Wat_Pangla-Sujata_offers_Rice_BallsJe ne sais pas pourquoi, je m’étais toujours imaginé le Bouddha marchant vers l’Arbre de l’Eveil dans  « une noble solitude », sans regarder à droite ni à gauche, déjà loin de tous, perdu dans la contemplation de l’immensité… Hors du monde, comme on l’entend dire parfois des monastiques. Rien n’est plus faux.

Lorsqu’il quitta la forêt, le lieu des années d’ascétisme sévère dont il avait conclu que cela ne conduisait pas  à la Libération, il choisit de redescendre dans la vallée. Là où habitent ceux-là même qu’il désirait aider.
Et aussitôt il fut comblé de dons : la rivière et son eau pure, le soleil pour le sécher, le jeune gardien de buffles, l’herbe du pré,  Sujata, qui lui apporte les richesses de la terre, le riz, et  des animaux, le lait ; et même le travail des artisans car Sujata, souhaitant faire un don au dieu de l’arbre, avait placé la nourriture dans un bol d’or ; bien sûr l’arbre, et ensuite la terre même qu’il prendra à témoin : tous les êtres vivants, tout ce qui nous entoure, tous les êtres sentients et non-sentients accompagnent, soutiennent le Bouddha et participent à son Eveil.

Nous – êtres du monde – ne sommes pas exclus, extérieurs, mais l’Illumination du Bouddha, à chaque instant, est aussi la nôtre, nous en sommes non seulement témoins, mais participants.
Peut-être est-ce là la grande différence avec la première partie de sa recherche, où les textes ne parlent que de Maîtres et de disciples, rien sur le monde quotidien, rien sur les personnes ordinaires…

Ainsi, le Bouddha prit-il la terre à témoin : « Moi et tous les êtres, avons atteint l’Illumination ». Interdépendance.
Il n’y a pas d’Éveil seul.
Et cette circulation continue, comme le dit le texte ci-dessous, puisque Sujata devient sa disciple, à son tour elle reçoit… Pour Maître Dogen, il n’y a pas de différence entre don spirituel et don matériel. Donner-recevoir, une circulation sans début sans fin…

Joshin Sensei