Daishin n°264 – septembre 2020

140710-buddhas-word-carrying-texts copieSūtra सूत्र

Qu’est-ce qu’un soutra ? L’étymologie sanscrite nous dit « fil », un fil qui nous relie à travers le temps et l’espace. Soutras écrits bien sûr, feuilles de palmier ou papier de soie, mais aussi appris, répétés, psalmodiés, chantés, transportés d’un pays à l’autre, d’une région à l’autre comme sur cette photo, changeant de langue, d’écriture et parfois de sens… En japonais, on peut dire qu’on « marche le sutra » lorsqu’on tourne autour de l’autel le matin pendant la cérémonie. Le soutra change, et nous change, même si nous occidentaux avons parfois du mal avec ce que nous nommons « rituel ». Il nous change car il ouvre notre esprit à de nouvelles façons de parler et de comprendre, il met dans notre tête d’autres paroles, plus justes, plus sages ; il se fredonne alors où que l’on soit, il nous accompagne et nous soutient dans les moments difficiles, il est oasis dans la douleur, et chant de gratitude dans nos joies. Mais le soutra, la parole du Bouddha, peut prendre de multiples formes : dans le Mahayana, c’est une fleur, présentée par le Bouddha ; pour Ananda, c’est la disparition de son Maître… Dans le souvenir du moine Phra Ajaan, c’est une chanson entendue dans la rue qui lui rappelle son engagement monastique. À chaque instant le soutra est là, sous nos yeux, dans nos oreilles, savons-nous le reconnaître… ?

Joshin Sensei

Planning et Uposatha

La Demeure sans Limites : fermeture du temple du 7 au 17 ; du jeudi 17 au dimanche 20 : le temple en marche : petites randonnées en étoile avec Jôkei Sensei. https://www.larbredeleveil.org/lademeuresanslimites/programmes-de-la-demeure-sans-limites/

Joshin Sensei : du vendredi 25 au dimanche 27 retraite de silence à la Trappe (Normandie). Pas de journée à Paris en septembre. Journée de retraite et enseignements à Aix le samedi 3 octobre. http://www.montagnes-et-forets-du-zen.org/retraites-et-journées

A partir du vendredi 11 septembre reprise des méditations et lectures commentées en live Toutes les infos : https://www.nousasseoirensemble.org/partages

Uposatha : pleine lune le mercredi 2, lune nouvelle jeudi 17. Rejoignez-nous en vous inscrivant : https://framadate.org/qD6dti2rufkrZgZ5

Ce mois-ci, vous trouverez dans les Carnets de la Sangha : « Zuigakuin : un regard de voyageur ». http://larbredeleveil.org/daishin/lespritvaste/2019/10/22/les- carnets-de-la-sangha/

Sommaire

Planning et Uposatha

manuscrit bouddhisteLa Demeure sans Limites : fermeture du temple du 7 au 17 ; du jeudi 17 au dimanche 20 : le temple en marche : petites randonnées en étoile avec Jôkei Sensei. https://www.larbredeleveil.org/lademeuresanslimites/programmes-de-la-demeure-sans-limites/

manuscrit bouddhiste

Joshin Sensei : du vendredi 25 au dimanche 27 retraite de silence à la Trappe (Normandie). Pas de journée à Paris en septembre. Journée de retraite et enseignements à Aix le samedi 3 octobre. http://www.montagnes-et-forets-du-es

A partir du vendredi 11 septembre reprise des méditations et lectures commentées en live Toutes les infos : https://www.nousasseoirensemble.org/partages

manuscrit bouddhiste

Uposatha : pleine lune le mercredi 2, lune nouvelle jeudi 17. Rejoignez-nous en vous inscrivant : https://framadate.org/qD6dti2rufkrZgZ5

Une chanson est-elle aussi le Dharma ?

manuscrit bouddhisteQuand mes enseignants, Ajaan Mun et Phra Paññabhisara Thera, sont retournés à Bangkok pour passer la retraite des pluies au Wat Sra Pathum, ils m’ont laissé sous la direction d’Ajaan Singh et Ajaan MahaPin que j’ai suivis dans leurs pérégrinations à travers la campagne. Au moment de la Retraite des Pluies, nous nous sommes arrêtés au monastère du village de la Tête de Buffle dans le district de Yasothon. Il se trouve que le dirigeant ecclésiastique de la région a rappelé Ajaan MahaPin dans la ville d’Ubon, si bien qu’à la fin, seuls six d’entre nous ont passé la saison des pluies ensemble dans ce village. Je faisais beaucoup d’efforts pour pratiquer la méditation pendant cette saison des pluies, mais il y avait des moments où je ne pouvais pas m’empêcher de me sentir un peu découragé parce que tous mes professeurs m’avaient quitté. De temps en temps, je pensais à quitter la robe, (c’est-à- dire à quitter l’ordre monastique), mais chaque fois que je ressentais cela, il y avait toujours quelque chose pour m’aider à reprendre mes esprits.

Un jour, par exemple, vers cinq heures du soir, je méditais en marchant, mais mes pensées s’étaient égarées vers les choses du monde. Une femme est passée devant le monastère en improvisant une chanson :  » J’ai vu le cœur de l’oiseau tyd tyy : Sa bouche chante, tyd tyy, tyd tyy, mais son cœur est à la recherche de crabes « .
J’ai alors été frappé par sa chanson et je l’ai répétée encore et encore, en me disant :  » C’est de toi qu’elle parle. Te voilà, un moine, qui essaie de développer une certaine vertu, et pourtant tu laisses ton cœur aller à la recherche des choses du monde « . J’avais honte de moi. J’ai décidé qu’il fallait que mon cœur soit vraiment celui d’un moine si je ne voulais pas que la chanson de la femme s’applique à moi. Tout l’incident s’est donc transformé en Dhamma.

Autobiographie de Phra Ajaan Lee.

https://www.accesstoinsight.org/lib/thai/lee/leeauto.pdf

Traduction : Joshin Sensei

*Ubon est une ville du nord-est de la Thaïlande, une partie du pays réputée pour les pratiques des moines des forêts qui se consacrent à la méditation.

Ecrire les Sutras

Feuilles de palmier de 1000 ans

L’un des plus grands trésors de la bibliothèque de l’université de Cambridge est un manuscrit bouddhiste qui a été réalisé à Katmandou il y a exactement 1 000 ans.

Folio 13 verso, une représentation de la déesse Prajñāpāramita.

Il y a mille ans, un scribe appelé Sujātabhadra a mis son nom sur un manuscrit connu sous le nom de Perfection de la Sagesse en 8.000 vers. (Skt. Aṣṭasahāsrikā Prajñāparamitā). Sujātabhadra était un artisan qualifié travaillant à Katmandou ou dans ses environs – une ville qui a été l’un des centres du monde bouddhiste depuis environ l’an 500 de notre ère jusqu’à nos jours.

Lorsque Sujātabhadra a pris son stylo en roseau et a apposé son nom sur le manuscrit, il faisait partie d’un riche réseau d’érudition, de culture, de croyance et de commerce.

La Perfection de la Sagesse en 8.000 vers est écrit en sanskrit, l’une des langues les plus anciennes du monde, en utilisant les deux côtés de 222 feuilles oblongues faites de feuilles de palmier (la première feuille manquante a été remplacée par une feuille de papier). Chaque feuille est percée d’une paire de trous soignés, rappelant que les pages de feuilles de palmier étaient à l’origine reliées par des cordons passant par ces trous. L’ensemble du manuscrit sur feuilles de palmier est conservé entre des couvertures en bois richement décorées. Les textes bouddhistes sont plus que des écritures : ce sont des objets sacrés en eux- mêmes. De nombreux manuscrits ont été utilisés comme amulettes protectrices et installés dans des sanctuaires et des autels dans la maison des fidèles du bouddhisme. Parmi les exemples, on peut citer les nombreux manuscrits des Cinq Protections (Sanskrit Pañcarakṣā), un corpus d’écritures qui comprend des sorts, des énumérations de bienfaits et des instructions rituelles d’utilisation, particulièrement sacrées au Népal.

La Perfection de la Sagesse est également un document historique important qui fournit des informations précieuses sur l’histoire dynastique du Népal médiéval. Son contenu textuel et ses illustrations, ainsi que les compétences et les matériaux qui ont servi à sa production, révèlent que le Népal était l’un des plus importants centres d’un monde bouddhiste qui s’étendait du Sri Lanka à la Chine.

Le texte est somptueusement illustré par un total de 85 peintures miniatures : chacune est une représentation exquise des bouddhas et des bodhisattvas (êtres qui se résolvent à atteindre la bouddhéité afin d’aider d’autres êtres sensibles) – y compris le bouddha historique Śākyamuni et Maitreya, le bouddha du futur. Les figures représentées dans les miniatures comprennent également la déesse de la Perfection de la Sagesse (Prajñāparamitā) incarnée au Pic des Vautours près de Rājagṛha, la capitale de l’ancien royaume de Māgadha, dans l’état actuel du Bihar. Les décors dans lesquels ces divinités sont représentées sont dessinés dans les moindres détails. Le Bodhisattva Lokanātha, entouré de Tārā blanche et verte, est représenté devant le stupa Svayambhu à Katmandou – un sanctuaire sacré pour les bouddhistes népalais et tibétains, endommagé lors du récent tremblement de terre. Les lieux représentés dans les miniatures constituent une sorte de carte des terres et des sites sacrés bouddhistes, du Sri Lanka à l’Indonésie et du sud de l’Inde à la Chine.

Traduction : Joshin Sensei

Texte en anglais: https://www.cam.ac.uk/research/features/the-1000-year-old-manuscript-and-the-stories-it-tells et illustrations : Folio 13 verso, une représentation de la déesse Prajñāpāramitā Crédit: Cambridge University Library

Le papier tibétain

Comment les fabricants de livres tibétains ont utilisé les ressources qui les entourent pour produire des manuscrits véhiculant les messages d’une foi dans laquelle les textes eux-mêmes sont des objets sacrés.

buddhas-word-paper-makingLe bois, l’écorce de bouleau et la feuille de palmier ont précédé le papier comme surface d’écriture au Tibet : les feuilles de palmier, qui ne poussent pas au Tibet, ont eu un impact durable sur les caractéristiques physiques des livres tibétains ; la majorité d’entre eux est en fait constituée de longues et étroites feuilles de papier qui rappellent les anciens manuscrits à feuilles de palmier avec lesquels les enseignements bouddhistes ont voyagé de l’Inde au Tibet et à travers l’Asie.

Les recherches suggèrent qu’à partir du neuvième siècle au moins, les Tibétains ont commencé à collecter des plantes poussant localement pour fabriquer du papier. Les procédés de fabrication du papier ont peu changé au cours des siècles, chaque feuille étant fabriquée séparément. La pâte à papier est préparée en battant la matière végétale sur une pierre avec un maillet en bois. La masse fibreuse qui en résulte est mélangée à de l’eau et versée dans un moule. Ce moule est « flotté » dans l’eau et basculé de part et d’autre jusqu’à ce que son contenu soit uniformément réparti. Le moule est ensuite retiré de l’eau et laissé à sécher. Les artistes et les peintres tibétains utilisaient des pigments et des colorants obtenus localement à partir de minéraux et de plantes.

Les livres au Tibet et au-delà ont une signification culturelle et religieuse, remarquable par leur transmission à travers les montagnes et les océans. Cela rappelle une histoire racontée dans de nombreux textes tibétains qui raconte l’arrivée miraculeuse des premières écritures bouddhistes. À l’aube de la civilisation bouddhiste, un texte est tombé du ciel et a été reçu par un roi. Incapable de le lire, et ne sachant que faire, il le plaça dans un cercueil et le vénéra. L’écriture dispensa ses bénédictions et la jeunesse et la vigueur du roi furent restaurées. Les histoires et les pratiques rituelles tibétaines soulignent le pouvoir de la parole écrite et relient le Pays de la Neige au contexte plus large des civilisations bouddhistes dans lequel les livres contenant les paroles du Bouddha et des maîtres bouddhistes ont largement voyagé et ont façonné le monde spirituel et matériel de nombreux peuples.140710-buddhas-word-manuscript3

L’évolution des techniques se poursuit. Les Tibétains et la communauté mondiale des universitaires tibétains ont saisi avec enthousiasme les opportunités offertes par les médias numériques et l’Internet pour rassembler et ouvrir l’accès aux manuscrits qui sont dispersés dans le monde entier. Tout comme les technologies du passé – telles que l’impression – ont permis de faire circuler l’enseignement bouddhiste, les technologies numériques sont aujourd’hui de plus en plus explorées et utilisées. Selon les mots du célèbre lama tibétain Chokyi Nyima Rinpoche : « Je ferai des prosternations tous les matins devant cet ordinateur. Je vous remercie beaucoup. Vous nous offrez à tous un immense joyau, un bijou et une gemme ».

Traduction : Joshin Sensei

https://www.cam.ac.uk/research/features/animal-vegetable-mineral-the-making-of-buddhist-texts

Manuscrits précieux en Thaïlande

Figure 1: Feuille de palmier, détail montrant le trône du roi Rama IV
Figure 1: Feuille de palmier, détail montrant le trône du roi Rama IV

Les feuilles de palmier sont un support d’écriture populaire en Asie du Sud et du Sud-Est depuis environ deux mille ans. En Thaïlande, les manuscrits en feuilles de palmier ont été produits principalement pour des textes religieux, littéraires et historiques, mais aussi pour des ouvrages relatifs à l’astronomie et à l’astrologie, au droit, à l’histoire et à la médecine traditionnelle et bouddhiste.

En Thaïlande, les palmiers à palmyre et à talipot ont tous deux été utilisés pour la production de manuscrits. Les feuilles de palmier, qui étaient d’abord bouillies puis séchées et parfois fumées ou cuites au four avant d’être écrites, sont robustes et peuvent durer jusqu’à 600 ans, même dans le climat tropical humide de l’Asie du Sud et du Sud-Est. Chaque feuille contient entre 3 et 5 lignes d’écriture, mais on trouve aussi parfois des illustrations miniatures ou des ornements dorés qui décorent le texte. Les manuscrits précieux ou les œuvres bouddhistes importantes étaient protégés des dommages physiques par des planches de bois, qui pouvaient être magnifiquement sculptées, dorées, laquées ou décorées d’incrustations de nacre. Parfois, les manuscrits en feuilles de palmier étaient enveloppés dans des tissus de coton ou de soie, ou étaient conservés dans des caisses en bois dorées et laquées faites sur mesure pour les protéger des dommages causés par les rongeurs, les insectes ou l’eau.

Trad.Joshin Sensei

https://britishlibrary.typepad.co.uk/asian-and-african/2014/11/the-beauty-of-palm-leaf- manuscripts-1-central-thailand.html

La cérémonie et zazen : réflexions d’un pratiquant sur la cérémonie

manuscrit bouddhisteMa réflexion part des questions suivantes que je me pose régulièrement : Quel est le sens de(s) la cérémonie(s), à quoi ça sert ? Qu’est ce qu’on fait, qu’est ce qu’on pratique lors des cérémonies ? A qui s’adresse-t-on ? Autre question et en même temps début de réponse : quels éléments des enseignements du Bouddha/de la pratique du Bodhisattva, l’Octuple Sentier, les Six Paramitas, les Quatre Illimités, etc, retrouve-t-on dans la cérémonie ?

La cérémonie c’est le regard juste – Zazen c’est l’immobilité, tourné vers le mur, l’intérieur de soi. Pour la cérémonie, on se tourne vers le centre du zendo/les autres et on se met en mouvement. On passe du silence de zazen aux sons des instruments et aux chants des sutras. – La cérémonie c’est continuer la pratique de la concentration, de l’attention, de la pleine conscience (smirti / se souvenir, être présent), bien que les formes changent, se diversifient et se mélangent (marche, sampai, shashu/kinhin à l’arrêt ou zazen debout, respiration du chant…). Ça bouge, ça s’anime à l’extérieur mais l’intérieur reste calme, apaisé, concentré ; ça change mais ce n’est pas une rupture. C’est aussi la pratique de l’effort juste (bien dosé) pour que lorsque la bouche chante, récite la conscience reste à l’intérieur de soi et ne vagabonde pas. – La cérémonie est une pratique collective où on entre en relation les uns avec les autres, où on interagit. Elle permet de s’exercer à la coordination, l’unité, l’harmonisation du groupe, de la Sangha, mais aussi de développer l’unité en soi du corps (les gestes, les attitudes corporelles), de la parole et de l’esprit (intention). – Dans cette dimension collective chacun enseigne aux autres sans le savoir, sans le vouloir. Je m’explique : pendant la cérémonie on se retrouve face à face ou côte à côte ; parfois quelqu’un fait quelque chose de bien et alors on se dit « c’est comme ça que je dois faire » ou à l’inverse quelqu’un se trompe / bouge au mauvais moment, on dit « merci, tu viens de me montrer ce qu’il faut éviter ». Les « erreurs », tout comme ce qui est juste, profitent à tous. « Dans le zendo, ce n’est pas Philippe qui est en face de Martine… c’est un Bouddha qui fait face à un autre Bouddha » (propos de l’enseignante lors d’une retraite).

C’est l’occasion de pratiquer le détachement en lâchant nos opinions envers un tel et de se voir les uns les autres au-delà des apparences / de nos projections, de pratiquer ainsi la vue juste et profonde.

manuscrit bouddhiste

La cérémonie, c’est aussi la pratique du don – Par l’offrande de l’encens ; de la parole juste, celle du Bouddha, des patriarches par la récitation des sutra /textes ; on donne mais simultanément on reçoit (le texte, son sens pénètre en nous alors qu’on le partage par sa récitation) ; et le don de soi notamment par sampai. – Par la cérémonie, on reçoit et bénéficie du soutien, de la force et de l’énergie de la Sangha : lorsqu’on est à l’extérieur du zendo – lorsqu’on prépare le petit déjeuner par ex- on perçoit alors comme un bourdonnement profond et puissant pareil à une vague. –

manuscrit bouddhiste

La cérémonie, c’est se relier aux autres : aux personnes présentes dans le zendo, à celles à qui l’on dédie la cérémonie, aux êtres vivants dans leur ensemble. Les frontières du temps et de l’espace sont dissoutes et on a le sentiment de faire partie de quelque chose de plus grand que nous, ça nous relie aux pratiquants qui nous ont précédés, à ceux qui poursuivront dans le futur, au Mahayana*. C’est comme un immense gassho, un gassho universel.

manuscrit bouddhiste

La cérémonie comme symbole – C’est l’expression de la foi et elle la renforce en même temps qu’elle l’exprime : la foi, la confiance dans les enseignements et les enseignants ; la foi dans notre capacité à changer, dans le bouddha qui est en chacun de nous. – Et comme une représentation symbolique de notre parcours et des étapes de la voie (un peu comme un mandala mais chanté au lieu d’être dessiné) : sutra du kesa et Refuges : la rencontre avec le maître, les enseignements, l’entrée dans la Voie, puis le Sutra du coeur et le shobogenzo shushogi de Maître Dogen qui décrivent notre pratique. Enfin la dédicace des Mérites et les Quatre vœux : on se tourne vers les autres, c’est notre pratique à l’extérieur en sortant du zendo.

manuscrit bouddhiste

Zazen et cérémonie

Enfin, je me dis que si je recherche des éléments de zazen dans la cérémonie, je peux aussi retourner la réflexion et retrouver dans zazen les éléments de la cérémonie. Zazen peut ainsi être vu comme un don, une offrande de soi (de notre corps, de notre temps) au Dharma, aux autres ; une célébration, un acte de foi et de dévotion. Zazen perçu sous cet angle devient plus léger, plus simple car il n’y a rien à obtenir ou à acquérir, il n’y a qu’à fêter, célébrer le Dharma, le Bouddha, la Sangha en s’asseyant.

Philippe V.

*Pas seulement au Mahayana, mais à toute la Voie du Bouddha : le Refuge dans les Trois Trésors par exemple est ce que les personnes désireuses d’entrer dans la Sangha prononçaient devant le Bouddha.

Se prosterner

Folio 13 verso, une représentation de la déesse PrajñāpāramitaLes paumes jointes, s’incliner depuis la taille, suivre la gravité en descendant sur les genoux, se pencher en avant, la tête touche le sol, les paumes se soulèvent, au-dessus des oreilles, se reposent, puis se lever lentement.
Dehors, le chant des oiseaux.
Rayon du soleil éclairant la poussière qui vole sur le parquet, le front en sent la chaleur, puis alternée, la froideur de l’air. Continuer jusqu’à ce que la différence entre chaud et frais ne fasse plus de différence, ou jusqu’à oublier jusqu’où vous avez compté, ou même que vous comptez, oublier même que vous êtes en train de vous prosterner, jusqu’à vous prosterner, même quand vous ne vous prosternerez plus. »

Allen HOEY Traduction : Joshin Sensei

Si selon l’origine du kanji pour « soutra » les textes deviennent des écritures (sutra) lorsque leurs fils (sutra) sont tissés dans un tissu avec des fils provenant d’une vie humaine particulière, tout ce qui se tisse dans notre vie devient soutra…Alors la « cérémonie » est un moment parmi d’autres pendant lequel nous pouvons tisser pour nous et les autres un fil de joie et d’harmonie… Les statues de Bouddha, leur sérénité et leur beauté tissent aussi un fil brillant dans notre vie…

Joshin Sensei

manuscrit4

Folio 13 verso, une représentation de la déesse PrajñāpāramitaLes adresses des sites cités et d’autres sur le même sujet. Ainsi que des versions du Soutra du coeur à écouter.

A voir aussi :

À écouter, différentes versions du Soutra du Coeur :

Sur ce site : une version chinoise , une version japonaise -sans instruments et une version tibétaine.

Cérémonie, soutras, statues… le mois prochain, nous continuerons cette réflexion sur ces éléments de la Voie, auxquels les Occidentaux ne s’attendent pas toujours. Avec « Pourquoi les statues » de Joshin Sensei ; « Dédier les mérites » Jetsunma Tenzin Palmo et autres textes. Vos contributions aussi sont bienvenues !

Répondre aux circonstances.

Folio 13 verso, une représentation de la déesse Prajñāpāramita

J’aimerais essayer de dire comment ma perception de cette période de « confinement » a changé au fil des jours, encadrée par les zazen du matin et du soir, stimulée par la cérémonie et l’enseignement de chaque matin, et la rencontre du samedi: je suis étonné, pour ne pas dire plus, de m’y être senti de plus en plus libre, et bien plus qu’à l’ordinaire – pas tant par mon emploi du temps (je pouvais que par une liberté d’esprit lequel s’engluait beaucoup moins dans les actions, les attentes, les calculs quotidiens que j’avais trop tendance à prendre pour le réel. La situation dans laquelle nous étions plongés m’y aidait peut-être aussi avec son incertitude que ne parvenaient plus à masquer les « informations » aussi multiples que fragiles et changeantes. Et me revient cette phrase de Shi-Tou que Joshin Sensei nous avait offert naguère au moment des attentats terroristes : « Votre esprit est absolument tranquille et absolument complet. Et sa possibilité de répondre aux circonstances est sans limites ».

Michel P

Daishin n° 263 – été 2020


Bouddha-Superman
« Bouddha-Superman, la force intérieure » par Elisa Insua https://www.lionsroar.com/i-vow-not-to-burn-out/

Joshin Sensei :
Pas de journées ni de voyages cet été. Nous nous retrouverons à la rentrée à Paris.
Le planning de la rentrée sera en ligne fin juin :  http://www.montagnes-et-forets-du-zen.org/retraites-et-journées

La Demeure sans Limites avec Jôkei Sensei :
Tout au long de l’été La Demeure sans Limites vous recevra dans le respect des gestes barrières ; nous ne pourrons pas nous réunir à plus de 8/10 personnes maximum. https://www.larbredeleveil.org/lademeuresanslimites/
du 10 au 14 juillet : Enseignements sur le Fukanzazengi, texte sur zazen de Maître Dôgen.
du 12 au 16 Août : Retraite de O’Bon sur le thème : « Se tourner vers nos défunts pour les laisser partir sereinement ».
16 Août à 10h : A.G. de l’association l’Arbre de L’Eveil.

Uposatha : Oui nous continuons à nous asseoir ensemble «détendu.es et tranquilles» pendant l’été !
– Dimanche 5 Juillet : pleine lune, – Lundi 20 Juillet : lune nouvelle.
Rejoignez-nous : https://framadate.org/H8vxtu4qohv8Eb8S

– Lundi 3 Août : pleine lune,
– Mercredi 19 Août : lune nouvelle.
Rejoignez-nous : https://framadate.org/5yUZ9IHmRIcLMAqC

Sommaire
Planning des activités du mois et Pleine lune : Joshin Sensei – La Demeure sans Limites.
Wakas de Maître Dogen Okumura Roshi
Les voeux de bodhisattva Albert Saijo
Je et nous Joshin Sensei
Paroles de Maîtres

Dans les Carnets de la Sangha ce mois-ci :
« le Livret du Confinement » et Daishin été 2017 :
– Le « Livret du Confinement » par la Sangha de Joshin Sensei.
Nous nous sommes retrouvé.es matin et soir pour zazen ensemble, et le samedi matin, ce jour-là  pour que vous, vous parliez. Pour que exprimiez ce que vous viviez, et comment le Dharma vous accompagnait dans cette période incertaine. Il y avait des choses difficiles, angoissantes, mais aussi des découvertes, des sourires, des moments apaisés. … Tout cela a été réuni dans un livret, à partager aujourd’hui.

http://larbredeleveil.org/daishin/lespritvaste/2019/10/22/les-carnets-de-la-sangha/

– Daishin Juillet-aout 2017 : un numéro spécial « À quoi êtes-vous accro… ?  À la méditation, à la pornographie, à la nourriture… ? » Avec des illustrations de Dharma Punx… À lire ou relire, sauf bien sûr, si aujourd’hui vous êtes libre de toute addiction … vous êtes sûr.e ?

Daishin nº230 – juillet/août 2017

Et un supplément : « Qu’est-ce que le waka ? »

Illustrations :
Dogen Institute, Onmark Production, Meto Museum, Joshin Sensei.

Paroles de Maîtres

Bouddha-Superman«  En tant qu’êtres humains qui ne peuvent éviter la vie et la mort physiques, nous souhaitons tous voir clairement ce qu’est exactement la vie et la mort, et régler notre attitude à cet égard.

Même s’il n’y a peut-être aucun moyen d’éviter la douleur physique, nous aimerions tous au moins affronter la mort sans tourment mental comme si nous étions tombés en enfer.
Ce qui importe ici, c’est de savoir comment vivre en ayant réglé notre attitude face à la vie et à la mort. Mes poèmes traitent de la vie et de la mort ».
Kosho Uchiyama

Après avoir donné ses derniers enseignements à ses disciples et parlé de l’impermanence, le Bouddha a dit : «  Désormais, tous mes disciples doivent pratiquer en permanence.
Alors le corps du Dharma de Celui qui vient ainsi sera toujours présent et indestructible ».
Ce « corps du Dharma indestructible » est la vie éternelle du Bouddha dans le Sutra du Lotus. Je pense que l’interpénétration de l’impermanence et de la vie éternelle du Bouddha est ce que nous enseigne Uchiyama Roshi dans ses poèmes ».
Shohaku Okumura

Bouddha-SupermanVie-et-mort
L’eau ne prend pas sa forme en étant versée avec une louche dans un seau, simplement, l’eau de l’Univers entier a été versée avec une louche dans le seau.
L’eau ne disparaît pas parce qu’elle a été répandue sur le sol.
C’est seulement l’eau de tout l’Univers qui a été vidée dans tout l’Univers.
La vie n’est pas née parce qu’une personne est née.
La vie de l’Univers entier a été versée avec une louche dans cette « idée » solidifiée appelée « moi ».
La vie ne disparaît pas parce qu’une personne meurt.
Simplement, la vie de tout l’Univers a été déversée de cette « idée » solidifiée appelée «  Je » dans tout l’Univers.

Uchiyama Roshi

Bouddha-Superman

Prendre refuge

Le maître de Vajrayana Dilgo Khyentsé Rinpoché a dit un jour : « L’essence de prendre Refuge est d’avoir une confiance totale dans les Trois Trésors, quelles que soient les circonstances de la vie, bonnes ou mauvaises.
En prenant refuge, nous ne faisons pas de marché avec le Bouddha, le Dharma et la Sangha.
Nous n’attendons pas des temps meilleurs,
une tête plus claire, un cœur plus calme.
Nous n’attendons pas que la vie redevienne « normale ».

Nous pratiquons, non pas en dépit des circonstances, mais avec elles ».

https://www.lionsroar.com/shelter-in-the-three-treasures/

Bouddha-Superman
Sur le Soutra du Lotus

谷に響き tani ni hibiki

峯に鳴く猿  mine ni naku saru

妙妙に taedae ni

ただこの経を tada kono kyo wo

説くとこそ聞け toku to koso kike

Dans la vallée, des sons vibrants,
Au sommet, le bavardage intermittent des singes.
J’entends tout cela expliquer le Soutra merveilleusement et avec beaucoup de cœur.

Bouddha-SupermanDans la vallée, le ruisseau offre une musique continue et, au sommet, les singes bavardent par intermittence. « Taedae ni » peut signifier à la fois « par intermittence » et « merveilleuse-ment »  ou « superbement ». Ce caractère chinois ( 妙, tae ou myo ) fait partie du nom du Sutra du Lotus «  Myo-ho Renge-kyo ».

Myo-ho est la traduction chinoise du mot sanskrit « sad-dharma », généralement traduit par « dharma admirable » ou « dharma merveilleux ».

Une autre traduction chinoise du même mot sanskrit est sho-bo ( dharma véritable ) comme dans Shobogenzo.

Maître Dogen entend les sons du ruisseau de la vallée et le bavardage des singes comme exposant le dharma merveilleux, le dharma véritable.

Deux auteurs japonais qui ont écrit des commentaires sur les poèmes waka de Maître Dogen supposent que ce poème a été composé alors que Maître Dogen était encore un adolescent, un moine novice au monastère de Tendai sur le Mont Hiei et qu’il étudiait le Sutra du Lotus, l’écriture fondamentale de l’école de Tendai.

RiviereLorsque je vivais à Kyoto, j’ai souvent marché sur le Mont Hiei et j’ai parfois vu des bandes de singes. Depuis les temps anciens, les singes du Mont Hiei sont considérés comme les messagers du dieu gardien de la montagne. Comme nous ne connaissons pas la date de ce poème, je pense qu’il s’agit d’une supposition raisonnable.

Cependant, lorsque je lis les poèmes du Soutra du Lotus, j’entends l’écho de ce que Dogen a écrit dans le Shobogenzo Sansuikyo : Soutra des montagnes et des rivières et dans le Keiseisanshoku : Sons du ruisseau, couleurs des montagnes.

( Par exemple Maître Dogen a écrit ce waka inspiré du Soutra du Lotus :« Les couleurs des pics montagneux, et l’écho de la rivière dans la vallée –  tout cela n’est autre que la voix et l’apparence du Bouddha Shakyamouni ». Et la première phrase du Sansuikyo :
« Les montagnes et les eaux du présent sont l’expression des vieux Bouddhas ».

Joshin Sensei )

Dans le Shobogenzo Bukkyo ( Soutra des Bouddhas ), Maître Dogen a écrit :

« Le Soutra dont je parle n’est rien d’autre que l’ensemble du monde des dix directions. Il n’y a pas de temps ni de lieu qui ne soit pas le Soutra.

Le Soutra est écrit en utilisant les caractères de la vérité ultime ou de la vérité convention-nelle ; les caractères du royaume céleste, du royaume humain, du royaume animal ou du royaume des esprits combattants ; les caractères de centaines d’herbes ou de dix mille arbres.

Pour cette raison, toutes les choses qui sont longues, courtes, carrées ou rondes ; qui sont bleues, jaunes, rouges ou blanches, qui sont majestueusement disposées dans le monde entier dans les dix directions, sans exception, sont les caractères du Soutra, et elles sont la surface du Soutra.

Nous les considérons comme ce qui emplit la grande Voie et comme le soutra de la famille du Bouddha ».

Okumura Roshi  https://dogeninstitute.wordpress.com/2014/08/06/expounding/

 

Sur le Mont Kesa

l’été est arrivé !

Chante, chante rossignol !

Ne t’arrête pas !

Nous n’avons qu’aujourd’hui

Moine de la montagne Enku

Kanzeon-jardin

Qu’est-ce qu’un Waka ?

Calligraphie-waka
La forme de poésie japonaise la plus familière en occident est le haïku, le poème de 17 syllabes qui a atteint son apogée au XVIIe siècle. Mais le haïku est dérivé d’une forme poétique plus ancienne, mais toujours populaire, le waka, qui a été utilisée pendant un millier d’années avant le haïku.

Le mot waka signifie « poème japonais », et c’est une forme si fondamentale de la littérature japonaise que les Japonais l’étudient et l’écrivent encore aujourd’hui.

Il est également connu sous le nom de tanka, qui signifie « poème court ».

Il y a environ mille ans, un poète du nom de Ki no Tsurayuki a écrit : « La poésie du Japon a ses racines dans le cœur de l’homme et s’épanouit dans les innombrables feuilles des mots.

Parce que les êtres humains ont des intérêts de toutes sortes, c’est dans la poésie qu’ils expriment les méditations de leur cœur à travers les vues apparaissant devant leurs yeux et les sons venant à leurs oreilles.

Entendre la fauvette chanter parmi les fleurs et la grenouille dans ses eaux douces – y a-t-il un être vivant qui ne soit pas donné au chant !

Enso-calligraphieLe « chant » dont il parle (uta) est un waka.

C’est un poème de trente et une syllabes, disposées en cinq lignes, de 5/7/5/7/7 syllabes respectivement.

Par exemple, voici un poème écrit par une célèbre princesse de la période Heian, Ono no Komachi :

Les fleurs se sont fanées, (5)
Leur couleur s'est effacée, (7)
Pendant que sans raison (5)
Je passais mes journées dans le monde (7)
Et que la pluie tombait sans cesse. (7)

On dit souvent que le waka a un « verset supérieur », qui se réfère aux trois premières lignes, et un « verset inférieur », les deux dernières.

La forme du haïku est basée sur le « vers supérieur » ; une autre forme, appelée renga, est faite en alternant les deux – d’abord un vers de trois lignes de dix-sept syllabes, puis un vers de deux lignes de quatorze syllabes, chacun par un poète différent pour un maximum de cent versets !

Souvent, lorsque nous lisons de la poésie japonaise en traduction, le nombre de syllabes semble erroné. L’une des raisons est que les mots japonais ne peuvent pas être traduits par un seul mot équivalent en anglais (français). Plus important encore, cependant, est le fait que les formes poétiques anglaises (françaises) ne sont généralement pas basées sur les syllabes, mais sur la rime.

Alors que les poèmes japonais s’appuient sur des rythmes et des sons internes pour leurs effets, les poèmes anglais utilisent souvent la rime.

Chaque langue utilise ses caractéristiques particulières pour créer la poésie – mais toute poésie « a ses racines dans le cœur humain ». Traditionnellement, c’est le cœur qui répond à la nature qui était le plus chanté :

Ki no Tsurayuki a demandé :

«  Entendre la fauvette chanter parmi les fleurs et la grenouille dans ses eaux douces – y a-t-il un être vivant qui ne veuille pas se consacrer au chant ? »

Même à l’époque moderne, la nature – et notre réponse à celle-ci – est un sujet fréquent, comme dans ce poème de Saitô Mokichi (1882-1953) :

Est-ce que c'est
Comme cela la quiétude ?
Par une nuit d'hiver
les sons de l'air qui m'entourent.

Cependant, les poètes modernes sont moins enclins à écrire exclusivement sur les « beautés de la nature » que leurs ancêtres ne l’étaient.

Il fut un temps où les sujets à traiter par un waka, et même les mots qu’un poète était autorisé à utiliser, étaient soumis à une réglementation stricte.

Enso-calligraphie

De nos jours, cependant, tout sujet est acceptable, et n’importe laquelle des « innombrables feuilles de mots » peut être utilisée. Un bon exemple est ce poème d’Ishikawa Takuboku (1885-1912) :


Ça me donne des frissons
certains souvenirs
comme de mettre des chaussettes sales.

Ces «  courts poèmes » ont été importants pour les Japonais tout au long de leur histoire. Ils ont été utilisés pour célébrer des occasions spéciales depuis l’Antiquité, et le sont toujours. La famille impériale organise toujours un concours annuel de poésie ouvert à tous, et de nombreux Japonais sont des poètes amateurs.

À l’époque Heian, en particulier, les waka étaient une forme de communication très importante entre les amoureux, et la compétence d’une personne en matière de poésie était un critère majeur pour déterminer sa position dans la société, voire influencer les carrières politiques.

Tout au long de son histoire, le waka a eu une importance dans la société japonaise sans comparaison avec l’Occident.

Qu’est-ce qu’un waka, alors ?

C’est un court poème, avec des exigences structurelles spécifiques, écrit pour exprimer des sentiments. Il se distingue de la poésie de notre propre tradition, tant par sa forme que par son influence.

Il y a encore une autre différence générale : au fil des siècles, les waka ont été écrits davantage pour capturer des émotions que pour les expliquer ou les définir.

Ono no Komachi, dans le poème ci-dessus, n’a pas mentionné pourquoi ses jours semblaient insignifiants ; Takuboku ne nous a pas dit quels étaient ces souvenirs qui le faisaient se sentir si mal.

En revanche, une grande partie de la poésie occidentale s’est intéressée aux raisons d’un sentiment particulier, ainsi qu’à l’émotion elle-même ; elle a raconté des histoires, créé des allégories, et même discuté de théologie.

Mais le « poème japonais » a traditionnellement traité le « quoi » plutôt que le « pourquoi » de l’expérience, et nous ouvre une richesse d’émotions subtiles. C’est une source particulièrement riche pour accroître notre compréhension de l’expérience japonaise.

Dr. Amy Vladeck Heinrich, directrice de la C.V. Starr East Asian Library, Columbia University.

Enso, calligraphie de Joshin Sensei

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