11eme-smallAu cours de l’année écoulée, j’ai proposé aux patients d’un centre de désintoxication de faire zazen. C’est une chose formidable de partager le Dharma avec ceux qui en sont vraiment avides.

Régulièrement, j’ai entendu des commentaires de l’une ou l’autre personne disant combien elle avait apprécié la méditation et avait pu se détendre et surmonter son angoisse. 

Ce que j’ai appris de mon travail auprès des personnes dépen-dantes, c’est qu’elles ont simplement besoin d’un espace où elles ne seront pas jugées. 

Zazen et les méditations guidées créent cet espace.

Récemment, j’ai lu un ouvrage intitulé  « Les dépendances, ces fantômes insatiables », de Gabor Maté, médecin de la région de Portland, au Canada. Dans ces chroniques de son travail avec les toxicomanes sur une période de vingt ans, il avance plusieurs raisons au problème et donne des pistes quant à ce que nous pouvons y faire, individuellement et collectivement. 

Je vous conseille vivement de lire ce livre, que vous ayez ou non directement affaire à des personnes dépendantes. Il s’agit d’un problème qui nous concerne tous.

 bouddhas dorésSans rentrer dans les détails, je voudrais brièvement aborder ici quelques causes des comportements addictifs et comment la pratique peut nous aider à travailler avec les personnes dépendantes de la façon proposée par le Docteur Maté. La cause de l’addiction ne réside pas dans les drogues. 

Selon le Docteur Maté, l’idée selon laquelle les drogues sont la cause des addictions est un mythe. De nombreuses études scientifiques montrent qu’une tendance à l’addiction est présente chez les personnes bien avant qu’elles ne commencent à se droguer. Ainsi, les statistiques indiquent que plus de 90 % des femmes toxicomanes ont été plusieurs fois victimes de viols ou d’autres violences physiques à un très jeune âge. 

La souffrance causée par ces agressions ne disparaît pas simplement parce que la personne n’est plus agressée. Elle laisse une profonde cicatrice chez la personne, à vie. Si les toxicomanes ne parviennent pas toujours à faire le lien entre la source de leur détresse et leur besoin de se droguer, c’est pourtant cette souffrance originelle qu’ils tentent de soulager. L’enfant ne reçoit pas l’aide et l’amour dont il a besoin à ce moment-là. A mesure qu’il grandit, cette souffrance reste présente et, si elle est laissée sans réponse,  les drogues deviennent un piètre substitut à l’affection dont la personne aurait besoin. Savoir que mauvais traitements et addictions sont liés m’aide à m’adoucir et à ouvrir mon cœur. Les personnes se droguent parce qu’elles sont tourmentées au plus profond d’elles-mêmes. Elles s’efforcent de trouver un remède à ce tourment, et la drogue semble l’éliminer pendant un moment.

Ce processus d’addiction devient un cycle sans fin, jusqu’à ce que la curiosité de la personne soit suffisamment piquée pour qu’elle commence  à chercher d’autres façons de faire face au calvaire qu’elle vit. Le mal-être du toxicomane est,  à la base, celui que partagent tous les êtres humains de par le monde. Il se manifeste sous différentes formes, et notam-ment par un recours excessif aux jeux d’argent, au sexe, au shopping, à la nourriture ou encore au travail, pour n’en  citer que quelques-unes. 

La toxicomanie est considérée comme particulièrement destructive, pas tant parce qu’elle l’est plus que d’autres addictions, qu’en raison de la stigmatisation qui la frappe dans la société.

Rappelez-vous que la détresse que fuit le toxicomane est la même que celle que nous fuyons lorsque nous nous adonnons à quelque chose – et même à une « bonne » chose » – à l’excès. Cette conscience fait naître la compassion dans nos cœurs.

La Première Noble Vérité dit que personne ne peut échapper à la souffrance dans cette vie. C’est ce qui nous pousse à entreprendre un cheminement spirituel. Plutôt que de juger les autres parce qu’ils ne sont pas à même de faire face habilement à ce qui les ronge, nous pouvons regarder comment nous ne sommes nous-mêmes pas plus habiles avec ce qui nous tourmente.

Comme l’a enseigné le Bouddha :

« Ne regarde pas les erreurs des autres, pas plus que leurs oublis ou manquements.      Mais regarde plutôt tes propres actions, ce que tu as fait ou laissé inachevé ».

(Dhammapada 4.50)   

Traduction : Françoise