Warajis

En Thaïlande l’opposition à l’ordination complète des nonnes reste très forte. Déjà en 1927 le politicien progressiste Narin Bhasit avait fait ordonner ses deux filles Sara et Chongdi, et construire un monastère féminin. Le gouvernement en ordonna rapidement la fermeture et le renvoi des moniales à la vie civile.

Dhammananda1Refusant d’obéir, les filles de Narin Klueng furent arrêtées et défroquées en prison.
Une loi interdisant d’ordonner des femmes fut passée l’année suivante.
Néanmoins, Dhammananda, de son nom civil Chatsumarn Kabilsingh, dont la mère avait déjà scandalisé en se proclamant bhikkhuni, a été ordonnée en 2001 au Sri Lanka entraînant une nouvelle vague de protestations.

Elle a aidé là l’ordination de 8 nonnes en 2014 mais le Conseil Bouddhiste de Thaïlande a interdit toute autre ordination de nonnes dans le futur.
Pourtant elle a auprès d’elle plusieurs novices et sa propre ordination au Sri Lanka a inspiré 300 autres nonnes à faire de même.
Peter Janssen Wiki

Il y a plus de huit siècles, les bikkhunis disparaissaient d’Asie du Sud-Est. Privées d’ordre monastique consacré, les femmes thaïlandaises improvisent, aux alentours du XIIIème siècle, une congrégation religieuse de substitu-tion : les Mae Chiis.
Ces « nonnes », au statut ambigu car non défini par le Bouddha, ni tout à fait laïques ni entièrement religieuses, sont, de fait, exclues de la communauté monastique. « Les femmes deviennent des Mae Chiis parce qu’elles n’ont pas le choix. Celles qui vivent à proximité des moines sont considérées comme des domestiques chargées des tâches ménagères ».

Dhammananda2L’accomplissement spirituel de Dhammananda est le fruit d’une longue maturation entamée dès l’enfance.
« Pour expliquer cette décision, je dois parler de ma mère. Quand elle est devenue Mae Chii en 1956, j’étais âgée de 10 ans et la pleine ordination des femmes n’existait pas en Thaïlande. Au lieu de quitter la maison, comme c’est le cas traditionnellement, elle a transformé notre maison en temple ».

Enfant, la « fille du temple » reçoit une éducation bouddhiste poussée. Plus tard, brillante universitaire, elle approfondit ses connaissances théologiques et rédige sa thèse sur un sujet qui lui tient à coeur : le statut des nonnes bouddhistes. « J’ai découvert à ce moment-là qu’il était possible pour ma mère de se faire ordonner à Taiwan, selon la tradition Mahayana. Je l’ai accompagnée dans sa démarche ».

Installée dans le temple de sa mère, le Wat Kalyani, elle sait la portée sociale d’une communauté de bikkhunis, son impact positif sur l’image, parfois dégradée, des Thaïlandaises :
« Il n’existait pas de femme en Thaïlande, susceptible de représenter un modèle sur le plan spirituel ».

Issues pour la plupart de milieux défavorisés et peu éduquées, les quelque 10.000 Mae Chiis du pays ne sont pas en mesure de prétendre à ce rôle :
« C’est parce que les femmes ne peuvent pas être ordonnées, et qu’elles ont une image négative d’elles-mêmes, qu’elles sont reléguées.

Pourquoi la porte se fermerait-elle aux femmes ordonnées, alors que celle qui mène à la prostitution est largement ouverte ? ».

Elle consacre l’essentiel de son temps à favoriser l’accès des femmes à la spiritualité.
À commencer par l’enseigne-ment du bouddhisme, jusqu’ici réservé aux hommes.

Voir l’article complet et bien informé sur :
https://www.bouddhismeaufeminin.org/dhammananda-la-nonne-combative/
Elle fait aussi partie du réseau des Bouddhistes Engagés et elle-même et les bikhunis qui l’entourent ont commencé depuis 2011 un travail dans les prisons des femmes.

Au début, elles fournissaient les prisonnières en produits de toilette de base puis elles les ont aidées par des massages et maintenant leurs visites incluent aussi un temps de méditation.

Enfin Dhammananda fait aussi partie du dialogue inter-religieux avec les musulmans de Thaïlande et travaille à un programme environnemental dans le temple portant spécialement sur l’aide au  recyclage.

Ordination en 2009

Dr Lai Suat Yan
Traduction et résumé: Joshin Sensei
https://snfwrenms.wordpress.com/2014/11/21/thailand-venerable-dhammananda-1943-the-pioneering-bhikkhuni-and-her-faith-in-the-buddha-2/