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Quel engagement pour une personne de la Voie ? C’était la question, posée dans un N° de janvier de ce bulletin, Daishin « L’Esprit Vaste ». Mais une autre question, la question de départ en fait, n’était pas traitée : qu’entend-on par « engagement » ?

Pour nous occidentaux du 21ème siècle, ce terme fait le plus souvent référence à une participation à la vie publique, sinon politique ; à un mouvement, à un groupe, ou à un parti.

On voit que ces dernières années « l’engagement bouddhiste » se situe plutôt soit vers l’écologie, ceci surtout aux Etats Unis, soit vers l’engagement compassionnel, soins palliatifs et fin de vie.

Ces deux mouvements se comprennent bien : il est certain que les Enseignements nous amènent à « prendre soin », et que nos conditions de vie actuelles nécessitent cette attention, ce changement de vie vers le moins d’avoir, vers le refus de l’avidité d’avoir toujours plus, quelles que soient les conséquences, prendre soin des autres, comprendre et essayer d’alléger la souffrance liée à l’impermanence est aussi metta en actes.
Mais je ne crois pas que cela, qui est toujours possible, soit le tout de l’engagement d’une personne de la Voie.

L’engagement, notre engagement en tant que bouddhistes, a de nombreuses formes, tant dans le personnel que dans le public. Ne croyons pas que nous devrions nous conformer à des tendances.

Il me semble que c’est ce qu’Ajahn Chah appelle « l’engagement pour la Vérité » : nous avons à trouver, à travers le Bouddhadharma, la Vérité de notre vie.

Le premier engagement est celui que nous recevons avec le rakusu, l’engagement d’une vie activement tournée vers la fin de la souffrance, la nôtre et en même temps celle de tous les êtres. Nous nous engageons d’abord à essayer de mettre en conformité nos actes et notre compréhension du Dharma.

Joshin Sensei

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Nombreux sont ceux qui sur la voie spirituelle, cherchent à transcender tout désir/impulsion à obtenir ou détruire, attachant beaucoup d’importance au détachement. Ils sont réticents à s’engager dans le tohu-bohu du changement sociétal/social.

Ils évitent souvent de regarder les manières dont eux-mêmes bénéficient des systèmes qui perpétuent cette oppression.

Plusieurs bouddhistes semblent comprendre la signification du détachement comme une liberté par rapport au monde et une indifférence à son devenir.

Mais le Bouddha enseigna le détachement de l’ego, pas le détachement du monde. En réalité, le Bouddha était suspicieux envers ceux qui tentaient de se détacher du monde matériel.

En faisant référence aux yogis qui se mortifiaient les chairs afin d’atteindre la libération spirituelle, le Bouddha comparait leurs efforts à ceux d’un chien attaché à une corde à un pieu au sol.

Il disait que plus ils essayent de se libérer de leurs contraintes

corporelles, plus ils tourneraient en rond et se rapprocheraient du pieu, pour finalement s’enrouler autour.

Même quand vous voyez le monde comme un piège, vous pouvez quand même ressentir un élan de compassion pour aider les êtres qui souffrent. Dans ce cas, le personnel et le politique sont souvent perçus de manière séquentielle : « Je vais d’abord trouver la paix intérieure, puis je me joindrai aux troupes pour arrêter la guerre ».

Ceux qui ne sont pas engagés dans des quêtes spirituelles le disent différemment : « Je vais d’abord m’occuper de ma tête, faire une psychanalyse, dépasser mes inhibitions et névroses ou blocages, et seule-ment ensuite j’irais patauger dans la mêlée ».

En présupposant que le monde et le soi sont fondamentalement séparés, ils imaginent qu’ils peuvent guérir l’un avant de guérir l’autre.

Cette attitude donne l’impression que la conscience humaine occupe une sorte d’abri, de refuge -indépendants du monde et de la vie collective- et puis qu’elle entre sur le terrain de jeu seulement lorsqu’ils sont préparés et prêts à agir.

Joanna Macy,

Traduction : Sabine