Jataka-4Un jour naquit dans la forêt de Bénarès un cerf tout doré qui était le bodhisattva ; ses yeux étaient ronds comme des joyaux, ses cornes comme de l’argent et il était plus grand que tous les autres. Il dirigeait un troupeau de 500 cerfs et biches. Dans la même forêt vivait un autre cerf doré qui lui aussi dirigeait un troupeau de 500 animaux.
Le roi de Bénarès aimait beaucoup la viande de cerf ; aussi demanda-t-il à ses hommes de lui apporter au moins un cerf chaque jour. Les garde-chasses décidèrent de capturer tous les cerfs de la forêt et de les amener dans le Parc Royal pour faire plaisir au roi. Ils encerclèrent la forêt, ne laissant qu’un seul passage, firent du bruit en battant du tambour ainsi tous les cerfs furent poussés vers l’entrée du Parc Royal et y furent enfermés.
Lorsque le roi vit les deux cerfs dorés dans son jardin, il fut charmé par leur élégance et leur promis l’immunité.
Mais les autres cerfs n’eurent pas le même privilège, et chaque jour quand un chasseur royal entrait dans le parc pour tuer un cerf, tous les autres cerfs s’agitaient et paniquaient, ce qui causait des dommages à tous.
Jataka-2Les deux rois se rencontrèrent et décidèrent que chaque groupe sacrifierait un animal un jour sur deux et cet accord fut suivi rigoureusement.
Un jour, ce fut le tour d’une biche enceinte appartenant au troupeau de Sakha qui fut désignée : elle pria le chef du troupeau de reporter son tour jusqu’à la naissance de son petit mais Sakha ne fit pas attention à sa demande.
En pleurs, elle alla voir l’autre dirigeant, Nighroda, qui, par compassion profonde, acquiesça à sa prière. Le jour suivant, Nighroda lui- même alla à l’endroit des exécutions, prêt à être tué.
Surpris par la présence du cerf doré attendant la mort malgré l’immunité accordée, les hommes allèrent voir le roi qui fut surpris lui aussi.
– Ah, à partir de maintenant, promit le roi, ils seront sains et saufs dans mon royaume.
– Sire, les animaux à quatre pattes vont être sauvés mais que va-t-il arriver aux oiseaux ? demanda le roi des cerfs avec une dignité naïve.
Le roi de Bénarès soupira : « Les oiseaux vont être sains et saufs ».
Il arriva immédiatement au Parc et demanda au roi des cerfs pourquoi il était prêt à mourir alors qu’il était épargné.
Celui-ci répondit : « Une biche enceinte est venue vers moi en me priant de trouver quelqu’un pour la remplacer ; alors, afin de sauver sa vie et celle de son petit, j’ai décidé d’être tué à sa place ».
Le roi ressentit une grande compassion devant cet acte, et dit : « Je suis impressionné par votre compassion aimante : j’épargne la vie de cette biche et la vôtre ».
Mais le roi des cerfs répondit :
« Je vous remercie, Sire, mais que va t il arriver aux autres cerfs ? »
– Eh bien, j’épargne leurs vies aussi.
– Ah, alors les cerfs qui sont dans votre jardin vont tous recevoir ce cadeau mais qu’en est il des cerfs qui vivent dans votre royaume ?
– Bon, j’épargne leurs vies aussi, répondit le roi.
– Sire, les cerfs vont être sains et saufs sur votre territoire mais qu’arrivera-t-il aux autres animaux à quatre pattes ?
– Mais que va-t-il arriver aux poissons ? demanda le cerf.
– Je les épargne aussi, Ô roi des cerfs !
Ainsi par sa compassion,
le cerf sauva les vies de tous les animaux du royaume.
http://ignca.gov.in/online-digital- resources/jataka-stories/018-the- story-of-nigrodha-deer/
Traduction : Joshin Sensei

Quand j’ai lu cette histoire pour la première fois, je me suis demandé pourquoi le roi des cerfs avait attendu pour se proposer comme victime et demander la grâce des animaux.

Jataka-4J’avais oublié que ce n’est pas le Bouddha, Eveillé et accompli, qui était le roi des cerfs, mais un bodhisattva en devenir : sans doute lui avait-il fallu, comme il nous le faut à nous, du temps pour prendre pleinement conscience de la situation.

Après tout, combien de guerres en ce moment, combien de personnes qui meurent sur leurs petits bateaux… En avons-nous pris vraiment conscience ?
Et il fallait aussi sans doute attendre que la compassion
du roi s’éveille, peut être lorsque sa faim -dans tous les sens du terme- s’était un peu apaisée…

Demander trop tôt, la demande aurait sans doute était refusée… Mais quand il y eut une opportunité, quand la compassion et le respect naquirent dans le coeur du roi devant le sacrifice, alors,sans hésiter, sans peur que le roi ne revienne sur sa parole, le roi des cerfs en profite pour agrandir cette brèche dans le coeur du roi, lui permettant ainsi de faire preuve d’une immense compassion à son tour.

La biche et son faon sont sauvés, les animaux sont sauvés, et le roi, je crois bien, est lui aussi sauvé…
Joshin Sensei

Juste de quoi vous donner, j’espère, le goût d’en lire…
Vous en trouverez d’autres que j’ai adaptés, « Le Lièvre de la lune », « Le Conte des deux cygnes » et « Les tiges de lotus »
que j’ai traduits sur le site :
http://larbredeleveil.org/daishin/ lespritvaste/2019/10/22/les-carnets- de-la-sangha/