lotus-smallPour aller vite je dirais que oui, les Bouddhas pensent.
J’ai pourtant un autocollant sur   ma voiture qui dit :
« Ne croyez pas à tout ce que vous pensez », parce que nous nous identifions si souvent avec nos pensées et que nous y installons un soi.

La question d’avoir « raison » peut devenir tout à fait émotionnelle et nous entrons dans des discussions et conflits passionnés pour défendre notre point de vue.

Peut-être que si on entend dans les instructions de méditation qu’il ne faut pas se laisser emporter par les pensées, on s’imagine qu’on est censé arrêter de penser.

Un étudiant a dit un jour à Suzuki Roshi : « Je ne peux vraiment pas arrêter de penser. Que dois-je faire ? » Le Roshi a répondu : « Y a-t-il un problème avec la pensée ? »

Le Canon Pali est une large collection d’exemples de la façon dont pensait le Bouddha Shakyamouni ; et toute la vaste littérature des enseignements et commentaires des ancêtres Bouddhas depuis 2500 ans, provenant de nombreux pays   et cultures différents, sont des exemples de la façon dont pense un Bouddha.

L’intention d’un Bouddha est de libérer les êtres de la souffrance et du malheur, c’est pourquoi il ou elle observe clairement quelles actions du corps, de la parole ou de l’esprit mènent à la paix et au bonheur.

Les Bouddhas font des projets mais ne s’engagent pas dans l’inquiétude. Ils prennent des décisions sans être ballottés par des émotions égoïstes.

moine

Les Bouddhas ont une créativité incommensurable, mais ils ne s’intéressent pas au rêve.
Les Bouddhas pensent mais ils ne sont pas prisonniers de leurs pensées, ils ne les confondent pas avec ce qu’ils sont.
Ils sont présents, au milieu des pensées qui s’élèvent, et s’en servent pour faire du bien à tous les êtres.

Dans la pratique du Dharma on  a souvent une fausse idée de la méditation comme d’une lutte pour éliminer les pensées, on croit que le silence signifie qu’il n’y a pas de pensées.
Combattre les pensées crée de la tension et de la tension vient le doute.
Les Bouddhas n’essayent pas de se débarrasser des pensées ; ils les laissent s’élever et passer. En lâchant l’attachement aux pensées, on a un accès plus large à la sagesse.
Un aspect significatif de la pratique bouddhiste est l’apprentissage du lâcher-prise.

Le lâcher-prise libère l’énergie et crée un espace pour explorer et questionner la nature de la souffrance et de la libération.

Des efforts avisés dans la pratique impliquent une relation avisée à la pensée, en lui permettant d’être créative et clairvoyante.

Sans la conscience, les pensées sont conditionnées par l’habitude. La solution c’est de n’être ni attiré ni repoussé, identifié ou réactif. Nous n’essayons donc pas de ne pas penser ; au lieu de ça nous apprenons qu’il est possible d’être tranquille et de laisser les pensées aller et venir comme un aspect naturel de la vie.

Le travail de la méditation consiste à apprendre comment utiliser judicieusement la pensée et ne pas être utilisé par elle. Nous apprenons à relâcher nos préoccupations habituelles et à prendre plaisir à rester dans l’état de non-distraction.
Nous souffrons parce que nous sommes trompés par nos pensées, nous investissons notre identité dans chaque pensée qui survient. Mais la pensée en elle-même n’est pas un problème. Les Bouddhas savent qu’une pensée n’est qu’une pensée et demeurent dans la paix authentique et éternelle.

Zenkei Blanche Hartmann  Budhadharma Fall  2011 Traduction : Marion