Questions / Réponses :

1 – Est-ce que  votre engagement dans  La Voie du Bouddha a changé votre approche  de Noël ?

dc.shambala

– Oui. Mon engagement dans la Voie du Bouddha a rendu mon approche beaucoup plus sereine grâce à. ma possibilité de relativiser et de transformer mon attente en une attitude de compassion ou une recherche de compréhension
– Mon engagement bouddhiste n’a pas fondamentalement changé mon approche de Noël.
Le vrai changement a eu lieu quand la religion catholique dans laquelle j’ai été élevée n’a plus eu de sens pour moi. Tristesse de perdre l’espérance de Noël,  si « Gloire a Dieu au plus haut des cieux » n’a plus cours, comment dire « Paix sur    la terre aux hommes de bonne volonté » ?  La solution a été de prendre pour seul objectif le bonheur  de mes enfants, de mon mari,   de mes parents…
– L’engagement bouddhiste a renforcé, affiné et étendu cette position. Je veux me réjouir avec ceux qui se réjouissent. J’aime bien l’idée que le salut puisse venir de l’enfant le plus démuni au rebours de l’échelle des valeurs en cours.
– Oui, l’engagement dans La  Voie du Bouddha a apporté  des changements pour moi et   en apporte encore à Noël. Sans culture religieuse autre   que des lectures, on fêtait Noël dans ma famille, sans trop d’explications, occasion de retrouvailles familiales, de   repas jolis et savoureux, d’un cadeau à chaque enfant.
Souvenirs de lumières des bougies dans l’obscurité, de douceur.  J’ai reproduit cette occasion de plaisir partagé avec ma propre famille.

– J’essaye de vivre, comprendre  et participer à cet évènement chrétien.

1 a. Avez-vous fait des changements matériels ?

gokuroki mukashi copie-Une meilleure attention/compréhension dans mes gestes instinctifs ou de tentations devant des offres séduisantes pour offrir !
-Je dirais que cela a renforcé ce que je ressens depuis mon adolescence.  A cette période, en famille,  on avait décidé de limiter vraiment les cadeaux, la consommation… Depuis, cela reste un moment de partage, mais dans la sobriété.
-Je crois que même avant de pratiquer le bouddhisme je n’avais ni une compréhension ni une approche de Noël claire et engagée. Je n’ai pas grandi dans une ambiance religieuse.  Par contre, plus les années passent, plus je suis dégoûtée par l’aspect mercantile de cette fête, qui est censée être une fête de lumière et en lien avec le solstice d’hiver, moment où les journées s’accroissent nouveau.
– Je ressens plus de détachement envers l’« obligation rituelle » concernant les excès de table, et la possibilité de revendiquer une recherche de végétarisme et d’abstinence d’alcool.
Depuis mes 18 ans, je me suis distancée du christianisme, notamment en raison de tout ce que je ressentais comme paradoxal et contradictoire entre ce qu’on prêchait et disait dans les messes et la pratique des croyants et de certains prêtes. Un des paradoxes, c’était Noël avec une surconsommation grandissante, un excès de nourriture, beaucoup de gaspillage et un éloignement de ce qu’à mon avis devrait être l’esprit de Noël. Mais en vivant en Europe, depuis plus de 30 ans, j’ai pu vivre un autre Noël avec ma petite famille et certains ami(e)s en partageant un repas simple et en diminuant, voire en abolissant les cadeaux.

dc.shambala

– Ayant eu une éducation catholique, cette fête était l’occasion lorsque j’étais enfant de suivre cette tradition, écouter des chants de Noël, installer une crèche, etc. C’était un moment familial, avec les grands-parents. Au fil des ans nous essayons que ce soit le plus simple possible, mais je supporte de moins en moins le côté commercial qui y est associé. Cela reste pour nous un moment familial, surtout avec les petits-enfants et les enfants. C’est important pour eux que nous nous retrouvions, et qu’il   y ait des cadeaux.

-Avec mon compagnon, nous essayons que ce moment soit un moment de partage, qu’il n’y ait pas de gâchis, par de petites actions, comme par exemple l’emballage « zéro déchet » et que les cadeaux ne soient pas des cadeaux « gadget ».
Nous prenons un petit sapin dans notre forêt, et nous réutilisons les décorations d’une année sur l’autre. Pour les repas, nous essayons aussi à la fois de respecter leurs goûts, de proposer des plats différents plus festifs, mais sans démesure. Notre fille est végétarienne comme nous et nos petits-enfants le savent et nous posent souvent des questions là-dessus.
Je pense que en tant que bouddhiste, il y a une attention à porter pour que cette période se passe sans conflit familial, sans excès dans tous les domaines (décorations, éclairage, nourriture, boisson, …) Je ne suis pas spécialement en attente de ce moment, mais je suis contente de rendre mes enfants et petits-enfants heureux.
-Pas grand chose. C’est toujours une occasion de réunir la famille proche, d’échanger les cadeaux. Je fais juste attention à l’alcool pour respecter les préceptes.

1.b  Quelle est votre compréhension de Noël   en tant que bouddhiste ?

gokuroki mukashi copie

– Renouvellement, renaissance,  retour de la lumière

– C’est un temps de partage, un temps    où je me sens davantage reliée, un temps de recueillement aussi, un temps pour prendre soin de ceux qui m’entourent.

– Une fête de lumière,  « d’arrêt », de réunion entre amis, famille, un jour où personne ne devrait avoir faim, être seul-e, avoir froid, un moment de solidarité, de don.

– On voit mieux le sens du « donner-recevoir » (même si l’idée de « cadeaux de Noël » n’existe pas à ma connaissance dans la tradition chrétienne originelle et ne fut créée qu’avec l’avènement du « Dieu moderne » de l’Occident :  le commerce !). C’est néanmoins l’occasion si on le souhaite de revisiter le sens du « don ».

– C’est une fête de la naissance de Jésus, au même titre (pour moi) qu’on fête la naissance et  la mort de Bouddha.  Un moment de gratitude et  de remerciement pour tout ce  qu’ils nous ont transmis, en ouvrant nos consciences, nous aidant à  poser un autre regard sur nous et le monde.

– Je n’ai pas vraiment une  vision « bouddhiste » de ce  jour-là. Pour moi, Noël a toujours représenté la fête de la célébration de la naissance du Christ (j’assiste d’ailleurs à la messe du 24 décembre dans     la communauté de l’Arche,  car mon fils est accueilli dans  un foyer de l’Arche, communauté catholique pratiquante) et nous l’accompagnons lors de cette célébration.

dc.shambala

-Je vois l’homme Jésus, non comme le fils de Dieu (auquel je ne crois pas), mais comme une figure de l’aspect divin de tout homme.
Il est une lumière apparue dans le monde humain tout comme le Bouddha et son enseignement est la lampe qui nous éclaire et nous délivre de l’ignorance.
La Nature de Bouddha est pour moi également cet aspect « divin » de l’être humain.
Bouddha n’est pas Dieu mais en tant que bouddhistes, nous sommes « fils de Bouddha », comme Jésus, le Christ est « fils de Dieu ». Dieu, pour moi, n’étant pas un être créateur, dirigeant la vie des hommes mais une figure symbolique qui nous oriente vers la nature divine inhérente à la condition humaine (cf. l’épisode de Nicodème dans l’évangile avec l’évocation de la deuxième naissance).

– Noël une célébration religieuse pour les chrétiens ou l’occasion d’une fête tout simplement !
– Pour le Noël chrétien, j’essaye de bien comprendre ce que cela représente pour les chrétiens, sachant que, en tant que breton, nourri des traditions celtiques, je sais que la date (proche du solstice), le sapin sans doute aussi, sont en Europe occidentale, la christianisation d’un fait religieux d’avant le christianisme.
Pour le Noël de la consommation, en tant que bouddhiste, c’est une occasion de s’interroger sur l’avidité, en soi, chez les autres, et aussi de se mettre dans metta  (Il y a tous ceux qui ne reçoivent pas de cadeaux à Noël, qui sont dans la rue, très pauvres, etc).  Mon père nous racontait toujours que dans son enfance, il n’avait droit qu’à une orange.

– A travers le message du Christ, sans faire de syncrétisme, c’est une occasion de se remémorer les trois poisons, les paramitas, les préceptes.

– C’est une incitation à la surconsommation ! Avec l’exploitation des personnes -voire des enfants- (pour vendre à bas prix !) souvent à l’étranger et vivant dans la misère !!! Sans oublier le gaspillage énergétique que l’objet à vendre génère !
Je garde un certain recul dans mon regard quant au nécessaire, au vital, à l’équitable ! C’est aussi un moment de respect envers les personnes pour qui la fête de noël est un temps religieux et spirituel, comme pour nous, en tant que bouddhistes, l’éveil du Bouddha et son enseignement.  Voilà une nourriture spirituelle qui m’apprend comment je suis relié(e) à tous les êtres et à l’univers.

gokuroki mukashi copie

– C’est un moment pour l’observation des trois poisons, et la recherche d’antidote avec l’aide des préceptes :
Effort pour réserver les cadeaux aux enfants, peu   et « éthiques » – mais maintenant, avec les petits-enfants, cela passe un peu inaperçu dans l’avalanche des cadeaux « commandés » au Père Noël. …
A propos de Père Noël, le respect du 4ème précepte (Ne pas mentir) a été possible avec mes enfants, mais choque dans la position de grand-mère (comment faites-vous ?). Peut-être que ma colère devant l’exploitation de la crédulité des petits pour vendre un maximum,  le mensonge organisé, le conditionnement à l’avidité… n’est pas calmée. Occasion de parler d’avidité, de pauvreté.
Élimination progressive des  toxiques (alcool) et de la viande, poisson, coquillages, aux repas. Si de bonnes choses sont au menu, ça va, et c’est juste…  très joyeux !

– Noël est généralement associé à une abondance de mets, de boissons, de cadeaux. Abondance, surabondance et débordements. Je pense que nous essayons de préparer de la nourriture qui fasse plaisir aux personnes présentes mais sans chercher « le repas sans fin (faim ?) ». Pour la boisson, il y a un peu d’alcool pour les convives, sans plus. Nous-mêmes en consommons très très peu.  Cadeaux, trouver ce qui fait plaisir à la personne sans spectaculaire.   L’année dernière nous avions commencé à remplacer les papiers cadeaux par des furoshiki réutilisables, j’ai trouvé cette idée très  bonne. Habituellement,    on finit la  soirée avec une poubelle pleine de « beaux papiers » froissés, déchirés,  à peine regardés.

1.c  Est-ce que vous vous sentez étranger à ces fêtes, ou plus proche, ou pareil ?

dc.shambala

– Noël n’est pas un jour anodin. Ce jour-là, les personnes seules, sans l’avoir décidé, choisi, sont sans doute encore plus seules, c’est ce sentiment qui m’habite pour cette fête.

-Je ne peux pas dire que je me sente étrangère à ces fêtes, car je ne voudrais pas être seule le jour de Noël, donc je n’en suis pas détachée. Je pense même que j’en suis plus proche par sa signification spirituelle depuis que je pratique le bouddhisme, notamment suite aux enseignements sur la compassion, la gratitude  et grâce à la connaissance   des préceptes.
Dans le  Bouddhisme, j’ai retrouvé une autre forme de spiritualité, en particulier, grâce à la méditation (Zazen), une autre forme d’intériorité, que je n’avais pas trouvée dans le christianisme avant.

Les retraites lors de cette période me permettent de  me connecter au sens profond d’une telle fête, une distance par rapport à sa dégénération en lien avec sa commercialisation.

– Étranger, proche ou pareil : je garde un certain attachement à cette fête car elle est toujours respectée dans l’histoire familiale. Attachement à cette possibilité d’entretenir les liens sociaux, attachement à la tradition, respect d’un patrimoine culturel fondateur d’une civilisation.

– Peut-être plus proche justement parce que je rapproche Jésus et Bouddha, les voyant comme deux lumières qui éclairent les pauvres humains ignorants que nous sommes.

– Je ne vis pas du tout cette période de noël comme étant une fête, depuis fort longtemps !

– La Voie du Bouddha, au fil des années, m’amène à des questionnements : pour mieux comprendre les autres, suivre une voie différente sans les agresser,  la pratique a été essentielle.

– Les religions et leurs points  de repères forts sont eux aussi conditionnés, mais ils forment les liens de millions de personnes avec la lumière, le divin, leur seul réconfort parfois dans le monde mouvant, effrayant, douloureux. Je suis devenue beaucoup plus respectueuse et prudente, et curieuse aussi, sur ce sujet. Même si parfois l’utilisation de la religion   pour le pouvoir politique est une grande cause de souffrance des gens.

gokuroki mukashi copie

En écoutant les chrétiens, et en lisant des écrits de Thich Nhat Hanh ou du Dalaï Lama, j’ai vu certaines choses, comme : Noël fête la naissance d’un enfant, et l’hommage rendu au nouveau-né fragile questionne  en chacun sa propre vulnérabilité, et encourage le développe-ment de qualités comme le don, la protection, l’amour.

– Noël et sa lumière au milieu  de la nuit offrent l’espoir de l’existence du lien entre les deux (lumière, divin, et confusion, vie souffrante) et le nomment : abandon, amour. Cette compréhension m’a bouleversée et a stimulé ma pratique sur la Voie.
– Très proche : la conception dans un corps ouvert et un esprit vide.

– C’est toute la question de ne pas marquer trop la différence tout en étant capable de suivre notre Voie… mais cela se manifeste aussi par les actes.