Un jour alors que le Bouddha avait été blessé par un ennemi, il passa plusieurs heures à méditer sur la sensation physique de la douleur, sans s’abandonner à une souffrance mentale ou émotionnelle.
Puis il s’allongea pour se reposer.
Mara apparut et le réprimanda  «  Pourquoi es-tu allongé ?
Es-tu évanoui ou ivre ?
Est-ce que tu n’as pas de but à accomplir ? »
Le Bouddha reconnut Mara et lui répondit :
«  Je ne suis ni ivre ni évanoui. J’ai atteint mon but et je suis libre de souffrance. Je m’allonge plein de compassion pour tous les êtres ». Mara déçu partit.

Dans cette histoire Mara est représenté comme une entité extérieure. Pourtant je trouve que notre plus grand obstacle s’élève à l’intérieur de nous.
Je l’appelle Le Critique Intérieur.

Si on n’y prête pas attention, si on le laisse faire, il va construire un schéma de commentaires intérieurs négatifs qui va abîmer notre bien-être et détruire notre créativité ; et même notre pratique spirituelle.

Le Critique Intérieur attrape tout ce qui est devant lui :
si vous n’allez pas à une journée ou retraite de méditation, il vous dira : tu n’es pas très sérieux.se dans ta pratique ;
si vous y allez : tu as passé tant de temps à rêver que tu aurais aussi bien pu rester chez toi. Il nous ligote dans un double nœud : quoique vous fassiez, c’est négatif.

Que faire avec lui ?

L’histoire du Bouddha nous montre une réponse : tout comme il a reconnu Mara, nous pouvons reconnaître Le Critique Intérieur,

Non pas comme « la » vérité mais une voix parmi d’autres.
Vous pouvez même lui donner un nom :
« Oh, salut Monsieur Négativité ! Et qu’est-ce qui vous énerve là »?

Parce que oui il est énervé :
il est arrivé dans notre enfance, pour nous protéger des problèmes ;
il nous répète sans fin les erreurs commises, pour nous éviter d’en faire dans le futur ;  il pense que le meilleur moyen de nous rendre heureux est de faire sans cesse la revue de tous nos manquements –ne réalisant pas qu’en faisant tout cela il nous vole notre capacité à être heureux.se.

Quand nous grandissons, il se glisse si bien dans notre esprit que nous ne voyons pas que nous sommes tombés dans  cette répétition de pensées négatives.

Je dis souvent aux étudiants qu’ils n’iraient pas revoir le même film 250 fois !
Et pourtant nous laissons notre esprit reprendre le même scénario encore et encore« Tu te souviens du jour où tu as fait cette erreur stupide… », et le film repasse…

Si nous voyions une personne parler ainsi à un enfant, nous en reconnaîtrions la violence et pourtant nous laissons notre Critique Intérieur le faire avec nous si souvent.

Le Bouddha a refusé clairement d’utiliser de l’énergie pour des pensées affligeantes, négatives.  Il a divisé toutes les pensées en deux catégories :
celles qui mènent à l’Éveil, et celles qui en éloignent.
Il a conseillé de cultiver les premières et de laisser les autres.

Si vous reconnaissez le Critique Intérieur, si vous arrêtez de nourrir cette énergie mentale, il va s’affaiblir.
Quelle est la voix qui va nous aider à le rendre silencieux ?
– Metta, la pratique de la gentillesse aimante.
Comme le fit le Bouddha nous pouvons méditer plein.e de compassion pour tous les êtres  –en nous incluant nous-même.

Car ce Critique est toujours anxieux, désespérément effrayé que nous fassions une erreur, que nous ne soyons pas aimé.e, que nous devenions pauvre, et âgé.e, et que nous tombions malade, et enfin que nous mourions. Ce qui ne manquera pas d’arriver, au moins pour certaines parties de cette vision !

Il y a souvent un noyau de vérité en effet dans ce qu’il nous dit. Peut être que j’ai sommeillé pendant la méditation : cela ne veut pas dire que je suis bête ou  nulle, juste que je traverse une période de somnolence.
Maintenant je vais oublier le passé et faire du mieux possible pendant la prochaine méditation.

En fin de compte, le meilleur remède est la pratique :  parce que ce Critique Intérieur s’appuie sur l’idée d’un moi -un petit moi- qui est imparfait et doit être corrigé.

Il se nourrit de comparaisons avec les autres, de pensées de passé et de futur, d’erreurs et d’anxiétés. Il n’a pas de prise sur le moment présent.
Quand notre esprit est tranquille, quand nous sommes au repos dans ce moment, il  n’y a ni comparaison, ni passé et futur. Le petit moi s’ouvre et devient un vaste espace de présence calme dans lequel voix, sensations, pensées vont et viennent. Chaque chose est comme elle est parfaitement à sa place, chaque être parfait comme il est.

Chaque matin au monastère nous nous en souvenons lorsque nous récitons : «  La nature de Bouddha emplit tout l’univers, exactement ici et maintenant ». Rien de cassé, nulle part.


Jan Chozen Bay Boddhidharma.
Traduction et résumé : Joshin Sensei