manuscrit bouddhisteMa réflexion part des questions suivantes que je me pose régulièrement : Quel est le sens de(s) la cérémonie(s), à quoi ça sert ? Qu’est ce qu’on fait, qu’est ce qu’on pratique lors des cérémonies ? A qui s’adresse-t-on ? Autre question et en même temps début de réponse : quels éléments des enseignements du Bouddha/de la pratique du Bodhisattva, l’Octuple Sentier, les Six Paramitas, les Quatre Illimités, etc, retrouve-t-on dans la cérémonie ?

La cérémonie c’est le regard juste – Zazen c’est l’immobilité, tourné vers le mur, l’intérieur de soi. Pour la cérémonie, on se tourne vers le centre du zendo/les autres et on se met en mouvement. On passe du silence de zazen aux sons des instruments et aux chants des sutras. – La cérémonie c’est continuer la pratique de la concentration, de l’attention, de la pleine conscience (smirti / se souvenir, être présent), bien que les formes changent, se diversifient et se mélangent (marche, sampai, shashu/kinhin à l’arrêt ou zazen debout, respiration du chant…). Ça bouge, ça s’anime à l’extérieur mais l’intérieur reste calme, apaisé, concentré ; ça change mais ce n’est pas une rupture. C’est aussi la pratique de l’effort juste (bien dosé) pour que lorsque la bouche chante, récite la conscience reste à l’intérieur de soi et ne vagabonde pas. – La cérémonie est une pratique collective où on entre en relation les uns avec les autres, où on interagit. Elle permet de s’exercer à la coordination, l’unité, l’harmonisation du groupe, de la Sangha, mais aussi de développer l’unité en soi du corps (les gestes, les attitudes corporelles), de la parole et de l’esprit (intention). – Dans cette dimension collective chacun enseigne aux autres sans le savoir, sans le vouloir. Je m’explique : pendant la cérémonie on se retrouve face à face ou côte à côte ; parfois quelqu’un fait quelque chose de bien et alors on se dit « c’est comme ça que je dois faire » ou à l’inverse quelqu’un se trompe / bouge au mauvais moment, on dit « merci, tu viens de me montrer ce qu’il faut éviter ». Les « erreurs », tout comme ce qui est juste, profitent à tous. « Dans le zendo, ce n’est pas Philippe qui est en face de Martine… c’est un Bouddha qui fait face à un autre Bouddha » (propos de l’enseignante lors d’une retraite).

C’est l’occasion de pratiquer le détachement en lâchant nos opinions envers un tel et de se voir les uns les autres au-delà des apparences / de nos projections, de pratiquer ainsi la vue juste et profonde.

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La cérémonie, c’est aussi la pratique du don – Par l’offrande de l’encens ; de la parole juste, celle du Bouddha, des patriarches par la récitation des sutra /textes ; on donne mais simultanément on reçoit (le texte, son sens pénètre en nous alors qu’on le partage par sa récitation) ; et le don de soi notamment par sampai. – Par la cérémonie, on reçoit et bénéficie du soutien, de la force et de l’énergie de la Sangha : lorsqu’on est à l’extérieur du zendo – lorsqu’on prépare le petit déjeuner par ex- on perçoit alors comme un bourdonnement profond et puissant pareil à une vague. –

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La cérémonie, c’est se relier aux autres : aux personnes présentes dans le zendo, à celles à qui l’on dédie la cérémonie, aux êtres vivants dans leur ensemble. Les frontières du temps et de l’espace sont dissoutes et on a le sentiment de faire partie de quelque chose de plus grand que nous, ça nous relie aux pratiquants qui nous ont précédés, à ceux qui poursuivront dans le futur, au Mahayana*. C’est comme un immense gassho, un gassho universel.

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La cérémonie comme symbole – C’est l’expression de la foi et elle la renforce en même temps qu’elle l’exprime : la foi, la confiance dans les enseignements et les enseignants ; la foi dans notre capacité à changer, dans le bouddha qui est en chacun de nous. – Et comme une représentation symbolique de notre parcours et des étapes de la voie (un peu comme un mandala mais chanté au lieu d’être dessiné) : sutra du kesa et Refuges : la rencontre avec le maître, les enseignements, l’entrée dans la Voie, puis le Sutra du coeur et le shobogenzo shushogi de Maître Dogen qui décrivent notre pratique. Enfin la dédicace des Mérites et les Quatre vœux : on se tourne vers les autres, c’est notre pratique à l’extérieur en sortant du zendo.

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Zazen et cérémonie

Enfin, je me dis que si je recherche des éléments de zazen dans la cérémonie, je peux aussi retourner la réflexion et retrouver dans zazen les éléments de la cérémonie. Zazen peut ainsi être vu comme un don, une offrande de soi (de notre corps, de notre temps) au Dharma, aux autres ; une célébration, un acte de foi et de dévotion. Zazen perçu sous cet angle devient plus léger, plus simple car il n’y a rien à obtenir ou à acquérir, il n’y a qu’à fêter, célébrer le Dharma, le Bouddha, la Sangha en s’asseyant.

Philippe V.

*Pas seulement au Mahayana, mais à toute la Voie du Bouddha : le Refuge dans les Trois Trésors par exemple est ce que les personnes désireuses d’entrer dans la Sangha prononçaient devant le Bouddha.