木魚 Ce que la cérémonie nous enseigne

Dans la tradition Zen Rinzaï, le premier entretien entre élève et maître est un événement solennel favorable. Le vêtement approprié comprend non seulement une robe mais aussi les socquettes blanches ou tabi, qui couvrent pieds et chevilles. Les tabi sont attachés par des crochets et des œillets situés sur la face interne des chevilles. Pour les occidentaux ils sont difficiles à utiliser, même dans les meilleures conditions.

TabisLe matin de mon premier entretien avec Jiro Osho au monastère Rinzai, j’ai complètement oublié mes tabi. Ils étaient nichés comme des lapins endormis dans les manches de ma robe. Je me préparais à aller à mon entretien quand un moine âgé remarqua mon oubli. Il fit un geste sévère vers mes pieds que je compris. Malheureusement il n’y a pas de chaises dans un zendo japonais. Plutôt que de m’accroupir sur un coussin, je sautai d’un pied sur l’autre au risque de tomber, tout en luttant pour enfiler mes tabi. Pendant ce temps le moine âgé faisait appel à toute sa discipline zen pour ne pas sourciller.

Cette embarrassante maladresse n’était pas inhabituelle. Les formes de cérémonies abondent au Japon et pour l’occidental non initié elles semblent aussi étrangères que contraignantes. Du protocole relativement simple dit Jukai, au cours duquel un pratiquant laïc « reçoit les préceptes » jusqu’au noble théâtre du Shitsugo dans lequel un prêtre chargé d’ans reçoit le titre de Roshi, les cérémonies publiques témoignent de l’approfondissement de la compréhension du pratiquant. Et même les jours ordinaires quand rien de spécial n’est reconnu, célébré ou commémoré, un sens de la cérémonie règne dans le zendo.
On le voit dans les salutations, on l’entend dans les cloches, on le sent dans l’encens.

Pour le pratiquant occidental laïc, l’atmosphère pénétrante de la cérémonie est un défi tant à l’esprit sceptique qu’au corps réticent.

Quelle quantité de cérémonie asiatique doit-on inclure dans une pratique laïque occidentale ? À quelle dose est-elle essentielle ? En se posant ces questions il est important de se souvenir que les formes de cérémonies asiatiques, telles qu’on les utilise dans le Zen, existent d’abord pour soutenir la pratique de la pleine conscience. Joindre les paumes l’une contre l’autre et s’incliner devant son enseignant, par exemple, est une façon de lui exprimer gratitude et respect. C’est aussi une façon de savoir que quelqu’un exprime respect et gratitude et une façon de cultiver ces états d’esprit. Pour ceux prêts à les adopter, les salutations, les chants, les prosternations et autres éléments du Zen traditionnel peuvent devenir partie intégrante de la pratique, au même titre que la conscience du souffle et la posture.

Ben Howard Buddhadharma – Automne 2009.
Traduction : M.C. Calothy – A. Delagarde

 

木魚 Pourquoi les statues ?

Pourquoi des statues ?

C’est une question qui revient souvent ; il me semble qu’avec le temps, nous comprenons l’importance de la beauté qui ouvre notre esprit et notre cœur et nous rapproche de tous les êtres humains.

« J’aime bien ce qu’on fait ici, la méditation, la vie simple. Mais il y a des choses que je ne comprends pas. Par exemple, pourquoi toutes ces statues ? À quoi est-ce que ça sert » ?

Sa question m’amuse car elle fait naître un souvenir : la première fois que je suis allée à une retraite de méditation bouddhiste, j’ai traversé résolument le grand hall pour demander :
«  Pourquoi y a-t-il une statue sur l’autel ? Pourquoi pas des fleurs, une belle pierre ou rien du tout » ?

Je ne me souviens pas de la réponse qui n’avait pas dû me convaincre, mais presque vingt ans plus tard, je suis heureuse qu’il y ait des statues !

Bouddha-ikebanaCelles qui sont à La Demeure sans Limites sont des cadeaux : il y a dix ans, une femme est arrivée avec dans les bras une grande statue en bronze de Bouddha méditant, au visage paisible -une statue qui a trouvé sa place dans la salle de méditation et qui, lorsque mon esprit galope ou lorsque je me sens renfrognée, me rappelle qu’il y a en moi un autre espace, une autre façon d’être.

Statue-rappel, statue-miroir, déjà.

Puis il y a deux ans, nous avons reçu du Japon une petite statue en pierre, d’un bodhisattava, « apprenti-Bouddha », appelé Jizo. On trouve souvent au Japon ces statues au creux des chemins, ou en pleine ville, un peu à l’écart.

Statue JizoJizo Sama (Sama est un terme de politesse) protège les enfants et les voyageurs –nous tous donc, voyageurs que nous sommes entre naissance et mort.

Depuis que ce Jizo Sama, aux traits souriants finement sculptés a été installé dans la cour, sous le cerisier, il me semble qu’il y a quelque chose de changé.
Quand je fonce sans rien voir, la petite statue m’attrape du coin de l’œil, et je ralentis, le temps d’une respiration, pour revenir à l’instant, au lieu précis où je suis dans mon voyage.

J’ai vu beaucoup d’autres personnes faire de même ! Statue-rappel, statue-miroir, encore.

Et bien sûr, ce qui me touche dans ces deux statues, comme dans les merveilleuses statues de Bouddhas khmers, dont le sourire voilé et pénétrant, nous oblige, dirais-je, à sourire en retour, le cœur apaisé, c’est leur beauté.
J’entends par beauté les sentiments de grâce que certaines choses font naître en nous : les arbres en fleurs, la première neige, le chant de la source…
Mais la nature est hors de nous alors que ces statues ont été crées par un autre être humain. Cela les rend, pour moi, encore plus précieuses. Car lorsqu’elles sont « belles », je sais qu’elles ont été pensées, puis réalisées avec les mains et le cœur.

Et apparaît « la transmission de cœur à cœur » :
nous nous regardons d’être humain à être humain, et nous voyons un bouddha, un être d’éveil et de compassion. Statue-miroir, statue-rappel de notre véritable nature.

Il y a peu, j’ai reçu une statuette de Bouddha. Un soir, je me suis assise en méditation devant cette statue, une petite bougie posée près d’elle. Ombre et lumière jouant sur le bois sombre et la peinture dorée, il me sembla rejoindre la foule innombrable de tous ceux qui, au cours des âges, se pressèrent dans les temples obscurs, émerveillés par ces formes scintillantes échappées de l’obscurité.

Alors, que répondre à ce jeune homme ?

On est bien arrogant quand on veut toutes les réponses, et tout de suite, je me souviens… La seule vraie réponse, celle qui respecte l’intelligence de l’apprentissage est de lui dire ; soit il trouvera les réponses par lui-même -et ce sont là les seules réponses que nous pouvons entendre, à la fois avec l’esprit et avec le cœur – soit elles n’auront plus d’importance, car elles ne l’intéresseront plus !

Je ris :  » Eh bien, c’est comme ça  » ! Et je vois qu’il n’est pas trop content, et même un peu vexé …

Laissons la place aux statues pour lui apprendre à cheminer avec le temps, à cheminer avec les autres.

Joshin Sensei

木魚 Planning et Uposatha – octobre 2020

Joshin Sensei :

Paris : samedi 17 octobre.
Vous pouvez retrouver Joshin Sensei sur YouTube pour les méditations et lectures commentées en direct : les lundi, vendredi et samedi. Infos : https://www.nousasseoirensemble.org/

 La Demeure sans Limites

jeudi 5 octobre, 10h – 16h : journée dédiée à Bodhidharma.
vendredi 23 au dimanche 25 octobre : Retraite avec Jôkei Sensei. Infos : https://www.larbredeleveil.org/lademeuresanslimites/programmes-de-la-demeure-sans-limites/

Uposatha : Pour vous inscrire : https://framadate.org/kp2rGQUU2vYSVIUz Pleine lune : jeudi 1er, lune nouvelle : vendredi 16 et pleine lune : samedi 31