Daishin n°265 – octobre 2020

mokugyos

Sommaire

Planning et Uposatha

Légende du Mokugyo, poisson de bois.

Pourquoi les statues Joshin Sensei

Dédier les mérites (1) Jetsunma Tenzin Palmo

Premier cirrus à bord léger Jane Hirschfield

Carnets de la Sangha : Zuigakuin, Rencontre avec le Temple de Zuigakuin, et Moriyama Roshi, le Maître de Joshin Sensei.

 

Daishin en novembre : l’espoir. Comment voit-on l’espoir dans le bouddhisme ? Une illusion ou un appel à créer un futur différent ? Voilà, il me semble, un bon moment pour y réféléchir : en ces temps difficiles, qu’espérons-nous ? (Buddhadharma fall 2020)

木魚 Légende du poisson en bois

mokugyosLe mot Mokugyo 木魚 se traduit par « poisson en bois ». L’instrument traditionnel Mokugyo est creusé dans du bois similaire au camphrier, de forme arrondie, il est coiffé d’une crête qui donne un véritable son caverneux. La tonalité varie en fonction de la taille, du type de bois utilisé et de la profondeur de son bois. Le dessus de l’instrument est sculpté d’écailles, et le manche est gravé par deux têtes de poisson qui embrassent une perle qui symbolise l’unité.

Dans le bouddhisme le poisson symbolise la vigilance, car il ne dort jamais. En conséquence, il est important de rappeler aux moines de se concentrer sur leur sutra. Souvent, le maillet utilisé pour frapper le poisson possède une pointe recouverte de caoutchouc destinée à donner un son sourd, mais qui reste clair. De nombreuses légendes tentent à prouver que le Mokugyo est d’origine chinoise.
Mokugyo eheijiLe moine Ryu Makimoto s’étant rendu en Inde pour acquérir des sutras, se retrouva bloqué par un large fleuve en crue. Il ne semblait pas y avoir en cet endroit ni pont, ni bateau. Un gros poisson, qui nageait dans le fleuve, le fit grimper sur son dos afin qu’il puisse traverser la rivière. Ce poisson, qui expiait une faute commise dans une vie antérieure humaine, demanda au moine d’intercéder auprès de Bouddha pour qu’il trouve la voie du Bodhisattva. Le moine acquiesça à sa demande et poursuivit sa quête pendant dix-sept ans.
Après avoir reçu les « Écritures », il revint en Chine, via la rivière, qui à nouveau était en crue. Alors que le moine se souciait de la traversée, le poisson revint pour l’aider, et lui demanda s’il était intervenu auprès du Bouddha afin de lui transmettre sa demande. Le moine avait oublié cette requête, aussi à sa consternation, le poisson devint furieux et éclaboussa le moine, en le plongeant dans la rivière. Un pêcheur qui passait le sauva de la noyade. Malheureusement les sutras furent avalés par le poisson qui disparut dans les flots. Le moine rentra chez lui rempli de colère, et dans sa rage il créa une statuette à l’effigie du poisson afin de le punir. Pour se souvenir de cette mésaventure, il frappa régulièrement la tête du poisson, avec un marteau en bois.

 

À chaque fois qu’il frappait, le poisson ouvrait la bouche pour recracher des choses qu’il avait avalées. À la longue, au bout de quelques années il recracha enfin les « Écritures » qu’il avait avalées lors des inondations.

mokugyo

On trouve aussi une autre légende : Il y a longtemps, raconte-t-on, un moine bouddhiste a rompu ses voeux et a été puni dans son incarnation suivante en naissant comme un poisson mais avec un arbre poussant sur son dos. Le fardeau était rendu encore plus pénible par le vent, car l’arbre se balançait d’avant en arrière, infligeant des douleurs insupportables et le faisant saigner. Le temps orageux faisait de la vie du moine réincarné un moment de torture atroce. Un jour de vent, l’ancien maître du moine marchait au bord de la mer et fut témoin de la profonde souffrance de son disciple égaré. Le vieux moine eut pitié de lui et décida de réciter une série de prières rituelles qui libéreraient son ancien disciple de son douloureux destin.

Le vieux maître y parvint, et lorsque le poisson cruellement accablé mourut, le disciple châtié fut réincarné dans une existence plus heureuse.
Le vieux maître sculpta alors l’arbre désormais sans vie en forme de poisson, qu’il accrocha au mur du temple afin que cela serve de leçon pour les autres moines qui pourraient envisager de rompre leurs vœux bouddhistes solennels.

https://taiwantoday.tw/news.php?unit=20,29,35,45&post=25286

Traduction : Joshin Sensei

mokugyo temple木魚 Sur le mokugyo poisson de bois 木魚 https://www.google.com/search?channel=trow2&client=firefox-b-d&q=wooden+fish+zen+temples

Poisson de bois du Manpuku Ji Kyoto https://fr.wikipedia.org/wiki/Manpuku-ji

木魚 « Dédier les mérites » ?

Qu’est-ce que cela fait exactement ?

Question :
Nous sommes encouragés à dédier les mérites de notre pratique à tous les êtres. C’est une belle idée, mais quel effet, le cas échéant, a-t-elle vraiment ? Et peut-on offrir quelque chose que l’on n’est même pas sûr d’avoir ?

Jetsunma Tenzin Palmo :
Dans les pays de tradition bouddhiste, le concept de punya a toujours joué un rôle important.
Habituellement traduit par « mérite » ou même par « bonté », punya désigne les résultats karmiques positifs de bonnes intentions et actions.

Cette croyance dans le pouvoir des actions méritoires est perçue comme une force éthique qui peut être dirigée vers n’importe quel objet choisi. Les gens se sont donc mis à « accumuler les mérites » et à s’en réjouir ; les mérites sont alors dédiés à autrui et ainsi partagés.
Cela nous encourage à accomplir des actes de bonté comme pratiquer la générosité et la gentillesse. Nous pouvons également nous réjouir des actes généreux que nous voyons les autres accomplir et les partager.

Bouddha boisAu début de la pratique formelle, nous prenons refuge dans les Trois Trésors et ensuite, dans les traditions Mahayana, nous récitons les vœux du Bodhisattva et nous nous rappelons que nous nous engageons dans cette pratique non seulement pour notre propre bien, mais pour le bien de tous les êtres. En d’autres termes, nous avons réglé notre GPS spirituel sur « l’illumination pour tous ».
Puis, à la fin de la pratique de ce jour-là, nous nous souvenons à nouveau de notre but en dédiant toute la bonté accumulée au bien-être et au bonheur de tous les êtres -ou à toute la planète et au-delà.

Ce sont des entraînements à la Bodhicitta, qui nous rappellent que notre pratique a un sens qui ne se limite pas à notre seul bénéfice. Même l’effort de pratiquer plutôt que de regarder la télévision ou jouer sur l’ordinateur est une bonne chose, et nous pouvons en ressentir de la satisfaction et de la joie, et souhaiter partager cette bonté essentielle avec autrui.
Nous pouvons dédier ces mérites, que nous comprenions ou non toute cette mécanique. Lancez-vous. Il y a tant de choses que notre esprit rationnel ne peut percevoir. Conservons un sens du mystère et ne soyons pas étroits et matérialistes.

Chemin herbeLe Dharma va au-delà de notre pensée conceptuelle. Ce n’est pas seulement une « belle idée », c’est aussi très pratique -le monde a cruellement besoin de bonté et d’énergie positive. Les pensées ont du pouvoir. Les prières et les aspirations ont de la force. Presque tout le monde ressent une atmosphère particulière en visitant des lieux sacrés tels que Bodhgaya ou Assise, malgré le chaos apparent ou l’aspect mercantile.
Des siècles de dévotion, de pensées tournées vers le sacré, y ont créé une énergie spirituelle palpable. De même, nous ressentons spontanément une profonde tristesse et une pesanteur lorsque nous visitons Auschwitz ou Dachau.
Nous nageons dans un océan de formes de pensée mais, comme les poissons dans l’eau, nous ne sommes pas conscients de notre propre environnement psychique.

Si nous pouvions le voir, nous saurions que la pollution psychique qui entoure cette planète est beaucoup plus dense que la pollution physique. Il y a tant de colère, d’avidité, de jalousie, de peur et de négativité générale dans la société, et tout cela est cultivé et célébré dans les médias.

Dans cette obscurité, nous avons besoin de lumière. Dédier notre énergie positive aide à rétablir l’équilibre et à apporter une appréciation joyeuse dans une situation apparemment désespérée. Goutte après goutte, le vase se remplit. Donc, par les mérites de cette pratique, puissent tous les êtres être heureux et exempts de souffrance !

Jetsunma Tenzin Palmo, Buddhadharma Traduction : Françoise
(Suite en novembre).

木魚 Ce que la cérémonie nous enseigne

Dans la tradition Zen Rinzaï, le premier entretien entre élève et maître est un événement solennel favorable. Le vêtement approprié comprend non seulement une robe mais aussi les socquettes blanches ou tabi, qui couvrent pieds et chevilles. Les tabi sont attachés par des crochets et des œillets situés sur la face interne des chevilles. Pour les occidentaux ils sont difficiles à utiliser, même dans les meilleures conditions.

TabisLe matin de mon premier entretien avec Jiro Osho au monastère Rinzai, j’ai complètement oublié mes tabi. Ils étaient nichés comme des lapins endormis dans les manches de ma robe. Je me préparais à aller à mon entretien quand un moine âgé remarqua mon oubli. Il fit un geste sévère vers mes pieds que je compris. Malheureusement il n’y a pas de chaises dans un zendo japonais. Plutôt que de m’accroupir sur un coussin, je sautai d’un pied sur l’autre au risque de tomber, tout en luttant pour enfiler mes tabi. Pendant ce temps le moine âgé faisait appel à toute sa discipline zen pour ne pas sourciller.

Cette embarrassante maladresse n’était pas inhabituelle. Les formes de cérémonies abondent au Japon et pour l’occidental non initié elles semblent aussi étrangères que contraignantes. Du protocole relativement simple dit Jukai, au cours duquel un pratiquant laïc « reçoit les préceptes » jusqu’au noble théâtre du Shitsugo dans lequel un prêtre chargé d’ans reçoit le titre de Roshi, les cérémonies publiques témoignent de l’approfondissement de la compréhension du pratiquant. Et même les jours ordinaires quand rien de spécial n’est reconnu, célébré ou commémoré, un sens de la cérémonie règne dans le zendo.
On le voit dans les salutations, on l’entend dans les cloches, on le sent dans l’encens.

Pour le pratiquant occidental laïc, l’atmosphère pénétrante de la cérémonie est un défi tant à l’esprit sceptique qu’au corps réticent.

Quelle quantité de cérémonie asiatique doit-on inclure dans une pratique laïque occidentale ? À quelle dose est-elle essentielle ? En se posant ces questions il est important de se souvenir que les formes de cérémonies asiatiques, telles qu’on les utilise dans le Zen, existent d’abord pour soutenir la pratique de la pleine conscience. Joindre les paumes l’une contre l’autre et s’incliner devant son enseignant, par exemple, est une façon de lui exprimer gratitude et respect. C’est aussi une façon de savoir que quelqu’un exprime respect et gratitude et une façon de cultiver ces états d’esprit. Pour ceux prêts à les adopter, les salutations, les chants, les prosternations et autres éléments du Zen traditionnel peuvent devenir partie intégrante de la pratique, au même titre que la conscience du souffle et la posture.

Ben Howard Buddhadharma – Automne 2009.
Traduction : M.C. Calothy – A. Delagarde

 

木魚 Pourquoi les statues ?

Pourquoi des statues ?

C’est une question qui revient souvent ; il me semble qu’avec le temps, nous comprenons l’importance de la beauté qui ouvre notre esprit et notre cœur et nous rapproche de tous les êtres humains.

« J’aime bien ce qu’on fait ici, la méditation, la vie simple. Mais il y a des choses que je ne comprends pas. Par exemple, pourquoi toutes ces statues ? À quoi est-ce que ça sert » ?

Sa question m’amuse car elle fait naître un souvenir : la première fois que je suis allée à une retraite de méditation bouddhiste, j’ai traversé résolument le grand hall pour demander :
«  Pourquoi y a-t-il une statue sur l’autel ? Pourquoi pas des fleurs, une belle pierre ou rien du tout » ?

Je ne me souviens pas de la réponse qui n’avait pas dû me convaincre, mais presque vingt ans plus tard, je suis heureuse qu’il y ait des statues !

Bouddha-ikebanaCelles qui sont à La Demeure sans Limites sont des cadeaux : il y a dix ans, une femme est arrivée avec dans les bras une grande statue en bronze de Bouddha méditant, au visage paisible -une statue qui a trouvé sa place dans la salle de méditation et qui, lorsque mon esprit galope ou lorsque je me sens renfrognée, me rappelle qu’il y a en moi un autre espace, une autre façon d’être.

Statue-rappel, statue-miroir, déjà.

Puis il y a deux ans, nous avons reçu du Japon une petite statue en pierre, d’un bodhisattava, « apprenti-Bouddha », appelé Jizo. On trouve souvent au Japon ces statues au creux des chemins, ou en pleine ville, un peu à l’écart.

Statue JizoJizo Sama (Sama est un terme de politesse) protège les enfants et les voyageurs –nous tous donc, voyageurs que nous sommes entre naissance et mort.

Depuis que ce Jizo Sama, aux traits souriants finement sculptés a été installé dans la cour, sous le cerisier, il me semble qu’il y a quelque chose de changé.
Quand je fonce sans rien voir, la petite statue m’attrape du coin de l’œil, et je ralentis, le temps d’une respiration, pour revenir à l’instant, au lieu précis où je suis dans mon voyage.

J’ai vu beaucoup d’autres personnes faire de même ! Statue-rappel, statue-miroir, encore.

Et bien sûr, ce qui me touche dans ces deux statues, comme dans les merveilleuses statues de Bouddhas khmers, dont le sourire voilé et pénétrant, nous oblige, dirais-je, à sourire en retour, le cœur apaisé, c’est leur beauté.
J’entends par beauté les sentiments de grâce que certaines choses font naître en nous : les arbres en fleurs, la première neige, le chant de la source…
Mais la nature est hors de nous alors que ces statues ont été crées par un autre être humain. Cela les rend, pour moi, encore plus précieuses. Car lorsqu’elles sont « belles », je sais qu’elles ont été pensées, puis réalisées avec les mains et le cœur.

Et apparaît « la transmission de cœur à cœur » :
nous nous regardons d’être humain à être humain, et nous voyons un bouddha, un être d’éveil et de compassion. Statue-miroir, statue-rappel de notre véritable nature.

Il y a peu, j’ai reçu une statuette de Bouddha. Un soir, je me suis assise en méditation devant cette statue, une petite bougie posée près d’elle. Ombre et lumière jouant sur le bois sombre et la peinture dorée, il me sembla rejoindre la foule innombrable de tous ceux qui, au cours des âges, se pressèrent dans les temples obscurs, émerveillés par ces formes scintillantes échappées de l’obscurité.

Alors, que répondre à ce jeune homme ?

On est bien arrogant quand on veut toutes les réponses, et tout de suite, je me souviens… La seule vraie réponse, celle qui respecte l’intelligence de l’apprentissage est de lui dire ; soit il trouvera les réponses par lui-même -et ce sont là les seules réponses que nous pouvons entendre, à la fois avec l’esprit et avec le cœur – soit elles n’auront plus d’importance, car elles ne l’intéresseront plus !

Je ris :  » Eh bien, c’est comme ça  » ! Et je vois qu’il n’est pas trop content, et même un peu vexé …

Laissons la place aux statues pour lui apprendre à cheminer avec le temps, à cheminer avec les autres.

Joshin Sensei

木魚 Planning et Uposatha – octobre 2020

Joshin Sensei :

Paris : samedi 17 octobre.
Vous pouvez retrouver Joshin Sensei sur YouTube pour les méditations et lectures commentées en direct : les lundi, vendredi et samedi. Infos : https://www.nousasseoirensemble.org/

 La Demeure sans Limites

jeudi 5 octobre, 10h – 16h : journée dédiée à Bodhidharma.
vendredi 23 au dimanche 25 octobre : Retraite avec Jôkei Sensei. Infos : https://www.larbredeleveil.org/lademeuresanslimites/programmes-de-la-demeure-sans-limites/

Uposatha : Pour vous inscrire : https://framadate.org/kp2rGQUU2vYSVIUz Pleine lune : jeudi 1er, lune nouvelle : vendredi 16 et pleine lune : samedi 31

木魚 Premier cirrus à bord léger

1025 molécules

sont suffisantes
pour appeler la grive des bois ou la pomme.

Un colibri, moins.
Une montre-bracelet : 1024.

Les molécules d’un alphabet,
dégustation de miel, de fer et de sel,

– comme quelques cordes, sans les toucher,
résonnent quand un proche parle.

C’est ainsi que l’amour s’est glissé en nous.
Il nous regardait de visage à visage dans toutes les directions.

Puis il fut à l’intérieur de l’arbre, du rocher, du nuage.

Jane Hirshfield
Traduction : Joshin Sensei
https://www.poemhunter.com/poem/first-light-edging-cirrus/