jizo-dessin

Ce matin je me suis levée et mon sommeil est mort. Je me suis mise debout et mon moi allongé est mort. Je me suis brossé les dents et mon brossage de dents est mort.
Mon café était dans ma tasse et puis il n’y était plus. J’ai pensé à ce qu’il y avait à faire dans ma journée et puis j’ai pensé à autre chose et la première pensée était partie. Je me suis assise pour méditer et un sentiment vertueux est monté en moi. Puis ce sentiment est mort et  est devenu un sentiment d’impatience. J’ai changé de position puis je suis restée immobile.
Il y eut un blanc et j’ai disparu mais alors j’ai remarqué ma respiration.

Une pensée est née : où étais-je ? Une autre : quelle heure est-il ?
J’ai pensé : qu’est ce qui change et qu’est-ce qui reste le même ?

J’ai pensé : reste dans le présent maintenant. Mais maintenant n’arrête pas de disparaître dans le passé.
Puis j’ai remarqué que plus l’instant passait, plus il semblait solide et disparu. Et j’ai alors ressenti une sorte de force me poussant dans la direction de la vieillesse et de la mort.
Une pensée est apparue qu’y a-t-il là devant ?
Un flot d’images et de possibilités a défilé dans mes pensées.

Ces pensées se sont spontanément dissoutes et il y eut un blanc. Quelque chose a remarqué le blanc et l’a détruit.
Alors j’ai essayé d’y revenir. Je me suis souvenue d’une chose dite par mon enseignant : ne changez pas votre expérience pour faire se produire quelque chose. Alors j’ai essayé de ne pas essayer de faire se produire quelque chose.

Et un sentiment très fort s’est élevé : quelle plaisanterie !
Je me suis rendu compte que je me battais avec quelque chose. Je me suis sentie frustrée et mes épaules se sont tendues. Puis j’ai vu une ouverture et j’y suis allée.

C’était comme si la montée et la descente et la remarque de ce qui montait et descendait et la lutte avec ce qui montait  et descendait s’écroulaient sous leur propre complexité.
Puis il y eut un sentiment de tranquillité et de simplicité.
Mais cela changea aussi.

Judith Lief