vignette284Il y a 20 ans, je suis entré dans un petit centre zen situé dans le quartier difficile d’une grande ville industrielle. C’était à peine un centre zen, en fait ; le Maître, un ouvrier métallo à la retraite qui tremblait à cause de la maladie de Parkinson, organisait des cérémonies dans son appartement.
J’avais échoué là parce que je n’avais pas trouvé de meilleure idée. Au fond de moi, je savais que mes pas étaient en train de m’entraîner sur le chemin de la prison ou du cimetière. Beaucoup de mes amis avaient déjà fini là-bas, et je n’avais aucune envie de les suivre. Je ne le savais pas encore à l’époque, mais j’étais victime d’un stress post-traumatique.
Ce soir-là, seulement deux personnes se présentèrent au centre zen. J’étais en avance, il n’y avait pour l’instant que le maître.

Bouddha Corée visageJe lui ai raconté tout ce qui n’allait pas chez moi, puis je lui ai demandé :  « Vous pouvez m’aider ?
– Non », a-t-il répondu.
Je pensais qu’il sous entendait qu’il n’avait pas assez d’expérience, qu’il n’était pas assez compétent, voire qu’il n’était pas au niveau.

J’ai insisté : « Dans ce cas qui peut m’aider ?
Personne, répondit-il. Vous ne serez jamais mieux que vous ne l’êtes actuellement.
Tous les problèmes que vous affrontez en ce moment, vous aurez à les affronter toute votre vie.

– Alors, pourquoi est ce que je me tournerais vers le zen ?
– Aucune idée. Je ne vous ai jamais dit de le faire. C’est vous qui êtes venu ici. »

Ces mots une fois imprimés semblent durs, sévères. C’était tout le contraire. En les entendant, j’ai ressenti un soulagement presque écrasant.

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Je savais que l’on venait d’être sincère avec moi ; on ne me mentait pas.
Du coup, même si je ne comprenais pas pourquoi quelqu’un pratiquerait le zen si ça ne l’« aidait » pas, j’ai fait confiance au zen et à mon maître…

Dogo Barry Graham