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Imaginez que vous veniez de recevoir d’excellentes nouvelles. Quelle serait l’une de vos toutes premières pensées ?  Vous réfléchiriez probablement à qui appeler pour partager votre joie.
Savoir que vos proches se réjouiront pour vous et avec vous ne fera qu’accroître votre joie et la rendre encore plus tangible. Comme le dit le proverbe allemand : « une peine partagée est une demi-peine, tandis qu’une joie partagée est une double joie ». Ainsi, lorsque vous partagez votre joie, celle-ci double pour vous – et vous donnez aussi du bonheur à autrui. C’est une situation gagnante pour tous, à tous points de vue.
Dans les enseignements du Bouddha, la joie altruiste, qui consiste à se réjouir du bonheur d’un autre (Pali : mudita), est l’une des quatre brahmaviharas, les quatre qualités les plus élevées du cœur. Ces dernières années,   les trois autres – l’amour bienveillant, la compassion et l’équanimité – ont reçu beaucoup d’attention de la part des pratiquants, des chercheurs et des médias. Mais la joie altruiste semble avoir été oubliée. Comment est-ce possible ? La joie ne devrait-elle pas être la plus séduisante des qualités du cœur ? Pas nécessairement. Traditionnellement, elle est considérée comme la plus difficile des quatre. La joie altruiste, c’est quelque chose de compliqué.

bagan5Qui n’a jamais eu le sentiment désagréable de ne pas pouvoir pleinement se réjouir du bonheur ou du succès d’un membre de sa famille ou d’un collègue ? Pourquoi a-t-il remporté ce voyage de rêve et pas moi ?
Ou : Pourquoi le patron la félicite-t-il devant toute l’équipe et pas moi ? Comme nous sommes de bonnes personnes, nous avons honte de nos sentiments. Peut-être même allons-nous feindre de nous réjouir. Franchement, je suis tellement heureux pour toi !  Il n’est pas étonnant que nous ne soyons pas trop pressés de nous pencher sur la joie altruiste.
Pourquoi est-il si difficile d’être heureux pour autrui ? On peut avoir le sentiment que, d’une manière ou d’une autre, nous passons à côté de quelque chose. Ainsi, si quelqu’un reçoit de bonnes nouvelles, il se peut que, par réflexe, nous nous comparions et que nous ressentions de l’envie, même si nos intentions sont sincères.
Par ailleurs, notre ressenti se fonde souvent sur l’idée que le bonheur est une denrée limitée et que donc, si quelque chose de bien arrive à quelqu’un d’autre, il en reste moins pour nous. Même si cet argument n’a aucune base rationnelle, il est étonnamment persistant.
Se réjouir de ses propres qualités
Beaucoup de personnes savent que, dans la pratique de metta ou de l’amour bienveillant, on commence par soi-même. Il en va de même pour la pratique de la joie.  S’il est difficile d’entrer directement dans le vif du sujet, la joie, commencez par juste percevoir ce qui est présent ou non, puis passez progressive-ment à l’appréciation et à la joie.
Nombre d’entre nous ont du  mal à admettre qu’ils ont des qualités, mais souvent, ceci nous empêche de voir la bonté des autres et de nous en réjouir.

l est donc important d’apprendre à apprécier nos propres points forts, gentillesses et actions généreuses. Ceux-ci n’ont pas besoin d’être énormes.
Nous n’avons pas forcément l’impression de faire quelque chose de spécial quand nous encourageons ou soutenons une personne en difficulté par exemple, mais cela peut devenir une source de joie si nous nous permettons de voir la bonté de nos actions et de ressentir cette conscience dans notre corps.

Se réjouir de sa vie

bagan6Soyez conscient des choses positives dans votre propre vie. Commencez par les petites choses, comme votre jolie tasse à thé, ou la vue que vous avez de votre fenêtre, et continuez avec les grandes choses comme votre santé ou vos amis.  Comme le dit le poète Mark Nepo : « La clé pour connaître la joie est d’être facilement satisfait ».
Se réjouir du bonheur des autres
Après avoir expérimenté de la joie pour vous-mêmes, vous pouvez commencer à  vous connecter à la joie d’autrui  et vous permettre de vraiment  la ressentir. Vous voudrez peut-être utiliser une bénédiction ou un souhait silencieux comme « Puissent votre bonheur et votre bonne fortune croître et ne jamais vous quitter ». Trouvez vos propres mots.
Tout d’abord, invitez la joie    pour le bonheur d’un ami, d’une personne aimée ou d’un enseignant – quelqu’un que vous aimez vraiment. Pour la plupart d’entre vous, il est assez facile de ressentir de la joie altruiste pour notre cercle le plus proche. Si mon enfant réussit à l’école, cela me rend heureuse. Je le   serai moins si c’est l’enfant de quelqu’un d’autre. S’il n’y a rien de mal à se réjouir de la bonne fortune de nos proches, nous nous restreignons considérable-ment si notre joie s’arrête là.
Continuez donc en invitant la joie pour une personne que vous ne connaissez pas vraiment, puis élargissez le cercle à une personne qui vous semble difficile. Ce cercle de joie croissant, vous pouvez le faire dans le cadre d’une pratique de méditation formelle ou ici et là pendant la journée, quand vous pensez à une personne ou la rencontrez.
Faites preuve de gentillesse et de patience vis-à-vis de vous-même, car cette pratique paraît souvent peu familière au début.

Christiane Wolf
Traduction : Françoise
Source : https://www.lionsroar.com/how-to-practice-sympathetic-joy