Daishin n° 270 – Mars 2021

Vieux Cerisier en fleurs
Vieux prunier de 200 ans, Suzuka Forest Garden, Japon

« Quand le vieux prunier refleurit,
c’est le monde entier qui refleurit avec lui ».
Maître Dogen

Une saison en méditationLe 2ème tome du livre de Joshin Bachoux Sensei va sortir le 4 mars : Une saison en méditation, Editions Cerf.

 « Une nonne bouddhiste zen nous adresse depuis son temple et dojo d’Ardèche des lettres d’éveil et de réveil. C’est à l’illumination de la simplicité quotidienne qu’éduque ce petit guide narratif de l’art de méditer. Pour enfin à tout vivre des richesses du présent.
Voici un livre pour apprendre l’art du vagabondage créatif à travers les saisons de la nature et les âges
de la vie. Depuis son magnifique et paisible monastère bouddhiste d’Ardèche, Joshin Luce Bachoux nous envoie 50 cartes postales qui se lisent comme des fables, des contes, des nouvelles. Chacune, chacun y trouvera une leçon sans pesanteur et sans moralisme sur le sens de l’existence…

Programme et Uposatha

Cerisier-vignetteJoshin Sensei :
– Paris : samedi 6 mars.
Infos: http://www.montagnes-et- forets-du-zen.org/retraites-et- journées
– Assises et partages du Dharma sur YouTube :
infos et horaires : https:// www.nousasseoirensemble.org/

Cerisier-vignette

La Demeure sans Limites :
Réouverture de La Demeure sans Limites le 1er mars.
Le temple sera ouvert du 1er au 18 mars.
– Retraite de la nouvelle lune : du 11 au 14 mars, https://www.larbredeleveil.org/ lademeuresanslimites/retraite- du-11-au-14-mars/

Cerisier-vignette

Joshin Sensei et Jokei Sensei
– Retraite de printemps dans la Drôme : du vendredi 19 a.m. au dim. 21mars après le déjeuner :
 » Le chant du zazen »
https://www.larbredeleveil.org/ lademeuresanslimites/retraite-a- saou-26/

Cerisier-vignette

Uposatha :
– Lune nouvelle : samedi 13,
– Pleine lune : dimanche 28.
Rejoignez-nous en vous inscrivant : https://framadate.org/ NonS3dwYpag3lyJX

Sommaire

Planning et Uposatha
Baika : le vieux prunier a refleuri – Maître Dogen
Vers la lumière – Joshin Sensei
Vers la lumière – Sokyu Genyu
En vrac : Mars : pleine lune des vers. Lumière, Misuzu Kaneko

Programme et Uposatha

Cerisier-vignette

Joshin Sensei :
– Paris : samedi 6 mars.
Infos: http://www.montagnes-et- forets-du-zen.org/retraites-et- journées
– Assises et partages du Dharma sur YouTube :
infos et horaires : https://www.nousasseoirensemble.org/

Cerisier-vignette

La Demeure sans Limites :
Réouverture de La Demeure sans Limites le 1er mars.
Le temple sera ouvert du 1er au 18 mars.
– Retraite de la nouvelle lune : du 11 au 14 mars, https://www.larbredeleveil.org/ lademeuresanslimites/retraite- du-11-au-14-mars/

Cerisier-vignette

Joshin Sensei et Jokei Sensei
– Retraite de printemps dans la Drôme : du vendredi 19 a.m. au dim. 21mars après le déjeuner :
 » Le chant du zazen »
https://www.larbredeleveil.org/ lademeuresanslimites/retraite-a- saou-26/

Cerisier-vignette

Uposatha :
– Lune nouvelle : samedi 13,
– Pleine lune : dimanche 28.
Rejoignez-nous en vous inscrivant : https://framadate.org/ NonS3dwYpag3lyJX

En vrac

MARS – Pleine Lune des Vers (Full Worm Moon)

Pleine lune crépuscule

« Super Lune » est le terme utilisé lorsque la lune est pleine et la plus proche de la Terre. C’est la cas en Mars. Dans ces conditions, la Pleine Lune peut apparaître environ 7% plus grande et 30% plus lumineuse comparativement à lorsqu’elle est la plus éloignée de la Terre.

La Pleine Lune de mars est connue sous le nom de « Lune des Vers » car à l’époque de cette Pleine Lune, le sol dégèle et les vers remontent à la surface de la terre lorsque la pluie tombe

Autres noms : Lune virginale, Lune chaste, Lune du corbeau. https://www.pleine-lune.org/ calendrier-pleine-lune-2021

——-

Lumière

Là où il y a de la lumière.
Là où il y a de la lumière.
Là où il y a de la lumière.

Même une feuille va à l’endroit où filtre le soleil.
Et l’herbe aussi, cachée dans les broussailles.
Là où il y a de la lumière. Là où il y a de la lumière.

Au risque de se briser. Brûler les ailes. Vont vers les lampes,
Les insectes qui volent dans la nuit.
Vers la lumière, vers la lumière.

Vers un endroit où ne serait-ce qu’un instant…? Coule à flot, le soleil.
Vont les enfants qui habitent les villes.

Mitsuzu Kaneko

Populus pousse

Vers la lumière – Sokyu Genyu

Cerisier-vignette De nouveau, au milieu de l’obscurité, d’innombrables lumières s’entremêlent. Éparpillées selon divers angles, on dirait des aiguilles ou de fines stalactites.

À la limite entre lumière et obscurité, j’ai vraiment l’impression de percevoir comme l’ombre de la lumière mais je me dis que la lumière n’a pas d’ombre.

 L’ensemble des innombrables lumières flotte et se répand comme une surface liquide, et envahit tout mon champ visuel. Si on me disait qu’il s’agit de la Voie Lactée, je serais prête à le croire mais serais tout aussi convaincue si on me disait qu’il s’agit d’un agrandissement de la surface des pétales des fleurs de cerisier…(…)

 « Savez-vous que dans le Paradis de la Terre Pure, les choses apparaissent telles qu’on les désire ? Si on veut entendre de la musique, on en entend ; si on veut sentir un bon parfum, on peut le sentir. C’est possible ce genre de choses ? dis-je en riant.

 Mais Jiun répond : « Je ne sais pas » et commence à raconter une histoire plutôt étrange. Et de nouveau il est question d’atomes, de quarks, de « supercordes » et je ne sais trop quoi encore.

Étoiles galaxieFinalement ce que je crois comprendre c’est que « l’énergie cosmique est invariable » et c’est à peu près tout. C’est plutôt rassurant comme information d’ailleurs.

Mais juste après, Jiun continue, sans aucune gêne, à parler de l’instant où quelqu’un meurt, en posant l’hypothèse d’une transformation en énergie. « Une énergie énorme se dégage alors »…. « Je pense -dit Jiun- que la plus grande part de cette énergie reste inutilisée. Alors, cette énergie, je me demande si elle ne se concentre pas dans la puissance qu’on appelle Amida.  Cette énergie énorme, c’est à dire Amitâbha, produirait donc peut-être l’apparition de ce qu’on appelle la Terre Pure ».

Je me sens vraiment dans un état étrange. Un bonze qui se respecte ne ferait sans doute pas de raisonnements comme ceux de Jiun. Ce qu’il dit, à la limite, peut tout à fait amener à se réjouir de la mort à venir.

 Depuis que je suis hospitalisée, je fais mon possible pour ne pas penser à la mort, mais en voyant les belles mains rosées de Jiun posées sur ses genoux, c’est la première fois que je me sens prête à accepter simplement l’idée que la mort est proche.

 Ce qui me semble étrange, au fond, ce n’est pas cette acceptation de la mort, c’est plutôt que, quelle que soit la façon dont on tente de se la représenter, on garde finalement un vague sentiment d’incompréhension.

 ….Ce que je ressentais à ce moment-là, je pense que c’était peut-être la grandeur de la vie.  Je n’aurais su expliquer pourquoi, mais il me semblait que ma vie, tout autant que celle de ma mère, avait quelque chose de magnifique. Je me sentais pénétrée de cette sensation étrange et d’une certaine manière effrayante, comme cette mer immense que je pouvais voir en baissant les yeux. Je me disais que ma vie était une sorte de miracle, et mes larmes ne cessaient de couler.

 Sokyu Genyu Au-delà des terres infinies. Picquier

Vers la lumière – Joshin Sensei

 

Cerisier-vignetteUne phrase me touche beaucoup dans les anciens sutras indiens. Quand le Bouddha expose un point de la doctrine, les auditeurs, moines ou laïcs, disent : « C’est très bien, Bienheureux, c’est comme allumer une lampe dans les ténèbres » .

La parole du Bouddha qui allume une lampe dans les ténèbres, c’est une image qui m’a touchée. Cette image va être extrêmement développée dans le Mahayana. Déjà le terme d’ignorance c’est-à-dire Avidya en sanscrit « non connaissance », est traduit par : Mûmyo, ce qui s’écrit : non-lumière.

 Au début, lorsque nous entrons dans la Voie, nous sommes dans mûmyo, il n’y a pas de lumière. Nous sommes dans les ténèbres, dans l’ignorance, au sens bouddhiste, c’est à dire l’ignorance de notre véritable nature, de notre véritable moi.

De plus, nous pensons voir un moi là où il n’y a pas de moi, voir une réalité dans ce qui est irréel ; on dit aussi « prendre pour plaisir ce qui est source de douleur « . Puis nous commençons à pratiquer zazen et zazen est comme une lampe qu’on apporte dans les ténèbres.Bouddha autel

Cela paraît simple. Pourtant, et c’est vraiment un retournement merveilleux de Maître Dôgen dans le Shobogenzo : que se passe-t-il, imaginez, si vous projetez le rayon d’une lampe dans les ténèbres ? C’est une chose que je connais bien car cela m’a vraiment frappé quand je l’ai vu les premières fois.

Comme vous le savez, j’ai habité à Zuigakuin, un temple où il n’y a pas d’électricité et lorsque l’on vit plusieurs années sans électricité, on est plongés dans une autre approche par rapport à la lumière- on ne la voit plus de la même façon. Pour circuler dans le temple, on prend souvent une lampe de poche.

Que se passe-t-il lorsque vous allumez une lampe dans une pièce, dans un endroit sombre ? Si vous en avez l’expérience, vous verrez que l’obscurité devient plus obscure.

Quand le rayon de votre lampe illumine l’obscurité, eh bien, autour de la lumière, tout devient aussitôt encore plus obscur. Maître Dôgen dit que zazen, c’est complètement comme cela : au départ vous êtes dans l’obscurité et vous ne savez même pas que c’est l’obscurité puis vous allumez une lampe, c’est zazen, et cette lampe nous fait voir l’obscurité de notre ignorance.

Non seulement zazen nous fait voir notre ignorance mais il nous en fait voir l’obscurité encore plus obscure ! C’est le début de la non-ignorance : voir son ignorance.vPlutôt que de penser que faire zazen, ce serait tout d’un coup ne plus voir que la lumière : c’est au contraire mieux voir, à la fois la lumière et les ténèbres.

 Notes d’une retraite sur  » Maître Dogen et la Lumière Merveilleuse « . Joshin Sensei

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Baika : floraison des pruniers

Mon Maître, Maître Tiantong était le trentième Supérieur du monastère de Tiantong Jingde, du fameux Mont Taibo, préfecture de Gingyuan, dans la Chine des grands Song. Pendant la retraite d’hiver, il s’assit sur le siège élevé et enseigna :

« Début de mi-hiver à Tiantong :
Le vieux prunier tout courbé et noueux
soudain ouvre une fleur, deux fleurs,
trois, quatre, cinq fleurs, d’innombrables fleurs,
pures, sans fierté de leur pureté,
parfumées, sans fierté de leur parfum ;
s’étendant, devenant le printemps,
soufflant sur les herbes et les arbres, dénudant le crâne du vieux moine à la robe faite de mille morceaux de tissu.
Tourbillonnant, se changeant en vent, en pluie sauvage,
tombant -neige – sur toute la terre.
Le vieux prunier sans limites :
un froid sévère gratte les narines ».

Cerisier-vignetteLe vieux prunier est sans limites. Tout à coup, ses fleurs s’ouvrent, et de lui-même le fruit est né.

Il forme le printemps, il forme l’hiver. Il fait se lever le vent et la pluie sauvage. C’est la tête même du moine à la robe faite de mille morceaux de tissu, c’est la prunelle des yeux de l’ancien bouddha.

Il devient herbes et arbres, il devient pur parfum. Sa transformation tourbillonnante, miraculeuse n’a pas de limites. De plus, l’arbrité de la grande terre, du ciel élevé, du soleil brillant, et de la lune claire, tout cela dérive de l’arbrité du vieux prunier.

Cela a toujours été emmêlé, comme des branches de plantes grimpantes.

Quand le vieux prunier s’ouvre soudain, apparaît le monde des fleurs en floraison.

Au moment où le monde des fleurs en floraison apparaît, le printemps arrive. Il y a une seule fleur qui devient cinq fleurs.

Au moment où apparaît cette floraison solitaire, il y a trois, quatre et cinq floraisons, des centaines, des milliers, des myriades, des milliards de floraisons – des floraisons sans nombre. Ces floraisons sont une, deux, ou d’innombrables branches sans fierté du vieux prunier.

La fleur d’udumbara comme les fleurs du lotus bleu sont aussi une ou deux branches de la floraison du vieux prunier.

S’épanouir en fleurs est l’offrande du vieux prunier. Le vieux prunier est à l’intérieur du monde humain et du monde céleste. Le vieux prunier se manifeste dans le monde humain et dans le monde céleste par son «arbrité».

Bambous-cerisiers.jpg

Ainsi, ces centaines, ces milliers de floraisons sont appelées à la fois floraisons humaines et célestes. Myriades et milliards de floraisons sont floraisons des ancêtres de Bouddha. Dans un tel moment, on entend crier :« Tous les bouddhas ont apparu dans le monde» et « L’ancêtre (le Bouddha) était depuis l’origine dans cette terre».

Maître Dogen Shobogenzo in Moon in the Dewdrop. Traduction : Joshin Sensei

Notes :

  • Poème de transmission de Prajnatara à Bodhidharma :

« De l’esprit-sol s’élèvent les graines. La vérité apparaît sous toutes les formes. Le fruit est plein, la bodhi est mûre ; Apparaît le monde des fleurs en floraison ».

  • Cinq Fleurs : Image basée sur le poème de Bodhidharma :

« Dans cette terre, dès l’origine, transmettant le dharma, sauvant les coeurs ignorants ; une fleur ouvre ses cinq pétales, le fruit mûrit de lui-même ».

On l’interprète généralement par le fait que l’enseignement de Bodhidharma devint les Cinq Ecoles du Bouddhisme chinois. Mais Maître Dogen interprète les « cinq pétales » comme tous les patriarches (busso – litt. So la sangha, Butsu le Bouddha – ancêtres descendant du Bouddha) –

Fleur d’udumbara : fleur lége Daishin n° 2703Mars 2021 S’épanouir en fleurs est l’offrande du vieux prunier. Le vieux prunier est à l’intérieur du monde humain et du monde céleste. Le vieux prunier se manifeste dans le monde humain et dans le monde céleste par son «arbrité».Ainsi, ces centaines, ces milliers de floraisons sont appelées à la fois floraisons humaines et célestes. Myriades et milliards de floraisons sont floraisons des ancêtres de Bouddha. Dans un tel moment, on entend crier :« Tous les bouddhas ont apparu dans le monde» et « L’ancêtre (le Bouddha) était depuis l’origine dans cette terre».Maître Dogen Shobogenzo in Moon in the Dewdrop.Traduction : Joshin Sensei ndaire qui ne fleurit qu’une fois tous les trois mille ans, quand un Tathagata apparaît ; la fleur que le Bouddha a tendu à Mahakyashapa. Maître Dogen, dans Kuge, cite un ancien proverbe : « La fleur d’udumbara naît dans le « feu »- suggérant que la bouddheité naît dans le monde, dans les passions. Cultiver et réaliser la bouddheité dans ce monde, dans cette vie même, est un des thèmes du Shobogenzo. « Un jour le Bouddha Shakyamouni sur le Pic des Vautours au milieu d’une vaste assemblée montra une fleur d’udumbara. Le vénérable Mahakyashapa sourit. Le Bouddha dit alors : « Je possède le Trésor de l’Oeil de la Vraie Loi. Je le transmets maintenant à Mahakyashapa ».