Rizieres-6 copieLes Enseignements sont là pour que nous trouvions la paix du cœur – pourtant ils peuvent aussi parfois faire naître de l’anxiété, en nous amenant à surveiller chacun de nos gestes, chacune de nos paroles.
Des enseignant.e.s, de différentes traditions, expliquent comment nous pouvons prendre soin de nos pensées sans nous enfermer en nous-même, mais au contraire en nous connectant à notre vœu d’aider tous les êtres, ce qui fait naître la joie…
(Suite des réponses de deux autres enseignants en novembre).

Question :
Dans les enseignements bouddhistes j’entends qu’on dit que chaque pensée, chaque mot, chaque action comptent ; quelquefois ça m’apparait comme un enseignement propre à générer de l’anxiété.
Comment est-ce que je peux pratiquer avec cet enseignement et ne pas me sentir sans cesse paralysé ?

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Sanathavihari Bhikkhu :

Trop penser sur pratiquement quoi que ce soit va souvent nous faire trébucher. Quand nous marchons, nous savons que chaque pas fait est important pour maintenir notre équilibre et ainsi nous ne tombons pas. Pourtant nous marchons des kilomètres chaque jour sans penser à la façon de faire le pas suivant.

Si nous commençons à penser, et à trop penser, au processus entier de la marche, à nous demander à combien de centimètres est-ce qu’il faut que je soulève mon pied ? Ou bien : jusqu’où est ce que je vais poser mon pied ?
Alors ça va faire déborder notre esprit et à ce moment-là nous risquons de rencontrer le sol sur lequel nous marchons d’une façon extrêmement pénible !

Bien que chaque pas soit important, si nous commençons à nous inquiéter pour le pas suivant, nous nous préparons à l’échec.
Selon le Dharma du Bouddha, nos pensées, mots et action sont importants mais lorsque nous nous enfermons trop profondément dans ces pensées, mots et actions, nous sabotons l’intention qu’il y a derrière cet enseignement.
Au lieu de vivre complètement et de façon « saine » (*) nous commençons à vivre de façon « non-saine » en nous tourmentant nous-mêmes.

Kaku-18 copieComme lorsque nous marchons, le pas le plus important que nous pouvons faire dans notre pratique du Dharma est celui que nous sommes en train de faire exactement maintenant.

Si vos pensées actuelles, vos paroles et actions sont justes, sont saines, alors le futur ne posera pas de problème. Ce sont les actions de ce moment présent qui vont donner des fruits dans le futur. Les actions futures ne sont pas en train d’arriver dans le moment présent ; dans le moment présent, le futur n’est qu’imagination.

Trop penser à chacune des actions est une forme d’anxiété et d’inquiétude, un des cinq obstacles à l’Eveil sur la Voie du Bouddha.

On peut y remédier par l’attention dans ce moment présent qui nous aide à marcher sans effort alors que l’inquiétude et l’anxiété nous font trébucher.
L’’attention à ce moment présent nous permet de faire des actions saines, justes et nous libère de toute inquiétude portant sur des actions qui n’ont pas encore pris place.

Dans le « Discours sur tous les obstacles » le Bouddha dit à ses disciples qu’il y a certaines questions auxquelles on ne peut pas répondre : est ce que j’existerai dans le futur, est-ce que je n’existerai pas dans le futur, que serai-je dans le futur, comment serai-je, etc.

De la même façon, nous ne pouvons pas nous mettre à spéculer sur la signification ou le résultat de nos actions, mais nous pouvons faire attention, porter toute notre attention sur ce qui est en train de se passer exactement en ce moment.

Quand votre attention est dans le moment présent, vous pouvez accomplir l’action juste et alors vous êtes libre sans plus d’inquiétude.

Sanathavihari Bhikkhu.

(*) « sain » signifie qui ne crée pas de souffrance

Textes traduits de : Buddhadharma – Summer 21, par Joshin Sensei.