Jataka-4J’ai mis un certain temps à apprécier les Jatakas, avec ses fables et son merveilleux. Et puis, ils sont souvent présentés comme « contes », ce qui nous fait penser qu’ils sont  seulement pour les enfants… nous avons perdu, je pense, le goût des contes et du merveilleux, le goût des morales et des fins heureuses…

Mais les Jatakas sont présents partout en Asie du  Sud-Est aux frontons des temples, dans les illustrations au quotidien, dans les paroles des chanteurs et des poètes.  

Le Bouddha, pas encore Bouddha, y apparaît sous plein de formes différentes, souvent animales : cerf, poisson, tortue,  lièvre ou éléphant ;  bien sûr aussi humaines : prince, mendiant, voleur ou même végétale : lierre ou buisson.

Alors, j’ai insisté, je les ai lus et relus, pour comprendre ce qui s’y passait. 

Que pouvait-il y avoir, dans ces histoires situées dans un passé extraordinaire où les animaux parlaient, où les rois discutaient avec les mendiants, qui pouvait nous intéresser aujourd’hui, dans notre monde déserté de toutes ces merveilles et toujours bousculé ?

Sagesse et compassion tels sont les Enseignements de  base du Bouddha qui nous ont été transmis. 

Dans le Mahayana, nous voyons la Sagesse « Prajna » comme la « Mère de tous les Bouddhas », que nous rencontrons à travers la méditation.  Difficile à comprendre, difficile à réaliser…
Mais compassion… Nous connaissons tous ce mot,  et nous l’assimilons le plus souvent à « pitié, être touché, réagir à la souffrance, la partager (sens étymologique), s’apitoyer », etc…

Or, à lire les Jatakas, j’ai découvert, petit à petit, un aspect de la compassion que je n’avais pas vu jusque là. Non seulement, sous ses diverses formes, le Bouddha aide, soutient, ou même se sacrifie, mais surtout ses actions ont toujours pour résultat de faire grandir l’autre, celui qui a mal agi -le chasseur, le roi malhonnête, l’homme qui trahit sa parole, le dieu ingrat, etc…

Cet autre est toujours pardonné, plus encore, il a, s’il le désire, la possibilité d’apprendre, de changer.
Ainsi, entre autres exemples, dans le Jataka du Roi des Cerfs du Banyan, lorsque le Roi des Cerfs offre sa propre vie à la place de la biche porteuse d’un faon, le Roi de Bénarès, profondément touché par ce sacrifice, finit par accepter que plus aucun animal ne soit mis à mort dans son royaume. (ci-dessous)

Les Jatakas enseignent ce que j’appellerais  la « compassion habile », celle qui va toucher tous les participants à une situation, pas seulement la personne vers qui elle se porte mais un acte qui offre à chacun des participants une opportunité de changer, de dépasser ses limites, de parcourir un chemin de soi à l’autre. 

Aucune personne, dans aucun Jataka, n’a le coeur assez dur,  ou assez fermé, pour ne pas être touché par le don, le sacrifice,  et ne pas à son tour, ouvrir son coeur, et laisser entrer la compassion.

Il n’y a plus, à la fin, de bons et de méchants : il y a une situation complètement changée. 

Et nous apprenons, ou plutôt réapprenons, que lorsqu’une personne change, toutes celles qui l’entourent changent avec elle. Que chaque situation présente une occasion de sortir de notre égoïsme, et, au lieu de nous endurcir, elle est chemin vers l’ouverture et l’autre.

Est-ce vision optimiste ou  réaliste du monde ?
Comment réagirions-nous, comment les personnes de  ce monde réagiraient-elles si  ce qui était mis en avant était le dévouement, la compassion entière, totale, le don et l’altruisme au lieu de la colère, l’égoïsme et le châtiment… ? 

Est-ce que le monde changerait… ?

Joshin Sensei.

Brève bibliographie : 

En français : 

https://www.bouddhisme-france.org/sagesses-bouddhistes/revoir-toutes-les-emissions-tv/Les-Jatakas-ou-les-vies-passees-du-Bouddha 

qui présentent une bibliothèque très riche en français.

Et aussi : Légendes bouddhiques de Thailande. A. d’Hunt, Wanee Pooput. (et tous les livres des mêmes auteurs).

En anglais : tous les Jatakas,    http://ignca.gov.in/online-digital-resources/jataka-stories/

Plus d’info sur les Jatakas de Thaïlande : Bernard Formoso, 

« Les dix grandes vies antérieures de Bouddha, d’après 

la version du Thotsachat du moine Mahā Kim Honglodarom ».

https://journals.openedition.org/moussons/5104

 

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