अभयमुद्रा Karma : d’où vient-il ?

Drapeaux tibétains cielLe karma est essentiellement une habitude. La répétition d’actions devient une habitude. Donc, autant développer autant d’habitudes positives que possible !

Dans le Mahanama Sutta, le Bouddha a dit :  » Tout comme l’huile remonte à la surface d’un pot plongé dans l’eau, votre vertu, votre bonté, votre foi ou votre générosité monteront à la surface, et c’est ce qui vous emmènera à votre prochaine destination ”.

Pratiquer le cœur généreux, ou bodhicitta, est l’essence d’une vie bonne, c’est la meilleure habitude possible. La bodhicitta, qui est un cœur rempli d’amour et de compassion, est aussi l’essence d’un bouddha. Elle purifie le karma négatif et accumule le karma positif. Lama Zopa Rinpoché dit :  » L’essentiel est de pratiquer la bodhicitta. Mourir avec la bodhicitta est la meilleure façon de mourir «.
Essayez d’en arriver au point où votre problème émotionnel est dans la bodhicitta. En d’autres termes, quel est votre réflexe automatique face aux situations de la vie, surtout les plus difficiles ? Pensez-vous à vous-même et à la façon dont vous pourriez en tirer profit ou comment échapper à cette situation ? Ou pensez-vous aux autres et à la façon dont vous pouvez les aider ?
Le progrès sur le Chemin, et un signe que vous êtes bien préparé à la mort, apparaissent lorsque la seconde réponse est là, c’est à dire lorsque vous ne vous abandonnez pas à l’égoïsme mais à l’altruisme.

Si vous n’êtes pas sûr de ce que vous devez faire dans une situation donnée, ouvrez votre cœur et aimez. C’est un mise en œuvre de la bodhicitta.
Être une bonne personne et aider les autres, crée l’élan qui vous portera avec grâce à travers les bardos. . . . Les bouddhistes ne sont pas les seuls à pouvoir avoir une bonne mort ou à pouvoir s’y préparer correctement. Toute personne qui vit avec une véritable bonté sera prise en charge par la force de cette bonté.
Tenga Rinpoché dit :  » Même si cela peut sembler être une activité mondaine, si vous avez l’attitude de bodhicitta, alors c’est la pratique du dharma « .

Et cela vous préparera à la mort. La bodhicitta vous déroule un tapis rouge dans les bardos !

Andrew Holocek – Extrait de Preparing to Die, Traduction : DeepL et Joshin Sensei

Accueillir notre peur

Mudra non-peurL’abhaya-mudrā (devanagari : अभयमुद्रा) Abhaya signifie en sanscrit absence de peur, paix, sécurité.

Nous savons que nous vivons dans une situation nouvelle qui est difficile et dangereuse.
Il y a une chose qui est très difficile je crois en ce moment, c’est de vivre avec la peur. La peur est très présente dans notre vie quelle que soit notre histoire, quelles que soient nos rencontres précédentes avec la maladie, avec la mort, personne n’est protégé de la peur. Ou pour employer un terme peut-être plus juste, de l’anxiété, c’est à dire de quelque chose de menaçant, sans nature spécifique autre que cet éphémère de la vie et tous les dangers multiples qui sont en nous et autour de nous. Peur, anxiété, crise de panique, pour moi je préfère utiliser le terme « peur » parce que je le trouve très direct.
La peur est une réaction inhérente à l’être vivant, un signal qu’on ne peut pas négliger.
Par exemple, la peur va nous donner une grande bouffée d’adrénaline pour nous mettre à courir quand il le faut ; ou bien nous faire changer une décision, on va se dire ce n’est pas une bonne idée de rentrer à pied dans ce quartier à cette heure-ci. Mais parfois, on ne peut rien changer à la situation et là c’est difficile. C’est le cas en ce moment.

Bas-relief BouddhaOn ne peut pas se mettre à courir pour échapper à la mort et on ne peut pas changer les circonstances de notre vie humaine. La peur est dans notre esprit et elle se concrétise à travers le corps. Elle nous rend rigides, raides, elle nous empêche de bien respirer, et la première approche qu’on peut faire c’est justement de traiter cette peur dans notre corps. Apprendre à se détendre, apprendre à avoir une meilleure respiration.
Il y a sur Internet beaucoup de conseils, beaucoup de sites tout à fait intéressants, j’en ai vus plusieurs qui aident à cette première approche. Mais je pense que ce n’est qu’une première approche parce que cela ne règle pas le problème en profondeur.

La peur reste en nous comme un obstacle, comme une gêne, comme quelque chose qu’on n’arrive pas à avaler et qui, littéralement, nous coupe le souffle, aussi longtemps que, comme le dit Maître Dogen, nous ne devenons pas intimes avec notre peur, aussi longtemps que nous ne pouvons pas la connaître, directement, à travers notre corps et à travers notre esprit.

S’asseoir en méditation, faire zazen avec notre corps, c’est ne plus fuir notre peur. C’est juste s’asseoir et, en quelque sorte, dire bonjour à notre peur et la laisser s’asseoir avec nous un moment. Je pense beaucoup en termes d’images, ça m’aide et ça me fait un petit peu sourire même dans les moments où les choses ne donnent pas envie de sourire et j’ai un imaginaire de bande dessinée en fait, et donc je me vois en train de prendre ma peur par la main et de lui dire « Allez, viens, on va s’asseoir, on va s’asseoir ensemble un moment ».

Après c’est à chacun de trouver ses propres images si vous aussi vous pensez par images ! La peur est une émotion, et nous avons à vivre toutes les émotions que nous éprouvons. Bien sûr, il y a des émotions agréables avec lesquelles nous aimerions rester et puis il y a les émotions qui ne le sont pas. Mais quand la peur est là, nous ne pouvons pas faire autrement que la vivre.

Uchiyama Roshi dit : « Tout ce que vous rencontrez est votre vie ». Nous devons vivre cette peur, non pas par une sorte de devoir moral, non pas parce que ça va nous faire avancer spirituellement, mais parce que c’est cela le goût de notre vie en ce moment, en cet instant. Alors nous pouvons arrêter de trier entre agréable et désagréable, entre «je veux» et «je ne veux pas», et nous asseoir juste avec ce qui est. Alors, nous pouvons mieux voir notre refus et prendre conscience de notre peur de la peur. Parce que s’arrêter un moment, tranquille, nous permet de voir où nous ne voulons pas aller, de voir clairement ce que nous refusons, alors que c’est déjà là.

On ne va pas se forcer à y aller, on ne va pas s’obliger à sauter à pieds joints dans notre peur, mais on va juste regarder. Et au moment où on sent que notre corps commence à se raidir, qu’on commence à avoir du mal à respirer, on s’arrête. On ne laisse pas nos pensées mettre en route tout un scénario qui finit en catastrophe ; moi,
toujours dans mon imaginaire de bande dessinée, je vois une espèce de gros monstre noir, vous savez, comme dans les cauchemars des enfants…

Non, on s’arrête, on arrête les peurs et les histoires qui nous traversent la tête, et on accueille. En zazen, en méditation, nous pouvons accueillir notre peur. Et être intime avec notre peur, c’est la connaître et la reconnaître à travers notre corps, ce n’est pas plonger dedans, ce n’est pas se faire dévorer mais c’est pouvoir s’asseoir et rester là avec ce qui est.

En ce moment, en nous, autour de nous, il y a la peur du changement, la peur de l’inconnu, il y a tous nos repères qui s’effritent, et bien sûr l’apparition de ce qui a toujours été là, de notre mortalité, ça veut dire de notre mort, la nôtre, et celle de nos proches. Et même le fait de l’avoir déjà rencontrée concrètement dans nos vies, même le fait d’avoir étudié, même le fait de bien connaître Dukkha, les Quatre Nobles Vérités, tous les enseignements, savoir que les deux, la perte, la mort, sont inévitables, eh bien ça ne nous aide pas. Parce qu’on ne peut pas raisonner avec une émotion, mais on peut s’asseoir avec.
Parce que ces peurs, en fait, ces peurs sont la réalité, nous allons tout perdre, nous allons mourir et peut-être qu’il faut que nous en soyons intimement persuadés pour qu’elles se calment. Peut-être que lorsque l’on comprend que le pire est là, qu’il est là devant nous, nous pouvons arrêter un petit peu d’avoir peur, parce que notre peur est toujours une appréhension du pire à venir. Alors, nous pouvons accueillir notre peur en méditation, lui dire oui, nous ouvrir à la compassion, parce que cette peur est présente chez tous les êtres vivants, les êtres humains mais aussi les animaux, et puis peut-être aussi chez les arbres ou les plantes.
Parce qu’en ce moment nous n’avons plus de moyen de contourner cette peur, parce qu’elle nous est répétée sans cesse à travers toutes les radios, les télévisions, avec le décompte des morts, la détresse, nous ressentons que nous avons un besoin de protection. Mais nos protections habituelles se délitent, nos protections habituelles se défont et nous avons besoin de quelque chose de stable et de solide.

Statue bouddha mudra non-peur 1 Et pour moi bien sûr, cela c’est zazen. La méditation.

D’un autre côté, comprenons-nous bien, je n’ai pas un système tout fait à vous présenter qui, là, en quelques minutes avant neuf heures va éviter toutes les peurs et va marcher à chaque instant. Pour moi, et je parle par expérience, à partir de mon expérience de la maladie et de la mort, pour moi le remède, c’est le Dharma du Bouddha.
« Tout est impermanent, ce corps est déjà au-delà de notre contrôle, lorsqu’il y a naissance il y a mort ». Mais ce sont des mots encore. Il faut que ces mots soient mis en œuvre, il faut qu’ils soient réalisés. La mise en œuvre de ce remède, c’est le chemin, le chemin du Bouddha. Et ça c’est un chemin que chacun de nous doit faire. Je ne peux pas faire votre chemin, vous pouvez pas faire mon chemin, mais ce que le Bouddha a enseigné qui est à la fois le début, le milieu et le tout de ce chemin, c’est zazen, c’est la méditation.

Alors asseyons-nous, et le mot qui m’est venu hier en préparant ces enseignements, c’est asseyons-nous avec honnêteté, asseyons-nous tels que nous sommes, asseyons-nous avec notre peur, parce que même si ce n’est pas là que nous voulons être, c’est là que nous sommes. Alors ouvrons-nous à metta, à la compassion, la compassion envers nous-mêmes d’abord, sans se juger, sans se condamner, et sans être trop indulgent non plus. Juste prendre soin de nous-mêmes et de notre peur. Dire un oui, oui je suis là, j’ai cette peur, elle est à la fois précise et vague, et je respire à travers cette peur. Vous vous acceptez tels que vous êtes, et ça c’est le premier pas de la compassion.

Et, je pense que la compassion justement, c’est ce qui va user notre peur. A ce moment-là, nous allons peut-être commencer à voir avec un petit peu plus de clarté, voir notre vulnérabilité, notre fragilité, et puis aussi notre force. Ce « oui », c’est savoir que oui peut-être que ça va aller mieux, mais peut-être que non,
peut-être qu’on va mourir demain, mais peut-être qu’on va mourir dans X années. Ce oui global, comme ça, à nous-mêmes, ce n’est pas de l’indifféren-ce par rapport à la vie à la mort, mais c’est une acceptation profonde.
C’est une intimité avec cette partie de nous-mêmes que nous refusons généralement parce qu’elle est trop effrayante. C’est être juste là, c’est comme le dit Maître Dogen « s’installer complètement dans son corps et dans son esprit ».
Et à ce moment-là vous sentez le sol sur lequel vous êtes assis, et vous êtes soutenus par sa solidité. Vous sentez l’espace autour de vous qui enveloppe votre corps et vous êtes soutenus par sa légèreté. Et puis il y a cette respiration qui va et vient, cet air qui nous relie à ce que nous appelons extérieur.
Alors quand bien même votre esprit s’agite pour attirer votre attention : « Mais rappelle-toi, ta peur, ta peur rappelle-toi », nous pouvons laisser s’installer un peu de tranquillité, laisser s’installer en nous une respiration profonde, un « oui » complet à ce qui est.

Paysage chinoisBien sûr, ça ne va pas se faire d’un coup, ça ne va pas se faire totalement, ça ne va peut-être pas durer longtemps, mais ça va ! On va revenir à nous-même, à notre corps, et on va se laisser respirer. C’est un chemin et c’est le Chemin du Bouddha. Pour moi, ce qui représente cela, c’est le mudra de la non-peur. Le Bouddha lève la main, paume tournée vers nous, comme ceci. Selon les moments, j’y vois deux significations et même deux significations contraires.
La première c’est un « stop », stop à la peur. Ici, en méditation, je suis centré, ici je suis solide et la peur n’entre pas. Pour moi c’est cela la première signification. Mais j’y vois aussi autre chose, le geste qu’on va faire pour dire bonjour, pour dire salut, pour accueillir en fait. Cette deuxième approche est reliée pour moi à une histoire que j’aime beaucoup.

Lorsque le Bouddha est assis sous l’Arbre de l’Eveil, il y a Mara et son armée qui arrivent parce qu’ils craignent le Bouddha, ils craignent cette personne qui va vaincre la mort. Et ils attaquent le Bouddha pour le blesser, le tuer, ils envoient des javelots, ils envoient des flèches, et avec ce geste, paume tournée vers eux, que fait le Bouddha, toutes ces armes blessantes se transforment en fleurs et tombent aux pieds du Bouddha.

Alors je pense que quand nous nous asseyons, avec cette acceptation complète, sur notre coussin, sur notre chaise, nous sommes en fait au pied de l’Arbre de l’Eveil, et il me semble que, un tout petit peu, oui un tout petit peu, nos peurs se changent en fleurs, un petit peu, et je pense qu’à ce moment-là, il y a un « oui » pour accueillir notre peur, la perte, la mort. Et ce oui à ce moment-là, c’est fondamentalement un oui à la vie.

Joshin Sensei

Planning des activités du mois et Pleine lune : Joshin Sensei – La Demeure sans Limites

Joshin Sensei :

Jusqu’à fin juin : zazen en direct 3 jours par semaine ; vous pouvez aussi revoir les partages faits aux jours du confinement, ou en lire les textes :toutes les infos, les textes, les adresses sur le site : https://www.nousasseoirensemble.org/

La Demeure sans Limites et Jôkei Sensei en juin :

  • 14 Juin : Nous avons décidé d’ouvrir le temple -si c’est possible à ce moment-là. Bien entendu, cela se fera avec les gestes barrières ; cette année nous ne pourrons pas nous réunir à plus de 8/10 personnes maximum durant tout l’été.

  • 19 au 21 : préparation du jardin potager et entretien des parterres de fleurs.

  • 26 au 28 : Retraite à partir de la phrase de Thich Nath Hanh : « Nous sommes ici pour nous réveiller de notre illusion de séparation ». Plus d’infos : https://www.larbredeleveil.org/lademeuresanslimites/

  • Uposatha : Vendredi 5 : pleine lune, – Dimanche 21 : lune nouvelle. Rejoignez-nous en vous inscrivant : https://framadate.org/ktQcncOWGqmZ8uRH

Planning des activités du mois – et Pleine Lune

Suite à l’épidémie de coronavirus qui sévit actuellement :

Joshin Sensei : les journées, Paris, Aix, etc… sont interrompues. Vous pourrez consulter le site en juin pour savoir si elles reprendront à la rentrée. http://www.montagnes-et-forets-du-zen.org/   
La Demeure sans Limites restera fermée en mai et au moins jusqu’à la mi-juin. Vous pouvez nous contacter sur notre boîte mail à partir de notre site.
Bon confinement et… à bientôt.
https://www.larbredeleveil.org/lademeuresanslimites/

Uposatha : Méditer ensemble :
Pleine lune     :  Jeudi 7 mai,
Nouvelle lune : Vend.22 mai.
Rejoignez-vous :   https://framadate.org/hM3CBtO6rQTHWTKG

En Inde, et dans les pays d’Asie du Sud Est, le jour de commémoration de la naissance, de l’éveil et de la mort de Bouddha est nommé Vesak (du nom du deuxième mois lunaire du calendrier hindou, Vaisakha) et Buddha Purnima, soit la Pleine Lune du Bouddha.
Cette commémoration a lieu lors du jour de Poya du mois de mai (pleine lune de mai). Cette année le jeudi 7 mai.
En savoir plus : https://lulena-zen.blogspot.com/2016/05/vesak-leveil-du-bouddha.html
https://fr.wikipedia.org/wiki/Vesak

Joshin Sensei vous propose une méditation en direct matin et soir, et l’enregistrement des enseignements : https://frama.link/metfduzen
Plus d’infos : https://www.facebook.com/Nous-asseoir-ensemble-948925501949800/
Cette période peut être aussi un temps de pratique et d’étude du Dharma, saisissons cette occasion.
Prenons soin de tous ! A bientôt !

विजय Vijaya – Victoire

Pendant que tout le monde méditait,
moi je restais à l’extérieur, tournant en rond dans la salle.
A la fin, j’allai avouer :
«  Je n’y arriverai pas »La nonne âgée sourit.
«  Continue, juste continue, me dit-elle,
rien ne reste semblable pour toujours.

Si tourner en rond est tout ce que tu as,

Pourquoi ne pas faire de tourner en rond ton chemin ? »

Je fis comme elle m’avait dit,
et continuai à tourner en rond dans la salle.

Si vous vous trouvez un peu dedans et un peu dehors –
si vous vous sentez attiré par cette Voie,
et attiré loin d’elle,
je peux vous assurer
que vous êtes en bonne compagnie.

Juste continuez.

Quelquefois le chemin le plus direct n’est pas la ligne droite.

Nonne Vijaya
From The First Free Women : Poems of the Early Buddhist Nuns
Traduction anglaise : Matty Weingas
Traduction française : Joshin Sensei Apprécie chaque moment C’est tout ce qui compte vraiment

 

chiyoni

विजय  Parce que, même, surtout, en ces jours sombres, il y a tant de belles choses que nous pouvons mettre dans nos vies, en ouvrant les yeux à chaque instant…  

Suivons le chemin de la claire lumière avec Nonne Chiyo.

विजय La première Noble Vérité

La première Noble Vérité est une simple constatation : celle de la souffrance (dukkha).

En effet, si l’on regarde honnêtement notre existence, on ne peut nier la souffrance qu’elle contient : dès son commencement, à la naissance, il y a de la souffrance pour la mère comme pour l’enfant ; d’autres étapes telles que la vieillesse et la mort comportent également beaucoup de souffrance.

Traditionnellement, le Bouddha énumère sept sortes de souffrance.
Outre la naissance, la vieillesse et la mort, il nous rappelle que la maladie est souffrance, que ne pas avoir ce que l’on veut est souffrance, qu’être séparé de ce que l’on aime est souffrance, tout comme être associé à ce que l’on n’aime pas.

Le terme sanskrit dukkha ne représente pas seulement la souffrance au sens physique mais aussi toute l’insatisfaction que nous ressentons en tant qu’être humain.

Aussi dukkha a un sens beaucoup plus large couvrant toutes les formes d’insatisfaction et de frustration liées à l’imperfection, à l’impermanence, au manque d’harmonie, et à la non-substantialité.
Lorsque l’on parle de la Noble Vérité de dukkha, c’est donc de la souffrance humaine dans tous ses aspects dont on parle.

Cette première Noble Vérité, et surtout cette traduction de dukkha par « souffrance » a valu au bouddhisme une réputation de pessimisme, alors que l’on pourrait dire que le message du Bouddha est fondamentalement optimiste : il nous dit en effet que nous pouvons nous libérer de cette insatisfaction – c’est l’enseigne-ment des troisième et quatrième Nobles Vérités.

Au-delà de cette distinction entre optimisme et pessimisme, le bouddhisme est avant tout pragmatique et réaliste : avec cette Première Noble Vérité, il nous invite à regarder les choses telles qu’elles sont et à ne pas occulter la souffrance comme partie intrinsèque de notre existence conditionnée.

http://www.centrebouddhisteparis.org/Bouddhisme/nobles_verites.html

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Daishin n°261 – Mai 2020

bouddha1Vijaya ( sanscrit :  विजय ) signifie Victoire.
Bouddha est dit le Victorieux car il a vaincu Mara.
« Vainc la colère par l’amour ; vainc la méchanceté par la gentillesse ; vainc la misère par le générosité ; vainc le mensonge par la vérité.
Mieux vaut vous vaincre vous-même que gagner 1000 batailles. La victoire est vraiment la vôtre ; nul ne peut vous l’enlever, ni dieux ni démons, ni enfer, ni paradis ».

Okumura Roshi : comment le Bouddha a vaincu Mara
( en anglais : https://youtu.be/goMZEENFpmQ )

Sommaire

Planning et activités du mois – Pleine lune

Bonjour Bodhisattvas J.Kornfield

Se libérer de la souffrance Katagiri Roshi

Vijaya ~ Victoire  – Apprécie chaque moment… Chiyo Ni

Illustrations ;  onmarkproductions, Yvon C.,  Laurent G. 

Vous trouverez ce mois ci dans les Carnets de la Sangha :  le carnet   » Une semaine à l’ermitage »

 

विजय Bonjour Bodhisattvas

Nous avons le choix.
Les épidémies, comme les tremblements de terre, les tornades et les inondations, font partie du cycle de la vie sur la planète Terre.

Comment allons-nous réagir ?
Par la cupidité, la haine, la peur et l’ignorance ?  Cela n’apporte que plus de souffrances.
Ou avec générosité, clarté, constance et amour ?
C’est le moment de l’amour.
L’heure des bodhisattvas.

Dans les enseignements bouddhistes, le bodhisattva est quelqu’un qui fait le vœu d’alléger la souffrance et d’apporter des bienfaits en toutes circonstances. Un bodhisattva choisit de vivre avec dignité et courage et rayonne de compassion pour tous, où qu’ils se trouvent.

lotusDébordez d’amour.
Soyez porteurs d’espoir.

Ce n’est pas une métaphore.  En tant que bodhisattvas, il nous est maintenant demandé de faire nôtre, pour partie, la tragédie à laquelle le monde est confronté…  et d’y répondre avec amour.
Le chemin du bodhisattva est devant nous.
Ce qui est beau, c’est que nous pouvons voir des bodhisattvas tout autour de nous. Nous les voyons qui chantent depuis leur balcon, nous les voyons dans les jeunes qui s’occupent de leurs voisins âgés, dans le dévouement des soignants, dans les inconnus qui remplissent les rayons de nos épiceries.

En tant que parent, si elle m’appelait, je m’envolerais au bout du monde pour aider et protéger ma fille.
Maintenant, elle, son mari pompier/infirmier et mon petit-fils en bas âge attendent le virus.  Sa caserne, comme beaucoup d’hôpitaux et de services de premiers secours, n’a pas de masques.

Quatre vingts % de leur travail consiste à répondre aux appels d’urgence, et tous s’attendent à attraper ce virus.  Ils ne seront pas testés, car le service ne peut pas se permettre de perdre trop de ses pompiers.

Que puis-je faire ?
Que pouvons-nous faire ?

En ce moment, nous pouvons nous asseoir tranquillement, prendre une profonde respiration, et reconnaître notre peur et notre appréhension, notre incertitude et notre impuissance… et garder toutes ces émotions avec un cœur compatissant.

Nous pouvons dire à nos émotions et à notre incertitude : « Merci d’avoir essayé de me protéger », « Je vais bien pour l’instant ». Nous pouvons mettre nos craintes sur les genoux de Bouddha, de Marie, de Kwan Yin, et aussi les placer dans le cœur des générations de courageux médecins et scientifiques qui ont soigné le monde lors d’anciennes épidémies.
Ce faisant, nous pouvons nous sentir comme faisant partie de quelque chose de plus grand, de ces générations de survivants dans le vaste réseau de l’histoire et de la vie.
Nous pouvons « Être porté », comme disent les anciens Ojibwa, « par les grands vents dans le ciel ».

mains-bouddhaC’est une période de mystère et d’incertitude. Respirez.
Les voiles de la séparation se déchirent et la réalité de notre interconnexion est apparente pour tous les habitants de la terre.   Nous avons eu besoin de cette pause, peut-être même de notre isolement, pour voir à quel point nous avons tous besoin les uns des autres.

L’heure est venue de faire notre part.

Le bodhisattva se tourne délibérément vers la souffrance pour servir et aider ceux qui l’entourent de toutes les manières possibles.
C’est le test que nous attendions.
Nous savons comment faire.
Il est temps de renouveler votre vœu.
Asseyez-vous à nouveau tranquillement et demandez- vous sincèrement : quelle est ma meilleure intention, ma plus noble aspiration pour cette période difficile ?
Votre cœur vous répondra.
Que ce vœu devienne votre étoile polaire.

Chaque fois que vous vous sentirez perdu, souvenez-vous- en et vous vous rappellerez ce qui compte.
Le monde attend votre cœur compatissant.
Il est temps d’être le remède,  la musique inspirante, la lampe dans l’obscurité.

Débordez d’amour.
Soyez un porteur d’espoir.

S’il y a des funérailles, accompagnez-les.
Ayez confiance en votre dignité et votre bonté.
Là où les autres entassent… aidez.
Là où les autres trichent… défendez la vérité.
Là où les autres sont accablés ou indifférents, soyez gentil et respectueux.

Lorsque vous vous inquiétez pour vos parents, vos enfants, ceux que vous aimez, ouvrez votre cœur pour partager l’attention et le souci que chacun apporte à ses parents, ses enfants et ses proches.

C’est le grand cœur de la compassion.

Le bodhisattva dirige sa compassion vers tout le monde, ceux qui souffrent et sont vulnérables comme ceux qui causent de la souffrance.

Nous sommes dans cette situation ensemble.

Il est temps d’imaginer un nouveau monde, d’envisager de partager notre humanité commune, de voir comment nous pouvons vivre de la manière la plus profonde et la plus belle possible.

Lorsque nous aurons traversé cette période difficile, ce que nous avons l’intention de faire  et ce que nous voulons voir grandir, nous pourrons le faire.
En fin de compte, souvenez-vous que vous êtes une conscience infinie, née dans votre corps.

jizoVous êtes né enfant de l’esprit, et même maintenant vous pouvez vous tourner vers cette conscience, et devenir la conscience aimante qui vous voit lire, ressentir et réfléchir.

Quand un bébé naît, notre première réponse est l’amour.
Lorsqu’un être cher meurt, tenir sa main est un geste d’amour.
L’amour et la conscience intemporels sont ce que vous êtes.
Ayez confiance.

Cher bodhisattva, le monde attend votre cœur compatissant.
Soyons tous ensemble, unis, dans cette grande tâche.
Avec compassion, avec metta,

Jack Kornfield
Traduction : Joshin Sensei / Françoise
https://jackkornfield.com/the-bodhisattva-response-to-the-virus/

विजय Se libérer de la souffrance

Les êtres humains sont très doués pour s’attacher à l’aspect de la vie humaine qu’on nomme plaisir.
C’est pourquoi nous disons souvent :
« Profitez de la vie ».
Pourquoi dans ces conditions le bouddhisme dit-il :
« Regardez la souffrance » ?

Parce que la souffrance est l’un des aspects de la vie humaine qu’on refuse de voir. Nous essayons de fermer les yeux sur la souffrance, mais nous ne le pouvons pas. C’est parce que nous ne pouvons pas fermer les yeux sur la souffrance que le Bouddha doit dire :
« Regardez cet aspect de la vie humaine que vous ne voyez pas ».  La souffrance étant une Noble Vérité, dire que la vie est caractérisée par la souffrance n’est pas un enseignement pessimiste.

Il existe trois types de souffrance. L’un est la souffrance physique, l’autre est la souffrance mentale,  le troisième est la souffrance radicale, la souffrance fondamentale.

La souffrance physique est la naissance, la maladie, la vieillesse et la mort. Chacun doit faire face à la souffrance physique. Selon l’enseignement du Bouddha, la maladie est une noble vérité. Cela signifie qu’il faut accepter la maladie qui est au-delà de ce qu’on aime ou de ce qu’on n’aime pas.

Par exemple, si vous êtes atteint d’un cancer, comment vous libérer de cette souffrance ?

Le bouddhisme nous dit d’accepter la souffrance du cancer. Mais il est difficile de l’accepter, parce qu’on croit qu’accepter la souffrance du cancer, c’est ne pas se libérer du cancer.
C’est pourquoi on lutte pour se libérer de la souffrance du cancer au lieu de faire face à la souffrance telle qu’elle est.
Peu importe que vous luttiez pour vous libérer de la souffrance d’un cancer dont vous ne vous libérerez pas.
La souffrance du cancer est la vraie réalité, qui est inéluctable.

Il est possible d’accepter la souffrance du cancer, d’y voir une occasion magnifique d’atteindre le cœur de la vie humaine.
C’est l’acceptation totale de la souffrance.
Si vous pouvez accepter totalement la souffrance du cancer, vous pouvez vous en libérer.

C’est comme essayer de s’endormir. Si vous essayez de dormir, vous ne pouvez pas dormir. Plus vous voulez dormir, plus vos yeux restent ouverts.  Si vous ne pouvez pas dormir,  ne faites qu’un avec le fait que vous ne puissiez pas dormir. Autrement dit, ne luttez pas.

La souffrance, en tant que Noble Vérité, nous donne l’occasion merveilleuse de nous éveiller à la vérité de la condition humaine.

La souffrance mentale apparaît quand on est séparé de ceux qu’on aime ou qu’on doit supporter ceux qu’on n’aime pas.
Chacun a fait cette expérience.
La souffrance apparaît aussi quand on ne peut pas obtenir ce qu’on veut. La souffrance mentale vient du fait qu’on s’attache aux cinq skandhas qui sont la forme, la sensation, la perception, les impulsions et la conscience.
Là encore, il s’agit d’aspects de la vie humaine dont chacun fait l’expérience.

Le troisième type de souffrance est la souffrance radicale ou fondamentale.

La souffrance radicale est une souffrance qui est due à l’aspect éphémère des phénomènes. Vous pouvez prendre conscience de cette souffrance par une pratique profonde ou une compréhension profonde du tableau global de la vie humaine en tant qu’elle est reliée à tous les êtres sensibles.

Autrement dit, en pratiquant profondément le bouddhisme, vous pouvez comprendre la souffrance radicale et en faire l’expérience.

kannonQuand l’esprit est agité et préoccupé, il est très difficile de faire cette expérience.
Ce n’est qu’en pratiquant profondément que vous pourrez faire l’expérience de ce type de souffrance.
Cette souffrance est très calme, très tranquille et très silencieuse ; mais elle est présente.

Il est très difficile de se libérer de la souffrance radicale.

Si votre pratique est très profonde et votre corps et votre esprit sont très calmes, vous comprendrez les sensations humaines, les sensations de l’oiseau, les sensations de l’arbre ; vous comprendrez toute chose.
Pourtant il y a cette souffrance très calme et silencieuse. C’est une sorte de peur, une peur très profonde, venue du tréfonds du corps et de l’esprit humains. Vous ne pouvez pas l’expliquer, mais elle est toujours présente. Vous devez affronter aussi cette souffrance.

Pourquoi est-ce en comprenant profondément la condition humaine que l’on fait l’expérien-ce de cette souffrance radicale ?

Le Bouddha nous enseigne qu’une telle souffrance vient de l’ignorance.

L’ignorance est l’attachement humain qui s’enracine avec ténacité dans le corps et l’esprit. Cela échappe tout-à-fait à notre contrôle.
On ne sait ni quand ni comment cela apparaît.

Dainin Katagiri Roshi (1928-1990)  Retour au silence
Editions du seuil 1993.  Proposé par Michel P.

Daishin n°260 -Avril 2020

temple-cerisisers

Un numéro de printemps, réalisé avant le confinement, avant même que l’on commence à parler du virus.Et nous avons choisi de le garder tel quel, car c’est un numéro sur l’espoir…… Nous espérons que cette lecture vous apportera du réconfort et de l’espoir dans cette période très particulière que nous vivons.

Sommaire

Programme et activités
Les cerisiers de Fukushima  F. Guarnieri et al.
Comment comprendre le karma ? Budhadharma
Comment l’auto-compassion peut nous aider… Jeremy Mohler

Illustrations : kaname-inn, kanpai, katsuoji-temple-sakura, theconversation, traveladventuresLes cerisiers de Fukushima