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« Utilisez même une simple feuille de salade, de façon telle qu’elle manifeste le corps du Bouddha.
Ceci permet à son tour au Bouddha de se manifester  à travers la feuille ».

Le choix de ce passage a coïncidé avec un jour où j’étais tenzo (personne responsable de la cuisine) et prise par le temps comme d’habitude.

J’ai trouvé un reste de salade dans le frigo, l’ai divisé en deux et me suis aperçue au final qu’elle était flétrie, abîmée. A la hâte, j’ai retiré et jeté les pires feuilles. Quand j’ai revu mon geste, j’ai vu que je n’avais pris soin d’aucune feuille : pas de temps, et
un « ça ira pour ce soir »…

En lisant ce passage de Maître Dogen, j’ai compris que je devais y réfléchir. De quelle façon cette « simple feuille de salade » pourra-t-elle « manifester le corps du  Bouddha » ? Si je peux en prendre soin comme d’un trésor, lui porter attention, respect, en faire quelque chose de sacré.

La petite feuille que je lave,  je peux juste machinalement la regarder et si elle ne me  convient pas la jeter, ou bien alors je peux essayer de voir en elle, même abîmée, même flétrie, toute la salade, le jardin, l’univers entier.

Question de regard, c’est l’enseignement sur « maitri » : prendre soin.

Et puis, alors que je cherchais ce que pouvait bien vouloir dire « le corps de Bouddha » m’est revenu un haiku de Soseki :

La nature de Bouddha m’est apparue
toute entière contenue
dans une campanule blanche

Et immédiatement ce poème m’a ramené à l’esprit cette histoire où le Bouddha tient une fleur dans ses mains devant ses disciples. L’un d’eux sourit, il avait compris, vu plus loin que la fleur, vu l’univers entier dans la fleur présentée.

Alors cette phrase de Maître Dogen, je la reçois comme une invitation à regarder toute chose avec ce regard particulier.

C’est peut-être alors qu’on peut sentir qu’on n’est pas séparé, qu’on fait un avec ce que l’on regarde de cette façon, et qu’on peut, à notre tour,  sourire… ?

Anne Claire Seijaku