Lanterne-rouge

Pour la plupart des gens, le changement est une chose difficile. Pour ceux qui font preuve de sagesse, le changement est un défi.

Une situation nouvelle suscite souvent de la peur en nous, peur de la perte, ou peur de l’inconnu, ou peut-être la résistance, ou le besoin de se défendre.

Bien sûr, ces réponses ne sont pas plaisantes, elles peuvent même être douloureuses, mais la personne sage voit cela comme une splendide opportunité pour la pratique : là où il y a la douleur on s’accroche, on s’attache, et notre pratique est d’apprendre à lâcher-prise.

Souvent, pourtant, ce lâcher-prise a l’air d’être quelque chose d’ordinaire et de confortable, bien sûr !

Laissez simplement être ! Mais c’est un lâcher-prise superficiel : laisser aller quand cela nous plaît ! Un vrai méditant sait que se détacher vraiment n’arrive qu’avec la souffrance. La souffrance met l’accent sur notre attachement, l’endroit même où ce laisser-aller a lieu.

Plutôt que de courir partout pour trouver stabilité et sécurité, notre pratique est d’apprendre à rester tranquille et à voir clairement la vérité du changement.

 Ajahn Thiradhammo

On parle souvent de nos jours de l’importance de lâcher-prise. Cependant, si nous ne savons pas bien identifier ce qui exerce une emprise, nous ne saurons pas comment nous devrons lâcher-prise.

Par exemple, nous ne pourrons pas attraper un voleur si nous ne savons pas ce qu’il a volé. C’est l’emprise sur le  soi qu’il faut reconnaître ; elle s’exprime habituellement par les mots « moi, ma, mon, mes, etc…».  En termes plus communs, on pourrait également l’appeler « l’ego ».

Relâcher cette emprise est ce qu’on pourrait appeler le lâcher-prise. Ainsi, c’est envers ce fauteur de trouble intérieur qu’est l’ego ou l’emprise sur le soi que nous devrions relâcher notre emprise.

Lâcher-prise ne signifie donc pas de devoir laisser aller ou abandonner ce qui nous est extérieur : amis, travail, famille, relations, matériel, etc… Ce sentiment de « moi », que l’on appelle le soi, est quelque chose que l’on considère essentiel et qui émane du plus profond de notre cœur. On ne considère pas « les autres » de la même manière. Cela provient de la très forte emprise sur le moi. Pourtant, nous sommes égaux aux autres en ce qui concerne notre souhait de ne pas souffrir et d’être heureux. Si l’on médite continuellement sur cela, les problèmes qui nous assaillent présentement les uns après les autres cesseront de se produire.

Est-il besoin de mentionner que cette emprise sur le soi est toujours présente actuellement ? De nos jours, les gens ont peu de tolérance et sont facilement orgueilleux ou en colère, se séparent facilement et expérimentent toutes sortes de problèmes. Ces problèmes ne proviennent pas des autres, mais bien de sa propre emprise sur le soi. Ces problèmes surviennent parce que nous avons entretenu cette attitude intérieure. Ils ne sont aucunement causés par des agents extérieurs.

Toutes les souffrances du monde proviennent du désir de bonheur pour soi-même. Toute la variété des souffrances non désirées par nous et par les autres qui existent en ce monde proviennent de l’erreur de vouloir uniquement son propre bonheur. En effet, il n’y a personne d’autre que nous-mêmes qui créons toutes ces souffrances que nous ne désirons pas subir.

Shantideva http://www.lamasamten.fr/lacher-prise

Nous avons aussi souvent tendance à considérer la libération sous une forme quelque peu négative, en termes de sacrifice, comme un renoncement forcé, comme si se libérer consistait à devenir quelqu’un dépourvu de passion, quelqu’un de terne, quelqu’un que plus rien n’intéresse : mais il ne s’agit pas de cela. La libération dont on parle n’est pas un amoindrissement ni un appauvrissement ; il s’agit au contraire de se libérer de toutes les entraves qui empêchent d’être pleinement présent. La libération ne revient pas à placer un éteignoir sur tout, elle est au contraire un épanouissement. On n’a pas encore trouvé de meilleure image pour l’évoquer que celle du lotus. Le lotus est une plante qui vit dans les marécages, en général dans des endroits malodorants. Sur la boue, vous voyez des feuilles flotter, une tige se dresser et une fleur magnifique s’épanouir. Il n’y a rien de plus beau peut-être qu’une fleur de lotus. Elle est énorme, complètement épanouie au-dessus de toute cette fange dans laquelle elle s’enracine, mais par laquelle elle n’est pas souillée. Elle est belle au-dessus du marécage.

Quand on parle de la libération, c’est un peu pareil. Nous sommes plongés dans le cycle des existences et de ce fait nous sommes immergés dans la souffrance, la laideur, les difficultés, l’impermanence. A partir de cela, et seulement à partir de cela, si nous opérons cette reconnaissance de notre nature véritable, si nous reconnaissons en nous cette nature de lotus et que nous la laissons s’épanouir, nous pouvons développer la conscience parfaitement libre et sereine qui, tout en étant complètement enracinée dans le monde et dans le quotidien, en est entièrement libre.

Jigme Rimpoche
http://www.dhagpo.org/fr/multimedia/revue-tendrel/339-le-lacher-prise