Une Ecologie guérisseuse

cascade pt

Qu’est-ce qui nous pousse à exploiter, abîmer la terre ? Notre avidité, bien sûr, mais comme l’a montré le Bouddha, fondamentalement notre ignorance –cette construction d’un moi qui se sentant séparé cherche une sécurité introuvable à travers un « toujours plus » insatiable- nous conduisant à la catastrophe qui se dessine devant nous.

Dans ce texte, une écologie guérisseuse (Healing Ecology) , D. Loy montre le parallèle entre nous et la terre. Pour guérir la terre, il nous faut guérir de dukkha, qui nous pousse à vouloir toujours plus en tant qu’individu, et à exploiter toujours plus la terre en tant qu’espèce.

barang2 copie

La guérison de la terre n’est pas séparable de notre propre guérison : l’une n’ira pas sans l’autre.

Nous ne pourrons pas guérir la terre, vivre en harmonie avec la terre sans l’exploiter et l’abîmer tant que nous sommes saisis, poussés par notre avidité et notre ignorance.

De même, dans un cercle vertueux cette fois, mettant fin à notre ignorance, comprenant notre non-séparation, nous mettons fin également à la mal-traitance de la terre.

L’Éveil est conjoint : notre Éveil à nous-même est Éveil à la terre également.

Parce que je trouve ce texte extrêmement important, et stimulant par cette approche d’une écologie réparatrice, non pas seulement un changement de façon de faire, mais un Eveil à notre « être » ;

je voulais le présenter en entier (ci-dessous un résumé).

Un peu trop long pour Daishin, un peu long à lire, alors je l’ai traduit et enregistré en vidéo ; vous la trouverez sur le site : https://frama.link/metfduzen sous le titre : « Une Ecologie guérisseuse ».

Joshin Sensei

cascade pt

Le bouddhisme offre- t-il une perspective particulière sur la crise écologique ? Ses enseignements impliquent- ils une manière différente de comprendre la biosphère, et notre relation avec elle, qui puisse réellement nous aider à ce moment critique de l’histoire où nous faisons tant pour la détruire ?

Il y a des raisons d’en douter : après tout, Shākyamuni Bouddha a vécu à une époque et dans un lieu très différents, l’Inde de l’âge du fer. Mais le Bouddha expliquait « dukkha » le terme habituellement traduit par « souffrance » mais qui doit être compris au sens large : insatisfaction, mécontentement, anxiété -en gros, notre incapacité manifeste à être heureux, ce qui ne signifie pas que la vie est toujours misérable mais que même ceux qui sont riches et en bonne santé connaissent un mal qui ne cesse de ronger.

Le fait que nous trouvions la vie frustrante, un fichu problème après l’autre, n’est pas accidentel, car c’est la nature d’un esprit non éveillé d’être toujours dérangé par quelque chose.

Qu’est-ce que cela implique dans le cas de la crise écologique ? Il existe des parallèles précis et profonds entre notre situation individuelle habituelle, selon le bouddhisme, et la situation actuelle de la civilisation humaine. Cela suggère que la crise écologique est autant un défi spirituel qu’un défi techno-logique et économique.

Cela signifie-t-il qu’il existe également un parallèle entre les deux solutions ?

JizosLa réponse bouddhiste à notre situation personnelle ouvre-t-elle également la voie à la résolution de notre situation collective ?

Les Quatre Nobles Vérités du Bouddha traitent toutes de dukkha et de la façon d’y mettre fin. Pour mettre fin à ma dukkha, cependant, je dois faire l’expérience d’anatta -le non-soi- qui est aussi mon interdépendance avec tous les autres êtres, vivants ou inanimés.

Pour autant que je sache, aucune autre philosophie ou tradition religieuse ne met aussi clairement l’accent sur le lien intrinsèque qui existe entre dukkha et la vie, entre dukkha et notre sentiment illusoire de soi. Ce n’est pas exagéré de dire que pour le bouddhisme, le soi est dukkha.

Fondamentalement, anatta (non-moi) nie notre séparation d’avec les autres personnes et, oui, d’avec le reste du monde naturel.

Bien sûr, chacun d’entre nous a un sentiment de soi, mais en termes contemporains, ce senti-ment de soi est une construction psychologique et sociale, sans aucune existence propre (svabhāva) ou réalité en soi.

Il se compose principalement de manières habituelles de percevoir, de sentir, de penser, d’agir, de réagir, de se souvenir, d’avoir des intentions, et ainsi de suite.

Le problème fondamental de ce moi est son délitement. Le problème fondamental de ce moi est son sentiment illusoire de dualité.

La construction d’un moi séparé à l’intérieur est aussi la construction d’un « autre » à l’extérieur -un monde objectif qui est différent de moi.

Ce qui est spécial dans la perspective bouddhiste est qu’elle met l’accent sur le dukkha inhérent à cette situation.

IMG_9301La solution bouddhiste à ce problème n’est pas de se débarrasser du soi. Cela ne peut pas être fait, et n’a pas besoin d’être fait, car il n’y a pas de soi séparé.

Il n’y a jamais eu de soi.

C’est le sentiment de soi qui doit être déconstruit -par exemple, dans la méditation, et reconstruit, par exemple, en remplaçant les « Trois Poisons » de l’histoire de l’humanité que sont l’avidité, la colère et l’illusion par leurs équivalents positifs : la générosité, l’amour et la sagesse.

Si nous ne pouvons pas nous débarrasser d’un moi qui n’existe pas, nous pouvons nous « réveiller » et réaliser qu’il est illusoire.

Cela répond également à la question existentielle du sens de la vie : réaliser ma non-dualité avec le monde me libère et me permet de vivre comme je l’entends, mais ce sera tout naturellement d’une manière qui contribue au bien-être de l’humanité, et au bien-être de l’ensemble, car je me sais non séparé de ce tout.

Cela nous amène à la Voie du bodhisattva. Dans le bouddhisme, cette Voie est souvent présentée comme un sacrifice personnel : un bodhisattva est quelqu’un qui est éclairé et qui pourrait choisir de quitter ce monde de dukkha, mais qui reste dans les parages pour aider le reste d’entre nous.

Mais il y a une autre façon de comprendre.

Si je ne suis pas séparé de tout le monde, mon bien-être peut- il vraiment être distingué du bien-être des « autres » ? Comment puis-je être pleinement heureux à moins que tous les autres ne le soient aussi ? Dans ce cas, suivre la Voie du bodhisattva est mieux compris comme un stade plus avancé de la pratique bouddhiste : apprendre à vivre en harmonie avec les autres, de manière à appliquer cette vision à notre vie quotidienne.

Prendre soin des « autres » devient alors aussi naturel que de prendre soin de ma propre jambe. La question ici est de savoir si « moi séparé = dukkha » est également valable pour notre plus grand sentiment collectif de soi : la dualité entre nous en tant qu’espèce, Homo sapiens sapiens, et le reste de la biosphère (…).

Un tel parallèle entre le sens du soi individuel et le sens du soi collectif de l’humanité implique le désir collectif de nous sécuriser ou de nous « auto-enraciner » technologiquement et économi-quement –qui ne fait qu’empirer les choses. Voir notre obsession du « progrès » et de la croissance sans fin.

Qu’est-ce qui motive notre attitude à l’égard du développement économique et technologique ? Quand pourrons-nous dire « assez » ?

Or, nous ne pouvons pas « retourner à la nature » car nous ne l’avons jamais quittée, mais nous devons réaliser notre non-dualité avec le reste de la biosphère, et ce que cela implique. Cela résoudra notre problème existentiel/spirituel collectif sur ce que cela signifie d’être humain. Avec nous, la biosphère devient consciente d’elle-même. Notre rôle aujourd’hui est de la guérir, et donc de nous guérir nous-mêmes.

Mais -et c’est mon dernier point- comment une telle compréhension résout-elle l’anxiété fondamentale qui nous hante aujourd’hui, alors que nous devons créer le sens de notre vie dans un monde où Dieu est mort ?

Que nous le voulions ou non, notre conscience de soi individuelle et collective nous éloigne aujourd’hui des visions du monde pré-modernes et du sens « naturel » de la vie qu’elles offraient. Nous ne voudrions pas non plus revenir à des visions du monde aussi restrictives -souvent maintenues par la force- même si nous le pouvions.

Mais quelles autres alternatives sont possibles pour nous ?

Il s’agit en fait de se demander quel parallèle collectif pourrait correspondre à l’éveil individuel que promeut le bouddhisme.

« Le Bouddha a atteint l’éveil individuel. Maintenant, nous avons besoin d’un éveil collectif pour arrêter le cours de la destruction ».

cascade pt

Thich Nhat Hanh

J’en suis venu à réaliser clairement que l’esprit n’est rien d’autre que les montagnes, les rivières et la grande terre, le soleil, la lune et les étoiles.

Maître Dogen

Nous sommes ici pour nous réveiller de l’illusion de notre séparation.

Thich Nhat Hanh

https://blogs.dickinson.edu/buddhistethics/files/2010/05/Loy-Healing-Ecology1.pdf

Traduction : Joshin Sensei

Pour une écologie poétique

cascade pt

Et puis, à développer, à creuser mon travail des mois à venir : « Pour une écologie poétique »

– pour commencer avec E. Morin :

Nous avons besoin d’une prise en considération de notre réalité humaine qui est biologique et animale. Nous sommes des primates, des mammifères, des vertébrés, des polycellulaires..

Il faut comprendre que nous avons bien plus besoin de la nature que la nature a besoin de nous. Elle a besoin que nous ressentions des liens aimants avec non seulement nos animaux familiers, mais le monde animal et végétal. Elle a besoin de nos émotions poétiques devant les mers, les montagnes, les vols d’oies sauvages, la majestueuse sérénité des grands arbres.

Nous ne devons jamais oublier que nous sommes des vivants au sein d’un monde vivant.  Nous devons comprendre que les écosystèmes et la biosphère qui englobe les écosystèmes sont des merveilles d’auto-organisation spontanée et autorégulée.

Edgar Morin, L’humanité de l’humanité.

fleur-mur

Planning et Uposatha

cascade pt

Joshin Sensei :

Paris : samedi 6 Novembre :  https://www.nousasseoirensemble.org/planning

cascade pt

La Demeure sans Limites

– du 10 au 14 novembre : retraite d’hiver « La patience : Kshanti ».
Fermeture : du 23 novembre au 1er décembre.

https://www.larbredeleveil.org/lademeuresanslimites/programmes-de-la-demeure-sans-limites/2021-11/

À venir : du merc. 29 déc. (16h) au dim. 2 janvier (11h ) à Chantebise, Saou (26) :
Retraite de fin d’année « Le Cercle de la Voie », avec Joshin Sensei et Jokei Sensei :

cascade pt

YouTube : Méditations et partages sur YouTube : https://www.youtube.com/channel/UCq-TEtavg07XzU2PmV3X0kA
Lundi et samedi : 8h30, vendredi 20h.

cascade pt

Uposatha :
Lune nouvelle : Jeudi 4,
Pleine lune  :  Vendredi 19,
Pour nous rejoindre : https://framadate.org/vWGsjJ1d3C7pU5vG

Engagement ?

cascade pt

Quel engagement pour une personne de la Voie ? C’était la question, posée dans un N° de janvier de ce bulletin, Daishin « L’Esprit Vaste ». Mais une autre question, la question de départ en fait, n’était pas traitée : qu’entend-on par « engagement » ?

Pour nous occidentaux du 21ème siècle, ce terme fait le plus souvent référence à une participation à la vie publique, sinon politique ; à un mouvement, à un groupe, ou à un parti.

On voit que ces dernières années « l’engagement bouddhiste » se situe plutôt soit vers l’écologie, ceci surtout aux Etats Unis, soit vers l’engagement compassionnel, soins palliatifs et fin de vie.

Ces deux mouvements se comprennent bien : il est certain que les Enseignements nous amènent à « prendre soin », et que nos conditions de vie actuelles nécessitent cette attention, ce changement de vie vers le moins d’avoir, vers le refus de l’avidité d’avoir toujours plus, quelles que soient les conséquences, prendre soin des autres, comprendre et essayer d’alléger la souffrance liée à l’impermanence est aussi metta en actes.
Mais je ne crois pas que cela, qui est toujours possible, soit le tout de l’engagement d’une personne de la Voie.

L’engagement, notre engagement en tant que bouddhistes, a de nombreuses formes, tant dans le personnel que dans le public. Ne croyons pas que nous devrions nous conformer à des tendances.

Il me semble que c’est ce qu’Ajahn Chah appelle « l’engagement pour la Vérité » : nous avons à trouver, à travers le Bouddhadharma, la Vérité de notre vie.

Le premier engagement est celui que nous recevons avec le rakusu, l’engagement d’une vie activement tournée vers la fin de la souffrance, la nôtre et en même temps celle de tous les êtres. Nous nous engageons d’abord à essayer de mettre en conformité nos actes et notre compréhension du Dharma.

Joshin Sensei

cascade pt

Nombreux sont ceux qui sur la voie spirituelle, cherchent à transcender tout désir/impulsion à obtenir ou détruire, attachant beaucoup d’importance au détachement. Ils sont réticents à s’engager dans le tohu-bohu du changement sociétal/social.

Ils évitent souvent de regarder les manières dont eux-mêmes bénéficient des systèmes qui perpétuent cette oppression.

Plusieurs bouddhistes semblent comprendre la signification du détachement comme une liberté par rapport au monde et une indifférence à son devenir.

Mais le Bouddha enseigna le détachement de l’ego, pas le détachement du monde. En réalité, le Bouddha était suspicieux envers ceux qui tentaient de se détacher du monde matériel.

En faisant référence aux yogis qui se mortifiaient les chairs afin d’atteindre la libération spirituelle, le Bouddha comparait leurs efforts à ceux d’un chien attaché à une corde à un pieu au sol.

Il disait que plus ils essayent de se libérer de leurs contraintes

corporelles, plus ils tourneraient en rond et se rapprocheraient du pieu, pour finalement s’enrouler autour.

Même quand vous voyez le monde comme un piège, vous pouvez quand même ressentir un élan de compassion pour aider les êtres qui souffrent. Dans ce cas, le personnel et le politique sont souvent perçus de manière séquentielle : « Je vais d’abord trouver la paix intérieure, puis je me joindrai aux troupes pour arrêter la guerre ».

Ceux qui ne sont pas engagés dans des quêtes spirituelles le disent différemment : « Je vais d’abord m’occuper de ma tête, faire une psychanalyse, dépasser mes inhibitions et névroses ou blocages, et seule-ment ensuite j’irais patauger dans la mêlée ».

En présupposant que le monde et le soi sont fondamentalement séparés, ils imaginent qu’ils peuvent guérir l’un avant de guérir l’autre.

Cette attitude donne l’impression que la conscience humaine occupe une sorte d’abri, de refuge -indépendants du monde et de la vie collective- et puis qu’elle entre sur le terrain de jeu seulement lorsqu’ils sont préparés et prêts à agir.

Joanna Macy,

Traduction : Sabine

La Terre, témoin de l’Eveil

cascade pt

Mara aurait-il pris une nouvelle forme aujourd’hui, celle de notre propre espèce ? Tout comme Mara a revendiqué la place assise du Bouddha, l’Homo sapiens affirme aujourd’hui, en fait, que la seule espèce réellement importante est lui-même. Toutes les autres espèces n’ont de sens et de valeur que dans la mesure où elles servent nos objectifs. En effet, les forces de notre système économique (notamment Big Oil et ses complices) semblent tendre vers l’état de « zéro empathie », une caractéristique des personnalités psychopathes ou narcissiques.

La communauté de la Terre a une nature auto-émergente, inter-dépendante et coopérative. Nous, les humains, n’avons aucune substance ou réalité qui soit séparée de cette communauté.

Thich Nhat Hanh parle de notre « inter-être » : nous et les autres espèces sommes « inter-êtres ».

Si nous fondons notre vie et notre conduite sur cette vérité, nous transcendons l’idée que la pratique bouddhiste se déroule dans un cadre religieux qui ne favorise que notre propre éveil individuel.

Nous réalisons l’importance d’intégrer la pratique de la pleine conscience dans les activités de la vie quotidienne. Et si nous considérons réellement la Terre Mère comme une communauté intégrale et un témoin de l’Eveil, n’avons-nous pas la responsabilité de la protéger par un « activisme sacré » en pleine conscience ?

Comme l’Illumination du Bouddha nous le rappelle, notre Éveil est également lié à la Terre.

La Terre a témoigné pour le Bouddha, et maintenant la Terre a besoin que nous témoignions -de son dhyana, de sa constance, de la matrice de soutien qu’elle fournit continuellement aux êtres vivants. Il faut de nouveaux types de bodhisattvas -des « écosattvas »- qui associent la pratique de la transformation de soi à la dévotion pour la transformation sociale et écologique. Oui, nous devons écrire des lettres et des courriels au président, dans l’espoir d’influencer sa décision. Mais nous devrons peut-être aussi envisager d’autres stratégies si ces appels sont ignorés, comme la désobéissance civile non violente. En effet, cette décision ne concerne pas seulement le plafond de la dette financière. Il s’agit du plafond de carbone de la Terre. Il s’agit du plafond de survie de l’humanité. La Terre est notre témoin.

John Stanley et David Loy dirigent et conseillent le projet Ecobuddhism qui se consacre à l’exploration d’une réponse bouddhiste au réchauffement climatique.  Voir leur site : www.ecobuddhism.org (*) (en français).

Traduction : Joshin Sensei

(*) D’abord, autant que possible, je cite mes sources ; mais aussi souvent j’indique des sites qui me semblent être intéressants, mais cela ne veut pas dire que je cautionne tout ce qui s’y trouve. À chacun.e de prendre ce qui l’intéresse, et de questionner ce qui doit être questionné.

Joshin Sensei

Daishin n°277 – Novembre 2021

tractopelle« On a ressenti un gros pincement au cœur quand on a vu le tractopelle entrer, fouler le sol, un sol travaillé depuis cent ans par des jardiniers, raconte-t-il, d’une voix cassée par l’émotion. Voir un tractopelle tout saccager avec ses grosses chaînes, regarder le bras détruire des cabanes et la grande tour… c’était dur ».

Les forces de l’ordre ont expulsé jeudi 2 septembre les activistes qui défendaient les jardins ouvriers d’Aubervilliers. Dix-neuf parcelles vont être englouties par la construction d’un solarium. Les habitants dénoncent un projet inutile et une bétonisation incessante ».

https://reporterre.net/A-Aubervilliers-l-ecoeurement-apres-la-destruction-des-jardins-ouvriers

cascade ptLe bouddhisme offre-t-il une perspective particulière sur la crise écologique ? Ses enseignements impliquent-ils une manière différente de comprendre la biosphère, et notre relation avec elle, qui puisse réellement nous aider à ce moment critique de l’histoire où nous faisons tant pour la détruire ? Un numéro composé principalement de la traduction d’un texte de D. Loy : « Healing Ecology ». Parce que les Enseignements ne sont pas une façon de se replier sur « soi » -quel soi ?!- mais une réflexion sur ce que signifie être humain, vivre sur la terre en tant que « frères et sœurs des oiseaux… »…

Sommaire

Planning et Uposatha

La Terre, témoin de l’Eveil J. Stanley, D.Loy

Engagement ? Joanna Macy, Joshin Sensei

Une écologie guérisseuse D. Loy

Pour une écologie poétique E. Morin, Joshin Sensei

 

Illustrations : Reporterre – Bastamag – Anne / Yvon – Marcelo – Joshin Sensei

 

Planning et Uposatha

Jataka-4Joshin Sensei :

Paris : samedi 2 Octobre.
La Trappe (Normandie) : retraite du vend. 24 au dimanche 26 septembre.

Aix en Provence : samedi 9 octobre. https://www.montagnes-et-forets-du-zen.org/retraites-et-journees

Jataka-4

La Demeure sans Limites
– Mardi 5 : Journée de Bodhidharma, (voir ci-dessous).
– Du vendredi 15 au dimanche 17 : « Faire et ne pas faire. Et si nous osions le non-faire ? »

Du vend. 29 oct. au lundi 1er novembre : « Les quatre actions unifiantes du bodhisattva ». https://www.larbredeleveil.org/lademeuresanslimites/programmes-de-la-demeure-sans-limites/

Jataka-4

Uposatha :
Lune nouvelle : mercredi 6,

Pleine lune : mercredi 21, lune des choux et des fraisiers. Pour nous rejoindre : https://framadate.org/7lbjPfVDI2BUvFJ8

BodhidharmaLe jour de Bodhidharma :
– Le 5 octobre, gratitude pour le « barbare » qui a transmis le Dharma d’Inde en Chine.

Daishin n° 276 – octobre 2021

Jataka-2Un numéro spécial : les Jatakas, 

quand le Bouddha n’était pas encore Bouddha …

 « J’ai mis un certain temps à apprécier les Jatakas, avec ses fables et son merveilleux. Et puis, ils sont souvent présentés comme « contes », ce qui nous fait penser qu’ils sont seulement pour les enfants…nous avons perdu, je pense, le goût des contes et du merveilleux, le goût des morales et des fins heureuses…
Mais les Jatakas sont présents partout en Asie du Sud-Est aux frontons des temples, dans les illustrations au quotidien, dans les paroles des chanteurs et des poètes.
Le Bouddha, pas encore Bouddha, y apparaît sous plein de formes différentes, souvent animales : cerf, poisson, tortue, lièvre ou éléphant ; bien sûr aussi humaines : prince, mendiant, voleur ou même végétale : lierre ou buisson.
Alors, j’ai insisté, je les ai lus et relus, pour comprendre ce qui s’y passait… »  Joshin Sensei

Programme et Uposatha

Joshin Sensei 
-Paris : samedi 2 Octobre.
-La Trappe (Normandie) : retraite du vend. 24 au dimanche 26 septembre.
-Aix en Provence : samedi 9 octobre. https://www.montagnes-et-forets-du-zen.org/retraites-et-journées

La Demeure sans Limites
– Mardi 5 : Journée de Bodhidharma, (voir ci-dessous).
– Du vendredi 15 au dimanche 17 : « Faire et ne pas faire.
Et si nous osions le non-faire ? »
– Du vend. 29 oct. au lundi 1er novembre : « Les quatre actions unifiantes du bodhisattva ». https://www.larbredeleveil.org/lademeuresanslimites/programmes-de-la-demeure-sans-limites/

Uposatha :

– Lune nouvelle : mercredi 6,
– Pleine lune : mercredi 21, lune des choux et des fraisiers.
Pour nous rejoindre : https://framadate.org/7lbjPfVDI2BUvFJ8

BodhidharmaLe jour de Bodhidharma : – Le 5 octobre, gratitude pour le « barbare » qui a transmis le Dharma d’Inde en Chine


Sommaire

Planning et Uposatha
Apprentissage de la « compassion habile » Joshin Sensei
Les Jatakas : sur l’étal des marchés… Rafe Martin
Un autre regard Supriya Rai
Le cerf doré
Autres Jatakas : http://larbredeleveil.org/ daishin/lespritvaste/2019/10/22/les-carnets- de-la-sangha/

 

Illustrations : Madras Courrier, British Library, scroll.in.

Un autre regard 

Jataka-4

« Les récits des Jatakas ont été contés partout en Asie. Ils ont fourni ce lien intermédiaire important grâce auquel une large communauté de fidèles participe à l’acceptation et à la diffusion de la doctrine religieuse – laquelle sinon serait restée l’apanage exclusif des philosophes et des moines.

Ils sont la base de l’élaboration de la morale et du comportement éthique, ont inspiré des œuvres de la littérature et de l’art religieux.  Pourtant on ne peut ignorer le fait que ces récits ont souligné certains idéaux, tout en incorporant des éléments qui ont véritablement compromis certaines valeurs bouddhistes. 

La misogynie incrustée dans ces récits qui sont narrés pour aider le moine à rester fidèle à son vœu de célibat est particulièrement inquiétante.  La représentation des femmes est inadmissible et n’est point conforme aux principes bouddhistes énoncés ailleurs dans la littérature canonique. (…) 

Une des explications proposées est que les Jatakas ne sont pas purement bouddhistes, et puisent librement dans le folklore ambiant. Ils ne reflètent pas tant le point de vue bouddhiste sur les femmes que le contexte culturel dans lequel le bouddhisme s’est développé. (…) 

Les vers des nonnes inclus dans la collection des sermons attribués au Bouddha, ou dans le Therigatha, recueil de poèmes de nonnes, servent de témoignage à l’égalité fondamentale des femmes avec les hommes en matière de pratique spirituelle… » 

Supriya Rai  

« La femme dans la littérature bouddhiste ancienne : les Jatakas » in Synergies Inde N° 6 – 2013.

Un Jataka de compassion et d’action : Le cerf doré

Jataka-4Un jour naquit dans la forêt de Bénarès un cerf tout doré qui était le bodhisattva ; ses yeux étaient ronds comme des joyaux, ses cornes comme de l’argent et il était plus grand que tous les autres. Il dirigeait un troupeau de 500 cerfs et biches. Dans la même forêt vivait un autre cerf doré qui lui aussi dirigeait un troupeau de 500 animaux.
Le roi de Bénarès aimait beaucoup la viande de cerf ; aussi demanda-t-il à ses hommes de lui apporter au moins un cerf chaque jour. Les garde-chasses décidèrent de capturer tous les cerfs de la forêt et de les amener dans le Parc Royal pour faire plaisir au roi. Ils encerclèrent la forêt, ne laissant qu’un seul passage, firent du bruit en battant du tambour ainsi tous les cerfs furent poussés vers l’entrée du Parc Royal et y furent enfermés.
Lorsque le roi vit les deux cerfs dorés dans son jardin, il fut charmé par leur élégance et leur promis l’immunité.
Mais les autres cerfs n’eurent pas le même privilège, et chaque jour quand un chasseur royal entrait dans le parc pour tuer un cerf, tous les autres cerfs s’agitaient et paniquaient, ce qui causait des dommages à tous.
Jataka-2Les deux rois se rencontrèrent et décidèrent que chaque groupe sacrifierait un animal un jour sur deux et cet accord fut suivi rigoureusement.
Un jour, ce fut le tour d’une biche enceinte appartenant au troupeau de Sakha qui fut désignée : elle pria le chef du troupeau de reporter son tour jusqu’à la naissance de son petit mais Sakha ne fit pas attention à sa demande.
En pleurs, elle alla voir l’autre dirigeant, Nighroda, qui, par compassion profonde, acquiesça à sa prière. Le jour suivant, Nighroda lui- même alla à l’endroit des exécutions, prêt à être tué.
Surpris par la présence du cerf doré attendant la mort malgré l’immunité accordée, les hommes allèrent voir le roi qui fut surpris lui aussi.
– Ah, à partir de maintenant, promit le roi, ils seront sains et saufs dans mon royaume.
– Sire, les animaux à quatre pattes vont être sauvés mais que va-t-il arriver aux oiseaux ? demanda le roi des cerfs avec une dignité naïve.
Le roi de Bénarès soupira : « Les oiseaux vont être sains et saufs ».
Il arriva immédiatement au Parc et demanda au roi des cerfs pourquoi il était prêt à mourir alors qu’il était épargné.
Celui-ci répondit : « Une biche enceinte est venue vers moi en me priant de trouver quelqu’un pour la remplacer ; alors, afin de sauver sa vie et celle de son petit, j’ai décidé d’être tué à sa place ».
Le roi ressentit une grande compassion devant cet acte, et dit : « Je suis impressionné par votre compassion aimante : j’épargne la vie de cette biche et la vôtre ».
Mais le roi des cerfs répondit :
« Je vous remercie, Sire, mais que va t il arriver aux autres cerfs ? »
– Eh bien, j’épargne leurs vies aussi.
– Ah, alors les cerfs qui sont dans votre jardin vont tous recevoir ce cadeau mais qu’en est il des cerfs qui vivent dans votre royaume ?
– Bon, j’épargne leurs vies aussi, répondit le roi.
– Sire, les cerfs vont être sains et saufs sur votre territoire mais qu’arrivera-t-il aux autres animaux à quatre pattes ?
– Mais que va-t-il arriver aux poissons ? demanda le cerf.
– Je les épargne aussi, Ô roi des cerfs !
Ainsi par sa compassion,
le cerf sauva les vies de tous les animaux du royaume.
http://ignca.gov.in/online-digital- resources/jataka-stories/018-the- story-of-nigrodha-deer/
Traduction : Joshin Sensei

Quand j’ai lu cette histoire pour la première fois, je me suis demandé pourquoi le roi des cerfs avait attendu pour se proposer comme victime et demander la grâce des animaux.

Jataka-4J’avais oublié que ce n’est pas le Bouddha, Eveillé et accompli, qui était le roi des cerfs, mais un bodhisattva en devenir : sans doute lui avait-il fallu, comme il nous le faut à nous, du temps pour prendre pleinement conscience de la situation.

Après tout, combien de guerres en ce moment, combien de personnes qui meurent sur leurs petits bateaux… En avons-nous pris vraiment conscience ?
Et il fallait aussi sans doute attendre que la compassion
du roi s’éveille, peut être lorsque sa faim -dans tous les sens du terme- s’était un peu apaisée…

Demander trop tôt, la demande aurait sans doute était refusée… Mais quand il y eut une opportunité, quand la compassion et le respect naquirent dans le coeur du roi devant le sacrifice, alors,sans hésiter, sans peur que le roi ne revienne sur sa parole, le roi des cerfs en profite pour agrandir cette brèche dans le coeur du roi, lui permettant ainsi de faire preuve d’une immense compassion à son tour.

La biche et son faon sont sauvés, les animaux sont sauvés, et le roi, je crois bien, est lui aussi sauvé…
Joshin Sensei

Juste de quoi vous donner, j’espère, le goût d’en lire…
Vous en trouverez d’autres que j’ai adaptés, « Le Lièvre de la lune », « Le Conte des deux cygnes » et « Les tiges de lotus »
que j’ai traduits sur le site :
http://larbredeleveil.org/daishin/ lespritvaste/2019/10/22/les-carnets- de-la-sangha/