Qu’est-ce que cela fait exactement ?

Question :
Nous sommes encouragés à dédier les mérites de notre pratique à tous les êtres. C’est une belle idée, mais quel effet, le cas échéant, a-t-elle vraiment ? Et peut-on offrir quelque chose que l’on n’est même pas sûr d’avoir ?

Jetsunma Tenzin Palmo :
Dans les pays de tradition bouddhiste, le concept de punya a toujours joué un rôle important.
Habituellement traduit par « mérite » ou même par « bonté », punya désigne les résultats karmiques positifs de bonnes intentions et actions.

Cette croyance dans le pouvoir des actions méritoires est perçue comme une force éthique qui peut être dirigée vers n’importe quel objet choisi. Les gens se sont donc mis à « accumuler les mérites » et à s’en réjouir ; les mérites sont alors dédiés à autrui et ainsi partagés.
Cela nous encourage à accomplir des actes de bonté comme pratiquer la générosité et la gentillesse. Nous pouvons également nous réjouir des actes généreux que nous voyons les autres accomplir et les partager.

Bouddha boisAu début de la pratique formelle, nous prenons refuge dans les Trois Trésors et ensuite, dans les traditions Mahayana, nous récitons les vœux du Bodhisattva et nous nous rappelons que nous nous engageons dans cette pratique non seulement pour notre propre bien, mais pour le bien de tous les êtres. En d’autres termes, nous avons réglé notre GPS spirituel sur « l’illumination pour tous ».
Puis, à la fin de la pratique de ce jour-là, nous nous souvenons à nouveau de notre but en dédiant toute la bonté accumulée au bien-être et au bonheur de tous les êtres -ou à toute la planète et au-delà.

Ce sont des entraînements à la Bodhicitta, qui nous rappellent que notre pratique a un sens qui ne se limite pas à notre seul bénéfice. Même l’effort de pratiquer plutôt que de regarder la télévision ou jouer sur l’ordinateur est une bonne chose, et nous pouvons en ressentir de la satisfaction et de la joie, et souhaiter partager cette bonté essentielle avec autrui.
Nous pouvons dédier ces mérites, que nous comprenions ou non toute cette mécanique. Lancez-vous. Il y a tant de choses que notre esprit rationnel ne peut percevoir. Conservons un sens du mystère et ne soyons pas étroits et matérialistes.

Chemin herbeLe Dharma va au-delà de notre pensée conceptuelle. Ce n’est pas seulement une « belle idée », c’est aussi très pratique -le monde a cruellement besoin de bonté et d’énergie positive. Les pensées ont du pouvoir. Les prières et les aspirations ont de la force. Presque tout le monde ressent une atmosphère particulière en visitant des lieux sacrés tels que Bodhgaya ou Assise, malgré le chaos apparent ou l’aspect mercantile.
Des siècles de dévotion, de pensées tournées vers le sacré, y ont créé une énergie spirituelle palpable. De même, nous ressentons spontanément une profonde tristesse et une pesanteur lorsque nous visitons Auschwitz ou Dachau.
Nous nageons dans un océan de formes de pensée mais, comme les poissons dans l’eau, nous ne sommes pas conscients de notre propre environnement psychique.

Si nous pouvions le voir, nous saurions que la pollution psychique qui entoure cette planète est beaucoup plus dense que la pollution physique. Il y a tant de colère, d’avidité, de jalousie, de peur et de négativité générale dans la société, et tout cela est cultivé et célébré dans les médias.

Dans cette obscurité, nous avons besoin de lumière. Dédier notre énergie positive aide à rétablir l’équilibre et à apporter une appréciation joyeuse dans une situation apparemment désespérée. Goutte après goutte, le vase se remplit. Donc, par les mérites de cette pratique, puissent tous les êtres être heureux et exempts de souffrance !

Jetsunma Tenzin Palmo, Buddhadharma Traduction : Françoise
(Suite en novembre).