Daishin n°269 – Février 2021

Warajis1

Engagement, résistance ?
Quel engagement pour un.e pratiquant.e bouddhiste ? Pour les laïcs ou pour les monastiques ? 
La Voie est-elle une façon de s’éloigner, se protéger du monde, ou de regarder le monde d’une autre façon et d’en tirer les conséquences ?

N’y a-t-il pas dans notre société plus de reconnaissance pour le « faire », O.N.G. par exemple, dont nous pouvons « voir » les résultats plutôt que pour l’« être », vies dédiées à la méditation et à la prière, qui s’appuient dans les Enseignements sur le Filet d’Indra et l’interdépendance de tous et de tout… ?

Sommaire

Planning et Uposatha
Engagement, résistance ? – Joshin Sensei
Uchiyama Gudo, le moine socialiste – Ichikawa Rikizan
Dhammananda, nonne malgré tout – Bouddhisme au féminin
Des « warajis » – Joshin Sensei

Illustrations : Joshin Sensei, scmp.com, snfwrenms.

Planning et Uposatha

WarajisJoshin Sensei :
– Reprise de Paris : samedi 8 février, (nombre limité)
– Journée à Aix : samedi 26 février.
Infos : http://www.montagnes-et-forets-du-zen.org/retraites-et-journées
– Assises et partages du Dharma sur YouTube : infos et horaires  https://www.nousasseoirensemble.org/

Warajis

La Demeure sans Limites
est fermée du 2 janvier au 28 février 2021.
Nous vous souhaitons un bel hiver en attendant de vous retrouver, en présentiel, à compter du 1er mars prochain.

Warajis

Uposatha :
Lune nouvelle : Jeudi 11
Pleine lune : Samedi 27
Rejoignez-nous en vous inscrivant : https://framadate.org/jKiJpdSIj7hNwlUt

Engagement, résistance ? 

Warajis

Quel engagement pour un.e pratiquant.e bouddhiste ? Pour les laïcs ou pour les monastiques ? 
La Voie est-elle une façon de s’éloigner, se protéger du monde, ou de regarder le monde d’une autre façon et d’en tirer les conséquences ?

N’y a-t-il pas dans notre société plus de reconnaissance pour le « faire », O.N.G. par exemple, dont nous pouvons « voir » les résultats plutôt que pour l’« être », vies dédiées à la méditation et à la prière, qui s’appuient dans les Enseignements sur le Filet d’Indra et l’interdépen-dance de tous et de tout… ?

Depuis plus de deux siècles, le « faire » est au premier rang de notre société, et si cela a permis des avancées formidables, prendre soin des malades, des pauvres, cela a aussi eu des conséquences fâcheuses, notamment hors Europe, sur les cultures vivrières en Asie, le travail des petits tailleurs de rue en Afrique, ruinés par nos vêtements généreusement donnés, et autres exemples.

Alors « On a raison de se révolter » ? Je ne pense pas qu’il y ait une réponse univoque, simple à cette question.

Devenir monastique, méditer et prier, chercher et avancer dans une Voie ont été des valeurs placées au plus haut à d’autres époques, dans d’autres sociétés.
Faut-il essayer de tout concilier, ou choisir ? Essayer d’avoir « tout », est-ce une forme d’avidité ?
« Etre du monde mais pas dans le monde », est-ce un retrait de nos responsabilités ou une autre façon d’aider et d’être proche ?

Enfin remettre en cause ce que nous appelons « réalité », cela doit-il ou peut-il remettre égale-ment en cause l’ordre social, le pouvoir – que ce soit celui des puissants, des politiques, ou des dirigeants des Sangha dans les pays du Sud-est, ou en Corée – Japon ?

Ces questions ne sont pas là pour que nous leur donnions des réponses immédiates, mais des interrogations qui doivent, laïcs ou monastiques, nous accompagner dans notre vie, nous faire réfléchir à nos engagements, nous aider à chercher sans relâche comment concilier tous les aspects d’une vie.

Pour ce Daishin, j’ai choisi de présenter deux « résistants » bouddhistes : un moine bouddhiste japonais de notre Ecole Soto Zen au tout début du 20ème siècle, et une nonne thaïlandaise contemporaine.

L’un engagé dans la lutte contre un pouvoir prônant la supériorité des races et la guerre ; l’autre contre les règles du pouvoir masculin de l’organisa-tion du Sangha dans son pays.

Il y en a eu, il y a beaucoup d’autres, c’est un choix subjectif, mon envie de parler d’eux.

Ce n’est pas un traité d’histoire, je vous invite à faire vos propres recherches si le sujet vous intéresse, je ne donne que mes propres conclusions.

Joshin Sensei

Uchiyama Gudo, le moine socialiste

Warajis

Au Japon, l’ordre monastique, quel que soit l’Ecole, a toujours été sous la coupe du pouvoir, empereurs, puis shoguns, surtout pendant toute la période Tokugawa, qui se termina par le renversement du régime des shoguns, l’arrivée des Occidentaux et une persécution du bouddhisme pour un retour vers le Shinto (du moins un shinto imaginé et 100 % nationaliste.)
Les Ecoles bouddhiques, pour se protéger et garder leurs temples et leurs sources de revenus, plièrent devant le pouvoir et « décidèrent très majoritairement de s’adapter. (…)
Leur contribution la plus sombre apportée à l’idéologie de Meiji fut leur engagement ultranationaliste et leur soutien à l’impérialisme militaire engagé par le Japon.
Très rares furent les religieux qui s’opposèrent, et lorsqu’ils furent arrêtés et pour certains exécutés pour crime de lèse-majesté, leurs écoles d‘attache présentèrent leurs excuses publiques à l’Empereur ( …)

C. Becker Le Bouddhisme.

L’un de ces résistants s’appelait Gudo Uchiyama (1874-1911)
et appartenait à l’Ecole Zen Soto.

Joshin Sensei

Uchiyama Gudo, le moine socialiste

On ne sait pas précisément pourquoi il est devenu moine ni pourquoi dans l’école Soto, seulement que son oncle était un réformateur important dans cette Ecole et qu’il a sans doute passé du temps près de lui.

Il reçut la transmission du Dharma en 1902 à Eiheiji et devint le supérieur du temple de Rinsen-ji 3 ans plus tard.
C’était le moment de la guerre russo-japonaise et les villageois autour du temple souffraient beaucoup d’une extrême pauvreté.
Ce fut apparemment le moment où il commença à écrire des textes socialistes.
Statue de Bouddha au crépuscule“ Comment suis-je devenu un socialiste ? Je suis un prêtre bouddhiste et il est dit que « Tous les êtres ont la nature de Bouddha », « Tous les dharmas sont égaux, aucun n’est plus haut ni plus bas que l’autre » et « Tous les êtres sensibles sont mes enfants ».

Ce sont les règles d’or qui sont la base de notre foi. J’ai découvert que cet idéal ressemblait exacte-ment aux maximes du socialisme et ainsi je suis devenu un croyant dans le socialisme ».

Il rencontra différents autres socialistes et il se tourna aussi vers l’anarchisme.

Il acheta une presse à imprimer et publia secrètement différents articles socialistes : “ Pourquoi les fermiers souffrent-ils autant ? » dans lequel il demande que ces fermiers ne payent plus de taxes et n’aient  plus à livrer de riz.
Enfin dans un de ses derniers textes, il se fait l’avocat, afin de détruire les racines des souffrances du peuple, du refus de la conscription militaire et du système impérial, à savoir il remet en question la nature divine de l’Empereur.

Le gouvernement lors de son procès appelle ce texte « L’écrit le plus diabolique depuis l’origine de l’histoire japonaise ».

La police l’arrêta en 1909 après un séjour qu’il fit à Eiheiji. Il fut accusé de violation sur la loi des publica-tions et sur la loi régulant les explosifs et condamné à 7 ans de prison. L’année suivante, il y eut une complot soi-disant visant à tuer l’Empereur et l’on considéra que les écrits d’Uchiyama avaient influencé les conspirateurs.

Le procès fut très rapide et 11 personnes furent condamnées à mort par pendaison dont Uchiyama ; la sentence fut exécutée la semaine suivante.

Il semble aujourd’hui que ce procès fut surtout l’occasion de mettre fin au mouvement socialiste naissant ;  il n’y eut pas d’avocat et aucun témoin ne fut convoqué.

L’école Sôtô envoya une note au ministère des Affaires Intérieures en s’excusent pour sa négligence et son manque de contrôle de la situation, et expulsa Uchiyama de l’Ecole, son nom fut retiré de toutes les listes de religieux. Les Supérieurs de Eiheiji et de Sojiji furent réprimandés. Il n’y eut aucune tentative de questionner les autorités ni de faire des recherches sur la tenue du procès.

Canal -mur de pierresPourtant la plupart des accusés n’étaient sans doute coupables de rien de plus que de lèse-majesté et Uchiyama lui-même a été certainement accusé à tort de trahison.

Ce ne fut qu’en1992 l’école Sôtô publia des excuses officielles pour avoir, durant la guerre « participé à des actions qui ont heurté la fierté et la dignité des peuples » dans les pays asiatiques et pour avoir jusque là refusé toute reconnaissance de responsabilités dans ces événements.

Et en février 1993, le Bureau de l’école Sôtô proclama une résolution pour restaurer l’honneur d’Uchiyama et le réintégrer comme prêtre dans cette Ecole.

Ce n’est pas mon intention d’idéaliser Uchiyama mais plutôt de réfléchir sur des problèmes importants pour le bouddhisme moderne notamment la relation entre boud-dhisme et système impérial depuis la restauration de Meiji. Mais plus largement de nous rappeler que nous aussi nous avons à faire des choix que ce soit sur le plan social, environnemental et politique.

Japanese Journal of Religious Studies 1998 25/1-2
Ichikawa Rikizan

Traduction et résumé : Joshin Sensei

Ce fut également le cas en Chine, et il est intéressant de lire les démêlés des Supérieurs de temple et des empereurs pendant trois siècles, chacun à son tour gagnant ou perdant : les Supérieurs de temples, et les bouddhistes en général, feront-ils les prosternations devant l’Empereur ? Oui répondent les empereurs, non répondent les bouddhistes…

« Buddhism in China » K.Ch’En
Bibliographie :
Fabio Rambelli : Zen Anarchism : The Egalitarian Dharma of Uchiyama Gudō
Institute of Buddhist studies 2013

https://terebess.hu/zen/mesterek/UchiyamaGudo.html

P. Cornu : Le Bouddhisme,
une philosophie du bonheur ? Points
G. Renondeau : Histoire des moines guerriers du Japon P.U.F
Brian Victoria : Le Zen en guerre, Seuil

Dhammananda, nonne malgré tout

 

Warajis

En Thaïlande l’opposition à l’ordination complète des nonnes reste très forte. Déjà en 1927 le politicien progressiste Narin Bhasit avait fait ordonner ses deux filles Sara et Chongdi, et construire un monastère féminin. Le gouvernement en ordonna rapidement la fermeture et le renvoi des moniales à la vie civile.

Dhammananda1Refusant d’obéir, les filles de Narin Klueng furent arrêtées et défroquées en prison.
Une loi interdisant d’ordonner des femmes fut passée l’année suivante.
Néanmoins, Dhammananda, de son nom civil Chatsumarn Kabilsingh, dont la mère avait déjà scandalisé en se proclamant bhikkhuni, a été ordonnée en 2001 au Sri Lanka entraînant une nouvelle vague de protestations.

Elle a aidé là l’ordination de 8 nonnes en 2014 mais le Conseil Bouddhiste de Thaïlande a interdit toute autre ordination de nonnes dans le futur.
Pourtant elle a auprès d’elle plusieurs novices et sa propre ordination au Sri Lanka a inspiré 300 autres nonnes à faire de même.
Peter Janssen Wiki

Il y a plus de huit siècles, les bikkhunis disparaissaient d’Asie du Sud-Est. Privées d’ordre monastique consacré, les femmes thaïlandaises improvisent, aux alentours du XIIIème siècle, une congrégation religieuse de substitu-tion : les Mae Chiis.
Ces « nonnes », au statut ambigu car non défini par le Bouddha, ni tout à fait laïques ni entièrement religieuses, sont, de fait, exclues de la communauté monastique. « Les femmes deviennent des Mae Chiis parce qu’elles n’ont pas le choix. Celles qui vivent à proximité des moines sont considérées comme des domestiques chargées des tâches ménagères ».

Dhammananda2L’accomplissement spirituel de Dhammananda est le fruit d’une longue maturation entamée dès l’enfance.
« Pour expliquer cette décision, je dois parler de ma mère. Quand elle est devenue Mae Chii en 1956, j’étais âgée de 10 ans et la pleine ordination des femmes n’existait pas en Thaïlande. Au lieu de quitter la maison, comme c’est le cas traditionnellement, elle a transformé notre maison en temple ».

Enfant, la « fille du temple » reçoit une éducation bouddhiste poussée. Plus tard, brillante universitaire, elle approfondit ses connaissances théologiques et rédige sa thèse sur un sujet qui lui tient à coeur : le statut des nonnes bouddhistes. « J’ai découvert à ce moment-là qu’il était possible pour ma mère de se faire ordonner à Taiwan, selon la tradition Mahayana. Je l’ai accompagnée dans sa démarche ».

Installée dans le temple de sa mère, le Wat Kalyani, elle sait la portée sociale d’une communauté de bikkhunis, son impact positif sur l’image, parfois dégradée, des Thaïlandaises :
« Il n’existait pas de femme en Thaïlande, susceptible de représenter un modèle sur le plan spirituel ».

Issues pour la plupart de milieux défavorisés et peu éduquées, les quelque 10.000 Mae Chiis du pays ne sont pas en mesure de prétendre à ce rôle :
« C’est parce que les femmes ne peuvent pas être ordonnées, et qu’elles ont une image négative d’elles-mêmes, qu’elles sont reléguées.

Pourquoi la porte se fermerait-elle aux femmes ordonnées, alors que celle qui mène à la prostitution est largement ouverte ? ».

Elle consacre l’essentiel de son temps à favoriser l’accès des femmes à la spiritualité.
À commencer par l’enseigne-ment du bouddhisme, jusqu’ici réservé aux hommes.

Voir l’article complet et bien informé sur :
https://www.bouddhismeaufeminin.org/dhammananda-la-nonne-combative/
Elle fait aussi partie du réseau des Bouddhistes Engagés et elle-même et les bikhunis qui l’entourent ont commencé depuis 2011 un travail dans les prisons des femmes.

Au début, elles fournissaient les prisonnières en produits de toilette de base puis elles les ont aidées par des massages et maintenant leurs visites incluent aussi un temps de méditation.

Enfin Dhammananda fait aussi partie du dialogue inter-religieux avec les musulmans de Thaïlande et travaille à un programme environnemental dans le temple portant spécialement sur l’aide au  recyclage.

Ordination en 2009

Dr Lai Suat Yan
Traduction et résumé: Joshin Sensei
https://snfwrenms.wordpress.com/2014/11/21/thailand-venerable-dhammananda-1943-the-pioneering-bhikkhuni-and-her-faith-in-the-buddha-2/

Des « warajis » …

Warajis1Les chaussures traditionnelles que nous portions au temple de Zuigakuin lorsque nous allions recueillir des aumônes.

Des warajis tout au long de ce numéro pour ne pas oublier que, pour nous, pratiquant.es de la Voie, aider, c’est d’abord prendre le vœu d’aider tous les êtres à entrer dans la paix et à être libérés de dukkha.

Pour ne pas oublier que, comme le dit Maître Dogen, lorsqu’une seule personne fait zazen, c’est l’univers entier qui fait zazen. Que c’est parce que nous croyons à cela que nous devenons des nonnes et des moines.

Joshin Sensei

« Comment conserver et nourrir cette relation avec de l’espace, être relié mais sans être trop attaché, être capable de bouger – voilà le problème.
Une personne de la Sangha est comme un oiseau migrateur.
Même dans la tempête, l’oiseau migrateur peut voler.
Où ce vol nous emporte-t-il ?
Pourquoi pratiquons-nous ? Pour nous asseoir ensemble sans parler, comme autant de petits avions décollant et atterrissant ensemble, au même moment, au même endroit, nous sommes comme ces oiseaux migrateurs ».

Kobun Chino Buddhadharma
Traduction : Joshin Sensei

Daishin nº 268 – Janvier 2021

Lanternes vietnamiennesUn autre monde est non seulement possible,

il/elle est en chemin – par un jour tranquille,

je l’entends respirer

Arundhati Roy

Bonne Année, à chaque instant nouvelle !

Sommaire

Programme et Uposatha

Une année pour s’émerveiller – Joshin Sensei

Une année pour « lâcher-prise» – Jigme Rimpoche

Une année pour renoncer à “faire tenir” le monde – C. Petitmangin

Une année pour dire « oui » à coeur ouvert – Diana Winston

Une année pour retourner à l’essentiel dans votre vie – Matt Valentine

Une année pour reconnaître l’absolu – Maître Dogen

Illustrations : foudepuzzle ,Yvon/Anne, kaname-inn, longquan, nonnes birmanes.

En février, histoires de rebelles : un moine bouddhiste japonais du début du 20ème siècle, une nonne américaine au Japon dans les années soixante, une nonne thaïlandaise contemporaine…

Daishin est le bulletin de la Sangha des étudiants de Joshin Sensei
. Il ne peut exister que grâce à votre participation.
Nous attendons vos textes, textes personnels, extraits de lecture, autres….

 

Une année pour reconnaître l’absolu.

Lanterne-rouge

Notre pratique est de reconnaître la signification de tout ce qui est – même un grain de riz ou un peu d’eau.

Exprimer un respect total pour un grain de riz, c’est exprimer un respect total pour le Bouddha.

Alors vous comprendrez que ce grain de riz est l’absolu.

Maître Dogen

Illustrations : foudepuzzle , Yvon/Anne,  kaname-inn,  longquan, nonnes birmanes.

Une année pour retourner à l’essentiel dans votre vie.

Lanterne-rouge

Arrivé à l’âge adulte nous avons en général amassé dans nos vies tout un tas de choses plutôt inutiles ou encombrantes, à la fois sur le plan matériel et non-matériel. Qu’avez-vous amassé ?

La vie monastique est organisée pour que seul l’essentiel demeure : de quoi se nourrir, un endroit pour dormir, une communauté, une pratique. C’est peut-être un peu extrême et ne conviendra pas à tout le monde, mais c’est l’idée qui est importante : ôter de votre vie tout ce qui n’est pas essentiel.

Essentiel à quoi ? A votre bien-être et à celui des autres. Par où commencer ? Comment décider de ce qui est essentiel et de ce qui ne l’est pas ? La meilleure façon est sans doute de vous demander devant chaque objet si vous l’avez utilisé ou quel est son but.

A partir de là, ça devient plus difficile, mais la question de base reste simple : est-ce que « cela » contribue à mon bien être ou à celui des autres autour de moi ? Si vous n’êtes pas sûr, c’est peut-être quelque chose qui non seulement ne sert à rien, mais fait de l’ombre aux choses importantes qui devraient briller dans votre vie.

Vous pouvez prendre la question par l’autre bout : si je devais vivre avec très peu de choses, que choisirais-je ?

Ma réponse a été : ma famille, ma pratique, mon blog où je partage ma pratique, un ordinateur portable pour ce blog uniquement, mon smartphone pour communiquer avec ma famille, ma maison, la nourriture, un ensemble de vêtements de base.

Essayez de vous poser la question plusieurs fois, le temps de voir si ce que vous avez considéré comme essentiel l’est finalement vraiment…

Et de là, regardez votre vie : qu’y a-t-il dedans aujourd’hui qui n’est pas dans votre liste ? Pourquoi n’avez-vous pas inclus cette /ces choses ? Est-ce que vous auriez plus de temps pour vous occuper de ce qui est important si vous les abandonniez…

Bonne année !

Matt Valentine https://buddhaimonia.com/blog/be-like-a-zen-monk

Une année pour « lâcher-prise »

Lanterne-rouge

Pour la plupart des gens, le changement est une chose difficile. Pour ceux qui font preuve de sagesse, le changement est un défi.

Une situation nouvelle suscite souvent de la peur en nous, peur de la perte, ou peur de l’inconnu, ou peut-être la résistance, ou le besoin de se défendre.

Bien sûr, ces réponses ne sont pas plaisantes, elles peuvent même être douloureuses, mais la personne sage voit cela comme une splendide opportunité pour la pratique : là où il y a la douleur on s’accroche, on s’attache, et notre pratique est d’apprendre à lâcher-prise.

Souvent, pourtant, ce lâcher-prise a l’air d’être quelque chose d’ordinaire et de confortable, bien sûr !

Laissez simplement être ! Mais c’est un lâcher-prise superficiel : laisser aller quand cela nous plaît ! Un vrai méditant sait que se détacher vraiment n’arrive qu’avec la souffrance. La souffrance met l’accent sur notre attachement, l’endroit même où ce laisser-aller a lieu.

Plutôt que de courir partout pour trouver stabilité et sécurité, notre pratique est d’apprendre à rester tranquille et à voir clairement la vérité du changement.

 Ajahn Thiradhammo

On parle souvent de nos jours de l’importance de lâcher-prise. Cependant, si nous ne savons pas bien identifier ce qui exerce une emprise, nous ne saurons pas comment nous devrons lâcher-prise.

Par exemple, nous ne pourrons pas attraper un voleur si nous ne savons pas ce qu’il a volé. C’est l’emprise sur le  soi qu’il faut reconnaître ; elle s’exprime habituellement par les mots « moi, ma, mon, mes, etc…».  En termes plus communs, on pourrait également l’appeler « l’ego ».

Relâcher cette emprise est ce qu’on pourrait appeler le lâcher-prise. Ainsi, c’est envers ce fauteur de trouble intérieur qu’est l’ego ou l’emprise sur le soi que nous devrions relâcher notre emprise.

Lâcher-prise ne signifie donc pas de devoir laisser aller ou abandonner ce qui nous est extérieur : amis, travail, famille, relations, matériel, etc… Ce sentiment de « moi », que l’on appelle le soi, est quelque chose que l’on considère essentiel et qui émane du plus profond de notre cœur. On ne considère pas « les autres » de la même manière. Cela provient de la très forte emprise sur le moi. Pourtant, nous sommes égaux aux autres en ce qui concerne notre souhait de ne pas souffrir et d’être heureux. Si l’on médite continuellement sur cela, les problèmes qui nous assaillent présentement les uns après les autres cesseront de se produire.

Est-il besoin de mentionner que cette emprise sur le soi est toujours présente actuellement ? De nos jours, les gens ont peu de tolérance et sont facilement orgueilleux ou en colère, se séparent facilement et expérimentent toutes sortes de problèmes. Ces problèmes ne proviennent pas des autres, mais bien de sa propre emprise sur le soi. Ces problèmes surviennent parce que nous avons entretenu cette attitude intérieure. Ils ne sont aucunement causés par des agents extérieurs.

Toutes les souffrances du monde proviennent du désir de bonheur pour soi-même. Toute la variété des souffrances non désirées par nous et par les autres qui existent en ce monde proviennent de l’erreur de vouloir uniquement son propre bonheur. En effet, il n’y a personne d’autre que nous-mêmes qui créons toutes ces souffrances que nous ne désirons pas subir.

Shantideva http://www.lamasamten.fr/lacher-prise

Nous avons aussi souvent tendance à considérer la libération sous une forme quelque peu négative, en termes de sacrifice, comme un renoncement forcé, comme si se libérer consistait à devenir quelqu’un dépourvu de passion, quelqu’un de terne, quelqu’un que plus rien n’intéresse : mais il ne s’agit pas de cela. La libération dont on parle n’est pas un amoindrissement ni un appauvrissement ; il s’agit au contraire de se libérer de toutes les entraves qui empêchent d’être pleinement présent. La libération ne revient pas à placer un éteignoir sur tout, elle est au contraire un épanouissement. On n’a pas encore trouvé de meilleure image pour l’évoquer que celle du lotus. Le lotus est une plante qui vit dans les marécages, en général dans des endroits malodorants. Sur la boue, vous voyez des feuilles flotter, une tige se dresser et une fleur magnifique s’épanouir. Il n’y a rien de plus beau peut-être qu’une fleur de lotus. Elle est énorme, complètement épanouie au-dessus de toute cette fange dans laquelle elle s’enracine, mais par laquelle elle n’est pas souillée. Elle est belle au-dessus du marécage.

Quand on parle de la libération, c’est un peu pareil. Nous sommes plongés dans le cycle des existences et de ce fait nous sommes immergés dans la souffrance, la laideur, les difficultés, l’impermanence. A partir de cela, et seulement à partir de cela, si nous opérons cette reconnaissance de notre nature véritable, si nous reconnaissons en nous cette nature de lotus et que nous la laissons s’épanouir, nous pouvons développer la conscience parfaitement libre et sereine qui, tout en étant complètement enracinée dans le monde et dans le quotidien, en est entièrement libre.

Jigme Rimpoche
http://www.dhagpo.org/fr/multimedia/revue-tendrel/339-le-lacher-prise