Lorsque je pense à l’équanimité, je me tourne vers le mot pali upekkha, qui se traduit le plus efficacement par équilibre, souvent l’équilibre né de la sagesse. Pour certains, le mot équanimité implique le calme, l’indifférence, voire la peur.

Un adolescent qui hausse les épaules et dit « Peu importe » est un parfait exemple de cette impression fausse d’équanimité. Une autre idée pour le sens de l’équanimité est la passivité. Dans cette optique, si vous abordez les mauvaises choses avec équanimité, vous n’êtes peut-être qu’un mollasson ou une feuille sèche qui demande à être balayée par le vent du changement.

 Le mot équilibre lui-même peut aussi être mal compris. Il est parfois considéré comme un état forcé ou contraint obtenu en soutenant vaillamment quelque chose (comme la joie) tout en poussant quelque chose d’autre vers le bas (comme la tristesse).

On peut aussi tenir le plaisir et la douleur dans un poing serré, en espérant que la douleur ne vous échappe pas pour prendre le dessus. L’équilibre est volontiers perçu comme quelque chose de fade, une série de concessions qui vous amène au plus petit dénominateur commun.

Bouddha-sapin1Le type d’équilibre dont je parle est plutôt d’avoir une perspective sur la vie, les efforts que vous déployez et les changements que vous vivez. Nous établissons ce sentiment d’équilibre à l’intérieur. Cela exige de nous de la sagesse et nous donne un sentiment croissant de paix. L’équilibre ne vient pas en effaçant tous les sentiments.

Lorsqu’il s’agit de ressentir des émotions douloureuses comme la colère, nous pouvons nous y perdre, de sorte qu’elles deviennent toxiques et apparemment inéluctables. Nous pouvons penser qu’il n’y a pas d’issue, et nous en arrivons à nous identifier complètement à nos sentiments : Je suis une personne en colère, et je le serai toujours.

D’autre part, nous pouvons avoir tendance à ressentir une impulsion à nous détourner des sentiments difficiles – à les avaler, à les nier, à nous distraire.
Nous n’avons pas beaucoup de modèles permettant de ressentir des émotions fortes de manière plus équilibrée. C’est l’équanimité qui nous libère : nous pouvons apprendre à être présents avec les émotions sans tomber dans les extrêmes de l’accablement ou du déni.

L’équanimité est l’état dans lequel nous pouvons reconnaître une émotion comme la colère – et même en ressentir toute l’intensité – mais aussi faire attention à choisir comment nous allons réagir à un sentiment, une pensée ou une circonstance donnée.

Nous pouvons choisir de ne pas faire de nos sentiments des ennemis. Nous pouvons au contraire élargir notre conscience et laisser ces sentiments se manifester. Et nous pouvons leur permettre de se déplacer et de changer. Cet espace apporte la sagesse qui nous permet de ne pas nous perdre dans une réactivité immédiate. Cette liberté est l’essence de l’équanimité.

Lorsque la vie se déroule en dents de scie, nous essayons souvent de donner l’impression que nous avons tout en main. Mais parfois, nous ne conservons l’apparence de stabilité qu’en restant dans un état de tension si élevé que notre équilibre émotionnel peut être rompu par la moindre brise. Est-ce vraiment une vie en équilibre si elle demande tant d’efforts ?

La facilité fait partie de ce que nous voulons : nous sentir libres, en paix et sans contrainte, être capables de réagir de manière appropriée à notre monde en mutation.

GyroscopeJ’en suis venue à penser qu’une image adéquate pour l’équilibre est un gyroscope. Le gyroscope est une merveilleuse représentation visuelle de l’équanimité : la capacité à trouver le calme et la stabilité sous l’effet du stress. Cet équilibre est souple et flexible, capable d’esquiver une partie de ce qui vient et de revenir rapidement à la réalité.

Bien qu’il soit constamment en mouvement, le gyroscope est stable et s’adapte à tout ce qui se présente. Une rafale de vent ou un choc violent sur la table fera tomber une toupie, mais pas un gyroscope. Essayez de le renverser et il se redresse avec grâce et régularité.

En traversant les circonstances, nous pouvons apprendre à être plus agiles et plus actifs au lieu de réagir. L’équilibre d’un gyroscope vient de son noyau fort – son énergie centrale et stable.

Donner un sens à notre vie peut nourrir ce noyau, en élevant nos aspirations, en nous renforçant dans l’adversité, en nous aidant à avoir un sens de qui nous sommes et de ce qui nous importe en dépit des situations changeantes.

Lorsque nous avons une idée de ce que nous sommes censés faire et que nous allons ensuite le faire, nous forgeons un centre et renforçons la force fondamentale sur laquelle nous pouvons revenir et sur laquelle nous pouvons compter encore et encore. Définir un périmètre autour de nous signifie que nous ne nous considérons plus comme complètement responsable d’absolument tout.

Même si les événements de la vie sont difficiles, nous n’avons pas besoin de les rendre encore plus difficiles : « Cela va durer éternellement », ou « Il faut régler ça tout de suite », ou « Cela prouve que je suis inutile et inefficace ». La sagesse du gyroscope dit : « Respirez un peu pour pouvoir agir et apprécier la suite. »

Arrêtons de penser que nous allons enfin avoir le contrôle absolu. Cela n’arrivera pas, pas même pour un instant. Nous ne contrôlons pas qui va tomber malade, qui va aller mieux, ni les inévitables hauts et bas de nos vies. Nous ne pouvons pas immédiate-ment diriger tout et tout le monde dans ce monde à notre guise.
Nous pourrions agir avec ferveur, et nous l’espérons, pour soulager la souffrance.

OmomomMais imaginer que nous pouvons décider du résultat certain de nos efforts, c’est comme penser que nous allons nous réveiller un jour, nous regarder dans le miroir et déterminer : « J’y ai réfléchi très soigneusement. J’ai pesé le pour et le contre, et j’ai décidé que je ne mourrai pas ».

Le corps a sa propre nature. Certes, nous pouvons l’influencer, et nous pouvons transformer beaucoup de choses et avoir un grand impact, mais nous faisons tout ce que nous pouvons, et ensuite nous devons nous débarrasser de nos attentes et de nos déceptions.

Si nous ne le faisons pas, nos fantasmes effrayants et nos rêves brisés seront sans fin. Si nous semons la graine de l’effort avec la volonté de faire tout ce que nous pouvons, ceci avec la sagesse de savoir que nous ne faisons pas tout nous-mêmes, nous ne nous sentirons pas vaincus par les circonstances.

L’équanimité signifie être avec douleur et plaisir, avec joie et tristesse, de telle sorte que nos cœurs soient pleinement ouverts et aussi entiers, intacts. Nous pouvons reconnaître ce qui est vrai, même si c’est douloureux, et aussi connaître la paix.

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L’équanimité ne signifie pas que nous ne ressentons rien, ce n’est pas un état de vide. C’est plutôt l’espace qui peut se rapporter à tout sentiment, à tout événement, à toute apparition, tout en restant libre.

Sharon Salzberg Traduction & résumé : Joshin Sensei proposé par Diana Zuyten.https://www.lionsroar.com/calm-in-the-midst-of-chaos/