Connaître les montagnes

« Connaître

les montagnes, 

ce n’est pas savoir 

au sujet des montagnes, 

mais vivre et mourir 

avec elles… »

Maître Dôgen

Lotus-vignetteNotre savoir, nos connaissances amènent d’autres possibles. Quand je dis : « je sais », je ferme le sujet. C’est rigide. C’est la non-possibilité de voir, manipuler, toucher d’autres choses, à savoir l’ouverture, la découverte, la souplesse, la flexibilité, l’eau courante.On se sent parfois agressé dans ce changement. Il y a illusion du besoin de sécurité (je sais où je mets les pieds). 

En vérité, nous ne savons jamais où nous mettons le pied, cela peut être un abîme…La stabilité ne peut se trouver que dans le mouvement. Même la terre tourne, sur elle-même, et dans l’univers.Le mouvement est la vie. Donc, il n’y a qu’une seule solution qui est d’être Un :  à l’intérieur de ce Un, il y a soi (intérieur et extérieur) et l’environnement.

Etre dans cet instant, dans ce que nous sommes en train de faire, et alors les bols ne sont plus un objet extérieur qui nous embarrassent. L’outil de jardin devient le lien entre soi et la plante, la terre, etc. On est relié parce que disponible, ouvert.  

Nous pouvons à chaque instant basculer du « je sais » à « oui, je suis prêt à apprendre, rencontrer ; j’accepte de me mettre dans des situations dont je ne sais rien, qui sont l’inconnu total ». Et d’autres fois, juste le silence, rester et contempler. 

Parfois, on ne voit même pas qu’on a refusé, qu’on a fui. Il y a quelque chose d’important à aller vers, accompagner, aller ensemble –  ensemble avec sa peur, sa colère, sa résistance. Cela aide à lâcher. 

Dans la vie, il va toujours falloir laisser se rencontrer intérieur (soi) et extérieur (environnement) qui vont se rejoindre. Comment ? Comme l’eau et le lait ou bien  comme l’eau et l’huile ? Tout est déjà à l’intérieur de nous. Quand la réponse que nous donnons dans notre vie est non, c’est difficile. Nous sommes comme des icebergs et nous avons à devenir de l’eau. Aussi, dans notre tradition du Zen, pour étudier, escalader la montagne  (être un avec), nous mettons notre vie spirituelle dans notre corps, nous sommes ouverts aux gestes, au faire. 

Bol2mainsGassho est très important. Il y a unité. Réunir. Relier et redonner. Nous marchons le Chemin, c’est le corps. Nous refaisons des gestes encore et encore. Par exemple se laver les dents, oui mais comment ? Dans la présence ou dans l’automatisme ? En général l’esprit entraîne le corps alors que pour nous, dans notre pratique, c’est le corps qui entraîne le cœur. 

Tous ces gestes, épurés, vont amener plus de silence, d’espace, d’harmonie à l’intérieur de soi et à travers les situations vécues dans notre environnement.  

Chaque jour nous étudions, zazen, cérémonie, bols, vaisselle, zazen… ce sont toujours les mêmes gestes et pourtant jamais les mêmes gestes.  Chaque instant, geste, acte est unique, il n’y a jamais deux fois le même instant. Nous le vivons rarement pleinement. Nous voudrions vivre au ciel, sur un petit nuage, sans être encombré de rien, et pourtant, nous sommes des êtres de la forme ! 

Nous étudions cette forme pour aller au-delà de cette forme. Comme dans l’escalade, faire un avec la paroi, les muscles font écho aux aspérités de la paroi, les doigts dans les plus petits creux, et on ne peut pas « rêvasser », on doit être un avec la montagne. On doit s’y abandonner totalement, s’ouvrir totalement. Beaucoup de souplesse en étant très attentif à la fois. Totalement présent. Alors, on passe du monde fini au monde infini. Continuer la recherche, escalader sans fin les montagnes. On veut tout maîtriser, contrôler, dehors, dedans, avec la tête. Mais pour s’ouvrir à l’infini (escalader les montagnes), il va falloir s’abandonner, accepter, dire oui. C’est ce que l’on peut appeler la grâce.

Notes d’enseignement, Joshin Sensei

Deux mains

Tasse2mains

Prenez quelque chose et tenez-le dans votre main – un stylo, une tasse, vos clefs, n’importe quoi autour de vous. Si vous lisez ce texte sur votre téléphone, prenez un moment pour éloigner votre attention des mots de l’écran, et tournez votre attention vers le fait de tenir l’appareil dans votre main, d’en expérimenter la sensation, le poids. Même cela -faire attention aux sensations des choses ordinaires, être attentif quand nous utilisons quelque chose – nous le faisons rarement.

Reposez l’objet et reprenez-le à nouveau, mais avec les deux mains.  Tenez-le avec les deux mains. Expérimentez cela. Remarquez comment, en utilisant les deux mains, votre gestuelle change un peu, comment cela rend votre geste plus conscient, plus présent Tellement plus généreux. 

Remarquez comment, surtout si c’est un petit objet, le fait d’utiliser les deux mains vous permet d’apprécier l’objet avec plus d’attention. Vous tenez une tasse de café dans vos mains de la même manière dont vous porteriez un chaton. 

Avec vos deux mains, vous ne faites pas qu’attraper un stylo à la va vite – vous le tenez avec vos doigts comme quelque chose de fragile. C’est une chose que nous ne faisons quasiment jamais, à moins de le choisir consciemment. 

Ce simple choix est une facette de  ce qui est appelé hōrei (法礼). En japonais. hō signifie  Dharma et rei fait référence ici à une sorte d’étiquette, et donc j’ai tendance à traduire hōrei  par « decorum » du Dharma. Mais rei signifie aussi « gratitude ». `

Nous devrions garder cela à l’esprit. Hōrei définit bien sûr les interactions humaines – comment servir un invité, comment approcher un enseignant, comment recevoir un cadeau, etc. Plus simplement, cela traite de la manière dont on regarde le monde, de la manière dont on se place à la fois comme hôte et invité à chaque moment. 

GasshôDans un monastère, il y a presque sans cesse des instructions spécifiques, comment se relever d’une position assise (utilisant votre index et votre majeur comme appui, si vous avez une table devant vous), comment se brosser les dents (avec la main droite, la main gauche couvrant la bouche), et comment entrer dans certaines pièces (du côté gauche de l’entrée, le pied gauche en premier) et ainsi de suite – Et ce ne sont que quelques exemples choisis parmi ceux qui ne demandent pas une synchronisation avec  les mouvements de ceux qui vous entourent (ils sont nombreux et plus compliqués).  

Toutes ces instructions sont des expressions de cette étiquette, qui peut prendre des années à apprendre, et encore davantage pour être complètement intégrée. Mais le principe de base de Hōrei peut s’expliquer très simplement : utiliser vos deux mains. Quoique vous fassiez, dès que possible, utilisez les deux mains. 

Si vous ouvrez une porte, ouvrez-la avec les deux mains. 

Si vous serrez la main de quelqu’un, utilisez vos deux mains. Même si  cela vous semble exagéré – par exemple pour saisir votre fourchette au début d’un repas – utilisez vos deux mains. Comme dans de nombreux aspects de la pratique Zen, cela peut sembler idiot ou inutile, ou même une perte de temps, mais si vous pratiquez cela vraiment, votre rapport à la vie sera modifié.
Tenir une tasse de café avec les deux mains, c’est tenir une tasse de café complètement, sans rien retenir. C’est accorder une véritable importance à cette action. 

Si vous buvez un café avec un ami, essayez de le faire de deux ma-nières : boire d’une main et ensuite boire en tenant la tasse des deux mains.  Quand nous buvons avec une main – la manière habituelle – nous ne faisons rien d’autre avec l’autre main, ou nous l’utilisons autrement, ou peut-être pour commencer à faire autre chose.

Tout cela pour dire que nous faisons plusieurs choses à la fois et par conséquent nous ne faisons rien pleinement. Chaque action est incomplète. La pratique Zen, telle que je la comprends, est un engagement total – cette action, ce moment, cette rencontre. Boire son café avec une seule main ne permet pas de s’engager pleinement dans cette action. 

C’est comme si nous retenions quelque chose, que nous gardions quelque chose pour nous-mêmes.
Quand je tape sur ce clavier, je touche le clavier, mes jambes touchent la chaise, mes pieds touchent le sol. Si quelqu’un me demandait ce que je suis en train de faire je pourrais dire : « Je suis en train d’écrire » mais cela ne serait pas la réalité. Il y a sans cesse une dimension intime dans l’action. Quand je suis bloqué sur une idée,   je me tiens la tête et lis les mots sur l’écran. Quand je m’arrête au milieu d’une phrase ne sachant pas comment poursuivre, j’exerce une pression sur le tapis avec mes orteils. 

Vaisselle-cuisineJe prends beaucoup de plaisir à lire les commentaires postés sur ce blog et le dialogue qui en résulte. C’est comme un échange, un rapprochement. Mais même ici, dans cette pièce, dans cette ville, loin de ceux qui lisent ces mots, il y a tout un monde de contacts.  La manière dont j’appréhende le monde dans cette pièce est la façon dont j’appréhende le monde en général.  Autrement dit, tout ce que je suis capable de faire, c’est ce que je suis en train de faire. 

Il y a des enseignements qui nous rappellent que nous devrions traiter les livres avec respect, ne jamais les laisser trainer sur le sol, toujours les tenir avec attention, car les mots transmis sont un cadeau tellement précieux, un lien avec le monde de l’auteur.   Mais il y a une manière plus simple de regarder cela : nous traitons un livre avec respect parce que c’est la chose qui est devant nous. Nous le tenons avec deux mains parce que nous recevons un cadeau avec nos deux mains, et parce que nous faisons une offrande avec nos deux mains. Nous le tenons délicatement parce qu’il représente complètement toutes nos actions, nos pensées, nos expériences.

Je bois un verre d’eau avec mes deux mains parce que je le bois avec mon corps entier, et le fait de boire représente tout ce qui est à ce moment-là. J’ouvre la porte avec mes deux  mains parce qu’effectivement j’ai seulement deux mains. 

Une fois j’ai entendu un enseignant Tibétain qui disait :  « Vous devriez boire votre café avec la même intensité que si vous étiez poursuivi par trois tigres ». 

Dans le Zen, on pourrait changer cette phrase pour dire : « Buvez votre café comme si votre tête était en train de prendre feu ». Et dans le Zen Soto, on pourrait simplement se pencher et attraper    la tasse de café avec nos deux mains, pleinement dans le creux  de nos mains. 

Ce n’est pas tant que votre vie en dépend, mais parce que c’est votre vie entière.

 Koun Franz Proposé par Françoise. Traduction : JF. Sabine http://sweepingzen.com/two-hands-by-koun-franz/

Enseignements donnés par Aoyama Shundo Roshi à la Demeure sans Limites, Juin 2018.

Lotus-vignetteFélicitations Joshin San, félicitations Jokei San, et félicitations à tous les membres de votre Sangha qui soutiennent La Demeure sans Limites.

Votre contribution et votre enthousiasme ont porté leurs fruits jusqu’à cet événement auspicieux aujourd’hui.

Jokei San a été ordonnée en 1999 et est venue en formation au Nisodo au Japan à quatre reprises. La quatrième fois elle est restée plus de deux ans. Pendant cette période elle s’est fait beaucoup d’amies parmi les nonnes. Celles-ci voulaient prendre part à cette cérémonie, mais malheureusement, les circonstances les en ont empêchées. Elles m’ont demandé de transmettre à tous leurs félicitations.
J’aimerais saisir cette occasion pour donner un bref enseignement.

Kodo Sawaki Roshi, le célèbre moine japonais qui était l’enseignant de Maître Deshimaru à dit : « Vivre une véritable vie religieuse veut dire laisser le Bouddha vous guider à chaque instant de votre vie, et dans tous les aspects de votre vie » . 

Ce sont les premiers mots qu’il m’a transmis la première fois que je l’ai rencontré. A cette époque j’avais quinze ans et je venais de rentrer au temple de formation du Nisodo à Nagoya après mon ordination.

« Dans tous les aspects de votre vie », cela veut dire tous les moments compris dans les 24h. 

Par ces mots, il voulait dire que nous devons faire passer le Bouddha en premier, et non pas notre moi egocentrique. Nous devons choisir une vie qui est en accord avec le Bouddha.Tête-bouddha

Un jour, le disciple de Kodo Sawaki Roshi, Kosho Uchiyama Roshi, enseigna dans un séminaire chrétien. Il exprima une idée similaire à celle de Kodo Sawaki Roshi mais de façon différente. Il dit : « Vous tuez votre égoïsme sur la croix et naissez comme le fidèle serviteur de Dieu ». Est-ce que c’est facile à comprendre ? C’est le principe de la pratique Zen, marcher la Voie du Dharma sans égocentrisme.

J’ai appris qu’à la Demeure sans Limites vous cousez votre propre rakusu et recevez un nom du Dharma et que vous le portez en zazen. C’est pourquoi je voudrais dire quelques mots sur ce nom du Dharma.

Un jour, alors que j’étais dans un taxi au Japon, le chauffeur me demanda ce que voulait dire recevoir un nom du Dharma. Il savait que les gens pouvait recevoir un nom du Dharma à l’occasion de la cérémonie en même temps que les préceptes.

Voici ce que je lui répondis :

“ Je ne conduis pas de voiture, aussi  je m’assois toujours sur le siège passager pendant que mes disciples me conduisent. Mon temple est situé en pleine campagne et le paysage est magnifique. Au Japon, on compare souvent notre village à la Suisse parce qu’il est entouré de montagnes. Aussi quand les fleurs éclosent à la bonne saison, je demande qu’on arrête la voiture pour admirer la vue. 

Ou bien parfois je suis pressée et je veux que ma disciple passe au feu rouge afin de ne pas manquer mon train. Mais si je mettais tous mes désirs en pratique, on aurait un accident. En reconnaissant mon égoïsme, je mets mes désirs de côté et je suis les règles de circulation. 

Rakusu-coutureQuand nous conduisons une voiture appelée « je » dans notre vie quotidienne, nous avons besoin de directives appelées « les règles de l’Univers ». Ces directives s’appellent « Les préceptes du Bouddha ». Nous apprenons le code de la route pour pouvoir conduire une voiture, de même nous devons d’abord apprendre les règles de Vie avec un grand V. en tant que « Règles de l’Univers » et comment nous sommes supposés nous comporter et vivre. 

La vie que nous avons à cet instant est la seule que nous ayons. Quand nous comprenons cette Règle avec un grand R. et que nous décidons de la suivre sans faire d’abord passer notre égoïsme, une fois que cette décision est prise, alors nous recevons un nom de Dharma, c’est comme une confirmation. 

C’est pour cela que vous ne recevez pas un nom du Dharma après votre mort mais quand vous êtes encore capable d’entendre les enseignements et que vous pouvez les mettre en pratique. Alors dès le lever, vous faites le vœu de passer cette précieuse journée de façon bénéfique pour votre nom du Dharma. Et vous terminez, en soirée, en examinant votre journée : est-ce que j’ai vécu cette journée dans mon  nom du Dharma ?

J’ai entendu dire qu’ici, il fait très froid en hiver avec beaucoup de neige. Maître Dôgen aussi a passé les dix dernières années de sa vie dans une région où il y avait beaucoup de neige – Eiheiji – et il transmettait l’enseignement pur du Dharma. Maître Dôgen n’était pas intéressé par les divisions sectaires. Il vivait avec la conviction qu’il suivait toujours ce que le Bouddha Shakyamuni avait enseigné. Autrement, cet enseignement n’aurait pas pu se répandre à travers le monde ni toucher les générations futures.

J’espère de tout mon coeur que la Demeure sans Limites – Hokaiji – va continuer, comme elle le fait depuis 25 ans, à répandre ce pur Dharma dans le monde.

Merci beaucoup. Aoyama Shundo Roshi

Dans la première partie, c’est Joshin Sensei, fondatrice de ce temple et première abbesse, qui est la Doshi, c’est à dire l’officiante. Elle lira le poème d’ouverture, puis elle fera des offrandes sur l’autel :  encens, thé, eau pure pour remercier les Bouddhas et tous les êtres qui ont soutenu ses 25 années de présence. 

Elle lira ensuite un texte de remerciements. 

Deuxième partie : nous recevons ensuite Shojou Sensei, fondatrice du Zendo de l’Eau Vive. Shoju Sensei  a beaucoup de liens avec La Demeure sans Limites, elle y est venue alors qu’elle et Jokei Sensei étaient encore laïques, et elle a passé six mois au Nissodo auprès d’Aoyama Roshi. 

Cette deuxième partie est faite pour placer l’entrée en fonction de la nouvelle abbesse sous de bons auspices, afin que toutes les conditions lui soient favorables.

Nonnes et héritières du Dharma ( fin)

Mizuno Jorin (1848-1927)


Hori Mitsujo (1868-1927)


Ando Dokai (1874-1915)


Yamaguchi Kokan (1875-1933)


Ces quatre nonnes ont fondé le Nissodo  ( Monastère  de formation des nonnes) d’Aichi Ken ( communément appelé Nigakurin)  le  8 mai 1290, neuf mois après que l’Ecole Soto ait annulé les interdictions faites aux nonnes d’avoir des leiux pour recevoir l’enseignement.

C’est grâce à elles que l’Ecole Soto s’est rouverte aux nonnes après des siècles de limitation. ( Toute l’histoire du Nissodo, et de ses grandes figures du 20 ème siècle  dans le livre de Paula Araï «  Women Living Zen » malheureusement pas traduit en français. Ou plus court : https://terebess.hu/zen/szoto/Uchino-Soto-nuns.pdf

Ces quatre nonnes passèrent leurs vies à fonder des lieux de pratique et d’étude pour les nonnes, à une époque de grands bouleversements politiques et sociaux.

Aoyama Roshi

Extrait du livre de Paula Araï :... Trois générations de monastiques de l’Ecole Soto : grâce à elles les nonnes ont été libérées des restrictions injustes. Ce sont : les quatre nonnes qui fondèrent en 1904 le Monastère d’Education de nonnes de Nagoya ; Kojima Kendo, fondatrice du Nisodan, et Aoyama Shundo Roshi ( née en 1933) qui par son exemple a inspirée la vie des femmes monastiques contemporaines au Japon. La 1ère génération a su faire sauter le barrage d’iniquités qui bloquait les nonnes en travaillant sur le problème fondamental : le refus de l’éducation pour les nonnes. La deuxième génération a continué à ouvrir la voie du vrai Dharma en obligeant l’administration à unifier tous les règlements, à ne plus faire de distinctions entre monastiques hommes et femmes.Arrivé à la troisième génération, tout ce travail a commencé à porter ses fruits. Chaque nouvelle génération de femmes continue à montrer sa force de caractère, la profondeur de son engagement bouddhiste et son esprit égalitaire.

lotus1Nagazawa Sozen (20ème s.)


Disciple de Harada Sogaku dans un lignage Soto à forte influence Rinzaï. Elle était «  nonne sévère à l’esprit de grand-mère» * et elle forma de nombreuses nonnes ou laïques vivant dans des conditions socio-politiques difficiles. Elle dirigeait le monastère féminin le plus important de Tokyo, Kannonji, et fut connue pour avoir pu maintenait la pratique dans ce temple pendant la guerre.

* « L’esprit de grand-mère » dans le Zen, c’est la compassion qui va utiliser tous les moyens pour que le ou la disciple se débarrasse de tout sentiment égoïste, qui l’empêche de voir clairement sa véritable nature.

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Nogami Senryo (1883-1980)

Elle a pratiqué dans un petit temple de Nagoya en suivant 
précisément les enseignements de M° Dogen, et le mantra : «  Mourir assis, mourir debout » : Za datsu rubyo. Elle mourut debout devant la statue de Bouddha dans le Dharma Hall à l’âge de 97 ans.

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Kojima Kendo (1898-1995)


Nonne toute sa vie, elle a été la première dirigeante de l’Organisation des Nonnes de l’Ecole Soto, soutenue par Koho Zenji,*  lorsqu’il était le Supérieur de Sojiji. Elle travailla inlassablement à chercher l’égalité pour les nonnes. Certaines de ses demandes, comme autoriser les nonnes à enseigner de façon indépendante, furent acceptées vers la fin de  sa vie. Elle faisait également partie d’associations bouddhistes internationales, et mourut à un âge avancé.

* Ce fut également lui qui accueillit à Sojiji. la Rev. Master Jiyu-Kennett qui fonda The Order of Buddhist Contemplatives.

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Taniguchi Setsudo (1901-1986)

Elle fonda en 1945 un orphelinat pour les orphelins de la guerre, 
guidée par les quatre préceptes du bodhisattva, selon M° Dogen : générosité, parole aimante, activité généreuse et coopération. .

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Yoshida Eshun (1907-1982)


Disciple et successeure de Hashimoto Roshi, Abbesse  du temple  Kaizenji à Nagoya, selle enseigna toute sa vie la couture des robes, du rakusu et du okesa. Elle transmit ce savoir aux Etats Unis. La couture du rakusus et du okesa se pratique aussi dans les Sanghas françaises.

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Aoyama Shundo (1933- )

Elle est l’Abbesse du Nissodo ( le temple de formation des nonnes de l’Ecole Soto) depuis 1970. Elle fut la première nonne diplômée de l’Université bouddhiste de Komazawa. Elle a beaucoup fait apprécier le Zen dans le Japon moderne, grâce à ses livres et ses interventions télévisées. Dernier livre paru en France : «  Une vie de nonne zen »

Notre liste s’arrête là, mais tout  ce numéro de Daishin vous montre que la transmission du Dharma à travers les nonnes se poursuit. Gratitude au-delà des mots à toutes ces nonnes dont nous avons brièvement raconté l’histoire pendant presque une année, gratitude envers Mahaprajapati et toutes celles qui l’ont suivie.  C’est grâce à leur courage, leurs efforts, leur esprit indomptable entièrement tourné vers le Dharma que nous sommes là aujourd’hui. Quelle chance !

 Poème de M° Dogen :

Hommage aux Trésors, Bouddha, Dharma, Sangha !
Quelle chance !
Le début du printemps ! Quelle chance ! Cette maison de l’enseignement de tous nos ancêtres et du lignage ! Quelle chance !
Le buddha-dharma qui s’étend ! Quelle chance !

Quelle chance !
La porte du monastère qui prospère ! Quelle chance !
Quand de nombreux disciples s’assemblent pour se rencontrer eux-mêmes et pour rencontrer cet instant,le monde vient et rend hommage à notre chemin.

Quelle chance ! Quelle chance ! Quelle chance !

Le début du printemps ! Quelle chance ! Quelle chance ! La fondation de ce monastère ! Eihei ! Quelle chance !

Dogen Premier jour du printemps 5ème année de l’Ere Kangen

Avant la cérémonie : explications

IMG_0363Avant la cérémonie : quelques mots d’explications sur son déroulement

«  J’aimerais avant que la cérémonie ne commence vous dire quelques mots sur son  déroulement. Il y a trois parties dans cette cérémonie.

           Dans  la première partie, c’est Joshin Sensei, fondatrice de ce temple et première abbesse, qui est la Doshi, c’est à dire l’officiante. Elle lira le poème d’ouverture, puis elle fera des offrandes sur l’autel :  encens, thé, eau pure pour remercier les Bouddhas et tous les êtres qui ont soutenu ses 25 années de présence.

Elle lira ensuite un texte de remerciements.

        Deuxième partie : nous recevons ensuite Shojou Sensei, fondatrice du Zendo de l’Eau Vive. Shoju Sensei  a beaucoup de liens avec La Demeure sans Limites, elle y est venue alors qu’elle et Jokei Sensei étaient encore laïques, et elle a passé six mois au Nissodo auprès d’Aoyama Roshi.

Cette deuxième partie est faite pour placer l’entrée en fonction de la nouvelle abbesse sous de bons auspices, afin que toutes les conditions lui soient favorables.


Transmission 2La troisième partie s’appelle  « Gravir la montagne » : Jokei Sensei entre, appuyée sur «  La jambe de Bouddha » ; elle fait l’offrande de l’encens, puis elle demande aux personnes présentes si elles ont des questions à lui poser. C’est un « mondo ». Questions et réponses se succèdent rapidement.  Pour terminer, elle donne un premier enseignement où elle explique sa vision du temple et du Dharma. »

2. Lu avant Shinsan Kaido- juste avant l’entrée de Jokei Sensei:

  «  Voilà, maintenant c’est la nouvelle Abbesse qui va entrer. Le jour de son entrée en fonction, elle porte un Kasasya et un kolomo bleu-gris, une  couleur spéciale pour cette cérémonie qu’elle ne reportera plus par la suite.  Et parce  « gravir la montagne » est la métaphore pour l’entrée dans un temple, elle va offrir l’encens et parler depuis une estrade. Vous voyez, nous changeons la disposition habituelle de cette pièce, pour signifier le changement de responsable de ce temple.  Il va y avoir aussi de nouveaux sons, la pièce de bois, les tambours, ceux qui accompagnent les cérémonies.

Puis, pour montrer qu’elle est prête à remplir ses fonctions, elle va répondre à des questions posées par les plus anciens des pratiquants de la Demeure sans Limites. Enfin, pour terminer cette entrée, elle donnera en quelques mots sa vision du temple et du Chemin sur lequel elle marche depuis 20 ans.»

Poème d’ouverture :

Komyo : la lumière merveilleuse

La lumière merveilleuse des Bouddhas emplit tout l’univers

Tout est Bouddha

Naissance et mort à l’intérieur de la lumière merveilleuse

La lune ronde et parfaite qui se reflète dans le bassin 

La danse des milliards de cellules qui nous composent

Un silence infini

Un souffle –

Tout cela : formes changeantes de la lumière merveilleuse

Regardez ! Ouvrez bien les yeux :  rien ne manque !

Joshin Sensei

 

Après la cérémonie : Danielle Choken- Anne Shingei- Françoise

lotus1Dimanche soir.

 Un souffle discret remue les feuilles. J’entends le ruisseau – depuis deux jours, on l’avait oublié : entre arrivées et départs, préparatifs et voix avaient couvert son murmure.

Le silence résonne de bruissements, de chants légers, à plumes ou à élytres.

La lumineuse cérémonie terminée, le silence n’en garde aucun souvenir dans l’air transparent.

Les trois pivoines écarlates, étonnées et ébouriffées, n’ont pas même perdu un pétale.

Les nonnes se sont rassemblées, ont chanté et ont emporté dans toutes les directions la voix du Dharma, heureuses.

Le son du tambour, des bois et des cloches a rebondi sur les murs du zendo, écrivant un invisible et puissant témoignage : ici, la nonne et Abbesse qui a fondé le temple vient de laisser la place à la nouvelle Abbesse Sama.

Etait-ce un rêve ?

Tout a repris sa place, l’eau de la fontaine court dans la rigole, de la montagne vers la mer – tout est différent.

La poussière dorée soulevée par les robes noires et brunes demeure dans l’ai pur.

A la Demeure sans Limites, nous ne sommes pas seul.e.s : une seule grande Sangha !

Danielle Choken

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Le Lignage

 En cette lumineuse journée du 23 juin 2018, nous avons pu assister à la transmission de l’enseignement du Bouddha .

Le soleil a brillé avec générosité. Les cloches, les clochettes, les tambours se sont mêlés au chant des oiseaux, le parfum de l’encens s’est répandu dans les dix directions, accompagné par celui des fleurs de l’été.

AutelLa sangha japonaise a rejoint la sangha française et les paroles des enseignantes remplies de joie, de poésie et de sagesse ont réactualisé l’enseignement du Bouddha dans ce petit temple devenu pour beaucoup d’entre nous un lieu indispensable à notre pratique. Nous avons été invités à mettre en œuvre cet enseignement, sans attendre, à chaque instant de notre vie .

Nous avons pu mesurer l’immense gratitude que nous devons à tous ces maîtres qui ont conservé et diffusé le Dharma, et l’ont rendu accessible afin que chacun.e puisse le comprendre et avancer sur la voie du Bouddha.

Les graines du Dharma plantées en Ardèche ont poussé, fleuri et se sont ressemées, le jardin est chaque année un peu plus beau et ne sera pas abandonné.

Gasshô infini à Joshin Sensei et à Jokei Sensei.

Anne Shingei

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Retour

Un moment anecdotique peut-être (quoique quoique) par rapport à tout le reste, mais qui m’a beaucoup frappée et touchée : dimanche après-midi, quand nous sommes revenus à la Demeure sans limites, presque sans mot dire, dès que nous sommes descendus de voiture, nous avons commencé à tout nettoyer, à tout remettre en ordre, sans nous concerter, sans même nous poser la question, sans se dire un instant, comme on le ferait peut-être chez soi, « oh, on fera ça plus tard/demain ». C’était juste la « suite logique », une évidence, dans la continuité de ce Dharma sans début ni fin. Travaillant de concert, peut-être encore plus qu’à l’accoutumée. Et comme nous étions heureux pendant, et après. Et comme nous étions heureux, quand nous nous sommes assis ensemble le soir.

Françoise

Daishin n° 242 – septembre 2018

Transmission 1Transmission :

Joshin Bachoux Sensei, à gauche, se retire et transmet le temple «  La Demeure sans Limites » à Jokei Lambert Sensei, au centre, qui a reçu la Transmission du Dharma de Aoyama Shundo Roshi, à droite.

Cérémonie de Shinzanshiki, Gravir la Montagne, le  24  juin 2018

Joshin Sensei:

–  journée à Aix : samedi 8 septembre. Infos : http://www.montagnes-et-forets-du-zen.org/retraites-et-journées

– journée à Paris : samedi 15 septembre. Tenue de l’AG de Montagnes et Forêts du Zen

– retraite résidentielle silencieuse: vendredi 5 – dimanche 7 octobre à l’abbaye de la Trappe ( Normandie)   Enseignements : Zazenshin .

Infos et inscriptions : http://www.montagnes-et-forets-du-zen.org/retraites-et-journées

La Demeure sans Limites  sera fermée du 19 au 23 septembre

Uposatha : nous asseoir ensemble en septembre «  gratitude » : https://framadate.org/tN72W1eYlVMuM7lX

Sommaire :

Avant la cérémonie : explications

Paroles de gratitude ( 1ère partie : Joshin Sensei, Jokei Sensei) Le mois prochain : Aoyama Roshi

Après la cérémonie : Danielle Choken- Anne Shingei- Françoise

Nonnes et héritières du Dharma ( fin)

 

Paroles de gratitude ( 1ère partie : Joshin Sensei, Jokei Sensei) Le mois prochain : Aoyama Roshi

IMG_0364Je me souviens bien, nous étions encore en plein travaux quand Moriyama Roshi est entré dans cette pièce, et il a regardé autour, et il a dit : «  C’est déjà là »

Quelques mois plus tard, lors de l’inauguration, c’était le 20 juin 1993,  

il a dit : «  L’an dernier, une graine de Dharma, née  de clairs espoirs et de la volonté des Maîtres, a été plantée ; nous voyons éclore les premiers bourgeons… »

Aujourd’hui, 25 années plus tard, la présence d’Aoyama Roshi porte témoignage avec générosité de cette floraison du Dharma.

Et tant d’aide reçue pour faire fleurir la Demeure sans Limites :

tous les Maîtres, oui, et vous tous, bien sûr, vous qui avez étudié, travaillé, nettoyé, cuisiné et fait zazen avec nous,  et Jokei Ni, bien sûr, qui, avec constance, dans la joie a fait grandir ces fleurs du Dharma.

Et toutes les personnes qui ne sont pas venues, qui ne viendront jamais :

nos voisins, par exemple, et la quantité incroyable de thé, café et petits biscuits que nous avons dévorés chez eux, sans compter la plus grande part de leur potager qui se retrouve sur notre table, tout l’été-

ceux qui nourrissent, oui : le boulanger qui fait le pain, le minotier qui moud la farine, ceux qui ont planté le blé, ceux qui l’ont récolté…

De proche en proche, si on regarde bien, on voit que tous les êtres sont ici, avec nous, à la Demeure sans Limites.
Quand nous nous inclinons, quand nous faisons gassho, c’est devant tous les êtres. Gratitude…

…Sans oublier ces longs hivers avec la neige et la burle, le grand cerisier devant la cuisine, sa beauté qui réjouit le coeur au printemps,

les taupes, les vers de terre,  et les loirs – beaucoup d’aide , les loirs, dans la cuisine, avec la confiture ! –

le chant de la source qu’on entend,  à l’aube, dans le grand silence du premier  zazen,

les montagnes enveloppées de brume, et les vieilles pierres de cette maison…Gratitude.

Alors, alors… mettre nos pas dans les pas de celles et ceux qui ont marché avant nous sur ce Chemin, avancer ensemble,

accompagner et être accompagnée,

être guidée et guider,

recevoir et donner : ouvrir les mains, le coeur apaisé,

quelle chance ! Quelle chance !! *

Joshin Sensei

IMG_0363Dès que j’ai passé la porte de la Demeure sans Limites, j’ai intimement su que c’était là que je voulais… que je voulais quoi au juste… Je n’en savais rien, aucune idée du bouddhisme, aucune idée d’une amie de bien, aucune idée religieuse. Je voulais un lieu pour pratiquer zazen, la méditation silencieuse, sans support et voilà qu’ici en plus de ces temps d’assises quotidiens réguliers, Joshin Sensei nous proposait tout le reste. Voilà que le zazen du zendo était aussi dans la cuisine, dans la bibliothèque, dans notre thé, dans nos silences, nos marches, dans les enseignements et nos discussions. C’est tout ça qui a fait que j’ai voulu m’installer à la DsL.

Sans réelle idée de ce qui m’y attendait.

Transmission3

Aujourd’hui je voudrais remercier particulièrement Joshin Sensei pour tout ce travail du Dharma depuis plus de trente ans à la Demeure sans Limites. Si nous sommes réunis aujourd’hui,  c’est parce qu’un jour elle a lancé un caillou qui a fait plein de ricochets et nous voilà !

Ces derniers temps, le poème de Ryokan :

« Puisse mon habit de moine
être assez vaste


pour rassembler 
tous les êtres qui souffrent


dans ce monde impermanent. »

m’accompagne tout particulièrement. En préparant ces quelques paroles, voilà ce à quoi j’ai pensé. Quel est cet habit de moine ? Ce kashaya, O’kesa en japonais, qui serait assez vaste pour rassembler tous les êtres qui souffrent dans ce monde impermanent ?

Alors, je suis retournée dans les textes, et dans un chapitre du Shobogenzo de Maître Dôgen intitulé « Kesa Kudoku », les vertus du Kashaya, on lit qu’il lui donne différents noms : « le vêtement de l’émancipation », « le vêtement du champ des bienfaits », « le vêtement sans forme, recouvrant toute chose », « le vêtement de la bienveillance et de la grande compassion », « le vêtement de l’Éveil, parfait et sans égal ».

                 C’est le vêtement sans forme et pourtant recouvrant toute chose. Le vêtement de la rizière bienheureuse, cette rizière qui nourrit tous les êtres affamés et assoiffés que nous sommes à travers l’espace et le temps.

Pour moi, la Demeure sans Limites est un lieu juste pour que ce O’Kesa puisse se déployer afin d’apaiser notre soif « Tanha ».

La plupart d’entre nous savent que le Kashaya comme le rakusu est fait de pièces de tissu qui sont cousues les unes avec les autres pour former un grand rectangle. Tout en cousant ces morceaux de tissu, nous récitons mentalement, comme un mantra, les 3 Refuges comme le faisaient au temps du Bouddha les personnes voulant entrer dans la Sangha. Il est déjà arrivé à la Sangha de la Demeure sans Limites de faire un O’Kesa pour l’offrir à un Maître.  

Okesa 1

Pour que tous puissent participer, nous envoyons des pièces dans différents lieux, Paris, Belgique, Marseille, afin que chacun puisse en coudre une partie. Ainsi le O’Kesa se démultiplie, des dizaines et des dizaines de mains cousent quelques points, chaque point est différent car chacun d’entre nous est différent et pourtant nous cousons un seul O’Kesa.

Bien sûr si l’on regarde juste une petite partie des points, ou bien bande par bande, il y a des chances pour que l’on trouve cela horrible ! Des points dans tous les sens, des grands, des tout petits, des sur la ligne et des en zig-zag, Et puis, on assemble les bandes et tout à coup cela prend tout son sens, c’est devenu magnifique, tous les points s’harmonisent les uns avec les autres, chaque point trouve sa place, le grand, le petit, le en zig-zag et celui sur la ligne. On ne peut plus vraiment les différencier, ils ne forment plus qu’une seule grande pièce de tissu.

              Et je me suis dis, voilà c’est ça la Sangha, c’est la vision de Moriyama Roshi, son travail quand il a ouvert Zuigakuin fin des années 70, un temple dans la préfecture de Yamanashi, à une centaine de kilomètres de Tokyo. Un temple de montagne ouvert à tous, japonais et occidentaux, différents et semblables comme les petits points du Kashaya. Lui aussi avait lancé un caillou dans l’eau et nous en voyons les ricochets encore aujourd’hui.

         J’ai parlé des points mais il faut bien voir que ces points ne sont possibles que parce qu’il y a le fil, toujours le même fil, c’est ce fil du Dharma, de l’ enseignement du Bouddha qui est Un. Souvent on regarde les points sur le dessus et on perd de vue le fil, on ne le voit pas, mais il est toujours là en dessous. On reste sur l’apparence, le discontinu, mais le fil est continu. Notre pratique est d’aller au-delà des apparences pour pénétrer l’invisible.

Le fil est ce qui nous relie :  nous ne pouvons vivre que dans la relation à l’Autre, il n’y a pas de séparation, et en cela, la pièce de tissu même est sans couture. Et on ne peut dire où elle commence et où elle s’arrête.

 Transmission 5

 C’est comme ça. Où commence la Demeure sans Limites ? Pas sur ce plateau ardéchois c’est sûr. Parce qu’un jour Joshin Sensei est allée vivre à Zuigakuin, parce que Moriyama Roshi avait été envoyé aux Etats-Unis et que là il avait vu que les occidentaux avaient une forte demande pour zazen et qu’il a créé Zuigakuin, mais penser que cela commence là, c’est aussi insuffisant, parce que Zuigakuin n’aurait pas pu voir le jour sans Niwa Zenji qui a donné son accord ni sans Togari Roshi qui a bâti le lieu, et vous ne trouverez jamais de cause première au commencement de Zuigakuin ou de la Demeure sans Limites.

             Le fil continue : parce que j’ai été envoyé au Nissodo à Nagoya, et que j’ai rencontré là bas Aoyama Roshi, et que cela a été la seconde rencontre importante de ma vie. Et ce kasaya pourtant ne commence toujours pas là. Puisque Aoyama Roshi, est entrée dans le temple  de Muryoji à l’âge de 5 ans, qu’elle a suivi la formation de nonne de l’école Sôtô au Nisodo et qu’elle en a été nommé directrice dès l’âge de 37 ans après un cursus universitaire bouddhique de plus de 10 ans. Sans début, sans fin.

        Et si je regarde la Demeure sans Limites au présent, qu’est-ce que je vois ? De la même façon, des personnes qui viennent ici, une Sangha importante faite de laïcs qui ont pour beaucoup pris Refuge et qui diffusent le Dharma à travers leurs vies. Des personnes qui soutiennent financièrement ce lieu et aussi des personnes qui restent quelques jours ou bien d’autres qui y passent une heure ou deux. Il y a tous ceux qui sont venus souvent et que l’on ne voit plus, mais là aussi ce ne sont que les apparences puisqu’ils restent toujours là, présents. Tous ceux qui ne sont jamais venus et qui pourtant nous soutiennent matériellement depuis des années, ceux qui sont morts et ceux qui ont choisi une autre Voie, tous sont là, à chaque instant.

Ce lieu n’existerait pas sans ces centaines de personnes qui se sont assises dans le zendo, qui ont bu un thé sous le cerisier, qui ont semé des haricots verts ou chanté les sutras, tous ceux qui ont ri, discuté, se sont tus.

C’est grâce à toutes ces personnes que d’autres peuvent venir aujourd’hui et que d’autres encore  viendront demain. C’est grâce à tous que la Demeure sans Limites est vivante, qu’elle irradie et continue de transmettre les enseignements du Bouddha.

C’est pourquoi ce Kashaya qu’est la Demeure sans Limites est sans début ni fin… Merci.

Okesa3Jokei Sensei

IMG_0363Il n’y a pas eu de photos prises pendant la cérémonie, mais si vous voulez voir avant, après, autour : http://urlz.fr/7jGv
La cérémonie a été enregistrée par Sagesses Bouddhistes, nous vous dirons quand elle sera programmée.

Une amie vidéaste, Martine Lancelot, a tourné ce même week end « Une journée à La Demeure sans Limites » ; ce sera mis sur YouTube à la rentrée, nous vous donnerons l’adresse.

IMG_0363Le mois prochain :

Paroles d’Enseignement de Shinzanshiki :

Aoyama Roshi

 

Dôgen et l’écologie profonde 

Pour Dôgen Zenji et les bouddhistes zen au sens large, la Voie est l’ouverture à la myriade d’êtres et de phénomènes. Chaque être certifie  ma nature ultime, mais dès que je cherche à contrôler autrui, je m’illusionne, comme nous le rappelle cet extrait du Genjôkôan :

“ Aller au-devant des dix mille dharmas dans le dessein de les expérimenter et des les éveiller est illusion. C’est lorsque les dharmas nous poursuivent et nous pratiquent qu’il y a Éveil ”.

Lorsque le moi va au devant d’autrui en s’imposant naît l’illusion qui engendre notamment les compor-tements à l’origine de la destruction de notre planète et des êtres qui la peuplent. 

D’autre part, s’éveiller ne consiste pas uniquement à apprendre d’une autre personne. Lorsque l’on s’oublie soi-même, la myriade d’êtres et de phénomènes nous renouvelle maintes et maintes fois sans cesser de nous enrichir. 

Cette régénération continue ne se réduit pas à ressentir l’unité de l’univers. 

Ainsi, les étoiles dans le ciel des Tropiques miroitent dans l’azur de mon esprit et le vent frais libère mes oreilles. De telles expériences ne sont ni philosophiques ni l’apanage de la tradition orientale. (…) Dans la pratique consistant à communier ainsi, la troisième personne – il, elle – cède la place aux je et nous. 

Ainsi, quand Dôgen Zenji affirme que l’autre n’est autre que moi-même, il inclut les montagnes, les rivières et la terre. (…)

Cette empathie profonde est une manifestation de la compassion.            

Si nous revenons une fois encore au passage suivant du Sûtra du Diamant : “ Cultiver un esprit qui ne s’appuie sur rien ”, nous comprenons que “sur rien” renvoie au tréfonds de l’expérience la plus pure, en ses qualités de repos et de paix intérieure. “Cultiver” signifie “manifester” dans le sens d’ “être ferme dans ses positions” et contenir les dix mille phénomènes. Pour le pacifiste ou l’écologiste, le message du Sûtra du Diamant serait le suivant : “Depuis ce lieu de quiétude fondamentale, agissez en tant qu’hommes et femmes de paix. Manifestez-la là où on voudrait la détruire”.

R. Aitken Roshi Extrait de «Agir zen», Editions du Relié 2003

http://www.buddhawiki.fr/bwiki/bin/view/RevuesDharma/D48A20

Quelques livres pour l’été

Livres pour cet été :

L’été sera anglophone… je n’ai pas beaucoup de livres à proposer en français, mais quand même, d’abord celui-ci, important et passionnant :
Parinirvana soutra

La toute récente traduction du Parinirvana Sutra, avec des notes et … le texte chinois !

In heaven’s RiverEn anglais, un livre sur Enku, avec photos de sculptures et poèmes waka, textes en anglais… et en japonais :
A propos du moine Enku , moine errant, artiste du 17ème siècle, le Maître contemporain Hasegawa écrit :
« Quand vous regardez le sourire des Bouddhas faits par Enku, vous êtes empli d’une joie inexplicable : vous vous sentez heureux, vous souriez à votre tour, et les personnes autour de vous se mettent à sourire… Depuis plus de 300 ans, ces Bouddhas ont aidé de nombreuses personnes, et on se recueille encore devant eux aujourd’hui, dans beaucoup de petits temples situés hors des sentiers battus… »
Enku fabriquait des Bouddhas en bois, il soignait les gens avec des herbes médicinales, il faisait tomber la pluie, aussi, pour les villageois en appelant le roi des dragons…Statue Enku

« Merveille…
le sommet des montagnes, la forêt profonde, les arbres, les herbes;
ces cèdres que je vois ici
je vais les transformer
en statues de Bouddha… »

« Joie…
je l’enveloppe
dans la manche de ma robe de moine
joie suspendue, manche pleine, pleine, pleine,
de joie ».

Et ce livre ira très bien avec Life and Death,Life and dead
Poèmes de Uchiyama Roshi, illustré avec des diverses pho- tos, dont des Bouddhas sculptés de Enku.
( Dogen Institute fait partie du Temple Sanshinji d’Okumura Roshi ).

En français, un livre érudit, une étude d’Edo, de la culture japonaise, à travers l’itinéraire spirituel d’un moine qui vendait du thé à la fois pour « se retirer du monde » et échanger avec tous ceux qui viennent dans sa boutique. Avec une étude sur l’excentricité, qui semble bien passionner l’auteur, conférencier et écrivain.Le vieil homme qui vendait du thé

« Composé sur mon fourreau à oboles :
En tout lieu j’ouvre mon échoppe à thé Une tasse vous coûtera un sou !
Toute ma vie se trouve dans celle-ci.
 Famine ? Abondance ? Le ciel décide.
Le thé infuse, chaque jour, sa plainte tel le vent dans les pins, Eveil au chemin qui relie les hommes et immortels.
A qui voudrait savoir les vraies subtilités de Lu Tong, Incline d’abord ta bourse et mets l’argent dans mon fourreau ! »

Deux publications nouvelles :
Mountains and waters sutraBoundless vows

Une traduction d’un chapitre du Shobogenzo : Sansuikyo, avec commentaires d’Okumura Roshi, et une collection d’essais de ses disciples sur la Voie du bodhisattva au 21ème siècle.

Deux livres en français que vous avez sans doute déjà :
Le livre d’Aoyama Roshi, traduit par Jokei Sensei et Akiko Murayama , « Une vie de nonne zen » éditions Sully

Et une lecture-promenade dans Maître Dogen, Genjokoan
Vous pouvez trouver les livres en anglais sur Amazon… ceux en français chez votre libraire !

Et aussi :
Osons la fraternité« Osons la fraternité, les écrivains aux côtés des migrants » éditions Philippe Rey : 30 textes d’auteurs – dont Tahar Ben Jelloun, Patrick Lamoiseau, Ananda Devi, Le Clézio, J. Rouaud… Les droits sont re- versés au Gisti : Groupe d’Information et de Soutien aux Immigrés.

HumainsPourquoi pas une BD…
Durant l’été 2017, Baudoin et Troubs sont allés à la rencontre du collectif Roya citoyenne, qui vient en aide aux migrants tentant de passer la frontière. « Humains, la Roya est un fleuve » rap- pelle que derrière les « flux migratoires », existent en fait de précieuses vies humaines.

Ce mondeProposé par Françoise : Thich Nhat Hanh nous offre sa vision saisissante du futur de notre planète. Il nous rappelle avec éloquence qu’être vivant est à la fois une bénédiction et un honneur dont nous devons être dignes…

Super hérosPour les enfants (et aussi les grands !) proposé par Françoise aussi !

Vous pouvez télécharger cette bibliographie au format pdf ici