h2p-allione-4 copieY a-t-il une autre façon de les voir que comme ennemis ?

Voici la réponse de Thich Nath Hanh :

Bouddha était dans sa grotte, et Ananda, son assistant, se tenait dehors près de la porte. Soudain, Ananda vit arriver Mara . Il en fut surpris, et souhaita immédiatement que Mara s’en aille. Mais Mara marche tout droit vers Ananda et lui demande de l’annoncer au Bouddha.

Ananda lui demande : « Pourquoi es-tu venu ? Tu ne te souviens pas qu’autrefois tu as été vaincu par Bouddha sous l’Arbre de l’Eveil ? N’as-tu pas honte de venir ? Va-t’en ! Le Bouddha ne te verra pas. Tu es le mal. Tu es son ennemi ».

En entendant cela, Mara se mit à rire. « Tu es en train de dire que le Bouddha a des ennemis » ?

Ananda fut très embarrassé.

Il savait que son maître n’avait jamais dit qu’il avait des ennemis. Ananda se sentit vaincu, et il alla annoncer la visite de Mara au Bouddha, en souhaitant que le Bouddha dise : « Dis-lui que je ne suis pas là. Dis-lui que je suis en réunion ».

Mais le Bouddha se réjouit en apprenant que Mara, son vieil ami, était venu lui rendre visite. « C’est vrai ? Il est vraiment ici ? » dit le Bouddha, et il alla en personne accueillir Mara.

Ananda était bouleversé.

Le Bouddha alla directement vers Mara, s’inclina devant lui et lui prit les mains (ses mains) de la manière la plus affectueuse.

Le Bouddha a dit : « Bonjour ! Comment vas-tu ? Tout va bien ? »

postraditionnalbuddhismMara ne répondit pas.

Alors, le Bouddha l’emmena dans la grotte, lui offrit un siège et demanda à Ananda de faire du thé pour eux deux.

« Je peux faire du thé pour mon maître cent fois par jour, mais faire du thé pour Mara ne me donne aucun plaisir » pensait Ananda. Mais puisque cette demande lui avait été faite par son maître, comment pouvait-il refuser ?

Ananda est donc allé préparer un thé pour le Bouddha et son invité, mais tout en faisant cela, il essaya d’écouter la conversation.

Le Bouddha répéta chaleureusement :

« Comment vas-tu ? Comment vont les choses pour toi ? »

Mara répondit :

« Les choses ne vont pas du tout bien. Je suis fatigué d’être un Mara. Je veux être autre chose. »

Ananda prit peur.

Mara continua :

« Être un Mara n’est pas facile. Si vous parlez, vous devez le faire de manière énigmatique, vous devez avoir l’air rusé et méchant. J’en ai marre de tout ça. Mais ce que je ne supporte pas, ce sont mes étudiants. Maintenant, ils parlent de justice sociale, d’égalité, de libération, de nondualité, de non-violence, tout ça. J’en ai assez ! Je pense que je ferais mieux de vous transmettre tout ça. Je veux être autre chose »

Ananda frissonna, craignant que le maître accepte de prendre son rôle.

Mara deviendrait le Bouddha et le Bouddha serait Mara. Une idée pareille l’attristait complètement.

Le Bouddha écouta attentivement et plaignit Mara. Finalement, il a dit d’une voix sereine :

« Tu penses vraiment qu’il est agréable d’être un Bouddha ? Tu ne sais pas ce que mes disciples m’ont fait ! Ils mettent dans ma bouche des mots que je n’ai jamais prononcés ; Ils construisent des temples ostentatoires et mettent des statues de moi sur les autels pour obtenir des bananes, des oranges et du riz sucré juste pour eux. Et ils me vendent et font de mon enseignement un article de commerce.

Mara, si tu savais ce que c’est que d’être un Bouddha, je suis sûr que tu ne voudrais pas en être un ».

Et le Bouddha récita un grand verset résumant la conversation.

Thich Nath Hanh La paix, un art, une pratique