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Après avoir commencé à pratiquer zazen, pendant quelques années, m’asseoir signifiait pour moi me battre contre la douleur physique.

Je m’asseyais toujours avec l’espoir qu’un jour je n’aurais plus mal. J’ai essayé plein de choses, le yoga, les étirements, la diète pour rendre mon corps plus souple, ne plus avoir mal, sans succès.

Puis pendant une retraite, une pensée m’a soudain traversé l’esprit pendant zazen :
« Aha ! Zazen sera donc douloureux, quoique j’essaye.
Zazen sans douleur ?
Ce n’est que mon illusion stupide. Très bien !
Arrête de te battre contre la douleur. Assieds-toi avec. »

A ce moment-là, j’ai senti le « goût » de la douleur et cela a fait un énorme changement. J’ai senti la tension de mon corps diminuer, mon dos a semblé s’allonger de lui-même.
Je ne veux pas dire que la douleur avait complètement disparu ; mais quand, dans mon esprit, ma relation avec elle a changé, quelque chose a changé aussi, simultanément, dans mon corps et dans ma respiration. Il me semblait que ces changements apportaient une diminution sensible de la douleur (peut-être due au relâchement des muscles).

Quand mon esprit a pu lâcher ce « bagage » supplémentaire, c’est à dire m’accrocher au rêve d’un zazen sans douleur, cela s’est reflété immédiatement dans le corps et la respiration.
Ceci est un exemple de « Trois sont un, un est trois », la relation entre corps, esprit et respiration.
bouddha takiro hondoPour résumer : quand corps, esprit et respiration fusionnent et fonctionnent en harmonie comme un tout, le corps-esprit fait apparaître une qualité qui s’appelle « Shoshintanza » (Littéralement : « corps-esprit-respiration-assise. » Joshin Sensei) : s’asseoir de façon juste.

Au moment de la fusion des trois, shoshintanza s’actualise dans sa totale vitalité.
Seulement alors pouvons-nous expérimenter zazen en entier, et comme unité.

Révérend Issho Fujita. Traduction : Joshin Sensei.

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Pendant ces 10 ans passés de zazen je crois découvrir que la douleur, la plupart du temps, est plutôt une douleur morale : le corps connaît ce qui se passe et il réagit ; la tête traduit cette réaction dans ses limites, alors c’est la douleur, l’agitation, ou « je veux partir, maintenant, ceci est insupportable, etc… »
Peut être que c’est toujours le « je veux – je ne veux pas », c’est plein de ça, très subtil, infiniment subtil…
Je crois que la seule façon de surmonter cette souffrance, c’est la connaître, écouter profondément son « bruit », son inquiétude et y faire face.
La laisser se montrer et puis la traverser, c’est à dire, chercher d’autres racines – lâcher prise – les mots ne traduisent pas très bien ce « geste immobile » (c’est ça “shoshintaza” ?).
Alors la respiration, profonde, perce la barrière…
C’est bien difficile car on va chercher tout le temps à empêcher la respiration, à retourner aux bruits du corps et de la tète, à se laisser entraîner dans toutes nos histoires…
Je crois qu’il me faut de la patience, et surtout la certitude que c’est par là, que c’est la seule et « grande porte », et si possible, un bout de sourire….
La Voie du Bouddha n’a pas de fin !

Diana ZuyKen