Si nous n’avons pas de centre, nous tournons en rond comme un tigre agité sans trouver de plaisir à rien.
Nous nous surprenons couché sur le lit, à allumer la télé pour parcourir les différentes chaînes, à manger sans avoir faim, à décrocher le téléphone… Qu’essayons-nous de faire ?

Nous essayons de nous connecter au monde des phénomènes.
Comment le pourrions-nous quand nous ne sommes pas connectés vers l’intérieur. Les moments où nous ne nous sentons pas connectés vers l’intérieur sont les meilleurs moments pour la pratique.
Quand notre esprit est agité, la pratique peut paraître aussi attirante que d’aller chez le dentiste.
Nous sommes tourmentés et distraits par nos pensées, nos émotions et nos craintes.
Toutes sortes de sensations physiques apparaissent aussi. Nous avons mal au cou, puis la douleur va dans le dos, puis au pied. Tout à coup il y a un tintement dans nos oreilles ou nos yeux commencent à nous piquer.
C’est un peu suspect, non ?

Il nous faut prendre le temps pour que l’énergie nerveuse et agitée s’apaise dans nos corps.
Quand le corps est au repos, l’esprit est au repos.
Quand l’esprit est au repos, les émotions s’apaisent et nous éprouvons un profond sentiment de satisfaction et de détente, ou shenjong.
Quand l’esprit se détend dans un état de shenjong il est disponible, prêt à nous servir ou, au moins, à nous aider à comprendre ce qui se passe.
L’espace de shenjong signifie moins de vulnérabilité, de sorte que nos pensées et nos émotions ne peuvent plus nous bousculer et nous malmener comme elles le font d’habitude.
Toute notre fatigue disparaît. Notre cœur s’éclaire.
Notre corps s’allège et ne pèse pas plus que le poids d’une plume.

Combien de fois sommes-nous distraits par le désir de quelque chose, et la façon de l’atteindre. Pouvons-nous nous libérer de cette sorte de distraction en nous passant simplement de cette chose ?

Un bosquet de manguiers moderne.

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Si nous pouvons mettre le temps en perspective, organiser nos emplois du temps, échapper avec force et clarté à la distraction et penser à ce qui donne du sens à la vie, nous trouverons sûrement le temps de pratiquer, de détendre l’esprit.
Le plus souvent, détendre signifie pour notre mental sortir de la routine quotidienne, s’étendre sur un divan, regarder un film ou s’endormir.
D’habitude, se relaxer c’est donc se distraire des stress de la vie de chaque jour. Mais, nous avons déjà passé la moitié de notre vie sans nous sentir reposés, parce que nous ne nous sommes pas centrés sur la détente du mental lui-même. Qu’est-ce qui pourrait nous apaiser davantage que d’abandonner nos préférences et nos soucis ? Quelle meilleure façon y a-t-il de réduire nos attachements que de méditer sur la bodhicitta ?
Qu’est-ce qui pourrait mieux apaiser nos espoirs et nos craintes, sinon de les laisser surgir et se dissoudre d’eux-mêmes, naturellement dans l’espace d’un esprit ouvert ?
La méditation laisse beaucoup d’espace à toutes choses, tous nos espoirs, nos craintes, nos angoisses, aussi bien que nos joies et nos attentes.
Inutile de contrôler nos pensées parce qu’en pratiquant nous nous sommes engagés à les laisser être, sans les juger bonnes ou mauvaises, spirituelles ou pas, utiles ou dangereuses.
Y a-t-il une autre activité qui puisse s’adapter de cette manière à l’esprit et à ses différentes productions ?
La seule chose nécessaire à la pratique est un endroit tranquille où s’asseoir, une salle, le banc d’un parc, ou notre lit.
Des soutras décrivent un paisible bosquet de manguiers comme le lieu idéal de la pratique.
Le Bouddha et ses disciples ont pratiqué la méditation dans un tel lieu.
Si vous réfléchissez, au milieu de vos vies affairées, n’importe quel endroit tranquille où vous pouvez vous asseoir peut être votre moderne bosquet de manguiers  .

Dzigar Kongtrul Rinpoche Printemps 2009 Buddhadarma

Traduction : M.C. Calothy – A. Delagarde