Désir et Insatisfaction

P1010514 - copie 2La nature fondamentale du bouddhisme est basée sur l’être humain, sur ce qu’est l’être humain.
Le Bouddha découvrit qu’il y avait un malaise fondamental que tous les êtres humains partageaient l’insatisfaction.    Tout le monde est insatisfait, personne ne sait se contenter de ce qu’il a, et c’est cette insatisfaction qui nous pousse à faire tout ce que nous faisons ;  nous agissons dans l’espoir d’obtenir toujours plus de satisfaction.    Il arrive que l’insatisfaction atteigne le degré d’une véritable souffrance ; d’autres fois, il ne s’agit que d’une légère irritation mais, dans tous les cas, elle est présente.
Voilà ce que le Bouddha considéra comme le problème fondamental commun à toute l’humanité.   Chacun essaie de surmonter ce malaise, tout le temps, d’une manière ou d’une autre, bouddhiste ou pas. C’est notre problème.
Le Bouddha analysa cette question et vit qu’à l’origine de notre malaise il y avait le désir :  l’envie d’avoir ou d’être toujours plus.  Parallèlement au désir, il y a l’esprit qui s’évade constamment à la recherche de nouveaux objets de désir jusqu’à ce que le désir apparaisse. L’esprit veut obtenir ceci, s’emparer de cela, essayant ainsi de satisfaire son insatisfaction.
Le problème est que, quand il essaie de s’emparer de quelque chose avec cette avidité, il crée un état d’attachement vis-à-vis de l’objet recherché.
Quand il obtient des choses qu’il aime, il en veut toujours plus et s’y attache ; et quand il rencontre des choses qu’il n’aime pas, il essaie de s’en débarrasser et s’attache aussi au rejet de ces choses.
Quand nous sommes victimes de tous ces attachements, notre vie suit des rails posés dans le passé.

Autrement dit, nous avons eu l’occasion de créer des attachements, positifs ou négatifs, vis-à-vis de toutes sortes de choses, et ces attachements refont constamment surface ; ils prennent le contrôle de notre vie et nous mènent toujours dans la même direction.
http://www.dhammadelaforet.org/sommaire/pannavaddho/pannavaddho_fondamentaux.html

La gamme des désirs

Le désir est si inhérent à la condition humaine que la vie sans désir est presque inconcevable.
Toute personne souhaitant vivre avec sagesse doit d’explorer profondément la nature de ses désirs.
Il y a un certain nombre de mythes qui circulent parmi les bouddhistes. Par exemple on croit que le désir est mauvais, et qu’une personne spirituellement avancée n’a pas de désirs.
Un autre mythe serait que le Bouddha a enseigné que le désir est la cause de la souffrance et que donc tout désir, même le « désir » de pratiquer pour s’éveiller, est un problème.
Mais une vie sans désir n’est pas nécessairement une bonne chose : un des symptômes de dépression est de n’avoir aucun désir.

Donc le Bouddha n’a pas enseigné que le désir est la cause de la souffrance : il a au contraire encouragé ses disciples à avoir un ardent désir pour la libération.
Pour mieux comprendre le « désir » il faut faire la différence entre désir sain (healthy) , et désir malsain (unhealthy c’est-à-dire amenant à   la maladie, physique ou psychique).
Le désir malsain, celui qui rend « malade », sape notre bonne santé psychologique produisant ce que, pour faire court, le bouddhisme appelle « souffrance ».  Le désir sain (celui qui protège notre « bonne santé fondamentale ») peut contribuer à notre bien-être, à notre bonheur, et à la paix  de l’esprit.Bouddha-autel9 copie
Si nous plaçons sain/malsain sur  un curseur, à un bout nous avons les motivations qui conduisent aux choses les plus horribles que l’être humain peut faire. Et à l’autre, le désir va exprimer quelques-uns     des aspects les plus beaux et les nobles de l’esprit humain.
Une façon de distinguer les deux bouts de ce spectre est de faire la différence entre soif (désir insatiable, état de besoin, envie irrésistible) et aspiration (but, élevé souhait).
Quand le Bouddha indiqua la cause de la souffrance, il utilisa le mot « tanha », soif. Cela représente le désir compulsif, celui qui nous entraîne, et auquel il est difficile de mettre fin.
Ce type de « désir » s’accompagne le plus souvent d’un attachement intense, de tension, de corps ou esprit contracté, de stress.
(Image de la personne attachée à l’alcool, où chaque verre va amener le suivant ; c’est une des images les plus excessives, mais nous avons tous l’expérience de ce moment où nous nous disons « je ne devrais pas… » , où nous savons que nous devrions nous dire « assez » mais où nous continuons.
C’est pourquoi, dans le bouddhisme, l’attention, sati, est indispensable, pour ne pas nous engager dans un chemin dont nous ne saurons pas ressortir.
C’est vrai pour de petites choses pas très importantes, et pour d’autres qui peuvent être sources de souffrance pour soi ou pour les autres.

Mais c’est le mécanisme que le Bouddha nous demande de regarder.
C’est de ce mécanisme que parle Milarepa *. Ce désir insatiable, ces addictions ont détruit la vie de nombreuses personnes ; quand cette soif nous domine, il est courant de faire des choix regrettables.

Notre liberté, c’est-à-dire notre libre arbitre, notre capacité à faire des choix sages, est compromise.  Cette soif est lourde pour le corps par les tensions et le stress qu’elle fait apparaître.  Et elle pèse plus lourd encore dans nos esprits : vouloir sans cesse épuise l’esprit.
Lorsque cette soif n’est pas satisfaite, elle tourne souvent en frustration et en colère .
(Voilà un mécanisme très courant et facile à voir :  depuis l’enfant qui hurle parce qu’on lui refuse quelque chose jusqu’à nous… qui ne hurlons peut être pas mais qui savons bien exprimer notre colère et notre ressentiment envers la situation, et surtout la personne qui nous empêche d’avoir ce qui nous semble absolument néces-saire (désirable), que ce soit le nouveau portable, ou toute chose matérielle, petite ou grande, ou un refus d’aller où nous voulons aller, refus de nous aimer, etc.
Et bien sûr envers toute personne recevant/prenant ce que nous considérons comme nous revenant à nous, etc.
Petites ou grandes choses encore une fois, cela importe peu. Petits désagréments quotidiens ou grandes pertes et injustices…  même mécanisme.
Une des découvertes les plus étonnantes de la méditation en pleine conscience est de s’apercevoir à quel point notre esprit est sous l’emprise de cette soif. Cette soif est la raison de cette course incessante de l’esprit en tous sens…     https://www.insightmeditationcenter.org/books-articles/articles/the-spectrum-of-desire/

Si l’on prend l’exemple d’un bébé, s’il n’avait pas le désir de se nourrir, il mourrait… mais ne faisons pas la confusion non plus entre « besoin » (manger) et « désir »    (je n’aime pas ça, je veux ça) !

Vous connaissez sans doute cette histoire : le moine dans sa cabane, la vieille femme qui envoie sa fille pour le séduire, et le moine répond à cette approche en expliquant qu’il est comme du bois mort, sans désir…

Est-ce la bonne réponse ?

Apparemment non, puisque la vieille femme chasse le moine et brûle la cabane… Alors ?

Ce n’est pas que le désir est mauvais « en soi » – ce qui pose problème, ce que nous devons étudier, c’est la façon dont nous répondons à notre désir : doit-il être absolument rempli ? Et si ce n’est pas possible,     comment réagissons-nous ? S’il est accompli, combien de temps avant que le prochain désir ne survienne… ?

Mais plutôt, sommes-nous capables de voir ce désir, de le regarder, de le poser devant nous, de l’accepter…  et de ne rien faire d’autre, sans chercher à le remplir, sans le repousser… ?

Enfin, je ne pense pas – sauf avec une certaine mauvaise foi… – qu’on puisse confondre le désir « d’avoir », basé sur la possession et l’appropriation : « C’est beau ça me plait je le veux » – cette « eau salée » dont parle Milarepa – et le désir de pratiquer une voie spirituelle, l’aspiration à aider soi-même et les autres,     l’appel de la libération…

Joshin Sensei
(*) Milarepa : «  Les désirs que nous réalisons augmentent notre soif comme le ferait l’eau salée ».

Dans vos tiroirs

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Vieilles factures et bon de garantie dépassée,
3 vieux agendas de 2012-2014 et 2015,
faire-part de mariages passés depuis longtemps,
caducée de 2014,
une étiquette nominative de congrès,
un vieux programme du centre culturel,
un officiel des spectacles de 2016,
un morceau de plastique ?
un porte-DVD en ferraille rouillée, un portefeuille usé,
un éthylotest périmé,
un morceau de polystyrène…

Tout ceci dans un seul tiroir de commode !
Il me reste toute la maison à explorer…

(Martine L.)

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Je suis d’abord restée dans le vague : livres, vêtements, vaisselle… Puis j’ai ouvert un tiroir au hasard. Voici ce qu’il contenait : un réveil,   un étui à lunettes vide,
un sifflet en forme d’oiseau en argile,
un porte-clés sans clé,
deux clés (sans porte-clés) qui n’ouvrent aucune serrure connue ! une ordonnance de 2015,

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un petit chien (jouet),
un tube d’aspirine vide,
une broche en forme de cœur que je ne porte pas,
des marque-pages alors que souvent je plie un coin de page pour la marquer,
un bouton (de quel vêtement ???), un bracelet en cuir,
une carte de visite (qui peut bien être cette personne ?),
un ticket de métro périmé,
un ticket d’entrée à une exposition (d’il y a vingt ans ou plus),
une tétine (sans enfants ; ni mes enfants, ni mes petits-enfants n’en ont eu),
une carte bleue périmée.

Voilà, je suis dans le concret. Je peux commencer par là.

(Catherine)

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Mes sacs plastiques venant des voyages en Asie,
un vieux lecteur mp3 datant du début des lecteurs mp3, une serviette rafraîchissante donnée dans un bus en Birmanie, les premiers gants de ski achetés en arrivant à la montagne, un pot de baume du tigre d’un voyage au Cambodge, une étiqueteuse dymo que je n’utilise plus depuis des années, un étui à lunettes venant de Chine donné par une amie,
ma documentation pédagogique, dont le plus ancien livre vient de ma grand-mère institutrice,
un badge d’un séminaire professionnel,
un flacon que j’avais quand j’étais ado,
un pied cassé pour faire des photos avec un smartphone,
une clé de montage de meubles IKEA alors que j’en ai d’autres,
une boîte d’anciens écouteurs de téléphone,
la boîte dans laquelle j’ai rangé des cartes et des lettres de ma famille, un ticket de cinéma pour un film iranien datant de 2007,
la clé d’une porte d’un endroit où je n’habite plus,
des revues que je ne lirai plus.

(Anne)

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Un paquet de vieilles clés, un classeur entier de relevés d’un compte bancaire fermé depuis longtemps,
des vieux vêtements que je ne mettrai plus et des vêtements encore en état que je ne mettrai pas,
un sac de courrier,
un monceau de sacs en plastique, une vieille paire de chaussures,
la pile de déclarations d’impôts d’il y a 10, 15 ans ou plus,
le classeur et les dossiers de mon agence immobilière fermée il y a plus de 10 ans,
de la vaisselle que je n’utilise jamais,
de vieux rasoirs.

(Iwan)

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Le vieux scooter qui n’a pas servi depuis 10 ans, mes idées de cours des années 80,
la bouteille en verre dans laquelle j’avais fait de l’encre à la gale de chêne,
les DVD oubliés,
mes livres de science fiction,
mes magazines art press des années 80 et beaux-arts des années 2000,
mes carnets de compte des voyages en Asie,
des pochettes d’appareils photo vides,
la lampe halogène sans ampoule sur mon bureau depuis qu’elle est cassée,
papiers et papiers et papiers et re-papiers…

(Yvon)

Qu’est-ce que vous aimeriez changer/jeter ?

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Des papiers,
des souvenirs , les livres…  difficile (Anne)

L’agitation mentale,
l’encombrement , les certitudes !   (Jean-Christophe)

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J’aimerais changer :
garder le calme, l’attention quand tout s’agite autour et garder la présence attentive à « l’ici et maintenant », terme souvent abusivement employé, « bateau » mais qui correspond à mon avis à quelque chose de fondamental pour suivre la voie du Bouddha. Rapport au temps et à l’espace qui rend possible la présence à ce qui est    et favorise l’attitude juste.

(Martine L.)

Bilan, conclusions

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Ce qui semble nécessaire dans la vie de tous les jours : sourire, s’arrêter (pauses), respirer, marcher, regarder.

Les choses matérielles qui m’encombrent : les placards trop pleins, de nourriture, de médicaments périmés ou non, de vêtements que l’on porte (ou non !)

Les activités qui m’encombrent : les réseaux sociaux, les actualités superficielles, les listes de choses à faire !

Vivre simple, c’est vivre dans un objectif de « développement durable », de souci de l’écologie, de conscience que l’eau, l’air pur, sont des denrées précieuses : écourter sa douche, prendre son vélo, recycler ses vêtements, donner ce qui est superflu, acheter des aliments produits dans le respect des personnes et des ressources naturelles, c’est cela vivre simple.

Vivre simple, c’est vivre tourné vers les autres,
faire avec son cœur, sans trop réfléchir.

(Danièle)

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Le plus important pour vivre simple :

Moins de consommation, plus de création,
Moins de travail, plus de jeu,
Moins d’activités futiles, plus de moments à ne rien faire,
juste à respirer et regarder.
10 choses inutiles :

2 robes que je ne porte pas depuis 5 ans
2 chemises que je n’ai pas portées depuis 5 ans !
1 Manteau kaki acheté en brocante que je n’ai jamais porté
1 Manteau gris chaud trop grand acheté en brocante que je n’ai jamais porté
1 paire de ballerines troués que je ne porte pas
1 sac d’outils pédagogiques que j’ai récupéré quand j’ai été licenciée et qui traine dans le garage depuis 2 ans
Des médicaments périmés dans le placard de la salle de bain
2 raquettes de tennis qui n’ont pas servi depuis 10 ans
La liste est encore longue !

(Sabine)

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Apprendre à vivre simplement :
nous passons en revue les objets que nous accumulons dans nos vies, constatant par là-même combien ils nous encombrent.

Mais faire un effort de dépouillement, quand cette action n’est pas menée avec sensibilité, peut aussi devenir un acte qui s’opposerait à notre pratique, en nous conduisant à maltraiter non seulement les objets mais aussi les gens.

Garder un objet qui nous encombre est parfois un acte d’amour et de mémoire qu’il faut savoir faire.

IMG_5187 copieJ’ai à l’esprit, une citation de Maître Dogen affichée dans la bibliothèque :
« Prendre soin de chaque grain de riz, tel est le sens de notre pratique ».
C’est peut-être plutôt la racine, notre action d’acheter, qu’il faut interroger.

Ne garder avec nous que ce qui nous est essentiel :
je lis qu’un homme prend conscience lorsqu’il prend sa retraite de la quantité d’objets qui l’entourent.
Il semble s’en étonner comme s’il y avait quelque chose de ridicule. Pourtant ces objets sont associés à des souvenirs souvent.
Un monastère est rempli de choses inutiles :
des statues, des objets rituels, de l’encens. Et pourtant, qui imaginerait un monastère vide de tout signe de sa pratique ?

Il faut prendre garde à ne pas confondre ce qui nous est « essentiel » et ce qui nous est « inutile ».
Si l’on s’égare dans cette confusion, alors on perd de :
« sans but ni esprit de profit ».

En serait-il autrement dans nos vies ?
On occulte alors notamment la dimension symbolique des objets.

Si l’on se comporte en considérant les choses sur le simple plan de l’utilité, nous aurons vite fait de faire de même avec les gens.
Dès lors, comment réussir à discerner l’essentiel dans nos vies ?

Jérôme

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Essayer de regarder en conscience ce que j’ai identifié comme polluant, exemple une certaine utilisation d’internet : un pausing au moment de m’y lancer.

La retraite m’a permis de faire attention à ce qui encombre mon esprit :
la partie matérielle sur laquelle je bute régulièrement.
Des choses qui encombrent mon environnement (sollicitations visuelles).
Toutes les sollicitations, qui remplissent mon esprit (esprit « gaki »).

J’ai de nouveau expérimenté le pausing qui donne plus d’espace, recentre. J’aimerais le caler à des moments précis mais je ne les ai pas vraiment trouvés.
Essayer de finir les choses avant d’en commencer une autre et respirer.

Les gathas et soutras, apaisent, rendent plus légers (cf. le poème légèreté de Xingche). En lire dans le train (j’ai une pochette dans mon sac à dos avec copie du Soutra du Cœur, du Soutra des repas, des vœux du Boddhisattva).

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Regarder les achats de nourriture, manger plus léger, moins riche… Étonnant, la quantité d’ingrédients dans nos assiettes, la possibilité de ce qu’on peut y mettre : donc les placards débordent… La pression sociale, familiale fait obstacle. Prise de conscience à ce niveau. Quels choix je fais, en restant dans un juste milieu, une vie de Laïc.
Jean-François

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Au terme de cette retraite, je ne sais toujours pas ce que c’est que vivre simple. Je suis un peu déstabilisé, et j’ai plus de questionnements qu’au début. De quoi continuer à chercher. Vivre simple, rien à voir avec la pauvreté ou la richesse matérielle. C’est plus une attitude de l’esprit.
Avoir de l’espace dans sa tête.
J’associe vivre simple avec le détachement, le non-attachement, le vivre hors de la/des routine(s).

Et aussi avec ce qui était exprimé dans les cahiers de chansons que ma mère m’a donnés quand j’étais ado, des recueils de chants du temps où elle était engagée dans les jeunesses ouvrières catholiques :  il y était beaucoup question de la Providence, de s’abandonner à la Providence.

En langage bouddhiste, ce serait vivre dans l’instant présent.
Et il m’est revenu pendant cette retraite, les paroles de l’évangile : heureux les simples, les petits enfants.
Mais qu’est-ce que cela signifie ?

Iwan

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Cette retraite m’a aidée à regarder ce qui encombre l’espace chez nous, ce que je conserve, et à réfléchir avant tout à pourquoi je conserve cela.

La liste tiroir va très certainement s’allonger et ensuite se rétrécira à plus ou moins long terme.
C’est un vrai déclencheur.

J’ai eu tout de suite le rappel de ce qu’avait expliqué Jôkei Sensei, lorsqu’elle parlait de son ordination, le fait de devoir de séparer de tout objet personnel.
A l’époque je m’étais fait la réflexion que ce serait impossible pour moi d’avoir une telle démarche.

Ce texte publié sur « Zen habits » ( « How to Let Go of Any Possession » https://zenhabits.net/letgo/ par Leo Babauta )
décrit très bien ce que nous croyons que nos objets nous apportent, et ce qui nous empêche de nous en séparer :
on pense qu’ils nous apportent la sécurité, le confort,
qu’ils nous offrent une image rassurante de nous-mêmes,
qu’ils représentent l’amour des personnes qui nous les ont donnés ou auxquelles ils ont appartenu.

Il y a également dans ce texte une liste des types d’objets dont on a le plus de mal à se séparer :
les livres, les cadeaux, les objets liés aux activités qu’on ne pratiquera plus,
et aussi (ça j’en garde beaucoup !)  des objets « au cas où » !

Anne

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Vivre simple… c’est une proposition qui paraît attirante et souhaitable car on n’aime pas les « complications ». Mais quand je prends conscience de ce que cela entraine réellement et concrètement, le chemin me semble plutôt difficile tellement je suis habituée à vivre dans l’aisance et le superflu.

C’est une véritable révolution copernicienne, une autre planète…

Ceci dit, cette retraite me semble très bénéfique car elle m’a obligée à préciser ce que cela nécessite.

Même si je ne me sens pas capable de vivre « comme une feuille dans le vent », je peux au moins essayer de vivre plus simplement, à défaut de vivre simple.

Mes mots clés : sourire, respirer,  me contenter de ce que j’ai, esprit joyeux et pour m’y ancrer, récitation, quand je sens que je dérape et me complique la vie, des Trois Refuges qui me servent de boussole pour ne pas perdre la direction !

Martine L.

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Commencer par le matériel, l’extérieur pour aller vers l’intérieur…

Cet été j’ai dû vider la maison de mes parents qui gardaient tout, du prospectus trouvé dans l’office de tourisme au moment des vacances, aux vieilles factures de 40 ans d’âge, aux cartes de vœux, etc.

Papiers, vêtements, souvenirs en très grand nombre. Il a fallu trier, jeter, donner avec plus ou moins de difficultés.

Deux vies sont passées entre mes mains. Et cela m’a beaucoup interpellée.
A la fin je me suis posé cette question, qu’est-ce que je laisse derrière moi, qu’est-ce que je laisse à mes enfants…
Cette retraite m’a permis de mettre en mots, en actes.

Marylise

Liste  (privée) des choses dans votre tête qui vous encombrent : à faire honnêtement, à garder pour vous !

Vivre simple : aussi un engagement  spirituel ? écologique/politique ?

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Oui, tout ça. Ce qui m’a frappée dans un des textes, c’est lorsqu’on dit qu’on doit se séparer de ce qui nous encombre ou de ce qui encombre les autres.
On se pose peut-être plutôt d’abord la question de ce qui nous encombre, alors qu’on devrait-être peut plutôt commencer par les autres.

(Anne)

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Je dirais non, pas un engagement, mais un comportement écologique car une mise en pratique d’un tel engagement induit obligatoirement, il me semble, une réflexion sur notre rapport avec les objets, avec la nature, et notre comportement social et individuel.
Une telle attitude est une approche directe beaucoup plus pragmatique.

La réflexion, qu’elle soit spirituelle ou politique, va permettre de générer une prise de conscience, mais celle-ci hélas ne se traduit pas toujours dans les faits, et est bien souvent très éloignée d’une mise en acte.
(Laurent)

C’est une évolution « naturelle », je pense : il y a des choses que je faisais il y a quelques années (achats, etc.)
et que je ne pourrais plus faire aujourd’hui.
Mais l’engagement sert à nous donner une direction.

Spirituel :
1) enlever ce qui fait obstacle, ce qui obscurcit l’esprit ;
2) les préceptes
(par exemple : « ne pas prendre ce qui n’est pas donné ») –

Politique : « acheter, c’est voter » –

Écologique :
« vivre simplement pour que tous puissent simplement vivre ».

(Françoise)

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Vivre simple est tout cela. C’est un engagement.

Spontanément je suis tentée de posséder, acquérir plus de choses (biens matériels, recherche d’ affection, de statut social… etc). Vivre simple est donc une décision, un choix qui se fait après une réflexion et dont les bases sont :

– spirituelle : moins on cherche à agrandir et défendre son « territoire », qui nourrit notre tendance égotique et plus on est ouvert à notre dimension intérieure, notre « lumière » et donc ouvert sur le monde et les autres.

– écologique : prise de conscience que notre mode de vie, de consommation est incompatible avec la sauvegarde de la planète, surtout s’il s’étend à l’ensemble de la population de la Terre.

– politique : pour des raisons de justice sociale.

Notre mode de vie occidentale hyper confortable et consumériste
à outrance est inenvisageable à l’échelle de la population mondiale, car dépassant les ressources de la planète.

Si l’on veut que tout les terriens puissent vivre dignement en satisfaisant leurs besoins fondamentaux, nous devons apprendre à « vivre simple ».

Martine Daïki

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A vous !   Si vous en avez envie, envoyez-nous tout ou partie de vos réponses à ce questionnaire,   des photos…… nous ferons un espace « Padlet »  anonyme et … intéressant ! »
joshinsensei@larbredeleveil.org

Et voici le questionnaire,  à vous de répondre…  et d’ouvrir vos tiroirs… :

1.  Réfléchir à « Vivre simple »- Ecrire ce qui vous semblerait nécessaire de changer dans votre vie – que vous ayez l’intention de le faire ou pas.

2. Faire par écrit une liste des choses qui vous encombrent matériellement.
– Liste des activités qui vous encombrent
– Liste  (privée) des choses dans votre tête qui vous encombrent.
– Dans votre vie :
(au minimum  5 ) moins de …
et : (au minimum  5)  plus de ….

3. Départ, exil… une valise ?   Quoi ?

4. Dans vos tiroirs, dans le grenier/la cave/ le garage…
Faites une liste honnête de tout ce que vous y trouvez…

Qu’est-ce que vous aimeriez changer / jeter??

5.  Vivre simple :
est-ce aussi un engagement ? spirituel ?
Écologique / politique ?

Oui pendant la retraite il y a eu des prises de conscience, des décisions prises et même parfois appliquées ! De l’espace, des discussions dans les familles, des regrets, des souvenirs, de la joie …

Des idées pour vivre simple ?

P1010514 - copie 2 A travers la fenêtre, le ciel
couleur de vide
infiniment pur ;
j’ouvre la porte pour laisser entrer le bleu des collines.
Un lit de mousse fait un bon coussin de méditation,
les feuilles éparpillées une robe de nonne ;
pure allégresse qui flotte sans fin
tandis que je récite des gathas
au ruisseau gazouillant…

Xingche

– Imaginez ceci transposé dans votre vie ?
Comment retrouver la même liberté, la même légèreté ?
Qu’est-ce qui fait obstacle ?

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– Faire une chose à la fois, par exemple ne pas manger en lisant
– Prendre le temps de complètement achever chaque chose, chaque action
– Consacrer du temps à ne rien faire : contempler la nature, les arbres, aller dans les bois
– Élaguer dans les différentes activités
– Ne pas garder des objets, activités, « pour le cas où »,  c’est à dire cesser de craindre l’avenir
(Iwan)

Avant la retraite, j’ai écrit :   Examinez – Réduisez – Organisez – Nettoyez – Laissez partir
Après la retraite, j’ai écrit : Examinez – Nettoyez – Réduisez – Organisez – Laissez partir – Respirez
(Anne)

Dans un premier temps, je me propose de donner ce qui peut être utile à d’autres et ne sert chez moi qu’à encombrer l’espace.
Je me suis déjà posé la question de la voiture – inutile en ville. Mais je peux transporter des personnes ayant besoin d’être accompagnées ou des objets, la prêter ou la partager… ce n’est donc pas vraiment un problème.
Je me suis remise à cuisiner.
Ensuite, il y a la question de l’agitation et du bruit.  Une réponse peut être décider de rester chez moi une journée par semaine, quitte à renoncer à certaines activités. Je l’ai fait aujourd’hui. C’était bien ! (Catherine)

À faire pour vivre simple : accepter les choses telles quelles, me satisfaire de ce qui est là, remercier, écouter sans interrompre, rechercher le calme                      (Jean-Christophe)

eva copie– Ralentir pour pouvoir faire la marche en méditation dans les couloirs du métro, dans le collège
– Prendre le temps
– S’arrêter … pause devant la classe avant de faire rentrer les élèves.
– Respirer
– Lister et faire (cuisine, couture) mais aller jusqu’au bout des choses ; plus de listes à rallonge mais faire les choses au fur et à mesure (stop à la procrastination !
– S’organiser / ranger (exemple : ranger systématiquement la vaisselle le soir…)
(Marylise)

Avant la retraite : habiter petit, se déplacer tranquillement, manger sobrement, moins d’habits et de livres.
Après la retraite : vider, marcher, s’aérer l’esprit, ne pas tout prendre
Les deux listes ne sont pas vraiment différentes, elles me semblent plutôt dire la même chose autrement. (Yvon)

1/ Limiter mon avidité. Acheter en fonction de mes besoins réels.
2/ Cultiver le contentement.
3/ Cultiver l’équanimité : prendre les choses et les situations « comme elles sont » et non comme je voudrais qu’elles soient, Pour m’y aider, le sourire.
4/ Cultiver l’amour bienveillant envers les autres afin de limiter les conflits interpersonnels qui « compliquent » la vie quotidienne. Pour m’y aider : respirer.
5/ Aimer la VIE en l’abordant avec joie et gratitude.
(Martine L.)

Daishin n° 251 – juin 2019

Grotte de ShweOoMin - Birmanie (photo Anne)
Grotte de ShweOoMin – Birmanie (photo Anne)

Joshin Sensei  :

– Valence : du Sam. 1er au Vend. 7 Juin,  

Zazen tous les soirs au Betsuin.

Le samedi 1er : journée de pratique.

– Paris : Samedi 15 Juin.

– Aix : Sam. 22, journée de pratique.

http://www.montagnes-et-forets-du-zen.org/retraites-et-journ%C3%A9es

joshinsensei@larbredeleveil.org

La Demeure sans Limites 

Jôkei Sensei :                                                  

  • sera absente du 30 Mai au 10 Juin.  Le temple reste ouvert avec Toen Ni et Iwan.

  • Belgique : du vendredi 7 au lundi 10 juin :  Retraite de Rixensart (complète).

  • du vend. 14  au dim.16 juin :  Atelier de Haiku avec Anne Killi. 

  • du vend. 21 juin au dim. 23 juin :   Préparation du jardin, protéger la terre.

Tout le programme de La Demeure sans Limites : https://www.larbredeleveil.org/lademeuresanslimites/programmes-de-la-demeure-sans-limites/

Uposatha : Nous asseoir ensemble 

– Les lundi 3 et lundi 17 Juin. Pour nous rejoindre en Juin :  https://framadate.org/WxvTHbSD6lHybNal

Sommaire

Ouvrir nos cœurs et rencontrer la douleur (fin) Christina Feldman

La première pensée. Jakusho Kwong Roshi

Silence, calme, vastitude. Tenzin Wangyal Rinpoche

Écrits d’ailleurs : Éloigné de soi. Un temps de moine.

« All that we share » – Tout ce que nous partageons – réalisé par la télé danoise – une vidéo de 3 mn, drôlement éloquente, qui efface le « eux » et « nous »…
Si après cela vous ne regardez pas la personne que vous croisez dans la rue, ou votre voisin d’un autre œil …
https://www.youtube.com/watch?v=TjW84K6cLUo
Cultiver la volonté d’être pleinement à l’écoute de la souffrance partout où nous la rencontrons constitue un premier pas sur le chemin de la compassion.


Juillet-août : un numéro spécial !

« Vivre simple » :
Qu’est-ce qui nous encombre, matériellement, psychologiquement, spirituellement…?
Que disent les Enseignements sur nos désirs, notre avidité ?
Pourquoi et comment simplifier votre vie ?
Nous avons posé la question lors d’une retraite à la Sangha :
leurs réponses, leurs commentaires, leurs doutes… (mais que nous ne ferons pas)…
Tout ce que nous aimerions faire
Vivre simple : est-ce aussi un engagement ? spirituel ? écologique / politique ?
Et un cadeau : le même questionnaire, pour que vous puissiez vous aussi y répondre pendant l’été !

Illustrations : theworldtastesgood – butterflyhousemarinecove – brahmavihara.
Ce numéro a été réalisé comme tous les mois par : (dans l’ordre du travail : Joshin Sensei, Marie, Anne) et cette fois-ci avec la collaboration précieuse de Françoise … Merci !

Ouvrir nos cœurs et rencontrer la douleur

 vignette251Cultiver la volonté d’être pleinement à l’écoute de la souffrance partout où nous la rencontrons constitue un premier pas sur le chemin de la compassion.

Notre capacité à écouter suit cette volonté de près. Nous pouvons consentir des efforts héroïques pour nous protéger de la souffrance qui nous entoure ou qui vit en nous, mais, en vérité, une vie basée sur l’évitement et sur la défense ne peut qu’être marquée par l’anxiété et par une séparation douloureuse.

La compassion véritable ne naît pas à distance de la souffrance, mais dans ses affres. Nous n’avons pas toujours de solution à la souffrance. Nous ne pouvons pas toujours atténuer la douleur. Toutefois, nous pouvons trouver la volonté de rester à son contact et d’être profondément à l’écoute.
La compassion n’exige pas toujours des actes héroïques ou de grandes paroles. Ce dont on a le plus besoin au plus profond de la détresse, c’est de la présence courageuse d’une personne qui puisse être totalement réceptive.

imagesNous pouvons avoir l’impression qu’être conscients du chagrin, lui ouvrir notre cœur, nous fera souffrir davantage. Il est vrai qu’avec cette prise de conscience vient une sensibilité plus aiguë à nos mondes intérieur et extérieur. La conscience ouvre nos cœurs et nos esprits à un monde de douleur et de détresse qui ne faisait que nous effleurer, comme un galet qui ricoche sur l’eau. Mais elle nous enseigne aussi à lire entre les lignes et à voir derrière les apparences.  Nous commençons à percevoir   chez l’autre la solitude, le besoin et la peur, jusque-là invisibles.
Derrière les paroles de colère, les reproches et l’agitation, nous entendons la fragilité du cœur d’autrui.
Notre conscience s’approfondit parce que nous entendons plus nettement les cris du monde. Chacun de ces cris porte en lui un appel à entendre.
Dans leur quête d’une compassion idéalisée, nombreux sont ceux qui  se négligent. La compassion « écoute les cris du monde », et nous faisons partie intégrante de ce monde.
Le chemin de la compassion ne nous demande pas de nous sacrifier sur l’autel d’un état de perfection idéalisé.
Un parcours de guérison ne fait aucune distinction : dans le chagrin de nos frustrations, de nos déceptions, de nos peurs et de notre amertume, nous prenons des leçons de patience, d’acceptation, de générosité et, au final, de compassion.
La conscience naît de l’intimité.  Nous ne pouvons craindre et haïr que ce que nous ne comprenons pas et percevons de loin. Nous ne pouvons trouver la compassion et la liberté que dans l’intimité. Nous pouvons avoir peur d’être intimes avec la douleur, parce que nous craignons d’être impuissants ; nous craignons de ne pas posséder l’équilibre intérieur nécessaire pour embrasser la souffrance sans être submergés. Pourtant, à chaque fois que nous trouvons la volonté de rencontrer la souffrance, nous découvrons que nous ne sommes pas impuissants.
brahmaviharaLa conscience nous sauve de cette impuissance, nous enseignant comment nous rendre utile par notre gentillesse, notre patience, notre résilience et notre courage.  La conscience est le précurseur de la compréhension, et la compréhension est la condition première pour mettre un terme à la souffrance.
Shantideva, un maître profondément pétri de compassion qui enseignait dans l’Inde du huitième siècle, disait : « Quoi que vous fassiez, soyez conscient de l’état de votre esprit. Faites le bien ; c’est la voie de la compassion ».

À quoi ressembleraient nos vies si nous appliquions cet engagement dans chacune de nos rencontres ? Que se passerait-il si nous nous interrogions sur notre engagement quand nous rencontrons un sans-abri dans la rue, un enfant en larmes, une personne avec laquelle nous avons des difficultés depuis longtemps ou quelqu’un qui nous déçoit ?
Nous ne pouvons pas toujours changer le cœur et la vie d’autrui, mais nous pouvons toujours prendre soin de l’état de notre propre esprit. Pouvons-nous lâcher nos résistances, nos jugements, nos peurs ?
Pouvons-nous écouter de tout notre cœur pour comprendre le monde d’une autre personne ?
Pouvons-nous trouver le courage de rester présents lorsque vous avons envie de fuir ?
Pouvons-nous également trouver la compassion nécessaire pour nous pardonner d’avoir envie de couper la connexion ?
La compassion est un voyage. Chaque moment où nous la cultivons, est un moment de profonde sagesse.
La compassion n’est pas une baguette magique qui peut instantanément faire disparaître toute souffrance. Le chemin de la compassion est altruiste, mais pas idéaliste.
Emprunter ce chemin ne signifie pas, au prix de sa vie, trouver une solution à toutes les difficultés de ce monde ou porter immédiatement secours à tous les êtres.

two-hands-2Nous sommes invités à explorer comment nous pouvons transformer nos cœurs et nos esprits à cet instant.
Pouvons-nous comprendre la transparence de la division et de la séparation ?
Pouvons-nous libérer nos cœurs de la malveillance, de la peur et de la cruauté ?
Pouvons-nous trouver la détermination, la patience, la générosité et l’engagement à ne plus abandonner quiconque, ou quoi que ce soit, en ce monde ?
Pouvons-nous apprendre à écouter vraiment et à découvrir le cœur qui tremble face à la souffrance ?
La voie de la compassion se cultive un pas et un moment à la fois.
Chacun de ces pas érode la montagne de chagrin de ce monde.

Christina Feldman  https://www.lionsroar.com/she-who-hears-the-cries-of-the-world/
Christina Feldman est l’auteure de « Compassion : Listening to the Cries of the World ».
Traduction : Françoise

 

La première pensée

vignette251Quand nous sommes en confiance, avec un cœur ouvert,  tout ce qui arrive, « au moment même où cela arrive » peut être perçu comme neuf et non pollué par les nuages de l’espoir et de la peur.

Chogyam Trungpa Rimpoché employait la phrase « la première idée, c’est la meilleure » à propos de ce premier moment d’une perception nouvelle, avant que les nuages colorés et colorants du jugement et de l’interprétation personnelle ne s’imposent.

butterflyhousemarinecove« La première pensée, c’est la meilleure », parce qu’elle n’a pas encore été recouverte par toutes nos opinions, nos interprétations, nos espoirs et nos peurs, nos goûts ou nos dégoûts.
C’est une perception directe du monde tel qu’il est.

Parfois nous découvrons que « la première pensée, c’est la meilleure » en nous relaxant dans le moment présent d’une façon très simple.

Peut-être êtes-vous assis dans un aéroport en train de regarder du haut d’une terrasse les remous de la foule. Soudain votre bavardage intérieur  s’arrête. Vous êtes exactement là dans l’instant, en train de voir et d’écouter. Vous voyez les mouvements, vous entendez le vacarme des voix et des machines, vous vous sentez hors du temps et dans un sentiment de complétude.

Vous pouvez ainsi rencontrer cet état ouvert de l’esprit quand quelque chose vous heurte soudain. Peut-être avez-vous l’expérience d’avoir glissé sur de la glace : sans y penser, tout votre corps et votre esprit s’unissent pour éviter la chute. A ce moment-là vous vous sentez complètement vivant, complètement présent.   Après coup, vous ressentirez peut-être une brusque montée d’adrénaline et vous direz  « Oh là là ! Je suis passé près ! », cependant que le sentiment d’énergie et d’alerte persiste un certain temps.

Bien que nous la nommions « première pensée » ce n’est pas nécessairement une pensée qui se met en mots. Ce n’est que la toute première inspiration, mais elle s’exprime en nous.

Cela peut n’être que « Aah ! »,  un sursaut profond quand, au détour du sommet d’une montagne, nous voyons la vallée s’étendre au-dessous de nous. Bien sûr, nous allons alors commencer aussitôt à penser au second et au troisième niveau ainsi « Oh mon Dieu ! N’est-ce pas magnifique » ? Ou « Quel idiot j’ai été de ne pas emporter mon appareil photo » !

Le premier moment d’éveil le matin peut être l’occasion de noter « première pensée » parce que notre esprit n’est pas encore pris dans le tourbillon quotidien. Nous saisissons rarement le moment où nous sortons du sommeil, mais parfois c’est possible. Il y a une sorte de blanc dans lequel nous ne nous souvenons même pas du lieu où nous sommes ou de qui nous sommes. Ce moment peut être effrayant ou joyeux, mais dans les deux cas nous percevons vivement la chambre autour de nous.

fontaine florence copieJ’ai noté des moments particuliers  de perception fraîche au cours d’un après-midi où je prenais des photos. Un photographe peut capter le sentiment du moment où il éprouve quelque chose, juste comme cela est mais vous devez d’abord ouvrir votre esprit et voir « le soleil d’après-midi ricochant sur un rocher couvert de mousse jaune brillant et vert au milieu d’une clairière dans une forêt de pins, un long nuage horizontal – en forme de bulbe – noir de pluie et pourtant éclairé par-dessous par le soleil du soir, la brume blanche sur  la baie, à travers laquelle le faible contour d’une île, un bateau, une mouette solitaire qui suggère quelque chose qui vient de rien, un tas de bouse de vache fumante entourée de jaunes pissenlits ».

Pour capter ces moments, vous ne regardez pas que les objets, mais aussi la lumière qui brille en eux et autour d’eux. Alors, on abaisse l’appareil photo, on regarde le monde ordinaire et il semble soudain lui aussi brillant et vibrant.
Quand vous prenez des photos,  juste avant d’appuyer sur l’obturateur, votre esprit est vide et ouvert ; il voit sans mots, c’est tout.

Quand vous êtes face à une feuille blanche, prêt à peindre ou à calligraphier, vous n’avez pas idée de ce que vous allez faire.

Peut-être avez-vous quelque projet pour un tableau ou savez-vous quel symbole vous allez calligraphier, mais vous ne savez vraiment pas ce qui va apparaître quand vous  poserez votre pinceau sur le papier.

Ce que vous faites à partir de la confiance dans votre esprit ouvert sera neuf et spontané. S’ouvrir à la première pensée c’est la façon juste de commencer toute action.

Le même processus se produit très rapidement à tout moment de notre vie. Que nous soyons artiste ou pas, n’importe quel moment peut être vécu comme une première pensée.  Il nous faut éprouver la première pensée, encore et encore.

Il n’y a pas de promesse d’un point ultime où vous n’aurez plus à être attentif.
Au moment où vous allez faire un geste, avant de le faire réellement vous pouvez faire confiance et vous en remettre à  « la première idée c’est la meilleure ».

Au moment de boire un verre d’eau, allons-nous juste le saisir et l’avaler ou peut-il y avoir un moment de première pensée, de claire perception tandis que nous saisissons le verre et quand nous le touchons et quand nous le levons    et en l’approchant de nos lèvres         et encore quand nous goûtons l’eau sur notre langue ?

Quand quelqu’un nous parle agressivement, répliquons-nous immédiatement sur le même ton, ou pouvons-nous prendre un temps de première pensée avant de répondre ?

Il en est de même dans vos occupations quotidiennes : faire le café, aller au travail, utiliser la photocopieuse, assister à une réunion, marcher dans la rue, dîner, vous disputer avec votre compagnon ou faire l’amour etc…

Si vous êtes attentif à la première pensée, chacun de ces événements de votre vie peut être neuf et très clair.

Si souvent nous ignorons la première pensée ! Nous pensons que c’est trop bête ou choquant. Nous devons être intrépides pour saisir la première pensée et la suivre.
La première pensée peut guider nos vies si nous lui faisons confiance.

Jakusho Kwong Roshi  – Tricycle . Traduction : M. C. Calothy – A. Delagarde

SILENCE, CALME, VASTITUDE

vignette251« Cela peut se passer n’importe où – lors d’un rendez-vous professionnel ou d’un dîner en famille. On peut très bien assister à une très belle fête et avoir l’esprit complètement ailleurs. Totalement absorbés par nos problèmes, nous échafaudons des solutions, sans que cela ne nous donne jamais satisfaction – parce que cela ne nous permet jamais de renouer le contact avec nous-mêmes. En vérité, nos pensées et nos stratégies sont les élucubrations d’un corps, d’une parole et d’un esprit englués dans la souffrance – ceux de l’égo ou de l’identité que nous prenons à tort pour notre « moi », juste parce qu’ils nous sont si familiers. S’efforcer d’améliorer son égo ne libère pas de la souffrance ; cela ne fait que renforcer la déconnexion.
Il est capital de percevoir l’existence de la souffrance et d’entretenir une juste relation avec elle. La cause première de la souffrance est l’ignorance, l’incapacité à voir la véritable nature de l’esprit, toujours ouverte et claire, source de toutes les qualités.

BuddhistMonksMeditatehcchooGetty-56a043c63df78cafdaa0bae5Aveugles à notre véritable nature, nous recherchons le bonheur en dehors de nous-mêmes. […]
Tant que nous ne prenons pas conscience de cette souffrance et de notre propre déconnexion, aucune voie de guérison n’est possible, et il nous est impossible de réaliser notre plein potentiel dans cette vie. […]
Cette perte de contact, nous pouvons la ressentir de diverses manières : irritation, ennui, agitation, tristesse ou sensation diffuse de manque.
Pour nous libérer (…), il nous faut établir une relation bienveillante avec les symptômes de notre déconnexion.
Rappelez-vous comment vous vous sentez soutenu lorsque vous vous trouvez avec un ami simplement présent, ouvert, qui ne vous juge pas, et intégrez ces mêmes qualités à votre propre expérience.
Le silence qui contient cette plénitude de la présence d’autrui est toujours disponible en vous et toujours sublime.
C’est exactement de cette manière qu’il vous faut vivre votre souffrance. Entrez en contact avec le calme, le silence et la vastitude.
Cela vous permettra d’observer, d’accueillir et de ressentir ce que vous vivez sans juger.
Souvent, nous nous identifions à notre souffrance : « Je suis tellement triste. Je ne peux pas croire que tu m’aies dit ça. Tu m’as blessé ».
Qui est ce moi qui est triste, furieux et blessé ?
Ressentir de la souffrance est une chose ; être la souffrance en est une autre.
Ce « moi », c’est l’égo, et la souffrance fondamentale de l’égo, c’est de ne pas être en contact avec ce qu’il est.

Tenzin Wangyal Rinpoche, « Finding Freedom From Our Negative Patterns »
Buddhadharma, Traduction : Francoise Myosen

Ecrits d’ailleurs

vignette251

Eloigné de soi

Si vous regardez en arrière
peut-être verrez-vous
vous-même
Si vous regardez vers l’avant, au loin,
peut-être verrez-vous
vous-même.
Peut-être que ce n’est pas nécessaire
Vous pourriez bien être toujours là, comme ces poupées russes,
enfermé en vous-même, tout au fond, couche après couche,
et le vous-lotustheworldtastesgood
vivant au centre :
« Comme je me suis éloigné de moi ! »
Et vous enlevez, couche après couche, vers votre cœur.
Chercher. Parfois, perdre sa direction,
piéger vos pieds dans la boue,
dans le fantôme de la forêt urbaine.

Ami Lhago’s  “ Straying Far From Myself ”

Un temps de moine
bali-indonesiaLa mousson du sud ouest dégringole en pluie épaisse
le tonnerre gronde depuis la mer d’Andaman,`
là où les asuras * se souviennent de leur chute du paradis
en regardant le corail en fleurs
qui cache les cieux.
Le colossal tambour Pince de Crabe résonne
et l’éclair peint le ciel en bleu-divin.
C’est le temps du moine dans les saisons monastiques,`
quand les rizières renaissent en bourgeons
et qu’on n’y marche plus.
Le moine reste avec ses parchemins,
mémorisant les textes et les commentaires.
Puis dans l’aube humide, après le fracas de la pluie nocturne,
il attache son esprit à sa respiration, porte attention aux mouvements
de l’intérieur de son corps, comme le Bouddha enseigna
qu’on doit le faire jusqu’à la fin du cycle de la vie – des saisons.

* Asuras : êtres démoniaques dans la mythologie de l’’hindouisme. Ils sont des esprits opposés aux devas (êtres du ciel). Les asuras japonais sont des gardiens et protecteurs de la Loi et du Bouddha.