P1010514 - copie 2Dans la salle de méditation, nous sommes ici comme ailleurs, si nous ne nous dépouillons pas de tout.
Ce qu’il reste Lin Tsi (Rinzai) le décrit ainsi : « Un tas de chair rouge ». Nous sommes entourés comme par une coquille, de « rupa », le nom-forme, qui s’est construit au cours des années.  Ainsi nous portons : le nom des ancêtres, notre famille, le lieu où nous vivons, puis notre métier, travail, statut social… Mais tout ça, ce n’est pas « le tas  de chair rouge ».
C’est un masque…

Pas comme un masque de théâtre, pour faire semblant ou prendre de la distance. Non, nous sommes ce fils, cette fille, ce professeur, cet ouvrier, ce parent. Mais nous  savons que c’est un masque. Que devient le fils, quand ses parents disparaissent ? L’habitant de tel lieu, que devient-il, quand il déménage ?

Dans la salle de méditation, il faut enlever tous ces masques. « Je suis… » : enlevez-le !

Quand tous les « je suis… » sont enlevés, que reste-t-il ? Un bloc. Un bloc de peur. Là, nous pouvons nous asseoir. Parce que, au moment de mourir, tous les masques tombent d’un coup, on n’en a plus besoin. On se verra alors pour la première fois. Si tard ! Quel dommage !

Alors il vaut mieux se voir dans la salle de méditation, lorsqu’on s’assied sur le coussin. C’est un lieu calme, protégé, d’autres personnes ont là avec nous, font la même chose que nous ; un guide est là. Nous pouvons nous asseoir et enlever tous les masques.

C’est difficile pour tous : enlever jusqu’à son vêtement de nonne ! C’est ainsi que le dit Lin Tsi : dans la salle de méditation, « le Maître est nu ». Si je crois être ce vêtement, alors  ce n’est plus un vêtement de Bouddha.
Quand tout est enlevé, il reste « le tas de chair rouge ». Lin Tsi disait à ses moines : « Soyez des personnes sans affaires ».

S’habituer à « avoir lâché ». Même si vous êtes le Pape, le Président de la République, quand vous entrez dans la salle de méditation, vous lâchez tout ça. Non que cela n’existe pas : cela existe, bien sûr, très concrètement. Mais c’est transparent, on peut voir au travers tant c’est léger !

Grotte-ShweOoMin-20Un Maître à son disciple qui arrive pour le voir : « Avec quoi es-tu venu » ?
Le disciple est un bon disciple, studieux, il a lu des livres…
– Avec rien
– Alors lâche-le !

Le bon disciple sait ce qu’il doit répondre, c’est cela son masque que le maître lui demande de lâcher. C’est le sens de cette notion,  difficile à comprendre, du « non-attachement » : à vivre ici au moins, dans la salle de méditation.

Au moment de mourir, c’est formidable ! On est vraiment   « sans-affaires ». Plus aucun de ces masques ne sert à rien, tout disparaît, et le monde va continuer sans nous, aussi bien, aussi mal…

Bouddha a dit : « J’enseigne la Voie qui mène à la Cessation de la Souffrance ».
A la base, c’est la liberté, liberté de ses masques,  des ses temps, de son espace, de ses pensées…
Tout cela, laissez-le s’échapper dans l’espace, en zazen.

Joshin Sensei