Cerisier-vignette De nouveau, au milieu de l’obscurité, d’innombrables lumières s’entremêlent. Éparpillées selon divers angles, on dirait des aiguilles ou de fines stalactites.

À la limite entre lumière et obscurité, j’ai vraiment l’impression de percevoir comme l’ombre de la lumière mais je me dis que la lumière n’a pas d’ombre.

 L’ensemble des innombrables lumières flotte et se répand comme une surface liquide, et envahit tout mon champ visuel. Si on me disait qu’il s’agit de la Voie Lactée, je serais prête à le croire mais serais tout aussi convaincue si on me disait qu’il s’agit d’un agrandissement de la surface des pétales des fleurs de cerisier…(…)

 « Savez-vous que dans le Paradis de la Terre Pure, les choses apparaissent telles qu’on les désire ? Si on veut entendre de la musique, on en entend ; si on veut sentir un bon parfum, on peut le sentir. C’est possible ce genre de choses ? dis-je en riant.

 Mais Jiun répond : « Je ne sais pas » et commence à raconter une histoire plutôt étrange. Et de nouveau il est question d’atomes, de quarks, de « supercordes » et je ne sais trop quoi encore.

Étoiles galaxieFinalement ce que je crois comprendre c’est que « l’énergie cosmique est invariable » et c’est à peu près tout. C’est plutôt rassurant comme information d’ailleurs.

Mais juste après, Jiun continue, sans aucune gêne, à parler de l’instant où quelqu’un meurt, en posant l’hypothèse d’une transformation en énergie. « Une énergie énorme se dégage alors »…. « Je pense -dit Jiun- que la plus grande part de cette énergie reste inutilisée. Alors, cette énergie, je me demande si elle ne se concentre pas dans la puissance qu’on appelle Amida.  Cette énergie énorme, c’est à dire Amitâbha, produirait donc peut-être l’apparition de ce qu’on appelle la Terre Pure ».

Je me sens vraiment dans un état étrange. Un bonze qui se respecte ne ferait sans doute pas de raisonnements comme ceux de Jiun. Ce qu’il dit, à la limite, peut tout à fait amener à se réjouir de la mort à venir.

 Depuis que je suis hospitalisée, je fais mon possible pour ne pas penser à la mort, mais en voyant les belles mains rosées de Jiun posées sur ses genoux, c’est la première fois que je me sens prête à accepter simplement l’idée que la mort est proche.

 Ce qui me semble étrange, au fond, ce n’est pas cette acceptation de la mort, c’est plutôt que, quelle que soit la façon dont on tente de se la représenter, on garde finalement un vague sentiment d’incompréhension.

 ….Ce que je ressentais à ce moment-là, je pense que c’était peut-être la grandeur de la vie.  Je n’aurais su expliquer pourquoi, mais il me semblait que ma vie, tout autant que celle de ma mère, avait quelque chose de magnifique. Je me sentais pénétrée de cette sensation étrange et d’une certaine manière effrayante, comme cette mer immense que je pouvais voir en baissant les yeux. Je me disais que ma vie était une sorte de miracle, et mes larmes ne cessaient de couler.

 Sokyu Genyu Au-delà des terres infinies. Picquier