Si l’on prend l’exemple d’un bébé, s’il n’avait pas le désir de se nourrir, il mourrait… mais ne faisons pas la confusion non plus entre « besoin » (manger) et « désir »    (je n’aime pas ça, je veux ça) !

Vous connaissez sans doute cette histoire : le moine dans sa cabane, la vieille femme qui envoie sa fille pour le séduire, et le moine répond à cette approche en expliquant qu’il est comme du bois mort, sans désir…

Est-ce la bonne réponse ?

Apparemment non, puisque la vieille femme chasse le moine et brûle la cabane… Alors ?

Ce n’est pas que le désir est mauvais « en soi » – ce qui pose problème, ce que nous devons étudier, c’est la façon dont nous répondons à notre désir : doit-il être absolument rempli ? Et si ce n’est pas possible,     comment réagissons-nous ? S’il est accompli, combien de temps avant que le prochain désir ne survienne… ?

Mais plutôt, sommes-nous capables de voir ce désir, de le regarder, de le poser devant nous, de l’accepter…  et de ne rien faire d’autre, sans chercher à le remplir, sans le repousser… ?

Enfin, je ne pense pas – sauf avec une certaine mauvaise foi… – qu’on puisse confondre le désir « d’avoir », basé sur la possession et l’appropriation : « C’est beau ça me plait je le veux » – cette « eau salée » dont parle Milarepa – et le désir de pratiquer une voie spirituelle, l’aspiration à aider soi-même et les autres,     l’appel de la libération…

Joshin Sensei
(*) Milarepa : «  Les désirs que nous réalisons augmentent notre soif comme le ferait l’eau salée ».