Tourner son esprit vers le Dharma n’apporte ni sécurité ni confirmation. Tourner son esprit vers le Dharma n’apporte aucun motif pour se tenir debout. En fait, lorsque votre esprit se tourne vers le Dharma, vous reconnaissez sans crainte l’impermanence et le changement et vous commencez à acquérir le don du désespoir.

La différence entre le théisme et le non-théisme n’est pas de savoir si l’on croit ou non en Dieu. C’est une question qui s’applique à tout le monde, y compris aux bouddhistes et aux non-bouddhistes.

leaf 1 copieLe théisme est une conviction profonde qu’il y a une main à tenir : si nous faisons juste les bonnes choses, quelqu’un nous appréciera et prendra soin de nous.

Cela signifie qu’il faut penser qu’il y aura toujours une baby-sitter disponible quand nous en aurons besoin.
Nous sommes tous enclins à abdiquer nos responsabilités et à déléguer notre autorité à quelque chose d’extérieur à nous-mêmes.
Le non-théisme, c’est se détendre dans l’ambiguïté et l’incertitude du moment présent sans rien chercher à se protéger.
Le non-théisme, c’est réaliser qu’il n’y a pas de baby-sitter sur laquelle on peut compter.

Toute la vie est comme ça. C’est la vérité, et la vérité ne nous convient pas toujours. Tant que nous sommes accros à l’espoir, que nous sentons que nous pouvons atténuer notre expérience ou la changer d’une manière ou d’une autre, nous continuons à souffrir.

Dans un état d’esprit non-théiste, l’abandon de l’espoir est une affirmation, un commencement. Vous pourriez même mettre « Abandonner l’espoir » sur la porte de votre réfrigérateur au lieu d’aspirations plus conventionnelles comme « Chaque jour, dans tous les domaines, je vais de mieux en mieux ».

fete des lanternes copieNous nous accrochons à l’espoir et il nous vole le moment présent.
Si l’espoir et la peur sont les deux faces d’une même pièce, il en va de même pour le désespoir et la confiance.
Si nous sommes prêts à abandonner l’espoir que l’insécurité et la douleur peuvent être annulés, nous pouvons alors avoir le courage de nous détendre face à l’absence de fondement de notre situation.

La mort peut s’expliquer non seulement par la fin de la vie, mais aussi par toutes les choses de la vie dont nous ne voulons pas.
Notre mariage ne fonctionne pas, notre travail ne s’organise pas.
La mort et le désespoir sont des motivations appropriées pour vivre une vie pleine de perspicacité et de compassion.
Mais la plupart du temps, repousser la mort est notre plus grande motivation. Éviter les problèmes, essayer de nier que le changement est un phénomène naturel, que le sable nous glisse entre les doigts.

Le temps passe et c’est aussi naturel que les saisons qui changent.

index2 copieMais vieillir, tomber malade, perdre l’amour – nous ne considérons pas ces événements comme naturels. Nous voulons les éviter, à toutes forces. Lorsque nous parlons de désespoir et de mort, nous parlons de faire face aux faits.
Pas d’évasion : renoncer à l’espoir, c’est être encouragé à rester avec soi-même, à ne pas s’enfuir, à revenir à la case départ quoi qu’il arrive.
Si nous faisons l’expérience du désespoir total, en abandonnant tout espoir d’alternative au moment présent, nous pouvons avoir une relation joyeuse avec notre vie, une relation honnête et directe qui n’ignore plus la réalité de l’impermanence et de la mort.

Extrait de « When Things Fall Apart » Pema Chodron

Traduction : Joshin Sensei En français : « Quand tout s’effondre » Editions : Babelio

Pema Chodron on the Benefits of Hopelessness