Ouvrir nos coeurs et rencontrer la douleur (1ère partie)

Dans l’iconographie bouddhiste, la compassion prend la forme du/de la bodhisattva Kwan Yin (Kanzeon/Avalokiteshvara) dont on dit qu’elle se manifeste partout où les êtres ont besoin d’aide.

theosophy watchFaire naître en nous cette compassion est non seulement bénéfique aux autres, mais aussi à nous-mêmes.
En plaçant les autres avant nous, nous assouplissons les liens de fixation sur nous-mêmes, et ainsi, nous nous rapprochons de notre libération. La compassion n’est pas étrangère  à aucun de nous : nous savons ce que cela fait d’être profondément touché par la douleur et la  souffrance d’autrui.

Tous, nous recevons notre propre part de chagrin et de difficultés au cours de cette vie. Nos corps vieillissent, notre santé devient précaire, nos esprits peuvent être   en proie à la confusion et à l’obsession, nos cœurs sont brisés. Nous voyons beaucoup de personnes contraintes de supporter l’insupportable – la famine, la tragédie, des épreuves dont nous n’avons pas idée. Ceux que nous aimons connaissent la maladie,  la douleur et les peines de cœur,   et nous aspirons à les soulager de leur fardeau.

L’histoire humaine est une histoire d’amour, de rédemption, de gentillesse et de générosité. Mais c’est aussi une histoire de violence, de divisions, de négligence et de cruauté.
Confrontés à toutes ces choses, nous pouvons nous attendrir,  tendre la main et faire tout ce que nous pouvons pour atténuer la souffrance. Ou nous pouvons choisir de vivre dans la peur et le déni, de faire tout ce que nous pouvons pour empêcher que notre cœur soit touché, craignant de nous noyer dans cet océan de chagrin.

Il nous faut sans cesse apprendre l’une des principales leçons de l’existence : fuir la souffrance – endurcir son cœur, se détourner de la douleur – c’est renoncer à la vie et vivre dans la peur.
Aussi difficile qu’il soit d’ouvrir nos cœurs à la souffrance, c’est pourtant le chemin le plus direct vers la transformation et la libération.

Pour découvrir en nous un cœur éveillé, il est capital de ne pas idéaliser ou mythifier la compassion. Notre compassion naît simplement de notre volonté de rencontrer la douleur plutôt que de la fuir.
La compassion et la sagesse sont au cœur de la Voie du Bouddha.
Les récits anciens du bouddhisme nous parlent de jeunes hommes et femmes qui se posent exactement les mêmes questions que nous aujourd’hui : comment réagir à la souffrance inhérente à la vie même ?
Comment mettre au jour un cœur véritablement libéré de la peur, de la colère et de l’aliénation ?
Existe-t-il une façon de découvrir une sagesse et une compassion qui puissent faire une réelle différence dans ce monde en proie à la confusion et à la destruction ?

Nous pouvons être tentés de voir la compassion comme un sentiment, une réponse émotionnelle que nous connaissons occasionnellement lorsque nous sommes touchés par la rencontre avec une douleur aiguë.
Dans ces instants d’ouverture, nos défenses s’effritent ; intuitivement, nous ressentons une immédiateté dans la réponse et nous entrapercevons la puissance de la non-séparation.
C’est ce qu’exprimait le grand sage tibétain Milarépa lorsqu’il disait :
« De même que je tends instinctivement la main vers ma jambe blessée pour la soigner, je tends la main pour soulager la souffrance d’autrui comme s’il s’agissait de mon propre corps ».
Trop souvent, ces moments de profonde compassion s’évanouissent, et nous nous retrouvons à nouveau occupés à nous protéger, à nous défendre et à prendre nos distances avec la douleur.
Pourtant, ces expériences fugaces nous encouragent à nous demander si cette compassion pourrait être  plus qu’un sentiment qui nous prend par surprise, de manière totalement fortuite.
Peu importe les efforts que nous y mettions, nous ne pouvons pas faire en sorte de ressentir de la compassion.   Mais nous pouvons tourner nos cœurs vers elle.
IMG_5804Dans l’un des récits du bouddhisme ancien, l’ascète réfléchit au vaste voyage intérieur nécessaire pour découvrir la sagesse et la compassion inébranlables.
Il décrit la compassion comme une tapisserie tissée de nombreux fils :  la générosité, la vertu, le renoncement, la sagesse, l’énergie, la patience, la sincérité, la détermination, l’amour bienveillant et l’équanimité.
Lorsque nous incarnons tout cela dans nos vies, nous développons le type de compassion qui a le pouvoir de guérir la souffrance.

C. Feldman,
https://www.lionsroar.com/she-who-hears-the-cries-of-the-world/

Traduction : Françoise

L’intention est la pratique

Avalokiteshvara donne corps à notre intention de placer les autres avant nous-même même au prix de repousser notre propre Eveil.  Partout les bouddhistes récitent son mantra :  Om mani padme Hum, le Joyau dans le Lotus (*).
Cette intention approfondit notre engagement et devient un vœu. A ce moment là, notre intention et notre vie ne font plus qu’un.
Si vous pratiquez la méditation, vous êtes sûr de votre succès ! Mais par « succès », je ne veux pas dire que tout va aller comme vous voulez.

norman fischer intentionQu’est-ce que l’intention ? On ne peut sans doute pas la définir de façon précise ;  comme tous les états intérieurs,  c’est difficile à attraper. L’intention a à voir avec le but. Sa racine latine est intendere, ce qui implique étirer.

On peut dire que l’intention est de faire grandir, de développer, d’aller vers quelque chose de voulu et de déterminé.

Il y a deux autres activités fondamentales à la pratique bouddhiste qui sont liées à l’intention : l’engagement et le vœu. Regardons comment ces trois choses fonctionnent ensemble.

Intention : les évènements qui se produisent dans ma vie et les réactions que j’ai envers eux me   font penser, ressentir et agir d’une certaine façon.

Engagement : affirmant mon intention, je m’engage à m’y tenir fermement. C’est mon cœur qui prend cet engagement.

Voeu : je m’identifie à mon engagement. Quoiqu’il arrive, vie après vie, c’est à dire dans une perspective plus grande que ce que je pourrais jamais connaître ou imaginer, je fais le vœu de poursuivre cet engagement.

Le sens de cette pratique du vœu n’est pas qu’un jour je vais arriver complètement à accomplir ce que j’ai décidé. Mon vœu va bien au-delà de cela : il signifie poursuivre ma pratique pour toujours.

Dans le Zen, nous appelons ce vœu, le vœu du bodhisattva, pratiquer pour toujours, pour le bien de tous les êtres.   Maître Dogen appelle cela la pratique continue. Dans le zen « pratique » signifie toujours pour et avec les autres.  Il n’y a pas d’autre sorte de pratique.

Le Zen, suivant en cela la grande aspiration du Mahayana, affirme que « tous les êtres ont  la nature de Bouddha »,    ou comme l’interprète Maître Dogen, « tous les êtres sont la nature de Bouddha ». Cela signifie que notre nature humaine est fondamentalement éveillée, pleine de compassion,   et d’amour, et complètement reliée  (à tout ce qui existe).

Mais si c’est vrai, pourquoi la vie  est-elle si difficile ?          

Pourquoi est-ce si difficile de maintenir l’intention vers cette pratique spirituelle, de s’y engager complètement, et de faire le vœu de la poursuivre ?

Pourquoi le monde humain est-il si plein de violence, d’injustices et d’égoïsme si nous sommes tous la nature de Bouddha ?

Dans un court sutra du canon pali, le Bouddha dit : «  L’esprit, O moines, est lumineux. Mais il est couvert par des obscurcissements fortuits venus de l’intérieur ». En d’autres mots, l’esprit, c’est à dire notre conscience, est fondamentalement Bouddha,  (« lumineux »). Toutefois, cette luminosité de l’esprit est recouverte par de mauvaises conditions et l’accumulation de nos réponses erronées à ces conditions à travers le temps. Ainsi, il nous est difficile de « voir » (notre nature lumineuse).

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Lorsque les conditions de notre vie nous amèneront à voir notre propre beauté lumineuse, tout ira bien. Nous ne savons pas exactement quand cela arrivera, mais nous avons confiance en notre pratique. Le chemin est clair – même quand il ne semble pas l’être.                                    

Tout ce que nous faisons dans la pratique bouddhiste a pour but de développer notre intention jusqu’à   ce qu’elle devienne notre vœu, alors notre intention et notre vie ne font plus qu’un.

https://www.lionsroar.com/intention-is-the-practice/

Norman Fischer,

Traduction : Joshin Sensei

(*) Beaucoup de sites pour écouter Om mani padme hum :

par exemple : https://m.youtube.com/watch?v=iG_lNuNUVd4  Plus étrange avec orchestre : https://m.youtube.com/watch?v=z4GYHcJgRcI

Daishin nº 248 – mars 2019


Un numéro sur « zazen » en hommage à Moriyama Roshi

coeur-espritCoeur-esprit
« En sino-japonais, il y a une belle expression pour désigner le coeur-esprit d’un Bouddha,
ji hi ki sha muryo shin :
aimer les êtres juste comme ils sont,
au-delà de tout désir qu’ils soient différents.
Ji : le soi, la personne incluse dans le tout.
Hi : se soucier de la souffrance des autres ;
Ki : se réjouir de l’existence de tous les êtres ;
Sha : vouloir tout leur donner ;
Muryo : toutes choses au-delà de toute mesure ;
Shin : coeur-esprit.
C’est un coeur-esprit d’amour, de joie, d’intérêt pour les autres, et de générosité sans mesure.

Reb Anderson Being Upright

Joshin Sensei :

– Paris : samedi 16 mars.

– Toutes les activités de Joshin Sensei : http://www.montagnes-et-forets-du-zen.org/retraites-et-journées

La Demeure sans Limites rouvre ses portes le 7 avril.

Uposatha : Mars – nous asseoir ensemble :

Mercredi 6 : lune nouvelle
Jeudi 21 : pleine lune

Pour nous rejoindre : https://framadate.org/BVNjmuXKpYyNvLHl

Sommaire

Comme des oiseaux migrateurs… Kobun Chino Roshi

Le corps-esprit Fujita Issho Roshi

Lettre à ma fille Pierre M.

En vrac

Comme des oiseaux migrateurs…

coeur-espritReprise de deux articles publiés en 2013, toujours aussi intéressants :

Comme des oiseaux migrateurs… 

En 2002 disparaissait Kobun Chino Roshi, maître japonais venu enseigner aux Etats-Unis en 1967. Il y avait été appelé par Suzuki Roshi ; il y resta et y fonda plusieurs temples, ou lieux de pratique. Il a aussi enseigné la calligraphie et le tir à l’arc.

Maître Moriyama, qui se trouvait aux USA au même moment, m’a souvent parlé de lui, mais je n’ai jamais eu l’occasion de le rencontrer. 

Un des derniers N° de Buddhadharma a publié un long article sur lui, avec plusieurs de ses enseignements, et une introduction par un de ses proches disciples ; je souhaitais vous les proposer. 

La respiration de l’univers

zendo 2L’idéal de l’assise est d’oublier la respiration. Mon sentiment est que chaque respiration est une chose indépendante. Votre respiration et la respiration de l’univers sont semblables. Vous partagez la même respiration. S’asseoir et respirer immobile, en silence, est semblable à une personne qui vient de tirer une flèche. 

Un instant plus tard, le résultat sera là, mais tout ce que vous savez c’est que la flèche est bien en mouvement. Elle a quitté votre royaume, et pourtant vous sentez qu’elle est dans la course juste.

Shikantaza signifie « s’asseoir ». Ta est «frapper». Je frappe le sol – cette action est ta. 

Za est être assis, alors en fait vous êtes en train de pilonner le sol, même si l’œil de chair peut seulement voir quelqu’un assis immobile sur un coussin. 

Shikan signifie «pour cela même», ou «seulement pour cela». 

Vous ne pouvez pas dire à quelqu’un « Svp asseyez-vous pour moi », mais s’asseoir «pour cela» seulement fait que tous les autres s’assoient avec vous. 

Quoiqu’ils puissent être en train de faire ailleurs, en train de bouger, ou sur un autre chemin, pourtant, ils sont avec vous, vous aidant dans votre assise. 

Si vous mettez des lunettes, les lunettes vont commencer à s’asseoir. Il en est de même quand vous soulevez quelque chose d’ici à là, parce que tout – chaque chose, toutes les choses – est soulevé avec cette chose. 

La douleur n’est pas la vôtre.

Entrer et commencer à s’étirer dans cette condition particulière appelée pratique est extrêmement épuisant. S’asseoir immobile nous donne l’impression de disparaître du monde. Vous entrez dans le roc, vous entrez dans un mur épais et vous avez l’impression que vous disparaissez en tant qu’être humain. 

Et quand vous vous retournez et que vous vous levez, vous découvrez que vous êtes toujours vivant ! 

Le problème n’est pas la douleur dans le corps, mais cette douleur de l’esprit qui ne se dissout pas.  Et pourtant c’est ce qui est. Mieux vaut y regarder de plus près, voir ce que c’est plutôt que d’en  avoir peur. Vous pouvez ressentir la douleur, mais vous ne pouvez pas l’avoir. Elle n’est pas à vous. Pour certains, c’est l’univers entier qui fait mal ; c’est juste une question de degrés. Cela arrive, alors laissez cela partir. Soufflez cette douleur avec votre respiration.  

couloir zendoNous sommes là dans notre forme condensée, aussi dans cette situation, juste asseyez-vous bien droit et mettez-vous dans l’axe de la gravité. Il y a une autre douleur qui apparaît dès que vous pratiquez, et qui n’a rien à voir avec vos jambes. 

Cette douleur est le sentiment qu’il vous manque quelque chose, comme quand on sent qu’on oublie une chose importante alors qu’on est chargé de bagages ; ou comme chercher un enfant perdu, ou la nécessité urgente d’être avec quelqu’un. 

C’est la séparation d’avec quelque chose que vous devriez être, qui est tout proche. Éloigné de cela, vous sentez que cela vous appelle. Alors, il y a pratique, étudiant, enseignant, père, fille, et ainsi de suite. 

Comment conserver et nourrir cette relation avec de l’espace, être relié mais sans être trop attaché, être capable de bouger – voilà le problème.  Une personne de la Sangha est comme un oiseau migrateur. 

Même dans la tempête, l’oiseau migrateur peut voler. Où ce vol nous emporte-t-il ? Pourquoi pratiquons-nous ? Pour s’asseoir ensemble sans parler, comme autant de petits avions décollant et atterrissant ensemble, au même moment, au même endroit – nous sommes comme ces oiseaux migrateurs.

Kobun Chino Roshi      Buddhadharma Fall 2012 

Traduction : Joshin Sensei

Longue sesshin d’été avec Fujita Issho Roshi

Fujita Issho Roshi a donné de magnifiques conférences du Dharma sur la façon la plus vivante de pratiquer zazen pendant la sesshin d’été du Mount Equity Zendo (USA). 

Il y a utilisé l’usage d’un squelette – modèle pour démontrer comment travaillent et s’alignent les os. Nous devons nous asseoir, disait-il, comme si nous n’avions pas de muscles. 

Zazen n’est pas une autre sorte d’entrainement musculaire. Les muscles ne devraient être utilisés que pour développer la sensibilité au corps, et devraient, à part cela, rester totalement relâchés. 

Issho Roshi a aussi souligné le respect dû aux limites du corps. Zazen n’est pas simplement vous forcer à être conformes à une position assise « sans la permission de votre corps » dit-il. De plus, en changer une partie du corps ou en essayer de corriger une partie de notre posture, nous ne pouvons le faire qu’en affectant la totalité de notre corps. 

Pour démontrer comment tout ceci fonctionne il a employé une Sphère de Hoberman représentant le fonctionnement complet de l’univers. Aucun point de la sphère ne peut être mû de façon isolée par rapport  à tout autre point. Quand nous mobilisons un point, tous les autres points bougent simultanément. 

Ceci est vrai aussi pour nos corps. Ce que nous faisons à une partie de notre corps nous affecte dans toutes les autres. Partant de la technique Alexander, Fujita Roshi suggère que nous ne bougions pas intentionnellement, ou directement, le corps. 

Nous avons plutôt besoin de développer une sensibilité aux tendances de nos muscles à bouger d’une certaine façon pendant l’assise. Le mouvement direct des muscles, par exemple dans le dos, ne fait qu’accroître l’inconfort. Mais ne pas bouger du tout provoque de la rigidité dans le corps et finit par augmenter la douleur. 

zendo copieNous avons plutôt besoin de développer une compréhension de la « grammaire du corps ». La respiration, le corps et l’esprit doivent être traités comme un tout plutôt que comme trois entités séparées.  

La pratique de zazen n’est pas de se focaliser sur la respiration, puis le corps, puis l’esprit comme dans d’autres traditions de méditation. En zazen tous trois sont totalement intégrés depuis le commencement. 

Le souffle circule à travers le corps entier. Aucune partie du corps ne manque d’être touchée par le souffle qui entre et qui sort. De plus nous devons nous asseoir de façon que les différentes articulations ne bloquent pas le flux du souffle.

Le corps et l’esprit non plus ne sont pas des choses séparées. 

Dans les écrits de Dogen, en fait, le mot « corps » vient avant le mot « esprit » comme dans la phrase célèbre « Abandonnez le corps et l’esprit », ce qui indique l’importance du corps dans la relation à l’esprit.

En fait il n’y a pas de « et » en japonais entre corps et esprit. C’est juste « corpsesprit ».. 

Ce n’est que récemment dans l’histoire humaine que l’esprit et le cerveau sont devenus équivalents. Dans le Bouddhisme et le Zen, l’esprit pénètre le corps tout entier. Alors quand on parle du corps, on y inclut l’esprit. Quand on parle de l’esprit, on y inclut le corps.

En zazen donc, nous nous permettons simplement d’être mûs par le souffle. Si nous pensons que la pratique du Zen consiste à avoir ou à obtenir quelque sorte d’expérience spéciale, c’est hors du sujet. 

Fujita Roshi nous a enseigné que l’on insiste plus dans le Zen sur « l’action » que sur « une expérience intérieure ». Dans de nombreuses écoles de méditation, on s’attache à l’expérience intérieure individuelle. Mais dans Shikantaza du Zen Soto on met l’accent sur l’activité de chacun liée aux gens et à l’environnement. 

La priorité est donnée à notre adaptabilité et à notre harmonisation avec n’importe quelle activité que nous entreprenions, que ce soit la cuisine, avec nos enfants ou sur notre lieu de travail. Ces activités ne sont pas séparées de zazen.

Zazen ne nous apporte pas d’expérience particulière à laquelle on aimerait revenir. 

Le point essentiel de zazen est de savoir que nous ne faisons pas zazen. L’univers entier et tout ce qui s’y passe font zazen. Donc notre attention va de notre expérience personnelle aux actes. Encore un fois, ce n’est pas que rien ne soit éprouvé en zazen, mais que quoique nous éprouvions dans notre corps, ce n’est pas le centre de notre attention. 

En fait, Fujita Roshi nous a encouragés à ne pas nous centrer sur quelque chose en particulier mais d’avoir notre attention étendue à toute chose. 

Pour mieux comprendre la sorte d’attention nécessaire en zazen il fit une démonstration en utilisant une corde mal tendue. Pour rester en équilibre sur la corde, il vaut mieux que l’esprit ne se concentre pas sur la corde. Il doit se fixer au-delà de la corde. Le corps aussi doit être détendu. Il doit y avoir un certain état d’absence d’effort pour rester debout et marcher sur la corde.

Fujita Roshi nous a aussi aidés à mieux comprendre ce qu’il essayait de dire par le biais du dessin. Avions-nous quelques doutes sur ses paroles, il dessinait des schémas très descriptifs pour expliquer des choses comme la posture, la structure osseuse, l’usage des yeux et du souffle. 

vers le zendoDouleur et plaisir, expliqua-t-il, font naturellement partie de la vie. Notre résistance (refus) à la douleur cause une plus grande souffrance. Notre attachement au bonheur diminue notre bonheur.

A travers la pratique nous apprenons à réduire notre résistance à la douleur et notre attachement au plaisir. 

Bulletin Zephyr du Mount Equity Zendo Juillet 2011

Traduction : M.C.Calothy – A.Delagarde

En vrac

coeur-espritZen es el corazón de la contemplación de la naturaleza
tanto exterior como interior…
Apreciar la belleza de las manifestaciones me completa de felicidad.

Zen est le coeur de la contemplation de la nature
autant extérieur qu’intérieur…
Apprécier la beauté des manifestations me comble de bonheur.

Graciela
Traduction : Toen Ni

vers le zendo

La práctica es perfecta
mi cuerpo y mente se regocijan
entre zafus y la música del viento en los pinos.

La pratique est parfaite
mon corps et mon esprit se réjouissent
parmi les zafus et la musique du vent dans les pins.

Graciela
Traduction : Toen Ni

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cheminMarcher,

Marcher jusqu’à ne plus avoir pied…

Se noyer…

Renaître alors, et se poser

S’asseoir peut-être

S‘asseoir droit et souple

Digne et confiant

Comme la flamme

Dans le moment sans temps

Dans l’espace sans lieu

Sans demeure ni affaire

Se défaire dans l’instant      

Se délasser sur le champs

Prendre congé de soi

Ah, la grande vacance

La grande joie. 

Philippe S 

Lettre à ma fille revenue d’une retraite au Village des Pruniers

coeur-espritStabilisée du dedans, tu t’efforces de maintenir ce souffle neuf à l’abri de la contamination par l’extérieur, l’actu, les contacts, les projets et tu vois comme c’est difficile. 

Mais ce ne l’est que quand on oppose les deux mondes comme un intérieur et un dehors qui doivent rester imperméables l’un à l’autre.

Et certes les monastères, occidentaux ou orientaux, sont le lieu et le rythme inventés tout exprès pour se cueillir au plus près, dans un isolement apparent grâce auquel se concentrer, être vigilant au pas, au souffle, à l’assise, à soi, mais aussi au couteau, à la serpillière, à la carotte, aux arbres, aux autres : communauté avec les autres et le reste dont on s’avise qu’ils ne sont pas autres ni un reste. 

Autrement dit, nul repli, mais de l’espace d’accueil. 

Et c’est cela qui n’est pas aisé à transférer dans l’agitation du quotidien. 

Mais c’est cela qui est appris, dont les linéaments sont donnés : conserver comme un bien précieux ce blanc, cette paix pour qu’ils agissent aussi ailleurs que dans les enceintes où on a pu les (re)trouver. 

Et avec eux, la compassion pour les errants hors d’eux-mêmes, le tact pour ne pas intervenir à contretemps, ne pas les abominer et excommunier. 

Dur. A moins qu’il ne s’agisse que  de souplesse. Car c’est si simple, et pour tout dire, si enfantin de classer le monde et les choses en deux catégories : le « miam miam » et le « caca boudin », le ya bon et le rien à fiche. 

Juste une façon encore de projeter et protéger l’égo qui n’existe que par préférences.  

Et surtout chez ceux que leur tempérament porte à l’absolutisme de l’adhésion ou du rejet, du tout ou rien. 

Ça s’appelle aussi l’apprentissage de la patience (rien à voir bien sûr avec la tolérance de n’importe quoi, mais tout avec l’attente des conditions favorables, des maturations possibles). 

Au fond, ne plus tout le temps en faire une affaire personnelle,  ne plus « se mettre au milieu »  (comme dit Sensei). 

Le recentrement est un décentrement, pas un retranchement. 

Sous l’individu avec ses caractéristiques psychologico-génétiques, il y a la personne et, sous et par celle-ci, l’accès à l’impersonnel d’où regarder l’individu et ses réactions, et les autres comme soi-même : avec un brin d’humour. 

C’est pour ça que les maîtres rigolent, de toutes les blagues que les autres se font sans s’en apercevoir. Autant ne pas trop s’en faire à soi ni s’en conter.

Affectueusement, 

Papa

Daishin nº 247 – Février 2019

Nonne coreenne avec chou

春節 Nouvel an chinois : Festival du Printemps mardi 5 février : « Fête du printemps – premier kimchi de l’année  Bon appétit » !

 Joshin Sensei  :

– Paris : samedi 9

– Aix en Provence  : Journée de retraite samedi 23

infos : http://www.montagnes-et-forets-du-zen.org/retraites-et-journ%C3%A9es

– Tous les premiers vendredis du mois : 

   Zazen au Betsuin à Valence : 19h30 – 21h.

La Demeure sans Limites est fermée jusqu’au 6 avril 2019…

Février Uposatha :

Pour nous asseoir ensemble :

Lundi 4 : lune nouvelle , Mardi 19 : pleine lune

Pour nous rejoindre : 

https://framadate.org/y3r8IUYSAajF2zsC

Sommaire

 Nouvel an chinois

Cap ou pas cap ? Lundi vert

Ecologie à La Demeure sans Limites, Joshin Sensei

Tourner la cuillère… ! Sylvie

Travail et joie : Être tenzo, A.C.

Bouddhisme : comprendre l’interdépendance.

Bouddha, les êtres sensibles et la nature. D. Loy

La cloche de la pratique… Marylise

En vrac

Illustrations  :
Première page : Beop Song in Tricycle https://tricycle.org/trikedaily/buddhist-cooking-korean-cultural- week/
https://lechinois.com/culture/nouvel-an/date-nouvel-an-chinois.php
Photos de Marcelo, Marylise, diverses personnes àLa Demeure sans Limites, nippon news.

En vrac

Migrants : comment les municipalités et les habitants peuvent travailler en lien pour accueillir et aider : un bon exemple qui vient de Belgique, proposé par Françoise : https://m.youtube.com/watchv=ThS23IGDncU&feature=youtu.be

Oni wa soto3 Février au Japon : les démons dehors ! Le festival de Setsubun
Au Japon, février est le mois du nouvel an lunaire et le 3, c’est le jour du changement de saison. Ce jour-là, de chaque maison on jette à l’extérieur des haricots de soja passés au four, pour chasser du foyer les démons et la méchanceté, parce qu’on sait bien que les esprits demeurent dans les haricots de soja !
Et une fois qu’on a jeté des haricots dehors,
on se met dehors et on jette d’autres haricots dedans… pour accueillir la chance.
Enfin on mange autant d’haricots qu’on a d’années, plus un pour le Nouvel An afin de “manger de la chance” pour l’année qui vient.
De petits paquets contenant des haricots sont lancés aux participants depuis les sanctuaires shinto et on essaye de les attraper pour attraper la chance ! Une occasion de réjouissances !