Daishin n° 233 – Novembre 2017

nonnesLe programme :

Jôshin Sensei sera à :
– Forum Voix de Femmes, samedi 11 et dim.12
Contact et inscription : http://www.acielouvert.org
Décembre, deux retraites :
– Du 8 au 10 décembre, au Monastère de Soligny La Trappe (Normandie) :
Retraite sans portable « La porte de la liberté ».
– Du 29 décembre au 2 janvier, Retraite du Nouvel An à Upie (26) près de Valence  au Centre Valsoyo, « Vivre dans la joie ».
Renseignements et inscriptions pour les deux retraites : joshinsensei@larbredeleveil.org
Paris : samedi 18 novembre.
La Demeure sans Limites :
– Du vendredi 22 au lundi 25 décembre : Retraite de Noël sans portable,
« Quand les nuages flottent la lune voyage ; quand un bateau s’éloigne la rive bouge. Illusion, Éveil sans fin… » avec Jôkei Sensei
En-dehors des retraites, horaire habituel du temple avec Jôkei Sensei.
Uposatha : pleine lune le samedi 4 ;  lune nouvelle le samedi 18.
Rejoignez-nous pour « s’asseoir ensemble » : https://framadate.org/mghjCagxAGBtSlxo
A regarder : Calameo, ce sont de petits livres que vous pouvez voir sur votre écran. Nous en présentons un nouveau :  « Karuna : la compassion » : https://lc.cx/pFid, qui s’ajoute à  « 4 Nobles Vérités » : http://urlz.fr/5MfN et « Illumination du Bouddha » : http://urlz.fr/5MfM
Vous retrouverez ces deux derniers textes en version e-pub pour smartphone ou tablette sur notre bibliothèque numérique : https://frama.link/uxeLpheV
Et le 3ème, Karuna… bientôt !

Sommaire

-Cette vie rare et précieuse, Gelek Rimpoche
-Réciter des noms jadis oubliés : la liste des ancêtres féminines du zen – Myoan Grace Schireson
-Danse, Miranda Arocha Smith
-En vrac

 

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क्षण En vrac

Viens,
allons voir les véritables fleurs
de ce monde de souffrance
Bassho

basshoBassho est mort pendant l’automne 1694… Dire ce monde, dire ces instants fugitifs, rencontrer avec courage chaque chose qui se présente, et nous emmener avec lui « Viens… » pour partager, partager encore cette vie si humaine qui comprend la beauté des fleurs et la souffrance, nos vies de joies et de déchirements – et sourire.

« Petite pluie froide,
je n’ai pas de chapeau – et alors ?»

Jôshin Sensei

क्षण haikus extraits de :  https://www.poetrysociety.org/psa/poetry/crossroads/old_school/basho/

क्षण Danse

calligraphieC’est une danse : l’espace entre mes pas alors que je marche lentement vers la salle des cérémonies.
Talon-pointe, talon-pointe, gratouillis de la moquette rouge (c’est peut-être un peu romantique).
Une goutte de pluie trouve mon épaule, frappant comme un silex frappe un coeur tendre. Un temps pour la pause ? Abandonner. Un point frais sur ma joue, une goutte de pluie.
La pratique de l’attente. Chaque matin à 5h45, je fais la queue devant le zendo, les mains au chaud, attendant déjà ma respiration, comme si je cherchais sérieusement des lucioles : une, deux, trois.
Au petit-déjeuner, le voyage entre le bout de mes doigts et la peau nacrée, collante de l’œuf dur.
La méditation : une laisse autour du cou d’un éléphant sauvage, furieux. Remarquer les espaces, nous rappellent les monastiques. Ils disent souvent cela, comme une mélodie jouée par plusieurs instruments.
Les espaces dans les pensées. Avec la pratique, ils s’agrandiront  et se produiront plus souvent.
La pensée ralentit. L’esprit est une flaque d’eau aux pierres couleur arc-en-ciel.
Remarquez les espaces, mais laissez-les partir, continuez :   l’esprit met ses affaires au mont-de-piété, sans fin.

Miranda Arocha Smith   

Traduction : Jôshin Sensei  

क्षण    https://bulletin.hds.harvard.edu/articles/winterspring2016/two-poems-from-abbey

क्षण Réciter des noms jadis oubliés : la liste des ancêtres féminines du zen

Un mouvement s’est créé, presque sans bruit, qui refonde notre compréhension du lignage et de l’histoire du zen. Il nous remémore aujourd’hui les noms oubliés, et les voix des femmes de notre tradition. En octobre 2010, l’Association du Bouddhisme Zen Soto, un groupement d’enseignants américains, a approuvé un document rendant hommage aux ancêtres féminines de la tradition zen. Il s’agit d’une décision historique.
Après plusieurs années de débats et de recherches académiques, des ancêtres féminines indiennes, chinoises et japonaises, sur 2 500 ans, ont été réintégrées dans le cursus, les rituels et la pratique proposés aux étudiants occidentaux du zen.

Depuis des siècles, la récitation et l’étude des « patriarches » sont des pratiques importantes du zen. Les étudiants occidentaux ont suivi, récitant les noms des ancêtres masculins dans de nombreux rituels, des cérémonies du matin aux ordinations de laïcs et de prêtres, sans compter, bien sûr, les cérémonies de transmission du Dharma, dans le cadre desquelles un(e) enseignant(e) certifie un(e) disciple. En honorant nos ancêtres, et en nous reliant à eux, nous célébrons le caractère intime, la continuité et l’authenticité de la pratique.
Ce lignage, notre arbre généalogique, aide les pratiquants du zen  à entrer en contact avec des enseignements essentiels en apprenant les noms et les histoires d’enseignants inspirants du passé. À un niveau plus profond, nous permettons ainsi à leurs enseignements d’influencer nos vies quotidiennes.

Et au niveau le plus profond, nous faisons l’expérience de l’amour et de l’énergie que le soutien de ces ancêtres nous apporte dans notre pratique.

Recenser les ancêtres féminines est un phénomène récent dans le zen et, à mon sens, essentiel à l’épanouissement plein et entier d’un bouddhisme zen occidental. Les femmes représentent désormais environ la moitié des enseignants bouddhistes en Occident, et cette reconnaissance des ancêtres femmes est un grand pas vers un bouddhisme davantage ancré dans la réalité de la vie occidentale.

La liste des ancêtres féminines est un témoignage de la contribution des femmes du passé à la tradition, contribution qui remonte aux origines du bouddhisme indien. Par leur participation, par engagement envers le Dharma, elles nous donnent à voir comment la persévérance et les moyens habiles finissent par faire changer les choses.

L’étude des formes qu’ont pris ces changements et l’innovation dans la pratique du zen, montre que, même lorsque la présence des femmes était strictement interdite dans les monastères, elles parvenaient à y pénétrer, à y pratiquer et à y revêtir des fonctions d’enseignement grâce au soutien indéfectible d’hommes – qu’il s’agisse de maîtres zen éveillés ou d’autres moines.

La disponibilité de lieux destinés aux moniales zen, et la vitalité de ceux-ci, ont connu des hauts et des bas tout au long de l’histoire du bouddhisme. Les ancêtres féminines n’ont pu survivre que parce que des maîtres zen hommes ont brisé les règles et leur ont permis de rejoindre les monastères d’hommes.
rengetsuEn autorisant des femmes à pratiquer aux côtés des hommes, ces maîtres risquaient la censure et des troubles dans leurs propres monastères, mais cela ne les a pas empêchés de le faire.
Tirant des leçons de l’histoire, celles et ceux d’entre nous qui ont participé à la création de cette liste d’ancêtres femmes ont compris qu’il leur faudrait s’adjoindre le soutien d’enseignants zen masculins influents. Raison pour laquelle nous avons fait une concession vis-à-vis des plus traditionalistes d’entre nous et avons appelé notre document « liste des ancêtres féminines », plutôt que « lignage féminin ».

Ce nouveau document se distingue ainsi du lignage zen sôtô établi de longue date.

Il reste facultatif, mais nous sommes néanmoins libres de l’utiliser dans les mêmes contextes que le lignage traditionnel.

Nos ancêtres féminines ont laissé leurs foyers derrière elles pour entrer dans les rigueurs de la pratique monastique.
Rarement reconnues, elles ne recevaient pas non plus l’aide financière octroyée à leurs homologues masculins.
Elles survivaient en se serrant les coudes, venant en aide à leurs communautés au travers de cliniques et d’écoles en échange de dons matériels.
L’enseignement de ces femmes était généralement différent de celui des grands maîtres, qui vivaient dans des lieux reculés et exhortaient à transcender tous les attachements du monde. Les femmes exprimaient leur humanité et leur désir de donner corps à leurs vœux dans la vie quotidienne – même lorsqu’elles vivaient avec des attachements mondains.
Le poème « Nonne contemplant les couleurs profondes de l’automne », de la nonne japonaise Rengetsu, livre un exemple éclairant du sentiment qui se retrouve dans la pratique de ces femmes :

Vêtue de robes noires
Je ne devrais avoir aucune attirance
Pour les formes et les effluves  de ce monde.
Mais comment respecter mes vœux
Lorsque je contemple l’écarlate dont se parent aujourd’hui les feuilles de l’érable ?

Myoan Grace Schireson
Traduction : Françoise  (1ère partie, suite le mois prochain)

क्षण  https://www.lionsroar.com/chanting-names-once-forgotten/

क्षण  https://alokavihara.org/teaching/chanting/ : Pour entendre des nonnes chanter en pâli.

Très belle biographie et photos des oeuvres de Rengetsu :

क्षण   https://alestdufleuve.wordpress.com/2015/07/13/otagaki-rengetsu-1791-1875-femme-poete-et-ceramiste/

क्षण Cette vie rare et précieuse

nonnesTous les êtres humains moi y compris, ont traversé des hauts et des bas sans cesse, vie après vie, expérimentant les souffrances du samsara. La raison pour laquelle nous avons toujours tant de problèmes est que nous n’avons pas rempli la mission de notre vie.
Quelle est-elle ?
D’abord nous désirons tous la paix et le bonheur, et nous voulons être libres de douleur et de souffrance.
Mais bien que nous fassions ici et là l’expérience du bonheur, ce n’est pas le genre de bonheur qui n’a jamais connu la souffrance. En fait pour la plupart d’entre nous, c’est le genre de bonheur basé sur la souffrance.

Nous mettons beaucoup d’effort à avoir une vie matérielle confortable, et par là-dessus nous voulons le confort mental et spirituel.

Mais même si nous pensons que nous travaillons pour un bénéfice spirituel, en creusant un peu, nous voyons que ce n’est qu’attachement –  l’attachement à nous procurer un état de confort matériel, ou spirituel, ou émotionnel.
Le confort que nous cherchons en général est un confort temporaire. Nous ne nous sommes pas tournés vraiment vers la racine de la souffrance, nous n’avons pas développé la vraie cause de bonheur. Comprenant cela, et en y réfléchissant, en méditant là-dessus, nous commençons à voir la vraie nature de la souffrance et la fin de la souffrance. A partir de là, nous pouvons prendre la décision de chercher la paix véritable, le nirvana, ce qui signifie rendre libres nous-mêmes et les autres une fois pour toutes de la souffrance et de ses causes.
encensPourquoi n’avons nous pas encore été capables de cela ? Pourquoi n’avons-nous pas rempli notre mission ?  Nous n’avons pas encore réalisé à quel point cette vie est importante. Nous n’avons pas encore réalisé les capacités illimitées de ce corps et de cet esprit humain, ni comme ils sont difficiles à trouver. Nous n’avons pas un sens de l’urgence parce que nous ne comprenons pas à quel point il est facile de perdre cette vie humaine. Au contraire, nous nous occupons en courant après le bonheur et en fuyant la souffrance vie après vie.

Beaucoup d’entre nous se plaignent : « Je n’ai pas le temps ». Moi, j’appelle ça une excuse fantaisiste et élégante : tout le monde aime dire : « Je suis trop occupé » parce que tout le monde veut avoir l’air important. C’est une excuse géniale qui offre plein de bénéfices : vous pouvez éviter ce que vous ne voulez pas faire ; vous avez l’impression d’être quelqu’un d’important, et puisque toutes les personnes importantes sont comme ça, vous pouvez en devenir une aussi.

Reconnaître nos vraies priorités

J’appelle cela la paresse occupée. Elle est là parce que nous avons un problème pour reconnaitre nos vraies priorités. Même si nous avons le temps, nous faisons traîner en longueur la chose la plus importante de notre vie – notre développement spirituel. Notre paresse correspond bien à ce sens dessus-dessous de nos priorités. Parce que nous vivons à une époque où nous devons payer pour chaque petite chose dont nous avons besoin, ce sens de l’urgence est devenu monétaire. Si nous ne payons pas nos factures, même l’électricité et l’eau peuvent nous être coupés.

En tant que pratiquants spirituels, nous devons équilibrer nos priorités. C’est à dire trouver l‘équilibre entre les besoins de cette vie-ci et nos buts spirituels à long terme. Payer nos factures, prendre soin de notre famille et de nos amis et faire de notre travail spirituel une priorité.
guimetPour cela, nous devons être convaincus que notre vie est importante. Nous savons que notre vie est précieuse mais au jour le jour nous avons tendance à la prendre pour quelque chose d’évident.  Nous sommes occupés à répondre à des demandes urgentes qui se succèdent et cela nous fait croire que nous nous occupons de tout. Mais la vérité est que nous ne voulons même pas changer nos priorités. Nous pensons que nous réussirons à coincer à la dernière minute une espèce de développement spirituel. Vous qui avez une pratique régulière, est-ce que vous ne la placez au dernier moment,  en toute fin de journée ?

Est-ce que vous ne la faites pas un peu vite, comme une corvée dont il faudrait se débarrasser ?

Mais le Bouddha nous dit que nous ne pourrons jamais utiliser la richesse de la vie humaine si nous ne voyons pas à quel point elle est rare et précieuse.  (…)

Choisir notre but.

La vie humaine, grâce aux potentialités infinies de notre esprit, est capable de produire le résultat que nous avons choisi : si votre but est d’être riche, la vie humaine est capable de vous donner cela ; si vous voulez devenir célèbre, votre vie vous en rend capable. C’est vrai pour tout ce que vous choisissez. Que vous soyez satisfait ou non des résultats, c’est autre chose. Si vous voulez être complètement illuminé, si votre but spirituel ultime est l’illumination, alors la vie est capable de vous donner cela. De notre point de vue, nous pouvons échouer, mais ce n’est pas parce que notre vie humaine manque de la capacité pour l’illumination complète. C’est juste parce que nous n’avons pas su en profiter au mieux.
Mais comprendre cela ne vient pas juste en écoutant les enseignements ; nous devons méditer là-dessus pour que cela devienne une partie de notre vie et s’inclut dans notre façon de penser, influençant nos actions et modelant notre personnalité. Si nous ne méditons pas, ce n’est qu’une information. Si nous méditons et incorporons cette connaissance à notre vie, alors cela devient une qualité intérieure. Voilà la différence. Nous devons remplir notre mission tant que nous en avons le temps et les moyens.

Pour cela il nous faut une connexion avec les enseignants et avec l’enseignement que les éveillés ont partagé. En pratiquant chaque jour, nous devrions atteindre l’illumination rapidement.
Si cela prend trois minutes, que ce soit trois minutes ; si cela prend trois ans, que ce soit trois ans ; mais n’attendons pas trois vies.
Gelek Rimpoche                    

Traduction : Jôshin Sensei BuddhaDharma Summer 2017

tete-arbrePrendre ce texte, s’asseoir avec, et en peser chaque question qu’il pose…
Quelles sont nos priorités ?
Que voulons-nous vraiment faire de notre vie ?
La pratique entre-t-elle dans notre vie, ou est-elle vraiment une partie de notre vie…  
A garder pour réfléchir à notre vie.
          

   Jôshin Sensei

Le premier précepte

thich-nath-hanh

Le 1er précepte

«  Je suis déterminé à ne pas tuer,
à ne pas laisser les autres tuer,
à ne soutenir aucun acte de tuerie dans le monde.
Nous devrions consommer de façon telle que cela aide à réduire la souffrance des êtres.
De cette façon, nous préservons la compassion dans nos cœurs.

Thich Nath Hanh

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Daishin n°232 – Octobre 2017

Suite de :  Manger quoi ? Manger comment ?temple-Baekyangsa
non-violence
La vie d’une nonne coréenne qui a choisi le jardin comme salle de méditation, et la cuisine comme pratique : « Communiquer avec les êtres sensibles à travers la nourriture ».
Vos réflexions sur la façon de se nourrir :  pourquoi, comment être végétarien dans le monde ? Chez soi, au travail, avec des amis…  Les réponses de pratiquants de la Sangha.
Jôshin Sensei sera à :
– Annecy : samedi 7 journée et soirée – « Le lâcher-prise, qu’est-ce que c’est ? »
–  Paris : samedi 14
–  Aix en Provence: samedi 21 journée,  zazen et enseignements.
La Demeure sans Limites :
– Bodhidharma : jeudi 5 octobre
– Atelier de Calligraphie avec Akiko Murayama :  du vendredi 27 au dimanche 30, « Tracer avec tout son corps ». En dehors des retraites, horaire habituel du temple avec Jôkei Sensei.
Uposatha : Et toujours « S’asseoir ensemble », c’est d’importance, il me semble, dans ce monde difficile de nous tourner « ensemble » vers la lumière, tout en continuant au jour le jour à avancer sur notre chemin, reliés à tous et à tout par le fil doré de la sympathie et de la compassion…
Pour nous rejoindre : https://framadate.org/z8ofCPckOyM4EuEA
Sommaire  : Suite de :  Manger quoi ? Manger comment ?
Prochain numéro : Une réflexion de Gelek Rinpoche sur « Cette vie rare et précieuse » et le début de biographies de nonnes et femmes ancêtres des nonnes et pratiquants d’aujourd’hui.

Anniversaire de Bodhidharma, le 5 octobre

«Daruma-san», comme on l’appelle au Japon est souvent représenté sous la forme d’un petit bonhomme rouge et c’est un talisman porte-bonheur associé aux temples et aux sanctuaires. En effet, la légende dit que peu importe le nombre de fois où il tombe, il se relève toujours.

Dans les endroits où l’on cultivait le vers à soie, on avait l’habitude de peindre un oeil de ce Daruma au printemps, et l’autre en automne, si les vers produisaient beaucoup de fils
de soie.
bodhidharma

L’inspirateur de Daruma San est Bodaidaruma (Bodhidharma), le premier des patriarches du Zen en Chine de l’Ecole Soto. Il est, dit-on, resté assis sans bouger devant un mur pendant 9 ans, et mourut, ou plus exactement disparut à l’âge vénérable de 150 ans.

C’était un 5 octobre, et depuis on le commémore à cette date. Le début d’automne est la période des moissons, outre celle des fils de soie, et c’est pourquoi on lui exprime notre gratitude pour la récolte, et on le prie pour une bonne récolte l’année suivante. Et on fait aussi le vœu que tous ceux qui participent à cette cérémonie aient une longue vie plaisante.
Sur le même site, une B.D. en français : http://global.sotozen-net.or.jp/fre/library/comics/dharuma/

Communiquer avec les êtres sensibles à travers la nourriture : un petit temple en Corée

Des grands chefs célèbres disent que la nourriture la plus délicieuse n’est pas préparée dans les grands restaurants, mais par une nonne bouddhiste, Jeong Kwan, dans le petit temple Baekyangsa caché au sud de Séoul.
thé-fleurs de lotusElle appelle son jardin potager un « terrain de jeu » et y laisse les insectes s’y régaler – ou en tout cas ne fait rien pour les en dissuader. C’est l’esprit d’équanimité de sa pratique spirituelle. C’est pourquoi le jardin n’est pas « joli », explique-t-elle. ce potager semble se fondre dans la nature environnante, sans limites précises, et être ouvert à toutes sortes d’animaux.

Cela fait trois jours que je suis ici, que je dors dans le dortoir des visiteurs, que je me lève à trois heures pour entendre les chants des nonnes, et saluer avec elles le soleil levant. J’écoute aussi  avec intérêt le dialogue entre Jeong Kwan et un autre invité, un chef français qui tient un grand restaurant à New York, qui est là pour la deuxième fois, pour la pratique du bouddhisme et pour goûter la cuisine du temple !

potager-templeNous allons ce matin ensemble au jardin. Jeong Kwan s’attendrit devant les fleurs de potimarrons, les poivrons verts et les aubergines, et me montre comment récolter les feuilles de shisso (perilla) et de menthe, tout doucement, en les pinçant entre le pouce et l’index    tout en tenant fermement la tige.      Et elle m’encourage à les respirer, à  m’emplir de leur délicat parfum.
Kwan Ni pense que la meilleure cuisine, celle qui est à la fois bonne pour nos corps et délicieuse à nos palais, naît de l’intimité que nous tissons avec les fruits et les légumes, les herbes et les graines, les champignons et les haricots. Pour elle, il ne doit pas y avoir de distance entre la personne qui cuisine et ses ingrédients. « Je deviens le concombre, et le concombre devient moi. Parce que je l’ai fait pousser, et je l’ai nourri de mon énergie ».

Elle considère la pluie et le soleil, l’humus et les graines comme faisant partie de ses aides de cuisine.

Elle résume tout cela, d’une phrase à la fois extrêmement simple et infiniment complexe :
« Laissons la nature prendre soin d’elle ».

Elle n’a jamais écrit de livre de cuisine, ni visité les grands chefs, et son nom n’apparaît pas dans les guides. Mais elle est une représentante de la tradition de la cuisine des temples, qui coule comme une rivière souterraine à travers la culture coréenne.  Depuis des siècles, une cuisine de raffinement et de beauté qui utilise tout ce qui pousse autour. Faire fermenter, déshydrater, cuisiner avec les saisons, cueillir, tout ce que nous découvrons existe ici à travers des millénaires d’expertise.

J’ignorais tout cela quand je la rencontrai pour la première fois, invité pour un repas privé dans le restaurant de New York. Mes expériences précédentes avec la cuisine monastique comprenaient des soupes aux haricots et poireaux bouillis jusqu’à disparaître.

plat-racines-lotusIl me semblait que dans un monastère le goût était un élément inutile, et la beauté une distraction, mais le repas qu’elle avait préparé me fit mesurer l’étendue de mon ignorance, et me rendit euphorique. Voilà des assiettes si élégantes qu’on aurait pu les servir dans les meilleurs quatre-étoiles, et des saveurs si légères qui pourtant laissaient comme des sentiers vaporeux sur la langue. Et tout était végétarien, même végan.

La cuisine de temple en Corée est basée sur un principe, qui n’aurait pas de sens pour un chef ordinaire : elle ne doit pas vous rendre avide. Vous voyez la façon dont vous pouvez saliver pour une part de  pizza : pas de ça ici. Cette cuisine  est faite pour provoquer une autre réaction, qui se rapporte au concept bouddhiste de non-attachement : vous pouvez vous régaler quand vous mangez, oui, mais quand c’est fini vous ne devriez pas avoir envie de vous en bourrez encore et encore.

Cette cuisine est toute en délicatesse : vous terminez en vous sentant   à la fois rassasié et léger. Vous la consommez comme une source de clarté à la fois physique et mentale, comme un  point de départ pour la méditation.

Il y a en Corée même de plus en plus de nostalgie pour les anciennes façons de faire ; on voit la cuisine de temple disparaître, faible écho du passé devant l’occidentalisation du goût. Cette redécouverte, dans un monde qui sera peut-être un jour végan, n’est-elle pas une raison de se réjouir ?

temple-Baekyangsa2Quatre heures de routes qui tournent pour arriver au monastère, loin du bruit et de la pollution de Séoul,  un lieu où même pendant la vague  de canicule, l’ombre des grands arbres garde une atmosphère fraîche, un de ces lieux où quand vous respirez profondément, vous sentez le parfum sous-jacent des fleurs, et votre coeur se calme. le monastère lui-même est modeste, un ensemble de constructions traditionnelles avec des allées de gravier, et des bosquets de chênes et d’érables tout autour.

Marchez un peu, et vous arrivez dans la forêt. Si le centre du monastère, Baekyangsa, a un côté un peu touristique : bâtiment en bois du 7ème siècle, statues de Bouddhas dorées, cloche gigantesque et tambour énorme utilisé pour réveiller les 58 moines qui vivent là, le coin des nonnes donne lui un léger sentiment d’abandon, comme un lieu de vacances à la fin de l’été.
Peu après notre arrivée, c’est le déjeuner, et ce sera le premier d’une série de repas qui vont nous laisser stupéfaits et éblouis.
Nous mangeons des tranches de poires (nashi) glacées de sauce au citron vert, des herbes marinées, des raviolis maison et des champignons farcis au tofu piquant, du riz qui a pris la couleur dorée des graines de gardénia. Nous nous régalons de kimchee qui a mariné dans un trou dans la terre pendant des mois, et de kimchee d’été juste cuisiné avec du chou, des radis et des cuillerées de sel.

Kwan Ni râpe devant nous les pommes de terre pour faire des pancakes, et elle les assaisonne de feuilles de menthe juste cueillies.
Le riz, enveloppé dans des feuilles de lotus, est cuit dans des racines de bambou bouillies dans un grand chaudron. Avant de le cuire, elle place au-dessus du riz soit 3 haricots, pour les Trois Trésors, soit  5 qui représentent les 5 préceptes.
repasNous regardons comment elle s’appuie sur l’alchimie de la fumée et de la vapeur, de la terre et de l’eau, des bactéries et de l’air, et nous apprenons qu’elle aime aussi préparer des boissons, strictement non-alcoolisées bien sûr.
Chaque fois que nous la rencontrons, elle nous offre une tasse de quelque chose : un sirop couleur potimarron avec des  crackers de riz, ou un exquis thé aux fleurs de lotus, qui, nous dit-on, symbolise l’Illumination du Bouddha.

Si vous vous promenez dans les jardins du monastère, il est clair que  Jeong Kwan dispose d’un autre ingrédient dont les chefs parlent peu : la durée.
On dirait que pour elle cuisiner est comme un jeu infini. Elle aime mélanger ce qui est frais cueilli et ce qui a patiemment mariné. Elle garde en plein air dans un coin juste au-dessus de son potager des pots et des jarres en terre qui bourdonnent d’une activité invisible. Ce sont ses armes secrètes : des condiments comme la sauce de soja, le doenjang (la pâte de haricots), le gochujang (la pâte de chili) qui ont fermenté et changé petit à petit, certains pour des années.

Elle attrape une cuillère, ouvre un pot en céramique et me fait goûter une sauce de soja qui a passé une dizaine d’années à devenir délicieuse. Juste devant sa porte, il y a un citrus, d’au moins 500 ans. Le fruit est un taengja, une orange amère dont elle utilise le jus dans sa cuisine.

jeong-kwanQuand elle parle de jeu infini, elle suggère que, selon sa croyance bouddhique en la réincarnation,  il est possible qu’elle ait été déjà profondément engagée dans cet art de la cuisine avant d’arriver à la vie qu’elle « habite » à présent.

Elle a grandi dans une ferme, et à l’âge de sept ans elle savait couper les pâtes de soba.
Elle dit qu’elle s’est sentie libre la première fois où elle est entrée       dans un temple, et à 17 ans elle s’est enfuie de la ferme.
Deux ans plus tard, elle était ordonnée dans l’École du Zen. Avant peu, elle réalisait qu’elle était destinée à faire connaître le Dharma en « communiquant avec les êtres sensibles à travers la nourriture »,  dit-elle.

Le paradoxe est que son audience est limitée : il y a deux autres nonnes qui vivent avec elle à l’ermitage de Chunjinam ; elle cuisine aussi parfois pour les moines, et parfois pour les visiteurs. Et cela semble bien une idée typique du Zen : que l’on puisse trouver l’un des meilleurs chefs du monde préparant ses repas dans le silence et la solitude, ramassant des feuilles de menthe dans son jardin,  le tout à des années-lumière du luxe et des égos de la gastronomie.sampai
Mais elle semble savoir que l’énergie positive a sa façon bien à elle de s’échapper vers le monde extérieur.  Un jour, après une visite du temple, elle m’emmena vers un petit pont qui traverse le ruisseau, et toucha son oreille de la main. Elle voulait que j’écoute. Alors nous avons écouté. Nous sommes restés là près de l’eau quelques minutes, écoutant le chant du courant. Alors elle a souri- c’était comme un rayon de lumière, et elle a pointé du doigt le ruisseau, et a dit un seul mot en anglais en me regardant : « Orchestre ».

Jeff Gordinier
Photos :  Jackie Nickerson
Traduction : Jôshin Sensei

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Notre fille nous a recommandé un épisode d’une série sur la cuisine qui présente une nonne coréenne : Jeong Kwan.
Celle-ci a été invitée il y a deux ans par un grand chef français à New York . On la voit dans son temple cuisiner, jardiner… elle parle de sa pratique, pour les autres, de comment elle est devenue nonne.
Le journaliste explique comment ce repas et cette rencontre à New York ont transformé sa vie. C’est vraiment très bien.

Pour voir la vidéo il faut être abonné à Netflix et voilà un lien vers un article du New-York Times.

https://mobile.nytimes.com/2015/10/16/t-magazine/jeong-kwan-the-philosopher-chef.html
Voilà également un lien vers une interview d’elle :
https://youtu.be/LQiX4M07Kao (cliquer sur le logo des sous-titres en bas pour activer le sous-titrage en anglais : sous-titres-YT)

J’ai apprécié la façon très simple et très claire dont elle parlait de son entrée dans la vie monastique, de ce qui s’était passé avec sa famille à ce moment-là …
Anne

Article complet (proposé par Françoise) : https://www.nytimes.com/2015/10/16/t-magazine/jeong-kwan-the-philosopher-chef.html?_r=0