11eme-smallLu et moi avons installé un Bouddha, « Le Bouddha de la 11ème avenue »  en 2009. C’était un test. 

Nous voulions voir si grâce à cette statue de Bouddha nous pouvions modifier la dynamique de notre quartier et empêcher qu’il devienne un dépotoir.

Lu et moi ne sommes pas bouddhistes. Nous avons installé ce Bouddha parce que nous le voyions comme un être neutre, qui dénotait la compassion, la fraternité et la paix. Le fait que notre expérience ait porté plus de fruits que nous ne l’avions imaginé est une chose merveilleuse pour nous, et pour notre quartier. Et dire que ce Bouddha n’a, pendant tout ce temps, rien fait d’autre que d’être assis là, sans un mot. Imaginez un peu ! 

11eme1À l’époque, nous appelions la municipalité au moins deux fois par semaine pour signaler des dépôts clandestins d’ordures et de vieux matelas. Il fallait généralement une semaine ou deux pour que les éboueurs passent. Dans l’intervalle, la pile n’avait cessé de grossir, la saleté attirant 

la saleté. Outre ces décharges sauvages, les graffitis s’y multipliaient, sans grande réaction de la ville.   Un voisin et moi les nettoyions en alternance.                                       

À cela s’ajoutaient encore les problèmes de toxicomanie et les personnes qui urinaient en rue. Vous voyez le tableau. Donc, je suis allé dans une jardinerie, et j’y ai déniché une sculpture de jardin, un Bouddha en béton, que j’ai ramené à la maison. Il a passé plusieurs semaines à la cave, le temps que je trouve comment l’installer sans qu’on puisse le voler. Nous sommes à Oakland, après tout.

Dès que j’ai tenu ma solution, nous avons installé le Bouddha.  Le Bouddha est resté là pendant plusieurs mois et, peu à peu, nous avons commencé à remarquer quelques changements dans notre environnement. Les dépôts d’ordures et de matelas n’ont pas cessé, mais ils se sont déplacés à l’autre bout de la rue. Le Bouddha était assis là, sans un mot.

Au cours de la première année, le nombre de graffitis a diminué de 50 %, et les problèmes de drogue et d’urine se sont également atténués. Et tout ce que faisait le Bouddha, c’était d’être assis là. La deuxième année était déjà bien entamée quand quelqu’un l’a peint d’un beau blanc velouté. Peu de temps après, des offrandes ont commencé à apparaître.

Ce furent d’abord des oranges et des poires. Ensuite, des fleurs et des bonbons. Et puis de grands montages floraux, des corbeilles de fruits et, enfin, de l’encens. 

Pendant longtemps, je n’ai vu personne apporter ces offrandes. Elles semblaient apparaître comme par magie. 

Parallèlement à cette toute nouvelle activité, le quartier a continué de changer, et les dépôts clandestins ont pratique-ment disparu. Beaucoup de voisins se sont mis à nettoyer ce coin et à ramasser les déchets. Et comme il y avait du passage  à différents moments de la journée, les problèmes liés à la toxicomanie et aux personnes qui urinaient sur la voie publique ont pris fin. Le Bouddha était assis là, sans un mot. 

11eme2À mesure que le temps a passé, les voisins immédiats et les autres habitants du quartier ont pris l’habitude de s’arrêter et de regarder le Bouddha.  

Lorsqu’ils sortaient leurs chiens ou se promenaient le soir, ils s’arrêtaient, pensifs, et commençaient souvent à discuter en regardant le Bouddha.  Les gens se parlaient.  Le Bouddha restait assis là, sans un mot.

Il y a environ deux mois, un Vietnamien et son épouse sont venus frapper à notre porte et m’ont demandé s’ils pouvaient construire une petite maison autour du Bouddha. Je leur ai dit que cela ne me posait aucun problème et qu’ils n’avaient pas à demander notre permission, parce que ce Bouddha était un Bouddha citoyen. Ce n’était pas le nôtre, mais celui de la communauté.

Depuis lors, les gens viennent rendre hommage au Bouddha en masse tout au long de la journée. Ils balaient et entretiennent ce coin-là tous les jours, et cette présence, dans l’esprit de nombreux voisins, rend le quartier plus sûr. 

 11eme3Récemment, à cause de toute cette activité autour du Bouddha, quelqu’un a appelé le Département des travaux publics de la Ville pour se plaindre de sa présence.  

Un lundi matin, un voisin m’a appelé pour me signaler qu’un superviseur des travaux publics de la Ville était dans le quartier et qu’il enquêtait sur le Bouddha. 

Alors je suis sorti voir quel était le problème. 

 Le superviseur m’a expliqué que le Bouddha allait être retiré parce qu’une plainte anonyme (unique) avait été déposée à son sujet.   Le superviseur m’a dit que si je pouvais joindre les gens qui avaient installé le Bouddha et leur faire enlever la petite maison et le Bouddha, son équipe ne devrait pas venir le démonter et le jeter. 

Je lui ai raconté l’histoire ci-dessus, mais il n’en démordait pas : le Bouddha devait partir. Il m’a également assuré que, si les matelas et les ordures réapparaissaient après le retrait du Bouddha, la Ville viendrait les enlever.

Tout au long de notre conversation, le Bouddha est resté assis de l’autre côté de la rue, sans un mot. 

Moins de cinq minutes après le départ du superviseur des travaux publics au volant de son pick-up tout neuf, j’étais devant l’ordinateur et j’appelais les voisins et la communauté dans son ensemble à la rescousse pour sauver le Bouddha. 

Face à l’afflux de lettres de soutien sincères appelant au maintien du Bouddha, le Département des travaux publics, avec la participation de la conseillère municipale Pat Kernighan, a suspendu le démantèlement du Bouddha  afin d’« étudier la situation ».

C’est un pas dans la bonne direction. Vu tout le travail qu’Oakland a à faire pour améliorer le vivre ensemble,  ne pas mettre un terme aux démarches qui fonctionnent serait déjà un bon début.

Pour le moment, le Bouddha est toujours assis là, sans un mot. 

Traduction : Françoise.

Fin : Heureusement, un mois plus tard, le superviseur a rappelé pour nous dire que la Ville ne prévoyait pas de retirer le Bouddha. 

Cette personne, Dan, nous a écrit : 

« Parce que je suis de tempérament cynique, cette nouvelle m’a interrogé sur ma perspective du monde… Ce Bouddha est juste assis là, en silence, et la communauté a rempli ce silence par son soutien, et la ville d’Oakland les a entendus ».

La vidéo d’actualité qui présente le Bouddha de la 11ème avenue et la personne qui l’a installée :

http://www.nbcbayarea.com/news/local/The-Little-Buddha-That-Took-on-Oakland-City-Hall-159810015.html

Un site raconte cette histoire et vous pouvez en trouver tous les détails sur : 

http://dharmaschool.blogspot.com/2012/09/for-my-first-lesson-of-year-i-like-to.html       

Les illustrations du texte viennent de ce site, Dharma Rain, le Temple Soto Zen en Oregon. 

Beaucoup de choses intéressantes à y lire.