Certains aspects de l’esprit d’un arahant seront en contradiction avec les opinions des gens ordinaires, car superficiellement, ces aspects sont considérés comme désagréables ou blâmables. L’un des aspects que le Bouddha mentionne souvent est nirāsa (ou nirāsā), que l’on peut traduire par « sans espoir », « sans volonté » ou « sans attente ». Ce désespoir, ou cette absence de volonté, d’une personne illuminée a cependant une signification plus profonde que celle que la plupart des gens considèrent habituellement.

bouddha-laDSLLes êtres humains ordinaires vivent normalement avec l’espoir. Cet espoir est fondé sur le désir, le fait de vouloir diverses choses ou de vouloir être d’une certaine manière, espérant ainsi obtenir ou devenir.

Cet espoir soutient la vie ; lorsqu’une personne est déçue ou se sent désespérée parce qu’elle n’a pas obtenu ce qu’elle souhaitait ou parce qu’un objet est inaccessible, on considère qu’elle est malheureuse.

Lorsqu’une personne est satisfaite d’avoir obtenu ce qu’elle voulait ou que cela semble à sa portée, on considère qu’elle a de la chance. Cependant, une personne pleine d’espoir a toujours une attente cachée ou une anticipation qui est constamment présente, même si elle n’en est pas consciente, c’est-à-dire la possibilité d’être déçue ou de tomber dans le désespoir.

Cet aspect de l’espoir est souvent appelé « appréhension » qui est une forme de peur – une forme de souffrance. L’espoir va donc de pair avec l’appréhension ; si l’espoir demeure, la peur demeure.

Un arahant ressemble à la personne qui a perdu l’espoir, mais il y a une distinction importante. Le « dés-espoir » ou l’absence d’attente d’un arahant n’est pas une conséquence de l’impossibilité d’obtenir ce que l’on désire ; il résulte plutôt d’une complétude et d’une satiété intérieures. Il ne manque rien de ce qui doit être souhaité ; il n’y a pas de carence donnant lieu au désir et à l’espoir. En bref, la liberté d’un arahant de ne pas espérer découle d’une absence de désir.
Quand on ne désire pas les choses, et qu’on n’aspire pas à un chemin particulier, alors il n’y a rien à espérer.
Quand il n’y a rien à espérer, alors on vit sans espoir ; on a abandonné ou cessé d’espérer, abandonné aussi la peur qui naît de l’espoir.

Cela implique que les gens peuvent exister sans dépendre de l’espoir ou confier leur vie et leur bonheur à l’espoir.
Les Arahants sont allés au-delà de la satisfaction et du désespoir tels que ces termes sont habituellement définis. Étant épanouis et satisfaits, ils surpassent ceux qui sont gratifiés ou pleins d’espoir.
C’est un niveau qui est supérieur à l’espoir ou qui en est exempt, car il y a un bonheur complet dans chaque moment présent. Il n’y a pas de possibilité de déception ou de désespoir supplémentaire.

Vénérable Phra Payutto « Buddhadhamma »

Traduction : Joshin Sensei
https://buddhistteachings.org/the-buddhist-outlook-on-hope/