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Cet article date de plusieurs années, mais nous voyons aujourd’hui que « la guerre » sous toutes ses formes, à l’extérieur et en nous, est toujours là. Ne pas se décourager, utiliser des moyens habiles, nous permet d’être partie prenante de ce qui se joue dans le monde.

Prenez une responsabilité morale et spirituelle dans la souffrance du monde comme faisant partie de votre engagement dans la pratique.

Le coeur de la pratique bouddhique est la transformation de dukkha, la souffrance, et de ses racines en sagesse et en compassion.

Comme l’a expliqué le Bouddha nous faisons tous l’expérience de la souffrance physique et émotionnelle.

Nous tombons tous malades, nous perdons des personnes que nous aimons, et nous mourrons. Notre pratique n’est pas d’essayer de nous débarrasser de cette souffrance, ce qui serait impossible, mais plutôt d’éviter de nous recroqueviller autour de cette douleur, de blâmer nous-même ou les autres pour elle, ou d’attaquer quand nous nous sentons attaqués, pensant que par l’une ou toutes de ces méthodes, nous pourrons résoudre la douleur.

Ce cycle de réaction est appelé souffrance.
Notre tâche, en reconnaissant notre ré-activité, notre avidité, notre colère et les illusions qui les nourrissent, est de comprendre qu’il peut y avoir douleur sans souffrance, sans projection sur ce et ceux qui nous entourent.
Les bouddhistes socialement engagés suggèrent que notre engagement dans la pratique comprend la responsabilité pour toutes les parties de notre vie.

1devin amatoEssayer d’arrêter ces cycles de réactivité et de violence pas seulement en nous-mêmes, mais aussi dans nos relations interpersonnelles et dans notre rôle de citoyen d’une société démocratique.

La non-violence absolue de Gandhi et de Martin Luther King était guidée par la même intention : ne pas transmettre la douleur de l’oppression et du racisme en continuant les cycles de violence et apporter la compassion à ceux qui souffrent.
Ils faisaient écho aux paroles du Bouddha :

« La violence ne cesse jamais par la haine.
Elle ne cesse que par l’amour.
Ceci est une loi ancienne. »

Notre engagement envers les préceptes éthiques peut aussi nous donner un sens clair de nos responsabilités sociales ainsi que des garde-fous dans notre participation sociale et politique.
Selon Thich Nhat Hanh, les préceptes demandent que nous utilisions notre responsabilité morale de pratiquants bouddhistes dans les situations collectives aussi bien qu’individuelles.

Dans Being Peace, il donne sa version des deux premiers préceptes :
«  Ne tuez pas. Ne laissez pas les autres tuer. Trouvez tous les moyens possibles pour protéger la vie et prévenir la guerre. (…)
Ne possédez rien qui devrait appartenir aux autres.
Empêchez les autres de s’enrichir à travers la souffrance humaine ou la souffrance d’autres êtres. »

Nous pouvons nous rappeler que, dans le Sutta Nipatta, le Bouddha formulait dès le départ la dimension sociale des préceptes en nous exhortant à « ne pas pousser les autres à tuer », et « ne pas les approuver » s’ils le font.

Quand les choses sont difficiles, apprenez à transformer les émotions difficiles et les tendances à ruminer.

On peut se « consumer » (burn out) à être tout le temps avec des personnes qui souffrent. On peut devenir indécis et déprimé quand dix millions de personnes dans la rue n’empêchent pas l’invasion de l’Irak. Nos activités se nourrissent alors de ressentiment et d’amertume.

Si nous ne transformons pas ces réactions parfois inconscientes, nous risquons de devenir paralysé, ou de réagir de façon excessive, et nous devenons incapable d’actions justes.

Joanna Macy et d’autres ont développé des pratiques collectives pour nous aider à nous ouvrir à cette douleur, à travailler avec nos émotions, guidés par la compassion et notre sens de l’interdépendance.
(…) Il est important aussi de changer notre attitude habituelle d’opposition envers nos « ennemis », que ce soit Bush, Ben Laden, des collègues de travail, ou des personnes de la Sangha.
Il existe des pratiques de grande valeur, comme brahmaviharas, le développement d’états d’esprit positifs, ou tonglen, la pratique tibétaine de donner et de recevoir, ainsi que le travail sur l’attention.

Ce sont des pratiques particulièrement importantes quand nous avons à prendre position, ou à entrer dans une démarche qui peut déboucher sur des conflits partisans. Nous verrons alors mieux comment nous construisons une relation avec notre ennemi, chacun projetant le négatif sur l’autre.

Pourtant, nous pouvons prendre ce qui nous apparaît comme ennemi pour occasion de pratiquer, comme le dit Shantideva :
« Je devrais me réjouir d’avoir un ennemi / Car il va m’aider sur le chemin de l’Eveil. »

Préparez-vous pour le long terme – et aussi pour la transformation et la sagesse immédiates.

Nous avons besoin à la fois de la perspective à long terme et à court terme.
Pour le long terme, nous devons cultiver les vertus du bodhisattva : patience, équanimité, sagesse et moyens habiles, entre autres.
Ces qualités nous aident à rester équilibrés tout en étant engagés socialement.

Devant les difficultés, nous avons besoin à la fois de détermination et d’espace, de courage et de légèreté, de savoir nous ouvrir à la douleur comme à la joie, – toutes les qualités qui semblent présentes dans le rire du Dalai Lama, même s’il vit avec l’horreur de l’occupation chinoise.

Buddha en attitude de marcheComme pour notre pratique individuelle, nous devons nous préparer pour le long terme, mais aussi pour une transformation et une sagesse immédiates. Comme on a pu le voir pour la fin de l’apartheid, ou la chute de l’URSS, le changement peut être très rapide, pour le meilleur ou pour le pire.
Dans ce monde complexe, un grand nombre d’évènements sont imprévisibles, on l’a vu le 11 septembre. Ces perspectives de transformations, tant soudaines que graduelles, doivent nous rappeler que, comme l’enseigne le Bouddha, chaque moment compte !

Quand nous sommes attentifs aux arbres qui nous entourent, ou quand nous répondons « habilement » à un sarcasme d’un collègue, nous « mettons fin à la guerre. »

Le succès de notre action peut être mesuré, comme le suggère Thich Nhat Hanh dans Love in Action, moins par la victoire extérieure qu’en considérant le renforcement de l’amour et de la non-violence.

Rappelons-nous les paroles du Rabbin Tarfon, au deuxième siècle : « Ce n’est pas à vous de finir le travail. Mais vous n’êtes pas non plus libre de vous en désister. »

Donald Rothberg, Article paru (résumé) dans le magazine bouddhiste nord-américain «Tricycle. » Traduction : Joshin Sensei.