Daishin n° 251 – juin 2019

Grotte de ShweOoMin - Birmanie (photo Anne)
Grotte de ShweOoMin – Birmanie (photo Anne)

Joshin Sensei  :

– Valence : du Sam. 1er au Vend. 7 Juin,  

Zazen tous les soirs au Betsuin.

Le samedi 1er : journée de pratique.

– Paris : Samedi 15 Juin.

– Aix : Sam. 22, journée de pratique.

http://www.montagnes-et-forets-du-zen.org/retraites-et-journ%C3%A9es

joshinsensei@larbredeleveil.org

La Demeure sans Limites 

Jôkei Sensei :                                                  

  • sera absente du 30 Mai au 10 Juin.  Le temple reste ouvert avec Toen Ni et Iwan.

  • Belgique : du vendredi 7 au lundi 10 juin :  Retraite de Rixensart (complète).

  • du vend. 14  au dim.16 juin :  Atelier de Haiku avec Anne Killi. 

  • du vend. 21 juin au dim. 23 juin :   Préparation du jardin, protéger la terre.

Tout le programme de La Demeure sans Limites : https://www.larbredeleveil.org/lademeuresanslimites/programmes-de-la-demeure-sans-limites/

Uposatha : Nous asseoir ensemble 

– Les lundi 3 et lundi 17 Juin. Pour nous rejoindre en Juin :  https://framadate.org/WxvTHbSD6lHybNal

Sommaire

Ouvrir nos cœurs et rencontrer la douleur (fin) Christina Feldman

La première pensée. Jakusho Kwong Roshi

Silence, calme, vastitude. Tenzin Wangyal Rinpoche

Écrits d’ailleurs : Éloigné de soi. Un temps de moine.

« All that we share » – Tout ce que nous partageons – réalisé par la télé danoise – une vidéo de 3 mn, drôlement éloquente, qui efface le « eux » et « nous »…
Si après cela vous ne regardez pas la personne que vous croisez dans la rue, ou votre voisin d’un autre œil …
https://www.youtube.com/watch?v=TjW84K6cLUo
Cultiver la volonté d’être pleinement à l’écoute de la souffrance partout où nous la rencontrons constitue un premier pas sur le chemin de la compassion.


Juillet-août : un numéro spécial !

« Vivre simple » :
Qu’est-ce qui nous encombre, matériellement, psychologiquement, spirituellement…?
Que disent les Enseignements sur nos désirs, notre avidité ?
Pourquoi et comment simplifier votre vie ?
Nous avons posé la question lors d’une retraite à la Sangha :
leurs réponses, leurs commentaires, leurs doutes… (mais que nous ne ferons pas)…
Tout ce que nous aimerions faire
Vivre simple : est-ce aussi un engagement ? spirituel ? écologique / politique ?
Et un cadeau : le même questionnaire, pour que vous puissiez vous aussi y répondre pendant l’été !

Illustrations : theworldtastesgood – butterflyhousemarinecove – brahmavihara.
Ce numéro a été réalisé comme tous les mois par : (dans l’ordre du travail : Joshin Sensei, Marie, Anne) et cette fois-ci avec la collaboration précieuse de Françoise … Merci !

Ouvrir nos cœurs et rencontrer la douleur

 vignette251Cultiver la volonté d’être pleinement à l’écoute de la souffrance partout où nous la rencontrons constitue un premier pas sur le chemin de la compassion.

Notre capacité à écouter suit cette volonté de près. Nous pouvons consentir des efforts héroïques pour nous protéger de la souffrance qui nous entoure ou qui vit en nous, mais, en vérité, une vie basée sur l’évitement et sur la défense ne peut qu’être marquée par l’anxiété et par une séparation douloureuse.

La compassion véritable ne naît pas à distance de la souffrance, mais dans ses affres. Nous n’avons pas toujours de solution à la souffrance. Nous ne pouvons pas toujours atténuer la douleur. Toutefois, nous pouvons trouver la volonté de rester à son contact et d’être profondément à l’écoute.
La compassion n’exige pas toujours des actes héroïques ou de grandes paroles. Ce dont on a le plus besoin au plus profond de la détresse, c’est de la présence courageuse d’une personne qui puisse être totalement réceptive.

imagesNous pouvons avoir l’impression qu’être conscients du chagrin, lui ouvrir notre cœur, nous fera souffrir davantage. Il est vrai qu’avec cette prise de conscience vient une sensibilité plus aiguë à nos mondes intérieur et extérieur. La conscience ouvre nos cœurs et nos esprits à un monde de douleur et de détresse qui ne faisait que nous effleurer, comme un galet qui ricoche sur l’eau. Mais elle nous enseigne aussi à lire entre les lignes et à voir derrière les apparences.  Nous commençons à percevoir   chez l’autre la solitude, le besoin et la peur, jusque-là invisibles.
Derrière les paroles de colère, les reproches et l’agitation, nous entendons la fragilité du cœur d’autrui.
Notre conscience s’approfondit parce que nous entendons plus nettement les cris du monde. Chacun de ces cris porte en lui un appel à entendre.
Dans leur quête d’une compassion idéalisée, nombreux sont ceux qui  se négligent. La compassion « écoute les cris du monde », et nous faisons partie intégrante de ce monde.
Le chemin de la compassion ne nous demande pas de nous sacrifier sur l’autel d’un état de perfection idéalisé.
Un parcours de guérison ne fait aucune distinction : dans le chagrin de nos frustrations, de nos déceptions, de nos peurs et de notre amertume, nous prenons des leçons de patience, d’acceptation, de générosité et, au final, de compassion.
La conscience naît de l’intimité.  Nous ne pouvons craindre et haïr que ce que nous ne comprenons pas et percevons de loin. Nous ne pouvons trouver la compassion et la liberté que dans l’intimité. Nous pouvons avoir peur d’être intimes avec la douleur, parce que nous craignons d’être impuissants ; nous craignons de ne pas posséder l’équilibre intérieur nécessaire pour embrasser la souffrance sans être submergés. Pourtant, à chaque fois que nous trouvons la volonté de rencontrer la souffrance, nous découvrons que nous ne sommes pas impuissants.
brahmaviharaLa conscience nous sauve de cette impuissance, nous enseignant comment nous rendre utile par notre gentillesse, notre patience, notre résilience et notre courage.  La conscience est le précurseur de la compréhension, et la compréhension est la condition première pour mettre un terme à la souffrance.
Shantideva, un maître profondément pétri de compassion qui enseignait dans l’Inde du huitième siècle, disait : « Quoi que vous fassiez, soyez conscient de l’état de votre esprit. Faites le bien ; c’est la voie de la compassion ».

À quoi ressembleraient nos vies si nous appliquions cet engagement dans chacune de nos rencontres ? Que se passerait-il si nous nous interrogions sur notre engagement quand nous rencontrons un sans-abri dans la rue, un enfant en larmes, une personne avec laquelle nous avons des difficultés depuis longtemps ou quelqu’un qui nous déçoit ?
Nous ne pouvons pas toujours changer le cœur et la vie d’autrui, mais nous pouvons toujours prendre soin de l’état de notre propre esprit. Pouvons-nous lâcher nos résistances, nos jugements, nos peurs ?
Pouvons-nous écouter de tout notre cœur pour comprendre le monde d’une autre personne ?
Pouvons-nous trouver le courage de rester présents lorsque vous avons envie de fuir ?
Pouvons-nous également trouver la compassion nécessaire pour nous pardonner d’avoir envie de couper la connexion ?
La compassion est un voyage. Chaque moment où nous la cultivons, est un moment de profonde sagesse.
La compassion n’est pas une baguette magique qui peut instantanément faire disparaître toute souffrance. Le chemin de la compassion est altruiste, mais pas idéaliste.
Emprunter ce chemin ne signifie pas, au prix de sa vie, trouver une solution à toutes les difficultés de ce monde ou porter immédiatement secours à tous les êtres.

two-hands-2Nous sommes invités à explorer comment nous pouvons transformer nos cœurs et nos esprits à cet instant.
Pouvons-nous comprendre la transparence de la division et de la séparation ?
Pouvons-nous libérer nos cœurs de la malveillance, de la peur et de la cruauté ?
Pouvons-nous trouver la détermination, la patience, la générosité et l’engagement à ne plus abandonner quiconque, ou quoi que ce soit, en ce monde ?
Pouvons-nous apprendre à écouter vraiment et à découvrir le cœur qui tremble face à la souffrance ?
La voie de la compassion se cultive un pas et un moment à la fois.
Chacun de ces pas érode la montagne de chagrin de ce monde.

Christina Feldman  https://www.lionsroar.com/she-who-hears-the-cries-of-the-world/
Christina Feldman est l’auteure de « Compassion : Listening to the Cries of the World ».
Traduction : Françoise

 

La première pensée

vignette251Quand nous sommes en confiance, avec un cœur ouvert,  tout ce qui arrive, « au moment même où cela arrive » peut être perçu comme neuf et non pollué par les nuages de l’espoir et de la peur.

Chogyam Trungpa Rimpoché employait la phrase « la première idée, c’est la meilleure » à propos de ce premier moment d’une perception nouvelle, avant que les nuages colorés et colorants du jugement et de l’interprétation personnelle ne s’imposent.

butterflyhousemarinecove« La première pensée, c’est la meilleure », parce qu’elle n’a pas encore été recouverte par toutes nos opinions, nos interprétations, nos espoirs et nos peurs, nos goûts ou nos dégoûts.
C’est une perception directe du monde tel qu’il est.

Parfois nous découvrons que « la première pensée, c’est la meilleure » en nous relaxant dans le moment présent d’une façon très simple.

Peut-être êtes-vous assis dans un aéroport en train de regarder du haut d’une terrasse les remous de la foule. Soudain votre bavardage intérieur  s’arrête. Vous êtes exactement là dans l’instant, en train de voir et d’écouter. Vous voyez les mouvements, vous entendez le vacarme des voix et des machines, vous vous sentez hors du temps et dans un sentiment de complétude.

Vous pouvez ainsi rencontrer cet état ouvert de l’esprit quand quelque chose vous heurte soudain. Peut-être avez-vous l’expérience d’avoir glissé sur de la glace : sans y penser, tout votre corps et votre esprit s’unissent pour éviter la chute. A ce moment-là vous vous sentez complètement vivant, complètement présent.   Après coup, vous ressentirez peut-être une brusque montée d’adrénaline et vous direz  « Oh là là ! Je suis passé près ! », cependant que le sentiment d’énergie et d’alerte persiste un certain temps.

Bien que nous la nommions « première pensée » ce n’est pas nécessairement une pensée qui se met en mots. Ce n’est que la toute première inspiration, mais elle s’exprime en nous.

Cela peut n’être que « Aah ! »,  un sursaut profond quand, au détour du sommet d’une montagne, nous voyons la vallée s’étendre au-dessous de nous. Bien sûr, nous allons alors commencer aussitôt à penser au second et au troisième niveau ainsi « Oh mon Dieu ! N’est-ce pas magnifique » ? Ou « Quel idiot j’ai été de ne pas emporter mon appareil photo » !

Le premier moment d’éveil le matin peut être l’occasion de noter « première pensée » parce que notre esprit n’est pas encore pris dans le tourbillon quotidien. Nous saisissons rarement le moment où nous sortons du sommeil, mais parfois c’est possible. Il y a une sorte de blanc dans lequel nous ne nous souvenons même pas du lieu où nous sommes ou de qui nous sommes. Ce moment peut être effrayant ou joyeux, mais dans les deux cas nous percevons vivement la chambre autour de nous.

fontaine florence copieJ’ai noté des moments particuliers  de perception fraîche au cours d’un après-midi où je prenais des photos. Un photographe peut capter le sentiment du moment où il éprouve quelque chose, juste comme cela est mais vous devez d’abord ouvrir votre esprit et voir « le soleil d’après-midi ricochant sur un rocher couvert de mousse jaune brillant et vert au milieu d’une clairière dans une forêt de pins, un long nuage horizontal – en forme de bulbe – noir de pluie et pourtant éclairé par-dessous par le soleil du soir, la brume blanche sur  la baie, à travers laquelle le faible contour d’une île, un bateau, une mouette solitaire qui suggère quelque chose qui vient de rien, un tas de bouse de vache fumante entourée de jaunes pissenlits ».

Pour capter ces moments, vous ne regardez pas que les objets, mais aussi la lumière qui brille en eux et autour d’eux. Alors, on abaisse l’appareil photo, on regarde le monde ordinaire et il semble soudain lui aussi brillant et vibrant.
Quand vous prenez des photos,  juste avant d’appuyer sur l’obturateur, votre esprit est vide et ouvert ; il voit sans mots, c’est tout.

Quand vous êtes face à une feuille blanche, prêt à peindre ou à calligraphier, vous n’avez pas idée de ce que vous allez faire.

Peut-être avez-vous quelque projet pour un tableau ou savez-vous quel symbole vous allez calligraphier, mais vous ne savez vraiment pas ce qui va apparaître quand vous  poserez votre pinceau sur le papier.

Ce que vous faites à partir de la confiance dans votre esprit ouvert sera neuf et spontané. S’ouvrir à la première pensée c’est la façon juste de commencer toute action.

Le même processus se produit très rapidement à tout moment de notre vie. Que nous soyons artiste ou pas, n’importe quel moment peut être vécu comme une première pensée.  Il nous faut éprouver la première pensée, encore et encore.

Il n’y a pas de promesse d’un point ultime où vous n’aurez plus à être attentif.
Au moment où vous allez faire un geste, avant de le faire réellement vous pouvez faire confiance et vous en remettre à  « la première idée c’est la meilleure ».

Au moment de boire un verre d’eau, allons-nous juste le saisir et l’avaler ou peut-il y avoir un moment de première pensée, de claire perception tandis que nous saisissons le verre et quand nous le touchons et quand nous le levons    et en l’approchant de nos lèvres         et encore quand nous goûtons l’eau sur notre langue ?

Quand quelqu’un nous parle agressivement, répliquons-nous immédiatement sur le même ton, ou pouvons-nous prendre un temps de première pensée avant de répondre ?

Il en est de même dans vos occupations quotidiennes : faire le café, aller au travail, utiliser la photocopieuse, assister à une réunion, marcher dans la rue, dîner, vous disputer avec votre compagnon ou faire l’amour etc…

Si vous êtes attentif à la première pensée, chacun de ces événements de votre vie peut être neuf et très clair.

Si souvent nous ignorons la première pensée ! Nous pensons que c’est trop bête ou choquant. Nous devons être intrépides pour saisir la première pensée et la suivre.
La première pensée peut guider nos vies si nous lui faisons confiance.

Jakusho Kwong Roshi  – Tricycle . Traduction : M. C. Calothy – A. Delagarde

SILENCE, CALME, VASTITUDE

vignette251« Cela peut se passer n’importe où – lors d’un rendez-vous professionnel ou d’un dîner en famille. On peut très bien assister à une très belle fête et avoir l’esprit complètement ailleurs. Totalement absorbés par nos problèmes, nous échafaudons des solutions, sans que cela ne nous donne jamais satisfaction – parce que cela ne nous permet jamais de renouer le contact avec nous-mêmes. En vérité, nos pensées et nos stratégies sont les élucubrations d’un corps, d’une parole et d’un esprit englués dans la souffrance – ceux de l’égo ou de l’identité que nous prenons à tort pour notre « moi », juste parce qu’ils nous sont si familiers. S’efforcer d’améliorer son égo ne libère pas de la souffrance ; cela ne fait que renforcer la déconnexion.
Il est capital de percevoir l’existence de la souffrance et d’entretenir une juste relation avec elle. La cause première de la souffrance est l’ignorance, l’incapacité à voir la véritable nature de l’esprit, toujours ouverte et claire, source de toutes les qualités.

BuddhistMonksMeditatehcchooGetty-56a043c63df78cafdaa0bae5Aveugles à notre véritable nature, nous recherchons le bonheur en dehors de nous-mêmes. […]
Tant que nous ne prenons pas conscience de cette souffrance et de notre propre déconnexion, aucune voie de guérison n’est possible, et il nous est impossible de réaliser notre plein potentiel dans cette vie. […]
Cette perte de contact, nous pouvons la ressentir de diverses manières : irritation, ennui, agitation, tristesse ou sensation diffuse de manque.
Pour nous libérer (…), il nous faut établir une relation bienveillante avec les symptômes de notre déconnexion.
Rappelez-vous comment vous vous sentez soutenu lorsque vous vous trouvez avec un ami simplement présent, ouvert, qui ne vous juge pas, et intégrez ces mêmes qualités à votre propre expérience.
Le silence qui contient cette plénitude de la présence d’autrui est toujours disponible en vous et toujours sublime.
C’est exactement de cette manière qu’il vous faut vivre votre souffrance. Entrez en contact avec le calme, le silence et la vastitude.
Cela vous permettra d’observer, d’accueillir et de ressentir ce que vous vivez sans juger.
Souvent, nous nous identifions à notre souffrance : « Je suis tellement triste. Je ne peux pas croire que tu m’aies dit ça. Tu m’as blessé ».
Qui est ce moi qui est triste, furieux et blessé ?
Ressentir de la souffrance est une chose ; être la souffrance en est une autre.
Ce « moi », c’est l’égo, et la souffrance fondamentale de l’égo, c’est de ne pas être en contact avec ce qu’il est.

Tenzin Wangyal Rinpoche, « Finding Freedom From Our Negative Patterns »
Buddhadharma, Traduction : Francoise Myosen

Ecrits d’ailleurs

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Eloigné de soi

Si vous regardez en arrière
peut-être verrez-vous
vous-même
Si vous regardez vers l’avant, au loin,
peut-être verrez-vous
vous-même.
Peut-être que ce n’est pas nécessaire
Vous pourriez bien être toujours là, comme ces poupées russes,
enfermé en vous-même, tout au fond, couche après couche,
et le vous-lotustheworldtastesgood
vivant au centre :
« Comme je me suis éloigné de moi ! »
Et vous enlevez, couche après couche, vers votre cœur.
Chercher. Parfois, perdre sa direction,
piéger vos pieds dans la boue,
dans le fantôme de la forêt urbaine.

Ami Lhago’s  “ Straying Far From Myself ”

Un temps de moine
bali-indonesiaLa mousson du sud ouest dégringole en pluie épaisse
le tonnerre gronde depuis la mer d’Andaman,`
là où les asuras * se souviennent de leur chute du paradis
en regardant le corail en fleurs
qui cache les cieux.
Le colossal tambour Pince de Crabe résonne
et l’éclair peint le ciel en bleu-divin.
C’est le temps du moine dans les saisons monastiques,`
quand les rizières renaissent en bourgeons
et qu’on n’y marche plus.
Le moine reste avec ses parchemins,
mémorisant les textes et les commentaires.
Puis dans l’aube humide, après le fracas de la pluie nocturne,
il attache son esprit à sa respiration, porte attention aux mouvements
de l’intérieur de son corps, comme le Bouddha enseigna
qu’on doit le faire jusqu’à la fin du cycle de la vie – des saisons.

* Asuras : êtres démoniaques dans la mythologie de l’’hindouisme. Ils sont des esprits opposés aux devas (êtres du ciel). Les asuras japonais sont des gardiens et protecteurs de la Loi et du Bouddha.

Daishin n°250 – Mai 2019

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Eiheiji, le temple de Maître Dogen. Porte principale.

Joshin Sensei  :
– Valence : du 1er au 9 Mai avec une journée de méditation le 1er :  http://www.montagnes-et-forets-du-zen.org/valence
– Paris : Samedi 18 Mai.

La Demeure sans Limites
– Sam. 4 : Méditation au jardin
– du 8 au 12  : Atelier de Shiatsu avec Toen Ni
– du 24 au 26 : Préparation du jardin avec Toen Ni
(Toen Ni est la nonne récemment ordonnée de La Demeure sans Limites).

Nouveau site de La Demeure sans Limites : https://www.larbredeleveil.org/lademeuresanslimites/

Uposatha : Nous asseoir ensemble
– Samedi  4 : lune nouvelle
– Samedi 18 : pleine lune

Pour nous rejoindre en Mai : https://framadate.org/4VnPjIiUPn66GK4F

Sommaire

Ouvrir nos coeurs et rencontrer la douleur – 2ème partie – Christina Feldman
Imaginez un grand pin… Thich Nath Hanh
Silence de fond  Françoise
Pas un dû mais un luxe ! Blog de La Salade à Tout
En vrac

Illustrations : Eiheiji, Walter Arts Museum, bigpictureeducation, Wiki Sun Moon Lake
Calligraphie : « Kannon Riki » le Pouvoir de Kannon, Daishin Mc Cabe https://frama.link/mccabe   
Peinture : The Fleeting, Floating and Transient World of “Unsui”, Cloud and Water, Kichung Lizee    https://frama.link/kichunglizee

« Ce n’est pas un dû, c’est un luxe… »

walters Art museum« Je gagne l’équivalent d’un SMIC,  et j’ai acheté ces clémentines bio à 6,95 le Kg. Pourquoi ? 

On est tellement habitué à pouvoir consommer tout, n’importe quand, et à bas prix, qu’on se retrouve à bugger devant des clémentines. Je ne peux pas financièrement me permettre ce genre d’achats toutes les semaines. 

Alors quoi ? 

Eh bien j’ai réalisé que faire un achat en conscience permet de cultiver la gratitude et non pas la frustration comme on pourrait le penser ! Une fois de temps en temps (une fois par mois, je dirais, à peine), je m’achète un avocat bio qui coûte presque 2€ pièce. Eh bien ça me ramène au fait que c’est un produit qui n’est pas du tout local et je trouve ça très bien qu’il soit cher car ça me dissuade d’en acheter, et je peux vous dire que je le déguste.                   

Je le consomme avec une mayonnaise vegan qui coûte 2 à 3 fois plus cher qu’une mayonnaise classique et qui est conditionnée dans un pot en verre. 

Pour en revenir aux clémentines, je n’aurais pas du tout le même plaisir à en manger à moins de 2€ le kilo qui viennent d’Espagne…. 

Suite sur le site :

Voir le site : un raisonnement imagé, mais qui contredit tout ce qu’on entend trop souvent.

http://lasaladeatout.fr/non-ce-nest-pas-un-produit-du-quotidien-cest-un-luxe

Ouvrir nos cœurs et rencontrer la douleur

walters Art museumIl y a quelques années, un moine âgé est arrivé en Inde après s’être enfui de la prison où il était détenu au Tibet.

Lors d’une entrevue avec le Dalai Lama, il lui a raconté ses années d’emprisonnement, les épreuves et les coups, la faim et la solitude, la torture. À un moment, le Dalai Lama lui a demandé : « Y a-t-il eu un moment où vous avez senti que votre vie était réellement en danger ? »

Et le vieux moine de répondre :
« En vérité, la seule fois où je me suis senti en danger, c’est quand j’ai cru pouvoir perdre ma compassion pour mes geôliers ».

walters Art museumLes histoires comme celles-là nous laissent souvent sceptiques et perplexes. Nous pouvons être tentés d’idéaliser tant ceux qui font preuve de cette compassion que la qualité de la compassion elle-même. Nous imaginons ces personnes comme des saints, doués de pouvoirs qui nous sont inaccessibles. Pourtant, les histoires de grande souffrance sont souvent les histoires de personnes ordinaires qui se sont découverts une grandeur d’âme. 

Pour découvrir en nous un cœur éveillé, il est capital de ne pas idéaliser ou mythifier la compassion. Notre compassion naît simplement de notre volonté de rencontrer la douleur plutôt que de la fuir. Il se peut que nous ne nous trouvions jamais dans une situation de péril telle que nos vies soient menacées ; pourtant, l’angoisse et la douleur sont des aspects indéniables de nos vies. Aucun de nous ne peut ériger autour de son cœur des remparts invulnérables au point de ne pas être ébranlés par la vie. 

Face au chagrin que nous rencontrons au cours de cette vie, nous avons le choix : nos cœurs peuvent se fermer, nos esprits se recroqueviller, nos corps se contracter et nous pouvons faire l’expérience d’un cœur vivant dans un état de refus  ou nous pouvons plonger au plus profond de nous-mêmes, pour développer le courage, l’équilibre, la patience et la sagesse qui nous permettront de nous soucier d’autrui.

Si nous le faisons, nous découvrons que la compassion n’est pas un état. C’est une façon d’entrer en contact avec ce monde fragile et imprévisible. Son champ d’action ne se limite pas au monde de ceux que vous aimez et dont vous vous souciez, mais il s’étend aussi au monde de ceux qui nous menacent, nous dérangent et nous font du mal. kannon-riki-daishin-mccabe

C’est le monde des êtres innombrables que nous ne rencontrerons jamais et qui endurent une vie insupportable. 

Le voyage ultime d’un être humain consiste à découvrir tout ce que nos cœurs peuvent accueillir. Nos capacités à causer de la souffrance et à soulager la souffrance coexistent en nous. Si nous choisissons de développer notre capacité à guérir, ce qui constitue le défi de toute vie humaine, nous découvrirons que nos cœurs peuvent accueillir énormément de choses, et que nous pouvons apprendre à combler, plutôt qu’à creuser, les schismes qui nous séparent les uns des autres.

 Le Soutra du Lotus, l’un des textes les plus prégnants de la tradition bouddhiste, a été composé au premier siècle, dans le nord de l’Inde, probablement dans l’actuel Afghanistan.  Ce soutra célèbre le cœur libéré qui s’exprime dans une compassion puissante et sans limite, s’insinuant dans tous les recoins de l’univers pour soulager la souffrance partout où elle la rencontre. Lorsque le Soutra du Lotus a été traduit en chinois, Kwan Yin, « celle qui entend les cris du monde », a émergé comme une incarnation de la compassion qui, depuis, occupe une place centrale dans les enseignements et la pratique bouddhistes. 

Au fil des siècles, Kwan Yin a été dépeinte sous diverses formes. Tantôt comme une présence féminine, visage serein, bras tendus, yeux ouverts. Tantôt tenant une branche de saule, symbole de sa résilience – puisqu’il ploie sans rompre face à la plus virulente des tempêtes. 

Tantôt elle possède mille bras, avec un œil ouvert au centre de la paume de chaque main, illustrant qu’elle est constamment à l’écoute de la souffrance et qu’elle y répond universellement. 

Tantôt elle prend la forme d’une guerrière dotée d’une multitude d’armes, incarnant la pugnacité de la compassion, farouchement déterminée à éradiquer les causes de la souffrance. 

Protectrice et gardienne, elle participe de plain-pied à la vie. 

C. Feldman, https://www.lionsroar.com/she-who-hears-the-cries-of-the-world/ 

(suite en juin). Traduction : Françoise 

Imaginez un grand pin…

walters Art museumQuestion : Cher Thay, je souffre beaucoup. Je sais que la souffrance fait partie de ma pratique. Elle a deux raisons : une maladie chronique qui provoque beaucoup de douleurs physiques, et mon inquiétude pour le monde en tant qu’activiste écologique. Parfois je me sens vraiment désespérée en regardant le monde, la violence, la pauvreté, et la destruction de l’environnement. 

Quelles pratiques recommanderiez-vous aux personnes comme moi, avec des douleurs physiques mais aussi cette douleur devant l’état du monde ? 

Thich Nhat Hanh : En tant qu’activiste, nous voulons faire quelque chose pour qu’il y ait moins de souffrance dans le monde. Mais nous savons que lorsque que nous ne sommes pas en paix, lorsque nous n’avons pas assez de compassion, nous ne pouvons pas faire grand-chose pour aider le monde. Nous sommes dans ce monde ; nous devons d’abord faire la paix et réduire la souffrance en nous-mêmes, parce que nous représentons le monde. 

    L’amour, la paix, le bonheur doivent toujours commencer en nous mêmes ; il y a de la souffrance, de la peur et de la colère en nous mêmes, et lorsque nous en prenons soin, nous prenons soin du monde. Imaginez un grand pin dans le jardin. Si il nous demandait ce qu’il devrait faire, quel est la maximum qu’un pin peut faire pour aider le monde, notre réponse serait très claire :« Vous devriez être un pin très beau et en bonne santé. Vous aidez le monde en étant à votre mieux. » 

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C’est vrai pour les êtres humains aussi. La première chose que nous pouvons faire pour aider le monde est d’être solide, en bonne santé, aimant et gentil avec nous-mêmes. Alors, en nous regardant, les personnes prendront confiance.  

wikiSun_Moon_LakeElles se diront : « Si elle peut faire ça, moi aussi je le peux ».Ainsi, tout ce que vous faites pour vous vous le faites pour le monde. Ne pensez pas que le monde et vous êtes deux choses séparées. 

Quand vous respirez doucement et avec conscience, quand vous ressentez la merveille d’être vivante, rappelez-vous que vous faites cela aussi pour le monde. Lorsque vous pratiquez comme cela, vous arrivez vraiment à aider le monde. Pas besoin d’attendre demain. Vous pouvez le faire aujourd’hui, maintenant. 

Le Bouddha nous a offert de nombreuses façons pour réduire la douleur dans le corps et dans nos émotions, pour nous réconcilier avec nous-mêmes. Pendant cette retraite nous avons vu que nous pouvons diminuer les douleurs physiques en relâchant les tensions de notre corps. La douleur augmente avec la tension, et diminue avec la détente. 

Vous pouvez pratiquer cela aussi en marchant, et chaque pas devient une aide. Marchez comme une personne libre. Posez tout, ne portez rien, et sentez-vous légère. Il y a toujours un poids que nous transportons avec nous .

Nous avons besoin de savoir comment le poser pour devenir léger. Si vous pouvez le faire quand vous marchez, quand vous êtes assise, ou allongée, la tension décroitra et vous sentirez moins de douleurs. 

Le Bouddha dit qu’il ne faut pas amplifier votre douleur en exagérant la situation. Il compare cela à une personne recevant une première flèche, puis une seconde au même endroit. La douleur ne va pas seulement doubler, mais elle sera extrêmement plus grande et plus intense. Aussi, quand vous ressentez une douleur, physique ou mentale, vous devez la reconnaître juste pour ce qu’elle est, et ne pas l’amplifier.  

Vous pouvez vous dire : « En inspirant je sais que cela n’est qu’une douleur physique mineure. Je peux m’en faire une amie et faire la paix avec elle.  Je peux lui sourire ». Lorsque vous faites la paix avec elle, vous ne souffrez plus autant. 

Mais si vous êtes en colère, si vous vous révoltez contre elle, si vous vous inquiétez trop, si vous imaginez que vous allez mourir, alors cette douleur sera multipliée par cent ! 

C’est la seconde flèche, la souffrance supplémentaire qui vient de l’exagération. Vous ne devriez pas la laisser s’élever. C’est ce point important que recommande le Bouddha : n’amplifiez pas la douleur. 

Thich Nath Hanh

https://www.lionsroar.com/imagine-a-pine-tree-january-2012 

 

Silence de fond

walters Art museumMarteaux piqueurs. Camions. Sonnerie du téléphone, portable ou non. MP3 poussés à fond. Sonos de voitures. Coups de klaxon. Conversations bruyantes. Passants qui s’invectivent. Portes et portières qui claquent. Radio. Télévision. Bruit de fond.  Pour changer, j’essaierais volontiers le silence de fond. Pour voir. 

Un jour, au dojo, quelqu’un est arrivé manifestement très énervé. La plupart d’entre nous étions déjà installés dans le zendo pour le début de la méditation. Cette personne a fermé brutalement la porte d’entrée, puis celle du vestiaire, jeté bruyamment ses clés sur la table, fait tomber des cintres en accrochant sa veste, etc., etc. Bref, tout ce qu’on fait quand on est pressé, stressé, énervé ! 

Plus tard, pendant le zazen, le responsable a eu cette phrase : « Quand vous arrivez au dojo,  veillez à ne pas faire trop de bruit, veillez à ne pas réveiller le bébé ». 

Ne pas réveiller le bébé.

Cette phrase m’a vraiment fait l’effet d’un choc, à moi qui n’ai pas de bébé. Depuis, j’essaie de la mettre en pratique – avec plus ou moins de succès. 

Prenez la vaisselle, par exemple. On peut se dire qu’il s’agit d’une corvée dont il faut se débarrasser le plus vite possible, histoire de pouvoir passer à autre chose de plus intéressant.   Mais on peut aussi faire les choses calmement, en essayant de se concentrer et en s’efforçant de « ne pas réveiller le bébé » : sans heurter les assiettes, en déposant les couverts dans l’évier plutôt qu’en les y jetant. 

Et on se rend compte qu’en fait, on ne va pas tellement moins vite qu’en travaillant dans la précipitation. Par contre, on se sent nettement mieux que si on s’était «speedé» soi-même ! 

Ce qui n’empêche qu’on n’y arrive pas toujours… Mais quand on y arrive, on s’aperçoit que même faire la vaisselle peut devenir un petit bonheur du quotidien. 

Françoise