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Êtres vivants

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Un lichen est un champignon, associé à une algue. Ce sont deux êtres vivants ! Il pousse là où aucune plante ne peut vivre : en haut des montagnes, sur les rochers du bord de mer, sur la lave refroidie… En pourrissant, les débris de lichen forment un sol, assez riche pour que la mousse et d’autres plantes grandissent. Regarde, il y a des lichens partout, sur les trottoirs et les arbres.

Ils sont aplatis ou barbus, jaunes, oranges, noirs ! On en connaît déjà 20 000 espèces.

Le champignon protège l’algue. Il lui donne de l’eau et des sels minéraux. L’algue fabrique des sucres et d’autres produits, qu’elle partage avec le champignon. C’est une symbiose, un peu comme dans le corail. Mais à cause de la pollution, certains lichens meurent : en les observant, on peut savoir si l’air est pur.

Le lichen a partie liée avec le temps. On loue à la fois son ancienneté vénérable, sa lenteur à croître, sa longévité – d’aucuns le considèrent comme immortel – et, paradoxalement, son impermanence. De là l’intérêt que lui portent les Japonais : ils y voient une expression privilégiée du wabi-sabi, principe esthétique accordant le lustre du temps à la simplicité et au retrait de soi. De fait, le lichen est un champion de la reviviscence : il passe rapidement et réversiblement de la dessiccation à l’état hydraté.

Quand viennent les temps durs, il meurt un peu, met son métabolisme en suspens aussi longtemps que nécessaire et se regonfle de vie dès que les conditions redeviennent favorables. S’il fallait décrire son mode d’être, on dirait qu’il résiste, se cramponne à la vie, adhère de toutes ses forces à son support.

C’est un teigneux qu’on trouve jusqu’aux pôles et en altitude, et qui s’insinue familièrement dans les interstices et les friches, petite chose rudérale dont la ténacité finit par désagréger les roches elles-mêmes.

https://www.espace-sciences.org/juniors/questions/c-est-quoi-un-lichen

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Le lichen comme subversion

Symbiose entre l’algue et le champignon, le lichen décuple ses potentialités et là est sa subversivité : chaque composante de l’organisme nourrit l’autre, un compagnonnage qui lui permet de résister à des conditions particulièrement difficiles. Cette nature symbiotique est subversive : elle invite à repenser le vivant davantage sous forme de coopération que de compétition. L’autre aspect subversif du lichen est évoqué notamment par les artistes, les poètes et les écrivains qui font référence à ce qui est mineur, banal, familier, ancré dans le local.

Ka 4lichenComme l’écrivait le penseur Gaston Bachelard, le lichen « mondifie » : il fait monde en incarnant un être ancré dans le local, résistant aux épreuves écologiques, tout en étant modeste et humble d’apparence.

 

La pensée de la symbiose, d’un être vivant qui repose sur le mutualisme et la coopération, remonte aux années 1860 dans le champ de la biologie, où l’étude de la symbiose et de la pluralité inhérente au vivant se fait à partir de l’étude des lichens.

Cette lecture fait aujourd’hui l’objet d’une relecture politique et idéologique : elle invite à considérer les êtres vivants, y compris les humains, sont poreux, ouverts aux autres et capables de cohabiter avec eux.

Vincent Zonca in Lichens : Pour une résistance minimale. Éditions Symbiose.

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À écouter (proposé par Anne) :

https://www.franceculture.fr/emissions/affaire-en-cours/affaires-en-cours-du-jeudi-28-janvier-2021