Calligraphie-waka
La forme de poésie japonaise la plus familière en occident est le haïku, le poème de 17 syllabes qui a atteint son apogée au XVIIe siècle. Mais le haïku est dérivé d’une forme poétique plus ancienne, mais toujours populaire, le waka, qui a été utilisée pendant un millier d’années avant le haïku.

Le mot waka signifie « poème japonais », et c’est une forme si fondamentale de la littérature japonaise que les Japonais l’étudient et l’écrivent encore aujourd’hui.

Il est également connu sous le nom de tanka, qui signifie « poème court ».

Il y a environ mille ans, un poète du nom de Ki no Tsurayuki a écrit : « La poésie du Japon a ses racines dans le cœur de l’homme et s’épanouit dans les innombrables feuilles des mots.

Parce que les êtres humains ont des intérêts de toutes sortes, c’est dans la poésie qu’ils expriment les méditations de leur cœur à travers les vues apparaissant devant leurs yeux et les sons venant à leurs oreilles.

Entendre la fauvette chanter parmi les fleurs et la grenouille dans ses eaux douces – y a-t-il un être vivant qui ne soit pas donné au chant !

Enso-calligraphieLe « chant » dont il parle (uta) est un waka.

C’est un poème de trente et une syllabes, disposées en cinq lignes, de 5/7/5/7/7 syllabes respectivement.

Par exemple, voici un poème écrit par une célèbre princesse de la période Heian, Ono no Komachi :

Les fleurs se sont fanées, (5)
Leur couleur s'est effacée, (7)
Pendant que sans raison (5)
Je passais mes journées dans le monde (7)
Et que la pluie tombait sans cesse. (7)

On dit souvent que le waka a un « verset supérieur », qui se réfère aux trois premières lignes, et un « verset inférieur », les deux dernières.

La forme du haïku est basée sur le « vers supérieur » ; une autre forme, appelée renga, est faite en alternant les deux – d’abord un vers de trois lignes de dix-sept syllabes, puis un vers de deux lignes de quatorze syllabes, chacun par un poète différent pour un maximum de cent versets !

Souvent, lorsque nous lisons de la poésie japonaise en traduction, le nombre de syllabes semble erroné. L’une des raisons est que les mots japonais ne peuvent pas être traduits par un seul mot équivalent en anglais (français). Plus important encore, cependant, est le fait que les formes poétiques anglaises (françaises) ne sont généralement pas basées sur les syllabes, mais sur la rime.

Alors que les poèmes japonais s’appuient sur des rythmes et des sons internes pour leurs effets, les poèmes anglais utilisent souvent la rime.

Chaque langue utilise ses caractéristiques particulières pour créer la poésie – mais toute poésie « a ses racines dans le cœur humain ». Traditionnellement, c’est le cœur qui répond à la nature qui était le plus chanté :

Ki no Tsurayuki a demandé :

«  Entendre la fauvette chanter parmi les fleurs et la grenouille dans ses eaux douces – y a-t-il un être vivant qui ne veuille pas se consacrer au chant ? »

Même à l’époque moderne, la nature – et notre réponse à celle-ci – est un sujet fréquent, comme dans ce poème de Saitô Mokichi (1882-1953) :

Est-ce que c'est
Comme cela la quiétude ?
Par une nuit d'hiver
les sons de l'air qui m'entourent.

Cependant, les poètes modernes sont moins enclins à écrire exclusivement sur les « beautés de la nature » que leurs ancêtres ne l’étaient.

Il fut un temps où les sujets à traiter par un waka, et même les mots qu’un poète était autorisé à utiliser, étaient soumis à une réglementation stricte.

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De nos jours, cependant, tout sujet est acceptable, et n’importe laquelle des « innombrables feuilles de mots » peut être utilisée. Un bon exemple est ce poème d’Ishikawa Takuboku (1885-1912) :


Ça me donne des frissons
certains souvenirs
comme de mettre des chaussettes sales.

Ces «  courts poèmes » ont été importants pour les Japonais tout au long de leur histoire. Ils ont été utilisés pour célébrer des occasions spéciales depuis l’Antiquité, et le sont toujours. La famille impériale organise toujours un concours annuel de poésie ouvert à tous, et de nombreux Japonais sont des poètes amateurs.

À l’époque Heian, en particulier, les waka étaient une forme de communication très importante entre les amoureux, et la compétence d’une personne en matière de poésie était un critère majeur pour déterminer sa position dans la société, voire influencer les carrières politiques.

Tout au long de son histoire, le waka a eu une importance dans la société japonaise sans comparaison avec l’Occident.

Qu’est-ce qu’un waka, alors ?

C’est un court poème, avec des exigences structurelles spécifiques, écrit pour exprimer des sentiments. Il se distingue de la poésie de notre propre tradition, tant par sa forme que par son influence.

Il y a encore une autre différence générale : au fil des siècles, les waka ont été écrits davantage pour capturer des émotions que pour les expliquer ou les définir.

Ono no Komachi, dans le poème ci-dessus, n’a pas mentionné pourquoi ses jours semblaient insignifiants ; Takuboku ne nous a pas dit quels étaient ces souvenirs qui le faisaient se sentir si mal.

En revanche, une grande partie de la poésie occidentale s’est intéressée aux raisons d’un sentiment particulier, ainsi qu’à l’émotion elle-même ; elle a raconté des histoires, créé des allégories, et même discuté de théologie.

Mais le « poème japonais » a traditionnellement traité le « quoi » plutôt que le « pourquoi » de l’expérience, et nous ouvre une richesse d’émotions subtiles. C’est une source particulièrement riche pour accroître notre compréhension de l’expérience japonaise.

Dr. Amy Vladeck Heinrich, directrice de la C.V. Starr East Asian Library, Columbia University.

Enso, calligraphie de Joshin Sensei

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